voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “mort

Qui chante là-bas ? – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "qui chante là-bas"

 

image  extraite  du film « qui chante là-bas » de Slobodan Sijan

 

 

Je me souviens de l’ex-Yougoslavie
des plaines,             de la nostalgie,
de la chanson d’un violon navigant dans le ciel,
et les airs de danse traditionnels.

–        Il y a des airs que l’on n’apprend pas,
ils traversent les saisons,
et à travers leurs chansons,
on se demande :          » qui chante là-bas ? « .

C’est une musique qui traverse les hivers,
passant outre massacres horreurs
elle triomphe de la mort
et des taches sombres de la guerre

Passant sans encombre par-dessus les frontières .
Entends-tu encore la mélodie ?
celle qui nous dit que la vie
continuera , par-delà les tombes et les cimetières .

Résultat de recherche d'images pour "qui chante là-bas"
RC – aout 2018


André Bay – Dérives blanches


Résultat de recherche d'images pour "white louise nevelson"

assemblage-sculpture: Louise Nevelson

 


En « avant-propos »

Le Blanc m’obsède
Le Blanc me tourmente
Le Blanc me poursuit, m’aveugle
Couleur des limbes crépusculaires
Suaire des résurrections mortes
Compagnon des crépuscules du soir et du matin
Candidat de blanc vêtu
Blanc qui es-tu ?
Mort poursuivant la vie
Vie poursuivant la mort
Rideau de ma vie morte
Jour tissé de nuit
Blanc de l’amour ici
Et de la mort Là-bas
Blanc de l’absence remplie de vide
Complice du temps qui passe
Le Blanc m’envahit doucement
Et irrésistiblement m’entraîne
Devant la Grande Porte.
Tandis qu’il me pousse et m’attire
Je le distingue partout
Il apparaît là où je ne le voyais pas
Il me poursuit et je le traque…
Avec espoir de mieux le comprendre
Doux compagnon de mes vieux jours…


Michel Hubert – captif d’un homme


 

 

Gandy_Comparative_Architechture_1837_186_detail.jpg

image  : Gandy

 

10  –

Quand on sait ce qu’est la perversité

pour qui je désespère

d’une larme trop facile

sans que le corps étouffe

et se détruise dans l’horreur de mes mains

  • quand on est soi-même pervers sorcier qu’une jeunesse afflige –

quand on sait à quel rôle ultime de frontaliers seront voués ses yeux à la seconde même de glisser dans la mort on applique à chaud la lumière des givres

Je pleure ?

moi le sourcier de mon visage pour tuer l’hypnose de la lampe dans ce long souterrain

( j’ai deux petites épingles de bronze une dans chaque main pas plus grosses que le plus petit des chagrins )

je me suis approché sans trembler de mes yeux

toute affiche d’un fleuve si belle

si chromatique soit-elle finira dans la nuit de l’égout

 


Albert Aygueparse – les plaies de l’âme


#3180 Copie.jpg

photographe non identifié

 

 

Tu m’accompagnes partout dans ce monde mal fait
Ton poids est plus léger que la buée du premier jour
Je te respire par tous les pores de ma peau triste
Et ton sang reconnaît sans effort le dédale brûlant de mes veines
Dans cette saison de fer je ne me sens plus seul
Car tu me donnes la force d’être ce que je suis
Je mêle l’espoir et la peine, la joie et la souffrance
Je peins la peur et le courage des mêmes couleurs
Je donne à l’ortie et au blé la pluie et le soleil
Je mets la graine et l’épi dans la seule balance
J’accepte sans choisir les larmes et l’amour
J’abandonne le ciel pour cette terre amère
Mais je ferme les yeux pour retenir ton ombre
Immobile et debout dans mon sang ébloui.
Je ne parle qu’à toi de la vie,         de la mort.

 

ALBERT AYGUESPARSE                ( « Les plaies de l’âme » in Poèmes )


Erwann Rougé – L’heure la plus étrange


4107395475_b7d332e63b_o.jpg


L’heure la plus étrange est cinq heures
et cette insupportable odeur de marée verte

Entre deux soulèvements de sable
une femme  chancelle   en riant

Elle a les yeux cendres  elle ment
C’est plus fort  les yeux   elle ment

Elle dit  regarder un ange
On dit cela au vent   à la cruauté du vent

Dans cette absurde odeur de marée basse
Il y a toujours une poussière

une légèreté de mort
qui vous pénètre l’oeil

 

in « Paul les oiseaux »

 

in  » Paul les oiseaux »

Pierre de la Faille – Mort tuée


Résultat de recherche d'images pour "soleil minuit"

 

Vient le bull géant de Silicon Valley.

Il jette bas la plus haute cime de la sierra
où trône, nu-crâne, l’épouvantail
— les tibias croisés, une faux sur l’épaule.

Ici se scelle l’alliance du soleil de minuit :
lumière non-stop.
S’évaporent les relents du roussi et de cierge.
Passe le corbillard.

Où sont les clairons des remparts ?
L’électron quitte l’atome

IL se tient droit.             ELLE sait.

On entend des mots sourds comme un orage lointain.
La fleur rouge de l’hibiscus ne fane plus.


Gabriela Mistral – L’attente inutile


315471826_15fe2492c5 Bronze Sculpture of a Girl Holding a Sundial in the Rose Garden of the Brooklyn Botanic Garden_ Nov. 2006_M.jpg

sculpture en bronze représentant une fille tenant un cadran solaire, au jardin botanique de Brooklyn

 

J’avais oublié qu’était devenu
rendre ton pied léger,
et comme aux jours heureux
Je suis sortie à ta rencontre sur le sentier.

J’ai passé vallée, plaine, fleuve,
et mon chant se fit triste.
Le soir renversa son vase
de lumière, et tu n’es pas venu   !

Le soleil s’effilocha,
coquelicot mort consumé;
des franges de brume tremblèrent
sur la campagne.          J’étais seule!

Au vent automnal craqua
d’un arbre le bras blanchi.
J’eus peur et je t’appelai ;
Bien aimé, presse le pas!”

J’ai peur et j’ai amour,
presse le pas, bien-aimé!
Mais la nuit s’épaississait
et croissait ma folie.
La espéra inûtil.

J’avais oublié qu’on t’avait
rendu sourd à mes cris;
j’avais oublié ton silence,
ta blancheur violacée;

ta main inerte, malhabile
désormais pour chercher ma main,
tes yeux dilatés
sur la question suprême!

La nuit agrandit sa flaque
de bitume; augure maléfique,
le hibou,      de l’horrible soie de son aile,
griffa le sentier.

Je ne t’appellerai plus
car tu ne parcours plus ton étape;
mon pied nu poursuit sa route,
le tien est au repos.

C’est en vain que j ’accours au rendez-vous
par les chemins déserts.
Ton fantôme ne prendra plus corps
entre mes bras ouverts!

 

 


Décapiter les fleurs du jardin – ( RC )


141.jpg

Tu as tenu dans tes bras le bouquet de l’été,
Que le vent tiède a fleuri ,
et lentement ,     coupées de leurs racines,
         les têtes ont fléchi.

Tu as tenu dans tes bras ton ventre arrondi,
que l’amour a fleuri ,
mais éloigné de ses racines ,
        ton corps s’est flétri .

Il n’y a eu que sécheresse
et le froid, l’hiver
et la détresse
et la bouche amère.

Il y a un mot pour décrire
celui qui n’a plus de parents
mais il n’y en a pas pour dire
une mère perdant son enfant.

Comment interroger le destin,
quand , fleur après fleur
se perd dans le lointain
       la plus petite lueur ?

La mort était-elle dans ton sein
pour qu’ainsi, elle vienne
décapiter les fleurs du jardin
et les priver d’oxygène … ?


RC – août 2016


en liaison avec « poème à l’orphelin » de M Tsvetaieva


Georges Bataille – Il n’est rien que je rêve


Résultat de recherche d'images pour "wesselmann breasts"

peinture – Tom Wesselman:  » For Sedfre »

 

Douceur de l’eau
rage du vent

éclat de rire de l’étoile
matinée de beau soleil

il n’est rien que je ne rêve
il n’est rien que je ne crie

plus loin que les larmes la mort
plus haut que le fond du ciel

dans l’espace de tes seins


Socrate – ( RC )


Afficher l'image d'origine

peinture: J L David: la mort de Socrate

 
En suspens sa phrase commencée
il peut reprendre son haleine
au bord de la falaise, avancé
il n’est pas au bout de sa peine :

personne ne voit que s’interrompt la ligne :
le discours peut reprendre
les dieux lui font signe
le temps peut se suspendre

nul n’attend son départ
quand il porte à ses lèvres le verre :
il peut savourer le nectar,
et bientôt voir à travers :

Baisse le niveau du breuvage
comme la mer se vide
découvrant la plage
une étendue livide

Passant du verre au bronze ancien
pas de vin écarlate
ni le sirop du pharmacien,
mais le poison offert à Socrate

Tu peux le voir, inclinant son calice,
les compagnons détournant la tête,
et lui, boit – comme avec délice
( on l’imaginerait bientôt « pompette »)

tout cela sans qu’il confesse
l’idée même d’une vie interrompue
dans la curieuse ivresse
donnée par la cigüe

comme quoi on ne sait pas où mène
une simple boisson :
l’accompagnant comme pour la Cène
( ce dernier repas manquait de cuisson )

C’est à mesure que tu bois,
que tu t’éloignes des bords,
>       c’est ainsi que l’on se noie,
et qu’on trinque avec la mort.

RC – oct 2016


Antoine Mou los – Où vont ceux qui t’en vont ?


Afficher l'image d'origine

 

il s’aperçoit soudain
que partout où il allait
il y avait quelqu’un
qu’à chaque fois
qu’il a fui
il n a rien laissé pour mort
qu’à chaque fois qu’il pleuvait
il tirait la langue pour boire
un peu de pluie
il tombe des nues
des routes de goudron blanc
crèvent les montagnes
et s’élèvent en hurlant
vers le soleil

 


Justo Jorge Padrôn – Pierre


DSCN4031.JPG

photo : Pergé  – Turquie

 

 

Pierre
De la profondeur la plus dure de la pierre
guettent toujours la mort et son langage.

Le vert reste muet, exilé
devant son brusque effroi.
En son aridité de sphinx,
la pierre nous incite à la superstition
et à la haine qui s’épanche.
De près ou de loin, elle attend
et cherche la tiédeur la plus vive du sang.

Voyez-la ancrée dans la nuit,
occupant l’endroit où chante le jour.
Elle veut être la surprise qui nous aveugle dans ce silence
d’être pierre au milieu des pierres.


Gisela Hemau – Représentation


image: Terry LongAfficher l'image d'origine

 
REPRESENTATION

L’acrobate monte dans un coffret
Tout d’abord il faut être si petit
Qu’on y trouve de la place dit-elle et nous offre sa fourrure
Puis entre les bestioles du corps de la mort et des adieux
elle montre l’ascension de son propre bras
Nous sommes là pour la vue
Mais nous n’atteignons pas la montagne

Comme nous rétrécissons constamment la fourrure
où nous nous égarons est à la fin
une forêt impénétrable .

 

 

 

-Gisela Hemau traduction Rüdiger Fische

VORSTELLUNG

Die Akrobatin begibt sich
in ein schwarzes Kâstchen
Erst einmal muss man so klein sein
dass man hineinpasst
sagt sie und offeriert uns ihren Pelz
Dann zwischen Leib-
Tod- und Abschiedstierchen
zeigt sie
die Bergbesteigung
des eigenen Arms
Wir sind da weeen der Aussicht
Aber wir erreicnen den Berg nicht
Weil wir immerfort schrumpfen
ist der Pelz in dem wir verirrt sind
bis zum Ende
ein unpassierbarer Wald

 
Gisela Hemau Aufter Rufweite,
Kônigshausen & Neumann, Würzburg 2oo3


Yves Prié – Obsidienne


Klavdij SLUBAN 9  9.jpg

photo: Klavdij SLUBAN ( rencontres  d’Arles  2011 )

 

Pour  saluer Caillois  et Guillevic          (  extrait )

 
Attendre la mort
et sa dureté minérale
Nous ne traverserons pas
Notre vie se brise là
L’obsidienne en détourne le reflet


Sylvie Durbec – Notes pour mon père


NightShot_6_2048.jpgUne pluie parfumée à mes pieds:

le vent est dans l’acacia.
Un vol de voix au-dessus de moi:
je cherche des yeux les anges.
Un vent riche, profond
palpite dans l’arbre long,
puis aventure des formes
en jouant avec le ciel.
C’est l’odeur d’un boulevard
de papier buvard
où marche joyeux le nom
de mon père mort.
J’ai un seul mort
dans la mémoire.
Il me donne de la joie
et envie de marcher, vite.
Ce mort, jamais
ne m’a enterrée
sous le poids
de la terre.
Mon père, c’est vrai
sur l’eau courait
en me tenant par la main
pris dans sa distraction.
( retranscrit du site « la petite librairie des champs » )

Din Mehmeti -L’heure de résistance


 

(texte  tiré de l’anthologie « Kosovo dans la nuit  » ed de l’Aube 1999)

 

Afficher l'image d'origine

photo Ibazela  voir site

Au détour des escarpements,
face à elle, surgissent des glaciers.

Rien n’arrête son mouvement

D’abord, elle rencontre le feu,
et en dernier lieu la mort…

Ses aiguilles allument d’un feu ardent
les vertus de l’amour.
Tout lui cède
quand elle cavalcade
vers le cœur de la terre.

Elle néglige les grâces, les dépouilles mortelles
rien ne l’arrête.
Elle éclaire la rue
comme l’étoile du matin,
et nul ne la maîtrisera.

 

Din Mehmeti né en 1932 près de Gjakova. Il est avant tout poète – une dizaine de recueils – mais a publié des nouvelles et aussi des pièces de théâtre.


Leon Felipe – Je m’en vais car la terre le pain et la lumière ne sont plus à moi


1239236574932-a.jpg

Je reviendrai demain avec le coursier du Vent.
Je reviendrai.

Et à mon retour, c’est vous qui partirez :
Vous, les percepteurs d’impôts sur le chiffre d’affaires de la mort, les centurions en embuscade
sous la grande ogive de la porte, les constructeurs de cercueils qui
disent toujours, quand ils mesurent le corps jaune de ceux qui s’en vont, avec le ruban d’un mètre et demi des tailleurs : Que les morts grandissent !
Oh oui ! Les morts grandissent. Leur dernier costume leur est trop petit pour leur dernière toilette.
Ils grandissent.

Et à peine sont-ils enterrés qu’ils brisent les planches de pin et les catafalques d’acier ;
ils grandissent après dans la tombe, hors de la boîte, ils ouvrent la terre comme les graines de seigle
et puis, sous le soleil et la pluie, dans l’air, dégagés,
et sans racines, ils grandissent, ils continuent à grandir.

Je m’en vais grandir avec les morts.

Je reviendrai demain avec le coursier du Vent.
Je reviendrai. Et je reviendrai grandi ! Alors vous qui êtes en train de partir
vous ne me connaîtrez pas. Mais quand nous nous croiserons
sur le pont, je vous dirai avec la main :
Adieu, percepteurs d’impôts sur le chiffre d’affaires,
centurions,
fossoyeurs !…
Allez ! à grandir, à grandir,
à la terre de nouveau…
à l’eau,
au soleil,
au Vent… au Vent…
Encore une fois au Vent !


Jean-Claude Xuereb – Ggantija


photo                  – cercle mégalithique  de Loch Buie  –  Ecosse

 

 

Peut-être un jour la profondeur ignorée d’une caverne dégorgera-t-elle les reliefs d’animaux fabuleux égarés en lamine sur les débris rocheux d’une terre engloutie ?
Des hommes transportant leur frêle savoir dans des pots de terre échouèrent leur barque sur un rivage boisé. La subsistance une fois assurée, fut dressé en Heu de sacrifice et d’offrande un cercle de mégalithes qu’aucune force humaine en sa nudité ne saurait mouvoir. Des cultes y furent célébrés dont le sens s’est perdu. Les dieux se sont succédés, tour à tour sommés de répondre à l’obsédant questionnement.
Et voici que nous errons parmi les ruines illisibles de l’avenir, aussi désarmés devant la mort que ceux qui nous précédèrent dans l’oubli


Gemma Gorga – le livre des procès-verbaux ( 13 )


106-img-1144_DxO

                       dessin – Wilfredo Lam

On pesait le corps quelques instants avant la mort. On pesait le même corps quelques minutes après la mort. Une simple opération de soustraction devait indiquer le poids de l’âme. J’y pense maintenant alors que j’ai le nouveau livre entre mes mains, les mots encore poisseux comme les plumes d’un oiseau
qui vient de naître. Et je me demande si une fois qu’il sera lu il pèsera moins. Comme un corps quand il perd son âme.

 

Pesaven el cos uns minuts abans de morir. Pesaven el mateix cos
uns minuts després de morir. Una simple sostracció matemàtica els
havia d’indicar el pes de l’ànima. Hi penso, ara, mentre sostinc el
llibre nou entre les mans, les paraules encara untoses com les plomes
d’un ocell nascut de poc. I em pregunto si, un cop llegit, també
pesarà menys. Com un cos quan perd l’ànima.
© Gemma Gorga                        ( traduit du catalan par Jep Gouzy)


Katica Kulavkova – Premier soleil : Sagitarius


P1310857.JPG

image :   5 ème Festival photo  peuples et nature  La Gacilly , 2008

——–

Ô, mère, comme la journée est courte !

Comme une maille de l’infini
le cercle solaire se retourne
non par amour, par obligation
et sans l’infidélité de la femme
pour laquelle rien n’est certain
rien n’est sien ni étrange
dans l’écliptique de l’existence.

Le jour croît et tombe
dans un rythme parfait
il répare la mort
et l’homme est confus et désorienté
dans la pantomime du temps.

Le solstice est initiation
aux coutumes supraterrestres
aux cultes païens
au feu et à l’eau
à la libido et à l’aventure.

Quand il s’arrête
le soleil renonce
aux affaires journalières, frivoles.
Au sommeil de l’ours. Au scepticisme.
Il a devant lui le rituel de l’équilibre
et du hasard. Faste et volupté.

Non, je ne pleure pas ;
je ferme seulement les yeux
devant les vies duelles
avec le sceau d’une évacuation précoce
devant la nuit blanche des amours parallèles
non échangées
non édifiantes.

Katica Kulavkova


Tout gravite sur l’immobile – ( RC )


www.lamontagne.fr - A la Une - AIGUEPERSE (63260) - François Lassere révolutionne l’art funéraire en proposant de personnaliser son cercueil:

voir  article de « la montagne »

—-

Chaque ville  a ses particularités..
Là,        tout  gravite  sur l’immobile,
Derrière des rubans noirs et argentés,
Un échantillonnage  complet d’urnes en file.

Ambiance propice à la concurrence  entre deuils,
Chacun vante la qualité des cercueils,
juxtaposés sur les  rayonnages,
quelquefois empilés, faute de place à l’étalage.

Leur confort capitonné,       – bien tentant
Le choix des étoffes, allant du cru :
– des couleurs intenses pour ceux qui ont vécu ..
(-  plus tendres pour les enfants)…

Et la place de s’y glisser,
sans être à l’étroit…
L’ergonomie étudiée:
Le tout doit être         de choix  :

Angles  subtilement vernis ;
Des bois veinés, les meilleurs
Des poignées aux  formes arrondies …
Un look confié aux meilleurs  designers…

Certaines de ces boîtes allongées,
possèdent une  fenêtre arrondie,telle
qu’au verre biseauté,
l’écho de la lueur des chandelles…

On peut y voir à travers
le visage du défunt ;        vérifier sa présence
C’est            un dernier témoin d’existence
avant qu’il n’occupe son dernier univers :

Un sombre caveau, bien ordonné
encadré  d’allées  gravillonnées,
et au dessus duquel prolifèrent
couronnes , bouquets et objets divers…:

Les plaques aux regrets sincères,
des signes affirmés d’appartenance religieuse
–   ( cocher la version pieuse ) …
>       Les boules de verre

où une rose en plastique
est maintenue prisonnière,
et brille sur la pierre,
à la gravure emphatique.

Ou bien  ( selon les deniers ) ,
marquant la dernière volonté,
le granite luisant,  où se reflètent,
des cyprès,     les  crètes…

Les boutiques rivalisant  d’ingéniosité,
Proposent aussi    des produits recyclés,
( ayant accompagné  d’autres vies )
–   avec un souci affiché  d’écologie   –

Les cercueils les plus innovants,
comportent toutes options pouvant,
joindre la fantaisie et l’imaginable
un peu comme les  voitures  ( climatisables) :

Les dispositifs  d’aération
– télécommandés -,( mais sur option )
Le diffuseur « parfum subtil »;
Les roulettes  rétractiles,

Les suspensions hydrauliques,
Le profil aérodynamique,
Avec parfois des tiroirs,
Pour les petits objets de la mémoire…

On peut y glisser des voeux,
Ou des piécettes, facilitant,
c’est  sûr, le passage élégant
vers un au-delà heureux…

Toute  métempsychose souhaitée,
Peut  faire l’objet d’une médaille  animalière,
Que l’on dispose sur la bière,
dans un emplacement réservé ,

généralement  sur un côté vertical…
C’est  dire  que l’on n’oublie aucun détail,
chacun exerçant ses prières,
– et réservant son suaire…

Le décès est vécu comme une promesse,
Et on quitte la vie  avec allégresse ;
et puis … pour ces  circonstances;
On ne regarde pas à la dépense.

La mort ainsi mise en scène,
En vaut toujours la peine:
pour ces actions souterraines,
c’est pour l’éternité ( quand même ! )…

On ne va pas se faire prier
Pour se faire enterrer…
quel est votre avis ?
( ça n’arrive  qu’une  fois  dans sa vie !  )

–    enfin justement  quand  elle n’est plus là   –
ce que l’on nomme le trépas
après une  durée assassine…
ce qu’il faut pour alimenter les racines

et laisser le temps,
faire que les petits enfants,
n’aient plus  qu’en tête,
de devenir un jour squelette…

( se rappelant un jour les ancêtres,
dont l’âme flottante,      peut-être ,
veille  sur  le petit  quadrilatère,
de location,           au cimetière ).


RC

(  si ça  vous inspire )…  

je n’ai pas  dit  vous expire, notez bien…


Alain Borne – Je m’endors et je meurs


 Yan Pei-Ming, Gadhafi’s Corpse – October 20th 2011, 2011                                    peinture: Yan Pei Ming

Je m’endors et je meurs.

Quand je serai mort

vous ne penserez plus à moi

avec moi mourra ma musique.

et si des lèvres vives la chantent encore

ce seront elles que vous aimerez

( en une seule injure )

 


Katica Kulavkova – troisième soleil


Afficher l'image d'origine

photo:  enggul

 

 

Troisième soleil : Leo
– rising sun –

A qui confies-tu les cadenas, père ?
A qui les symboles ?
Remémore-toi :

Il est mauvais le destin du Suprême
et le lever est nocturne.
L’étranger profitera
de la générosité du ciel
entrera par des portes souterraines
et nous aspergera de venin
Scorpius-Ophiucus.
Mort prolongée.

Fais une offrande
antidote
accorde-nous une parole vive.
Venge le trône de la liberté
apaise la passion de Vénus.
Que le pécher nous réchauffe.

Mouille avec ta langue le fossé
entre l’index et le pouce
ce monde-pour-soi
cette force invisible
l’amour-pour-l’amour
rien d’autre.

 


Un mois de des cendres – ( RC )


photo Fabrizio Musacchio

photo :          Fabrizio Musacchio

 

D’une  grande étendue,
Un pays  tout entier,
Recouvert de gris.

De minuscules  détails ,
Si l’on maintient l’oeil immobile,
Refluent,      sous toutes les mues,
Du bruit et du silence, et son poids d’ écailles .

Il y a des morts.
Des petites      et des grandes,
Charriées par les matins .

Une sueur de sang,
Se décolore et va rejoindre
les fleuves.           S’écoulent
Lentement.

C’est  le corps desséché de l’astre,
Qui ne peut imposer le jour  ,
Pesant sur le gris  des draps .

L’indifférence des dieux,
Qui se détournent des champs de bataille …
Les lignes  de  la nuit
Se perdent dans les cendres.

RC – oct 2014

 

art minimal: Roman Opalka : ‘Detail 1965 / 1-∞’, 1965


Miguel Hernandez – Même si tu n’es pas là


 

photo  Francesco Borrelli

photo: Francesco Borrelli

 

MÊME SI TU N’ES PAS LÀ

Même si tu n’es pas là, mes yeux
de toi, de tout, sont remplis.
Tu n’es pas née à une seule aube,
à un seul couchant je ne suis pas mort.
Le monde est plein de toi
et nourri, le cimetière
de moi, par toutes les choses,
de tous les deux, par tout le peuple.
Dans les rues je vais laissant
quelque chose que je ramasse :
morceaux de ma vie
perdus depuis longtemps
Je suis libre dans l’agonie
et je me vois emprisonné
dans les seuils resplendissants,
resplendissants de naissances.
Tout est plein de moi :
de quelque chose qui est à toi et souvenir
perdu, mais retrouvé
quelques fois, quelques temps.
Temps qui reste derrière
résolument noir,
d’un rouge indélébile,
doré sur ton corps.
Tout est plein de toi,
transpercé de tes cheveux :
de quelque chose que je n’ai pas obtenu
et que je cherche entre tes os.

 

 

 

AUNQUE TU NO ESTAS

Aunque tú no estás, mis ojos
de ti, de todo, están llenos.
No has nacido sólo a un alba,
sólo a un ocaso no he muerto.
El mundo lleno de ti
y nutrido el cementerio
de mí, por todas las cosas,
de los dos, por todo el pueblo.
En las calles voy dejando
algo que voy recogiendo :
pedazos de vida mía
perdidos desde muy lejos.
Libre soy en la agonía
y encarcelado me veo
en los radiantes umbrales,
radiantes de nacimientos.
Todo está lleno de mí :
de algo que es tuyo y recuerdo
perdido, pero encontrado
alguna vez, algún tiempo.
Tiempo que se queda atrás
decididamente negro,
indeleblemente rojo,
dorado sobre tu cuerpo.
Todo está lleno de ti
traspasado de tu pelo :
de algo que no he conseguido
y que busco entre tus huesos.

Cancionero y romancero de ausencias (1938-1942)

Avec la citation de  ce poète  espagnol,  dont on peut  trouver d’autres  textes  et leur  traduction sur le site « Fibrillations »...

je ne peux  m’empêcher de faire  le  rapprochement  avec mon propre texte , qui a un titre, et un esprit très approchant.  RC