voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “moules

Pierre Garnier – Jean-Louis Rambour – Ce monde qui était deux


img779 -Still life  with omega paper flowers.jpg

 

peinture  Duncan Grant –       Still life with omega paper flowers

Chacun portait sa croix, laissait sa croix,
la table était couverte de fenêtres qui donnaient
sur d’autres parties du monde –
l’idée que se faisait du monde l’escargot
n’était pas la même que celle d’une huître
« autant de coquilles, autant de monde », pensait l’enfant.
nous, les enfants de la guerre, quand nous
écrivions un poème
c’était avec le compas,
nous enfoncions la pointe sèche dans la chair,
et la mine douce, dont nous pouvions effacer le
trait,
faisait la carte du ciel où elle ne marquait que
les étoiles
nous, les enfants de la guerre, nous avons vécu
en papillons
pour échapper aux bombes le mieux était encore
d’être papillon,
et nous laissions notre écriture en grandes
taches blanches sur les feuilles

notre écriture était de nature
celle du poème
qui est vague feuille fleur grenouille,
notre écriture se déposait :
écailles des ailes de papillon et pollen

quand nous écrivions le poème sur une feuille,
ce que nous marquions c’étaient nos doigts,
notre main, notre poing,

c’était ce point acéré, dur, aigu, percé
qui marquait le centre du monde

nous, les enfants de la guerre, avons échangé
l’homme et sa mort
contre la vie des moules et des huîtres
et nous sommes restés dans la mer

notre écriture, ce fut longtemps de la craie sur les doigts.

 

texte paru aux éditions  des vanneaux


Patrick Cintas – tic-tac somnambule


Image associée

 

Dans leurs molles longueurs

Encerclées de minutes

Les cadrans de nos cœurs

Sont des montres hirsutes

Les aiguilles en escrime

Se défendent pas mal

Et piquent de leurs rimes

Identiques notre mal

Mal d’amour malhonnête

Maltraité mal pensé

Malaxé sans arrêt

Dans des moules à galettes

 

Le tic-tac somnambule

La chanson trop chantée

Le tempo sans recul

Sur l’impuissant passé

Fixent toutes nos chances

Dans un mouchoir trempé

D’indifférence vraie

D’intolérance rance

 

Il n’est point de médaille

Pour ce combat injuste

Le sort est qu’il se traille

La meilleure part du buste

Le tricorne de la gloire

Empereur éternel

Sur la nature dont l’art

Est de mourir sénile

Militants acharnés

Durant toute une vie

Du bonheur échappé

Par mélange de l’esprit

 

Le tic-tac somnambule

La chanson trop chantée

Le tempo sans recul

Sur l’impuissant passé

Fixent toutes nos chances

Dans un mouchoir trempé

D’indifférence vraie

D’intolérance rance

 

Et le cœur trop petit

Au cadran bien trop grand

Se déchire p’tit à p’tit

Aux aiguilles contretemps

Si l’amour propre et pur

Peut y mettre son trône

L’éternité s’ra sûre

D’être notre personne

Sur les rives désertées

Dans les ports asséchés

Renaîtront les amants

Et la barque du temps

 

Le tic-tac somnambule

La chanson trop chantée

Le tempo sans recul

Sur l’impuissant passé

Fixera nos limites

À savoir que l’on est

À savoir qu’on mérite

Puisqu’éveillé d’aimer

 

 

 


Talmont, sentinelle ( RC )


 

photo perso – reliefs-sculptures –                 tympan de l’église Ste Radegonde     de Talmont .         Gironde

 

Les sculptures romanes sont en patience
Et les  fleurs  se redressent

Au temps   suspendu …
Gris-vert  de  marée montante

Aux saveurs d’Atlantique
Sentinelle de Gironde

Talmont peut l’attendre,
Ce vent venu du large

Essaims de moules
Recouverts d’écume

RC–  14 et 15 juillet  2012