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le prunier touchera bientôt terre – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "mondrian arbre"peinture : Piet Mondrian

 

Les nuages ruent
à la façon de chevaux se cabrant
sur le soir qui s’en va
et se brodent d’or.

Si c’est l’agonie du jour
et le vent debout
          tout semble se confondre
dans des bribes d’histoire

comme des photos
virant au sépia
         les oiseaux décrochés
d’un ciel en grumeaux.

L’herbe ici;      venue en premier plan
importe plus que les murailles
de la ville et les néons
                clignotant .

C’est une question de mise au point
             le proche et le lointain
ne se mettent pas d’accord
— peut-être le photographe

a regardé au plus près
le jardin
qui se laisse aller .
Les buissons ont débordé

             sur les allées
les lourds arrosoirs
ont cessé leur ballet
à la mort du grand-père

le prunier mal taillé
s’est penché pour soupirer
sous les premières pluies d’automne ;
il touchera bientôt terre.


RC – août 2017


Andrée Chedid – Il y a des matins


Bela Kadar - 9p.jpg

peinture: Bela Kadar

 

 

Il y a des matins en ruine
Où les mots trébuchent
Où les clefs se dérobent
Où le chagrin voudrait s’afficher

Des jours
Où l’on se suspendrait
Au cou du premier passant
Pour le pain d’une parole
Pour le son d’un baiser

Des soirs
Où le cœur s’ensable
Où l’espoir se verrouille
Face aux barrières d’un regard

Des nuits
Où le rêve bute
Contre les murailles de l’ombre

Des heures
Où les terrasses
Sont toutes
Hors de portée.

In « Par-delà les mots »


l’épaisseur des murailles – ( RC )


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Ce sont des sombres bastilles,
bâties de pierres lourdes,
refermées sur la peur,
aveugles aux terres promises,
qui pourtant les entourent.

Pas de fenêtres ouvertes  sur elles,
ni sur les autres,
juste des meurtrières
qui enferment d’abord la joie,
et finissent isolées sur leur promontoire.

L’épaisseur des murailles,
désaffectées, en désaffection
n’a pas plus de prise sur les rêves,
qu’une fragile  coquille,
un frêle esquif sur l’océan.

RC- nov 2015


Bassam Hajjar – tu n’es rien et ta parole est passagère


Adolph Gottlieb, Sounds at Night, 1948: peinture :        Ad Gottlieb –  sons  dans la nuit   1948

 

Ils ne s’appellent pas des tombeaux car personne n’y repose

de simples signes

celui qui passe, rapide dans sa voiture, tourne la tête vers eux

ou bien celui qui marche à côté d’eux,
distrait,

pas d’arbres hauts et plaintifs pour les entourer et les ombrager
pas de pierres debout
pas de noms
pas de murailles •
pas d’insignes
pas de sentiers.

Edifice d’un passage fugace ..
lorsque tu passes à côté de lui en t’éloignant
il s’amenuise doucement avant que le carrefour ne le dérobe

à tes yeux

avant que ne te dérobe à ses yeux
le carrefour.

Tu n’es rien
et ta parole est passagère, comme toi,
parmi des gens de passage

c’est pourquoi
je parle de moi,
moi,
qui ne passe pas souvent
dans ton horizon.

 

extrait de   « tu me survivras  » ( Actes Sud )


Le rêve du bâtisseur ( RC )


Il y a toujours dans notre tête,
Le rêve du bâtisseur,
Qui commence dès qu’on s’assure,
En mettant un pas devant l’autre,
…L’équilibre est trouvé
On ne peut rester sur place,
Et attendre que le temps passe.


Une défaîte de l’abîme
Le défi oriflamme
Inverser l’ordre
Et la pesanteur,
Posant maladroitement
Un objet sur un autre,
Une pierre sur l’autre.

Puis conjuguer les efforts,
Assembler ce qu’il faut
Pour conjurer le sort
Et élever dans les siècles
Pyramides et cathédrales,
Quittant peu à peu le sol,
Les murailles qui se dressent…

Au défi qui se joue
La pensée qui décolle
Au grand bec d’acier
Jusqu’à la girouette
Chaussant l’azur
En démesure,
Tout contre le soleil.

RC –   7 mars 2013


Bassam Hajjar – voyages et funérailles


fantasy_islands_fa09_015

 

 

 

 

Il n y a personne ici,
et ici
on n’appelle pas les tombeaux même
habités par les morts ceux
que les voyageurs laissent derrière eux tombeaux

mais points de repère
pour des voyageurs qui passeront par là
après eux
et laisseront à côté

une gourde, des vivres, des couvertures, et des traces de pas.

les Processions vers eux ne s’appellent pas funérailles
mais voyages,

les tombeaux au bord de la route
-mêmes inhabités ne
appellent pas tombeaux
mais mausolées.

(Comme si se présentait l’étranger, le passant, et laissait a
côté d’eux un foulard, un châle, un mégot, ou un caillou qu’il
choisit soigneusement comme souvenir, et puis qu’il jette sur
le tas de graviers et de pierres non pour laisser une trace mais
pour l’effacer car ni le mausolée n’est un point de repère, ni le
caillou ni l’étranger.)

Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte. Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table. Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes, les numéros de téléphone,

les adresses postales, la note de l’épicier, la facture
d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons
à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de
dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

ils ne s’appellent pas des tombeaux car personne n’y repose

de simples signes

celui qui passe, rapide dans sa voiture, tourne la tête vers eux

ou bien celui qui marche à côté d’eux,
distrait,

pas d’arbres hauts et plaintifs pour les entourer et les ombrager
pas de pierres debout
pas de noms
pas de murailles •
pas d’insignes
pas de sentiers.

Edifice d’un passage fugace ..
lorsque tu passes à côté de lui en t’éloignant
il s’amenuise doucement avant que le carrefour ne le dérobe

à tes yeux

avant que ne te dérobe à ses yeux
le carrefour.

Tu n’es rien
et ta parole est passagère, comme toi,
parmi des gens de passage

c’est pourquoi
je parle de moi,
moi,
qui ne passe pas souvent
dans ton horizon.

 

 

extrait final de  « tu me survivras »              ed  Actes/sud  2011