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Norge – Petit clairon


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Petit clairon de modeste note
Tu t’égosilles dans le matin,
Dis-moi, petit clairon de parlote
Dis-moi pourquoi tu as du chagrin.

Dis-moi pourquoi, clairon de faubourg
Ton fa dièse a tant de détresse,
Dis-moi si c’est le nord qui te blesse
Ou si ton mal est un mal d’amour.

Petit museau musant grêle et froid,
Comment fais-tu pour chanter en berne
Et pour jeter de si peu de voix
Tant de clairon sur tant de caserne ?

Tu te plains trop dans la noire cour,
Petit clairon de petite race.
Dis-moi si c’est le nord qui te glace
Ou si ton mal est un mal d’amour ?

NORGE « Le Gros gibier » (Seghers)
Intermezzo

 


Andrzej Zaniewski – Mémoires d’un rat


Afficher l'image d'origineextrait de son ouvrage  : mémoires  d’un rat

 

Devant la porte ouverte d’une boulangerie, des gens debout gesticulent, pointent le doigt, sifflent, émettent des bredouillements informes.
La petite rate est énervée, désorientée, aveuglée.

Elle pourrait très facilement se glisser sous la porte qui ferme la cour du côté de la rue.
Mais c’est de là que vient l’horrible vacarme des voitures, des pas, des conversations.

Aussi recule-t-elle avant même d’avoir atteint la fente entre le panneau de fer de la porte et le béton.
Dans la cour, il y a des poubelles.
Elle essaie de se cacher derrière l’une d’entre elles.

Un homme en blouse blanche s’approche et donne un coup de pied dans le container en tôle.
Effrayée, la petite rate sort de sa cachette et détale vers la pompe, au milieu de la cour.
L’orifice d’écoulement se trouve dans un petit creux, mais il est fermé par une épaisse plaque grillagée.
La rate, apercevant de loin cette surface brune, a dû croire qu’elle pourrait se glisser à l’intérieur.
Elle se presse contre la plaque dure, elle mord, elle griffe,
elle enfonce son museau dans les trous.
En vain. Le passage est bouché, l’accès impossible.
A travers les trous, elle distingue l’obscurité humide de l’égout, un monde familier, connu, rassurant.
Un homme approche, débraillé, la blouse flottant au vent, bruissante.
De son bonnet dépassent de longs cheveux blonds.
Il ricane, piaille, halète, émet des sifflements et des gloussements.
Il approche encore. La petite femelle se blesse les gencives contre le métal,
elle saute, elle se tapit, elle tremble de peur.
L’homme est tout près, il tient dans la main une bouilloire fumante.
Il la soulève, très haut, le soleil se reflète dans l’aluminium comme dans un miroir.
Les sons deviennent de plus en plus forts.
Un torrent d’eau bouillante se déverse sur le dos de la petite femelle.

Elle essaie de fuir. En vain.

La voilà qui tombe, culbute, s’enroule sur elle-même, se tord.
L’eau ruisselle sur son ventre.
Un cri perçant, qui vrille les oreilles.
Un flot d’eau lui pénètre dans les narines.
Le cri faiblit, s’éteint.
L’homme pousse la rate avec son pied, se penche, vérifie.
Il la saisit par le bout de la queue, entre deux doigts, et l’emporte vers la poubelle.
Il soulève le couvercle et la jette dedans.
Je me retourne, je rampe sur le sol froid, je fuis.

Vers le nid, le trou, les ténèbres.

 

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Claude Chambard – le chemin vers la cabane – 02


peinture – Julien Descossy

j’ai scruté le ciel
a la recherche des nuages de pluie
une chauve-souris a traversé la pénombre
les constellations de l’été apparaissaient lentement
le chien a frotté son museau contre ma main
il n’y avait pas un bruit dans la maison
Grandpère disait que ce sont les fantômes
qui font grincer les planchers & les armoires
c’est sans doute pourquoi
je n’aime ni les maisons ni les meubles neufs
j’ai besoin de l’âme des anciens
ils ne me racontent pas leurs histoires
non mais ils me disent que je ne suis pas
seulement un rebut
et que nous avons besoin les uns des autres
pour comprendre un peu
ce qui devient la vie
(un fil)

 

 

———

et une  citation courte de C Chambard, que je viens  de trouver:

 

 » la porte du paradis
est condamnée
faute de clef  «