voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “mots

De gros traits noirs au feutre gras – ( RC )


cf parution de L Suel

Voyage au bord de l’écriture,
barre ce qui ne convient pas
au déroulement de l’histoire
de gros traits noirs
au feutre gras !

Exerce ton droit à la censure
tu répandras d’autres taches
héritées d’un autre âge
( quand la parole fâche ) :

C’est juste du maquillage,
une action anodine
qui s’exerce sans recours :
tu changes le discours
en paroles anonymes

( personne ne t’accusera d’un crime,
ne te traînera devant les tribunaux,
pour avoir coupé tant de mots )….!


à partir de « panique » ( poème express n°842 de Lucien Suel )


Gerard Pfister – Sur un chemin sans bord (extraits)


Anna Eva Bergman – Astre –

La beauté est ce soleil couchant,

ce ciel d’hiver, rien qu’un espace blanc,

lumineux à l’horizon

de formes dérobées, cela

qui dans l’instant du plus fébrile

attachement nous sort

de l’étau, nous délivre de nous-mêmes

——

Tu croyais par les mots venir à bout du monde

        mais à présent sais-tu

  qu’eux-mêmes sont le monde

       et que c’est peine déjà

        de n’accroître l’illusion





Sur un chemin sans bord
Collection Terre de Poésie 

Michel Camus – Proverbes du silence et de l’émerveillement


Valeria Arendarphoto  Valeria  Arendar

Et le Silence s’est fait poésie : Védas, Tao-Te-King, Cantique des cantiques, Héraclite
Le-Même en moi séparé de moi n’est personne en personne
Sans être nous-mêmes, il est en nous-mêmes notre propre silence
Le silence est sans fond où prend fond la poésie
Pierre nue, vérité nue, pierre sans nom sous mon nom dans l’image-mère de la pierre
Si je fus, qu’ai-je été.
Nous sommes tous le-Même au cœur du silence
L’Autre du Même : Toi sous mon nom
L’ombre du Même ou la fiction de l’autre ou de soi

Et la vie des mots qui masquent le silence
Où il y a silence, je ne suis plus moi-même
Où il n’y a rien ni personne règne infiniment le-Même
Impensable, la déité du silence ne peut se penser qu’en Dieu
Dieu ne pense que pour panser l’angoisse de son propre silence
Je précède ma naissance, se dit Dieu.
J’illuminerai ma mort
Dès à présent, sans notre
Double-de-silence, rien ne nous survivrait, même pas Dieu en nous
Il y a en tout homme une flamme de silence qui sait ce que son ombre ne sait pas
Seule porte ouverte pour sortir de soi, le silence
Seule porte ouverte pour sortir de la langue, le silence
Et si le poème s’écrivait sans sortir du silence
Présence informelle du silence au cœur de l’homme comme l’art en témoigne au dehors
La musique dans le ruissellement des silences

Le poème en son propre dépassement dans le silence
L’érection sur les sables des tours de silence
Et si l’éblouissement sans forme donnait forme à ce qu’il nous inspire
Dans l’absolu silence où vie et mort coïncident, dans l’absolu silence où personne n’est absolument vivant ni mort, les yeux du vide sont ouverts
Métaphore de nos éblouissements sans nom
Seul et unique levier d’Archimède pour soulever l’univers-du-langage, trouer le tissu des songes ou du monde, s’enraciner dans le mythe du poème ou s’ouvrir à l’Indéterminé : le silence
Toujours le silence est abrupt.
Il n’est réponse à rien et ne répond de rien
Les mots trépassent en lui comme les amants plus loin qu’eux-mêmes dans l’amour
Si le silence est l’envers du langage la poésie est l’endroit du silence
Le vent fou ni l’orage ne troublent les étoiles.
Mais les ombres des mots cachent le feu du silence comme les nuages le soleil
Si le silence est source de la parole où est la source du silence
Et si la dernière porte de la mort s’ouvrait comme une fenêtre aveuglée de soleil
Poésie, fille-mère du silence, son âme sœur et son chant d’amour dans la toute-clémence du néant
L’image-mère de la vie dans un désert d’inconnaissance

Poésie, indéracinable mémoire d’éclairs de silence, traces de brûlure, souvenirs d’éblouissement lisibles dans les balbutiements de la langue
Il y a du silence dans la musique de la langue comme dans l’arbre et la pierre et le feu et le vent, qui l’entend ?
Qui a jamais vu l’informelle substance du silence.
Fertile abîme.
Cordon ombilical du merveilleux
Et si le silence était sans métaphore notre seul transport dans l’infini
L’art n’est pas le seul langage du silence, mais l’univers, l’œil, l’extase et la beauté
Comme des fenêtres ouvertes aveuglées de soleil
Tout fait l’amour à tout instant pour que fleurisse la mort et que grandisse le silence
Aussi l’absolue poésie est-elle l’accueil du silence.
Sa demeure hors les mots en la nuit du dedans-sans-dehors dans l’Indéterminé
Aussi l’absolue poésie échappe-t-elle à l’emprisonnement de la langue, aux épaisseurs de ses murs,  à la fausse profondeur de ses ombres
Aussi l’absolue poésie est-elle aussi virginale aussi silencieuse que la mort toujours présente à la racine aveugle du regard
Notre propre infini nous échappe
La langue ne choisit pas d’être épousée par le silence,
c’est lui qui la pénètre et s’en retire, d’où la silencieuse jouissance
du jaillissement du cri survenant du fond des âges pour y rentrer aussitôt comme une lueur sauvage dans la nuit
Le silence serait à vif si les vivants se voyaient morts
Mâle est l’érection du langage, relative plénitude

Absolue la maternelle vacuité du silence
Imprononçable le mot de l’énigme au cœur de la vie
Indéchiffrable le signe muet de sa présence
Abyssal le songe éternel du regard
Immortelle la part de silence au cœur de l’homme
Quel poète n’est pas écartelé par l’exil de sa langue dans l’éden du silence
Le poème comme instrument du silence dans la musique de la langue
Le silence, dites-vous, est un concept
Et si le concept était un germe issu du silence
Loin d’être la négation de la langue le silence est son double secret, germeintime et matrice infinie
Car du corps-du-silence naît le souffle et du souffle la parole que le sens insensé du silence ensemence
Que sait-on sans mot dire
Par le silence le poète s’efface par la poésie le silence se dépasse
Duplicité du silence, duplicité du poème nous comblent d’incertitude

Proverbes du silence et de l’émerveillement      , Éd. Lettres Vives, coll. Terre de poésie.

Alain Leprest – J’ai peur


montage RC

J’ai peur des rues des quais du sang
Des croix de l’eau du feu des becs
D’un printemps fragile et cassant
Comme les pattes d’un insecte

J’ai peur de vous de moi j’ai peur
Des yeux terribles des enfants
Du ciel des fleurs du jour de l’heure
D’aimer de vieillir et du vent

J’ai peur de l’aile des oiseaux
Du noir des silences et des cris
J’ai peur des chiens j’ai peur des mots
Et de l’ongle qui les écrit

J’ai peur des notes qui se chantent
J’ai peur des sourires qui se pleurent
Du loup qui hurle dans mon ventre
Quand on parle de lui j’ai peur

J’ai peur, j’ai peur, j’ai peur
J’ai peur

J’ai peur du coeur des pleurs de tout
La trouille des fois la pétoche
Des dents qui claquent et des genoux
Qui tremblent dans le fond des poches

J’ai peur de deux et deux font quatre
De n’importe quand n’importe où
De la maladie délicate
Qui plante ses crocs sur tes joues

J’ai peur du souvenir des voix
Tremblant dans les magnétophones
J’ai peur de l’ombre qui convoie
Des poignées de feu vers l’automne

J’ai peur des généraux du froid
Qui foudroient l’épi sur les champs
Et de l’orchestre du Norrois
Sur la barque des pauvre gens

J’ai peur, j’ai peur, j’ai peur
J’ai peur

J’ai peur de tout seul et d’ensemble
Et de l’archet du violoncelle
J’ai peur de là-haut dans tes jambes
Et d’une étoile qui ruisselle

J’ai peur de l’âge qui dépèce
De la pointe de son canif
Le manteau bleu de la jeunesse
La chair et les baisers à vif

J’ai peur d’une pipe qui fume
J’ai peur de ta peur dans ma main
L’oiseau-lyre et le poisson-lune
Eclairent pierres du chemin

J’ai peur de l’acier qui hérisse
Le mur des lendemains qui chantent
Du ventre lisse où je me hisse
Et du drap glacé où je rentre

J’ai peur, j’ai peur, j’ai peur
J’ai peur

J’ai peur de pousser la barrière
De la maison des églantines
Où le souvenir de ma mère
Berce sans cesse un berceau vide

J’ai peur du silence des feuilles
Qui prophétise le terreau
La nuit ouverte comme un oeil
Retourné au fond du cerveau

J’ai peur de l’odeur des marais
Palpitante dans l’ombre douce
J’ai peur de l’aube qui paraît
Et de mille autres qui la poussent

J’ai peur de tout ce que je serre
Inutilement dans mes bras
Face à l’horloge nécessaire
Du temps qui me les reprendra

J’ai peur, j’ai peur, j’ai peur
J’ai peur
J’ai peur


Passagers de la nuit – (Susanne Dereve)


Camille COROT – Clair de lune au bord de la mer

 

 

La nuit dérivait lentement

pas une nuit d’argile ni de mousse

ni de la froide clarté des constellations de Juillet

ni de l’ombre des pins , noire , où balançait le vent

ni du roulement des vagues ou de celui du temps

perdu , éperdu , amassé 

– telles ces piécettes d’or miroitant

sous l’eau des fontaines –

 

 

Une nuit d’étreintes et de baisers

du lourd parfum des pluies d’été

saturé d’humus et de braise 

– sait-on jamais ce que pèse

le poids des mots et des regrets –

 

 

La lune s’était levée ,

paupières closes , lèvres scellées ,

et ses lançons d’argent vibraient sur l’eau 

épousant le flot incertain du courant ,

la gravant en nous comme un sceau

 

 

Passagers de la nuit arpentant les étoiles ,

nous étions deux amants …  

 

 

 

 


Poèmes du Gévaudan – IV (Susanne Derève)


PHOTO-MONTAGE RC

 

 

Les feuilles du marronnier vibrent  du rouge

d’une fin d’été    lie de vin au soleil

effaçant les cuivres de l’ombre

Elles s’effritent sous le doigt

craquent et s’envolent au vent léger

 

Sur le tronc, coquille vide, un escargot

si lent que le temps l’a figé,

et le bois mort au pied de l’arbre

qu’on ne ramasse pas

qu’on ramassera peut-être  

si les mots ne viennent pas

 

et pour peu qu’ils viennent 

ils diront la douce langueur du sommeil

la sueur étoilée des paupières

le timbre d’argent de la lumière

entre les volets clos                                          

son lent chemin jusqu’à l’éveil       

 

et le café qu’on prend au lait  au lit

ou bien dehors près de la treille

aux raisins verts et de l’amphore

abandonnée aux herbes folles

 

d’où naissent les mots incertains 

le doux murmure des  paroles  

sur la joue tendre du matin 

 

 


Thierry Metz – Je ne sais pas si ma place est ici


1984%2520Eric%2520Fischl%2520Portrait%2520of%2520the%2520artist%2520as%2520an%2520old%2520man.jpg

peinture: Eric Fischl – portrait of the artist as an old man –  1984

Je ne sais pas si ma place est ici. Ni ailleurs.
Avec parfois quelque chose d’autre
qui m’entraîne à écrire.
Les gens ont souvent les yeux et les oreilles
inversées ou sans existence.
Ce que je vois n’est jamais complet.
Silence et mots sont nos bûchers.

 

 

texte  extrait  de  « Dolmen « 


Le soleil ne déçoit pas les mots – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "albert marquet algerie"

peinture: Albert Marquet:  contre-jour à Alger

 

Je dépose sur la page quelques mots.
Il n’y a pas d’heure,       pour ces quelques
flocons noirs éclairant le jour à leur façon.

Une promenade les déplace,
trois silhouettes s’en détachent,
le soleil ne les déçoit pas,

( je n’ai pas encore défini leurs ombres
et j’invente du sable sur une plage,
un port exotique qui n’existe pas encore ).

Je les accompagne
de quelques notes de musique;
elles se dispersent sur la rive .

Un rythme me vient.
Je l’accompagne d’une lueur matinale,
comme une incidence portée dans le texte .

Mon langage parfois m’échappe.
–  je suis distrait de mes pensées –
Le bateau est parti     sans que je ne m’en aperçoive.

 

RC – dec 2019


Comme dans tes vers – ( RC )


img_4611-092813.jpg

Comme une grande forêt,
les arbres se cachent les uns les autres.
Je n’en vois que quelques uns,
d’autres se développent
et ont des formes étranges,
des couleurs insolites, ,
et je me perds
dans ses obscurs sentiers.

Comme dans tes vers,
une forêt de mots
où je me fraie
dans les petits espaces
que tu laisses découverts,
et je savoure un univers
en m’y glissant doucement,
et peut-être en m’y perdant.


RC- avr 2019


Parfum – (Susanne Derève)


art 190

Photo Robert Mapplethorpe

 

 

Il suffirait d’un mot

Lait     fleur

enfant   mémoire

 

Il suffirait d’un son

le do nu du dormeur

Et le si de silence

 

Il suffirait la nuit

de franchir le miroir

dans une douce errance

 

de flâner en  chemin

de cueillir dans le noir

une rose sans tain

et dans un vertige soudain

 

il suffirait

d’un mot

qui nous dirait

parfum

 

 

 

 


Un message auquel il manque des mots – ( RC )


 

8114724.jpg

image retraitée: RC – nov  2017

Avec cette atmosphère cristalline,
la nuit s’étirait, lumineuse ,
et je me suis levé,
ne trouvant pas le sommeil.

La lune brodait autour des nuages,
une dentelle claire,
le centre restant opaque et sombre ,
–            une sorte d’omission     – .

( comme si c’était une phrase ,
dont le message était interrompu ) .
Il y manquait des mots ,
et tout le paysage balbutiait.

C’était sans doute juste un oubli ,
tout retrouverait sa place dans les rêves ,
on n’aurait même pas à demander la traduction :
et demain je me souviendrai de tout .

RC – juill 2017

 

Mel Bochner - Rules of Inference.jpg

art: Mel Bochner


Tes mots revenus – ( RC )


 

 

10021mesange  1684_o.jpg

 

J’ai emporté les mots que tu m’as glissé à l’oreille,

je les ai confiés aux ,
afin qu’ils voyagent,
et qu’ils les racontent à leur façon…

Je suis le passeur des phrases, celles qui sont dites,
et celles qui ne le sont pas.
Un jour, comme je l’ai vu,
( ou plutôt, comme je les ai entendus,

les mésanges sont venues frapper à ma fenêtre ) :
c’est qu’elles avaient sans doute
une réponse à me donner, et le récit de ton voyage .
J’ai essayé de l’interpéter à ma façon,

et les mots pensés,
ont ainsi continué leur voyage,
dans ma tête peut-être,
en donnant naissance à d’autres écrits .

C’est que tu parles un peu en moi…


RC – avr 2017

 

(  réponse à Anna Jouy : voir les mots partis )


Lindita Aliu – Le bonheur léger


All photos-fd0058.jpg

photo  lux coacta

 

C’était un amour étrange,
j’étais comme une partie de tous ces hommes sans que jamais
je ne les eusse vus en rêve.
Ils étaient présents, lors même que m’endormait
le murmure rocailleux du temps.
J’éprouvais un bonheur sans poids,
qui menait je ne sais où.
Il ne s’arrêtait que lorsque des arbres ou des nuages lui faisaient obstacle.
Il semait des mots à tous vents, toutes les lettres folâtraient de par le jardin.
Et aujourd’hui je ressens plus fortement l’hiver du jour que le poids de la terre entière.
Il m’ôte le sens de toute chose, en aplatit les raisons sur l’étendue intemporelle de son propre cercle.
Les lettres, désormais, décrochent mes yeux, me trouent le corps.
Ah ! douleur de mes yeux, eux qui autrefois étaient si savants.
Me torture aussi le désir qui ruisselait sur moi,     maternellement,      comme une pluie.

 

Lindita Aliu est une auteure du Kosovo


Alda Merini – j’ai besoin de poésie


Blackmon, Julie (1966- ) - 2012 Olive & Market Street 8640621910.jpg    photo: Julie Blackmon  ( hommage à Balthus : Olive & Market street )

 

Je n’ai pas besoin d’argent.
J’ai besoin de sentiments,
de mots, de mots choisis avec soin,
de fleurs comme des pensées,
de roses comme des présences,
de rêves perchés dans les arbres,
de chansons qui fassent danser les statues,
d’étoiles qui murmurent à l’oreille des amants.

J’ai besoin de poésie,
cette magie qui allège le poids des mots,
qui réveille les émotions et donne des couleurs nouvelles.

 

Alda Merini

Balthus:  le passage  du commerce St André


Guillevic – Carnac 5


 

0 mehnir Kermarquer.jpg

Pas besoin de rire aussi fort,
De te moquer si fort
De moi contre le roc.

De toi je parle à peine,
Je parle autour de toi,

Pour t’épouser quand même
En traversant les mots.


Yôko Ogawa – La formule préférée du professeur


Bronzino 4994435671.jpg

peinture: Bronzino

Tout le monde ne lit pas le même livre.

Les mots ont beau être les mêmes,

ils ne nous parlent pas à tous

de façon identique.


T.S. Eliot – Les mots bougent


Les mots bougent, la musique se déplace
Seulement dans le temps;          Mais seulement ce qui est vivant
Peut seulement mourir.       Les mots, après le discours,se fondent
Dans le silence.                       Ce n’est que par la forme, le motif,
Que les mots ou la musique peuvent atteindre
Le silence,                comme un vase chinois immobile
Remue perpétuellement             dans son immobilité.

T.S. Eliot, Quatre Quatuors (V)

( tentative de traduction  RC )PH_magazine_22_2012_Page_24  Martin Marcisovsky.jpg

 

 

Words move, music moves
Only in time; but that which is only living
Can only die. Words, after speech, reach
Into silence. Only by the form, the pattern,
Can words or music reach
The stillness, as a Chinese jar still
Moves perpetually in its stillness.

T.S. Eliot, Four Quartets (V)


Patricia Cottron Daubigné – Song of skin- III


988657_407193239395975_607873095_n.jpg

Photo – Alison Scarpulla

 

Peut-être la peau n’est pas là
écorchée
pelée

a vif
crue
il n’y a pas de rempart            que caressez-vous dit-elle ?
parfois les mots sont dans les larmes.

 

d’autres  textes  de P C Daubigné, dans pierre & sel  ( croquis, démolition )


Rat de bibliothèque – ( RC )


Afficher l'image d'origine

image  extrait de « Maus »

 

Comment souris-tu,
… – Ignorant
De toutes tes dents ?

En mangeant tout cru
Les encyclopédies :

et tout le travail de l’imprimeur
dont se repaissent les rongeurs
les entrailles alourdies …

Serais-tu, rat de bibliothèque
féru de l’écriture
au point d’en faire nourriture

comme tu le ferais avec
n’importe quelle page

déchiquetant les mots,
comme de l’âme, les maux,
– Il te serait offert comme un fromage :

C’est un repas parfait
à l’abri des reliures :

Çà c’est de la culture :
Cela vaut bien un autodafé !

RC – avr 2016

en écho à Norge:
http://nuageneuf.over-blog.com/article-norge-chere-souris-63855758.html


Alejandra Pijarnik – 5 très courts


Réponses Photo N 186 - Septembre 2007.-- _17 - 4  .jpg

embrassant ton ombre dans un rêve
mes os ployaient comme des fleurs

*


le rebord silencieux des choses
le tu qui parcourt la présence des choses

*


ces yeux
ne s’ouvrent que
pour évaluer l’absence

*


qui m’a perdue
dans le silence fantôme des mots ?

*


des pas dans le brouillard
du jardin de lilas
le cœur retourne
à sa lumière noire

*


Le tracé lumineux des écarts – ( RC )


461881185_ecd27ba59c DU BIST IN DER_O

Se lancer comme un projectile, à travers les espaces,              à la manière d’une fusée destinée à explorer d’autres mondes,           et dont elle ne sait rien encore..

Ainsi les étoiles seraient bien reliées entre elles,      par des fils ténus cheminant de l’une à l’autre,

Ce serait l’équilibre des pensées, reflétées,      ou renvoyées ( une balle au rebond), sur la perpendiculaire d’un mur de verre, invisible, .

Le tracé lumineux fixé dans les écarts, et dont on tire de l’invisible, l’écrire,

( comme un souffle vital que l’on expulse).

Le libre intervalle entre l’immobile, et le moment où court la plume, chantournant les mots.

Toujours en équilibre instable .

Ce serait ainsi que l’on parcourt l’univers

                                ( en le construisant au fur et à mesure ).

RC – mai 2015


Tomas Tranströmer – En mars 79


4257420926_9eea5b6657 snoverkill-1_M

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Las de tous ceux qui viennent avec des mots
Des mots, mais pas de langage,
Je partis pour l’île recouverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots!
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens.
Je tombe sur les traces de pas d’un cerf dans la neige

Pas des mots, mais un langage.»

 

 

(1983), Baltiques.


Gemma Gorga – le livre des procès-verbaux ( 13 )


106-img-1144_DxO

                       dessin – Wilfredo Lam

On pesait le corps quelques instants avant la mort. On pesait le même corps quelques minutes après la mort. Une simple opération de soustraction devait indiquer le poids de l’âme. J’y pense maintenant alors que j’ai le nouveau livre entre mes mains, les mots encore poisseux comme les plumes d’un oiseau
qui vient de naître. Et je me demande si une fois qu’il sera lu il pèsera moins. Comme un corps quand il perd son âme.

 

Pesaven el cos uns minuts abans de morir. Pesaven el mateix cos
uns minuts després de morir. Una simple sostracció matemàtica els
havia d’indicar el pes de l’ànima. Hi penso, ara, mentre sostinc el
llibre nou entre les mans, les paraules encara untoses com les plomes
d’un ocell nascut de poc. I em pregunto si, un cop llegit, també
pesarà menys. Com un cos quan perd l’ànima.
© Gemma Gorga                        ( traduit du catalan par Jep Gouzy)


A tous ces mots, leur peine, leur joie … ( RC )


Typographie #4 : compositions et graphisme ! | Blog du Webdesign:

image: provenance                le blog du web design

 

 

A tous ces mots leur peine,
leur joie, leur vie propre,
et leur coeur battant, même
s’ils sont issus de catalogues d’objets rutilants,
d’anciens grimoires,
souvent cachés derrière des double-sens,
comme protégés par une carapace.

On peut en dénicher en haut des armoires,
dans de lourdes encyclopédies,
… parfois ils s’usent, en désuétude,
si on les prononce plus,
inarticulés.

On peut aller en chercher sous des pierres,
coincés dans des pages jaunies,
ou bien          après une ascension lente,
après l’obstacle d’une pente raide,
portant leur vérité, opaques ou ayant la transparence
d’un cristal de roche ,
gagnés après de lents et patients efforts.

Ils migrent doucement    selon les siècles,
les usages et les modes,
méritent une interprétation,
une traduction,
 — ainsi le bétail suivant les drailles
de transhumance.

S’ils sont à priori      inertes      par nature,
c’est leur association,
comme l’addition de produits chimiques,
qui les rend actifs, porteurs d’émotions,
voire virulents .

Corrosifs, avec la couleur qu’on leur donne,
gonflés d’ intentions allusives ou tendres,
parfois sordides et boueux,
déclamatoires               en longues suites,
officiels               dans de rigides discours,
 démonstrations scientifiques irréfutables.

Si les murs ont des oreilles,
dès qu’ils sont lâchés, ils peuvent,
comme le dit Hugo,       semer la discorde et la haine,
comme de mauvaises graines,
trouvant toujours          à s’accrocher quelque part,
crevant même          le goudron épais des trottoirs.

Comme ils sont prononcés,
ajoute une saveur,
douce ou courroucée  ,
sucrée ou épicée  ,
empruntant la voix parlée,
l’envol         de celle de l’acteur,
jusqu’au réceptacle de l’oreille,
généralement       prête à les accueillir.

Plus aériens               dans ce qu’on nomme poétique ,
ils se chargent d’images,      et permettent à l’esprit
d’envisager           des raccourcis vers l’improbable,
dansant en quelque sorte                        tous seuls…
libérés des contraintes d’ organisation rationnelle,

celui qui les emploie,                  n’en fait qu’à leur fête,
les dissout,                             les recompose à sa guise,
jusqu’à en multiplier les sens
dessine leur aube,                        leur solstice,
et les pare d’ombres,
parfois fantômatiques.

Tout le monde les utilise,
certains              portent un cosmos,
une signification inconnue,
qui a été pensée par d’autres,
sans qu’on puisse  en connaître    l’origine exacte,
même avec le scalpel étymologique ;
>           peu se révoltent .

Je les laisse courir
          au gré de ma plume,
et tout le temps avec bienveillance….
on dirait même        qu’ils choisissent
de s’ordonner
tous seuls,          en ébullition,
association spontanée.

Peut-être            qu’ils me traversent
à la façon de cellules sanguines,
alimentant les pensées,
et sachant s’en détacher,
le moment venu,
–       pour fomenter un texte      -,
( dont je ne suis pas sûr d’en être le seul auteur….)


RC – janv 2016


Mots surgis d’un brouillard épais – ( RC )


Afficher l'image d'origine

                                Peinture:              P Bonnard

J’ai prélevé dans le vocabulaire
que je connaissais,
quelques mots .
Ils se sont disposés, dociles,
sur la page blanche,     comme surgis
d’un brouillard épais,
où la conscience s’est perdue,
et le décor endormi .

Oh ! Rien de bien extraordinaire…
… presque rien…
Quelques essais jetés sur le papier :
une ou deux expressions
qui sonnent ,
accompagnées  du silence   ,
me déportant vers
le jour, qu’ils dissimulaient.

Il faut croire que les phrases
banales,
ne sont que des fenêtres grises,
occultant les pensées.
Tant de gris où tout se brouille,
et les étoiles
quelque part,
au-delà,

qui répondent
seulement si un chant
parvient à s’extraire
d’entre les lignes,
pour donner assez d’élan
à ma plume,
( et que cela soit aussi
un peu de moi. )


RC – janv 2016


Thierry Metz – Se taire


image: montage perso

image:           montage perso

Se taire.
Faire silence pendant des heures. Non pour se taire mais pour qu’il y ait à nouveau une rencontre de mots, un apaisement du langage, la présence d’au moins quelqu’un en l’absence de tous. Il n’y a souvent que peu à dire. Car même si l’on connaît la maison, on ne sait pas où est allé l’habitant.

extrait de  « l’homme qui penche« 


Garous Abdolmalekian – Chaque mot


peintures: Adolf  Gottlieb

peintures:    Adolf Gottlieb

 

Chaque mot 
n’est qu’un piéton qui passe

Peu importe lequel
Nous écrivons seulement sur les vitres embuées
Pour faire apparaître
La forêt par-delà la fenêtre.

 



Nos poings sous la table,   (ed  B Doucet )

 

each word
is just a pedestrian passing

No matter which .
We write only on steamy windows
To bring up
The forest beyond the window   .