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Articles tagués “muette

Anise Kolz – tout perdre


 
cellules   épiderme grenouille.jpg

 

Aimer

c’est être mortel
et lutter contre
avec toi

pénétrer dans ta chair
en nageant
m’y mordre
et me posséder
tout perdre
pour continuer
à vivre
dans une peau
humide et calme
comme une grotte

Me voilà parvenue jusqu’ici
maintenant je rebrousse chemin
ma voix en cage
muette

 


Michael Glück – sous un ciel clouté


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dessin OkArt

 

 

la nuit est tombée
bivouac
un homme s’est endormi

sous un ciel clouté
il dort

dans sa tête une volière
drôles d’oiseaux
qui ne chantent pas
espèce muette
toujours porte-parole
souvent muette

 

 

extrait du recueil de M Glück  »  l’échelle »


la vibration d’un gong, un arrière plan de toile – ( RC )


 


C’est  comme  la vibration d’un gong  :  cela frissonne,
puis cela frémit, dans un froissement qui monte en puissance,
En s’amplifiant  jusqu’à la parole délivrée  de l’étain.
Un point critique  nait de la  rencontre de la mailloche et  du disque  de métal.
Un germe  du sensible :      Un geste  le précède.

Mais  le son qui s’en extrait, cache  son envers,  sa mutité,
sa  « face silencieuse », en quelque  sorte , dans l’objet.
Celui -ci pourrait être  joliment  décoratif,
mais sa matière, sa forme, recèle en puissance  le son.
Même lorsqu’il est silencieux.

Et pour une peinture, c’est  parallèlement, la rencontre  des formes,
des couleurs  et des contrastes,  qui révèle
de la toile  « silencieuse », les dialogues  de la lumière  avec l’ombre,
de la matière même  du geste  de peindre,
et ce qui fait la personnalité  de son auteur.

Cet arrière plan de toile, entend les soleils,
écoute les matins blêmes, et retransmet, comme  le gong, dès  qu’on la regarde,
ce frissonnement des éléments « dans un certain ordre agencés ».
Cachée,  elle peut, comme  un instrument  de musique, demeurer muette,
ses potentialités ne  s’éveillent que  sous la caresse du regard.

RC –  avr 2015


Elle chante, la bouche muette – ( RC )


photo : Corey                           photo :         Corey Goldberg
Elle chante,
La bouche muette,
Mais  elle  chante .
Il y a , bien au-delà des morts,
La continuité  du temps,

Il se poursuit en silence,
Comme se fendille la pierre,
…  et n’avoir plus d’yeux pour pleurer,
Ne dit pas,           pour autant,
Fermer son regard sur l’avenir.

RC

– janv 2015

 

she sings,
The dumb mouth,
But she sings.
There is,    beyond the deads,
The time’s continuity,

It continues in silence,
As crazes the stone
… And have no  more eyes to cry,
Does not means,  so far,
Close his eyes on the future.


Claude Vigée – Les pas des oiseaux dans la neige


photo de cieletespacephotos.fr

 

Les pas des oiseaux dans la neige

 

Deux étoiles filantes

sur la montagne obscure :

déjà leur cœur de braise

agonise et s’éteint  .

Que reste-t-il de nous

quand le temps se retire ?

à peine une buée, ce souffle qui s’efface

sur le miroir brisé   .

L’œil ne suit que la trace

du vent dans les nuées;

Et pourtant nous y danserons,

chanteurs au bec léger,

crânes d’oiseaux en fête

aux frêles osselets

déjà remplis de rien :

un peu de cendre blanche

sur la langue muette  .

 

D’autres  textes  de Claude Vigée  sont  visibles   dans le site  « recours au poème »

voir  également  l’article  qui célèbre le fait que C Vigée  remporte  le prix national de poésie 2013.


Quelle est la mémoire des pierres ? – ( RC )


pierres du musée lapidaire:                         photo ville de Narbonne

 

 

Quelle  est la mémoire des pierres,

Celles qui se cachent  sous la mousse,

Aux traces  noires incendiaires,

Sous le lierre qui repousse ?

 

Des  siècles  traversés

Qui se souvient, des hommes trépassés….?

Peut-être les statues renversées,

Aux bras mutilés et  têtes fracassées …

 

La mémoire des pierres attend,

Derrière de nouveaux murs,

De l’histoire, les mouvements,

Les révoltes  et les  fêlures…

 

Les combats  et les guerres,

Les armées en déroute,

Nous parlent  des hiers,

Jusque dans les  voûtes.

 

Portées en arabesques,

Par des colonnes massives,

Et la peinture écaillée des fresques,

Sous d’autres perspectives,

 

D’autres  époques et manières de vivre,

Recouvrant églises et temples,

Telles les pages  d’un livre,

Ouvertes à celui qui les contemple.

 

La mémoire des pierres s’mprègne du temps,

Et  du labeur des hommes, la trace

Même parfois teintées de sang,

Indifférentes  aux ans qui s’entassent.

 

Elles sont comme des sentinelles,

Tout au sein de leur masse,

Une part d’éternel,

Alors que les hommes passent.

 

Les dressant comme un défi, debout

Contre le soleil et la tempête…

Elles parlent encore de nous,

Offrant au futur,le récit de leur parole muette.

 

 

RC –  juin  2014


Je ne sais plus parler le langage des songes – ( RC )


gravure maritime  ancienne -  extraite de manuscrit

–                           gravure maritime ancienne – extraite de manuscrit

Je ne sais plus parler

Le langage des songes,

Et les partager avec toi,

C’est une vague,

Elle déferle, lointaine,

Et mélange ses images,

Vue aux lointains,

La vague des rêves,

Une parmi d’autres,

Se fond en léger frisottis,

A la surface des océans.

C’est vrai, il faudrait plonger,

Dans les profondeurs,

Pour suivre les courants,

Et les bancs des poissons.

Ces poissons de rêves,

Que tu chevauches peut-être,

Vers des horizons sous-marins :

Il ne serait pas question

D’en parler, ou seulement,

De façon muette,

Ce serait alors,

Sous les remous,

Sous les bateaux,

Notre façon de traverser,

Les étendues d’eau,

Les étendues de mots,

Et l’on décrirait sans le dire,

Toutes les couleurs,

Des coraux,

Qui peuplent notre esprit.

RC- 5 décembre  2013 bowlsuite-c


Camillo Sbarbaro – Tais-toi, âme lasse d’être heureuse


montage perso

      montage perso,       août 2013

 

Tais-toi, âme lasse d’être heureuse
et de souffrir –vers l’un et vers l’autre tu vas résignée-
J’écoute et m’arrive une voix tienne.
Pas celle des regrets pour la misérable
jeunesse, pas celle de colère ou de révolte
Pas même celle de l’ennui

Muette

Tu gis, le corps dans indifférence
Désespérée.

Nous ne serions pas surpris,
N’est-ce pas, mon âme, si maintenant
Le cœur s’arrêtait, si notre souffle
était coupé.

Au contraire nous marchons.
Et les arbres sont des arbres, les maisons
sont des maisons, et les femmes
qui passent sont des femmes, et tout est
ce qu’il est.

L’alternance de joie et de douleur
Ne nous touche pas. Elle a perdu la voix
La sirène du monde, et le monde est un grand
désert.

Dans le désert
avec des yeux secs je me regarde.

Camillo Sbarbaro


La silhouette d’un aujourd’hui qui n’est plus ( RC )


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doc image:      Paulina Otylie Surys –  La Jeune Fille et La Mort – SIMONE magazine,

Dans l’ombre muette des arbres,

La silhouette d’un aujourd’hui qui n’est plus,

A la robe de soie rouge qui l’entoure

Cendrillon troque ses souliers ,     las

Contre des escarpins           de cristal,

Pensant voler quelques éclats de lumière

Au prestige d’un soir,

Qu’on ne peut pas  retenir,

>    Pas plus que les rêves,

          Dissous par le matin.

Les escarpins      pris par les racines,

Aussi ,         soustraits par le chemin

Et la glaise fade, molle, sous le soir,

Dialogue    avec un peuple d’épines,

Se parant ,      de lambeaux de soie,

Dont ne parle plus              le rouge,

>         Maintenant avalé par la nuit.

 –

RC   – 18 mai 2013


Astrid Waliszek – Tu dors ?


Tu dors ?

Les mots ricochent et se perdent dans la nuit
– Tu dors ? elle dit, puis se lève
chercher l’écho d’un sourire sous la pluie
se souvenir d’un petit bout de rêve
Imagine – cette fin serait un début
On dirait qu’on ne s’est pas connus
Entre hier et demain elle est nue
Ne sait pas, ne sait plus
C’est encore loin, demain ?
L’aujourd’hui tremble dans ses mains
A retenir ce qui n’est déjà plus
Les souliers à la main, elle s’enfuit
Court rejoindre un autre lit.
Une autre ombre est là, muette – Tu dors ?

Astrid Waliszek ©

© Chapala Dmitry
on peut retrouver les beaux textes  de Astrid Waliszek, sur le blog « les égarés »,  dont la visite est fortement conseillée…