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Mokhtar El Amraoui – miroirs


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sculpture Gloria Freedman

Miroirs
A ces songes de la mer dont les vagues colportent la rumeur

Ô miroirs !
Engloutissez, donc, ma mémoire,
Dans vos veines de tain et de lumière.
Là-bas,
Dans le jardin des échos,
Arrosé des plaintes des vagues,
Je dévalerai la plaine de l’oubli
Où j’ai laissé fleurir un coquelicot,
Pour ma muse
Qu’un peintre agonisant a étranglée.
D’elle, me parvient
Le parfum ensanglanté
De toiles inachevées.
C’est dans le lait de ses rêves
Qu’ont fleuri le cube et la sphère.
Ô interstices du monde !
Laissez-moi donc percer
Ses inaudibles secrets !

©Mokhtar El Amraoui


Muse à musée (RC )


Sculpture antique  - Metropolitan Museum of Art  N Y C

Sculpture antique –        Metropolitan Museum of Art       N Y C

La muse reste tranquille,

Enveloppée de sa tunique,

Geste antique de pierre

Egarant ses couleurs d’un oeil si lointain,

 

Qu’un rectangle de lumière, étalé sur le sol,

Ose une caresse blanche,

D’un doigt de soleil,

Désignant du marbre, la cuisse,

 

Et la rondeur des heures,

Puis les ors des cadres,

Lourds, de scènes bibliques,

des tableaux vernis.

 

Un ange joufflu, peint au plafond,

Observe d’un oeil repu,

La progression lente,

D’un visiteur attardé,

 

Penché sur les étiquettes,

Et dont les souliers vernis

Répondent aux cracs du parquet

Sans pour autant réveiller,

 

Le gardien endormi.

RC- 28 mai 2013


Alda Merini – folie


montage perso- 2012

montage perso- 2012

 

 

Folie, ma grande jeune ennemie,

il fut un temps où je te portais comme un voile

sur les yeux, me découvrant à peine.

je me suis vue dans le lointain ta cible,

et tu m’as prise pour ta muse ;

lorsqu’est venue cette chute de dents

qui m’endolorit encore parmi les dépouilles,

tu as acheté cette pomme de l’avenir

et m’as donné le fruit de ton parfum.

 
Follia, mia grande giovane nemica,

un tempo ti portavo come un velo

sopra i miei occhi e mi scoprivo appena.

Mi vide in lontananza il tuo bersaglio

e hai pensato che fossi la tua musa;

quando mi venne quel calar di denti

che ancora mi addolora tra le spoglie,

comprasti quella mela del futuro

per darmi il frutto della tua fragranza.

 

Vuoto d’amore, Einaudi, 1991

 


Journée immobile ( RC )


peinture: Franticek Kupka

peinture: Franticek Kupka

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La muse est malade

Conduit un astre ,pâle

Couleur de fiel

En coulures de miel

Une vague d’argent déferle

En un éclair, pareil

Confisque un soleil

D’or et de perles

La lune reste fade,

Une journée lointaine, râle

Laissée en rade

Aux couleurs sales

Les navires sont immobiles,

Se découpent en nombre

De coques sombres

Tout près de l’île.

Ma terre est encore si lointaine

Quand je revois son éclat

Malgré le soleil là;

Si las – et la route qui y mène.

RC  –   30 septembre 2012


Anna Akhmatova – Pourquoi te déguises-tu ?


Dessin encre de P Alechinsky: tête de lion

 

 

Pourquoi te déguises-tu

En vent, en pierre, en oiseau ?

Pourquoi me souris-tu du ciel

Comme un éclair inattendu ?

Cesse de me tourmenter ! Ne me touche pas !

Laisse-moi à la gravité de mes soucis …

Un feu ivre passe en vacillant

Sur les marais gris desséchés.

La muse dans sa robe trouée

Chante d’une voix traînante, monotone.

Sa force miraculeuse

Est dans son angoisse cruelle et jeune.

 

 

Anna Akhmatova