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Nicolas Granier – Brèves de poésie ( sur textes de RC )


Nicolas Granier, dans ses émissions régulières « brèves de poésie », vient de faire lecture de trois de mes écrits qui ne sont pas encore publiés ici… c’est l’occasion d’écouter une belle interprétation orale , puisque la plupart des textes sont conçus de façon à porter la musique des mots, comme s’il s’agissait d’une partition….

( qu’il en soit remercié )

Voir le lien Youtube me concernant

comme celui sur les textes de Susanne

« ainsi se jouent les jours » peinture acrylique R Chabrière

Ouverture en musique ( pour Apollon musagète )- ( RC )


dessin Raphaël – Apollon

Ouverture en musique,
uniquement en sépia ;
la statue antique
donne toujours le « la »…


Nous attendrons d’ Apollon
une harmonie céleste,
en imitant son geste
avec ou sans violon.


De ce dessin très classique,
qui semble inachevé
on pourrait écouter résonner
ses harmoniques,
– découvrir sur ces entrefaites
la composition de Stravinsky
convoquant une mélodie
pour « Apollon musagète… »


Lasse Söderberg – Petite ascension


Dans mon errance à travers le pays de l’aube, j’arrivai là où les feuilles jaunies tourbillonnent et se rassemblent enfin pour renaître. Là s’élevait un bâtiment merveilleusement élastique, sans poutre de soutènement ni rempart, une espèce de cape sans barreau, qui ne reposait pas directement sur le sol mais plissait par-dessus comme une musique bleue. Déposant mon fardeau terrestre, je restai interdit. Quels battements d’aile ! Que de cous tendus ! Que de cris verdoyants ! Un instant j’ai cru aussi me métamorphoser et m’envoler avec les feuilles et danser avec elles avant que, portées par un heureux hasard, elles viennent parer les arbres de leur chant.

extrait des « nouvelles de Thésée  » du recueil « langue étrangère » ( écrits réunis par J Clarence Lambert ) ed de la Différence


Walt Whitman – Fière musique de la tempête


collage Susannadame

Ah d’un petit enfant, Tu sais comment pour moi tous les sons sont devenus de la musique, La voix de ma mère dans une berceuse ou un hymne,
(La voix, O voix tendres, voix aimantes de mémoire, Dernier miracle de tous, O voix la plus chère de ma mère, sœur, voix;)

La pluie, le maïs en croissance, la brise parmi le maïs à longues feuilles, Le surf de mer mesuré battant sur le sable, L’oiseau qui gazouille, Le cri aigu du faucon,
Les notes des oiseaux sauvages la nuit comme volant bas migrant vers le nord ou le sud, le psaume dans l’église de campagne ou au milieu des arbres en grappes, la réunion de camp en plein air, le violoniste dans la taverne, la joie, le chant de marin à longue haleine, Le bétail bas, le mouton bêlant, le coq qui chante à l’aube.

Toutes les chansons des pays actuels résonnent autour de moi, les airs allemands d’amitié, de vin et d’amour, les ballades irlandaises, les joyeux jigs et les danses, les parures anglaises, les chansons de France, les airs écossais, et le reste, les compositions inégalées d’Italie.
À travers la scène avec une pâleur sur son visage, mais une passion sombre, Stalks Norma brandissant le poignard dans sa main.
Je vois la lueur artificielle des yeux des pauvres fous de Lucia, Ses cheveux le long de son dos tombent et se décoiffent.
Je vois où Ernani marche dans le jardin nuptial, Au milieu du parfum des roses nocturnes, radieux, tenant sa mariée par la main,
Entend l’appel infernal, le gage de mort de la corne. Aux épées croisées et aux cheveux gris dénudés, La base électrique claire et le baryton du monde, Le duo de trombones, Libertad pour toujours!

De l’ombre dense des châtaigniers espagnols, Par les murs anciens et lourds du couvent, une chanson gémissante,
Chant d’amour perdu, le flambeau de la jeunesse et de la vie éteinte dans le désespoir, Chant du cygne mourant, le cœur de Fernando se brise. Se réveillant de ses malheurs enfin chanté, Amina chante,
Copieuse comme des étoiles et heureuse comme le matin, allume les torrents de sa joie. (La femme grouillante vient, L’orbe lustre, Vénus contralto, la mère en fleurs, Sœur des dieux les plus élevés, le moi d’Alboni que j’entends.)

il s’agit d’une partie du texte ( partie 3 ) – qui en comporte plusieurs…


Arcs-en-ciel – (Susanne Derève) –


Miguel Barcelo – Diluvio

.

Lumineuse est la vie  qui trace

de ses pinceaux de joyeux arcs-en-ciel

sur l’eau après l’orage

              ***

Mais j’ai vu  ce matin

à même le trottoir

sur le pavé luisant de l’averse

des hommes de carton

qui disent les chiens ont faim

.

Les chiens ont faim et les hommes se taisent

les chiens aboient   les voix s’aigrissent 

dans le cliquetis des chaines

Les hommes ont soif et les chiens traînent

des laisses inutiles

              ***

Que tout semble soudain dérisoire

de ce qu’on emporte avec soi

petites joies enrubannées

dans leurs pochettes de papier

chinées aux vitres lumineuses

aux enseignes dorées

douces fanfreluches de l’insouciance

innocentes peluches

              ***

Innocentes ?  Souviens-toi 

pareil à une pendule cassée

qui indiquerait obstinément l’heure

de l’éternelle enfance

ton vieil ours

dans le fauteuil de moleskine rouge

spectateur contraint  des années                                                         

              ***

Un paradis perdu l’enfance

S’en dépouiller , c’est comme un jour chuter

de l’arbre et ne plus pouvoir y grimper

Hâtons-nous, de faire provision de tendresse

               ***

Je nouerai les bras autour de ton cou

Dérobe-moi au monde

Ce soir, je ne veux  plus rien savoir

de la souffrance

Main dans la main elles vont

misère   douleur   souffrance

gâter la joie des gens heureux 

               ***

Eux qui n’ont pas d’histoire

J’en avais une pourtant à raconter

dont tu étais héraut

le pinceau à la main

– la valse des couleurs disais – je –

Tu savais peindre des musiques

le blanc velours du piano

et le bleu fluté des trompettes

le feu étincelant du saxophone

et le sombre rubis des cordes    

                                    

Big band – la dernière note ?

un habit d’Arlequin

un rire clair de Comedia del arte

               ***

Mais le  réveil du premier train

est d’un gris sale d’avant  le jour

coulant traîtreusement à travers les persiennes

dans le long chuintement des rails

Où auront-ils dormi ceux du trottoir 

sous la pluie fine

dans quelle noire encoignure de porte ?

               ***


James Joyce – musique de chambre – XVI


photo Sylvia Alessi

XVI

Dis adieu, adieu et adieu,
dis adieu à tes jeunes jours,
Vient te séduire l’Amour joyeux
et courtiser ton jeune atour –
le corsage ornant tes façons,
Le filet sur tes cheveux blonds.

Quand tu entendras son nom porté
par les trompes du chérubin,
Pour lui commence à libérer
tout doucement ton jeune sein
Et défais doucement le filet
qui marque la virginité.

XVI


Bid adieu, adieu, adieu,
Bid adieu to girlish days,
Happy Love is come to woo
Thee and woo thy girlish ways –
The zone that doth become thee fair,
The snood upon thy yellow hair,

When thou hast heard his name upon
The bugles of the cherubim
Begin thou softly to unzone
Thy girlish bosom unto him
And softly to undo the snood
That is the sign of maidenhood.


Le soleil ne déçoit pas les mots – ( RC )


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peinture: Albert Marquet:  contre-jour à Alger

 

Je dépose sur la page quelques mots.
Il n’y a pas d’heure,       pour ces quelques
flocons noirs éclairant le jour à leur façon.

Une promenade les déplace,
trois silhouettes s’en détachent,
le soleil ne les déçoit pas,

( je n’ai pas encore défini leurs ombres
et j’invente du sable sur une plage,
un port exotique qui n’existe pas encore ).

Je les accompagne
de quelques notes de musique;
elles se dispersent sur la rive .

Un rythme me vient.
Je l’accompagne d’une lueur matinale,
comme une incidence portée dans le texte .

Mon langage parfois m’échappe.
–  je suis distrait de mes pensées –
Le bateau est parti     sans que je ne m’en aperçoive.

 

RC – dec 2019


James Joyce – musique de chambre III: ( pâles portes de l’aurore)


 

peinture: Stephane  Halbout
III
A l’heure où tout repose encore silencieux,
O toi qui restes seul à surveiller les cieux,
Entends-tu dans la nuit le vent et les soupirs
Des harpes suppliant Amour de réouvrir
Les pâles portes de l’aurore ?

Quand tout est en repos, toi seul es-tu levé
Pour écouter jouer les harpes nuancées
Sur le chemin d’Amour qu’elles vont précédant,
Et le vent de la nuit donnant le contre-chant
Jusqu’à ce que passe la nuit ?

Harpes invisibles, jouez donc pour Celui
Dont le chemin s’en va brillant au Paradis
A l’heure où va et vient quelque tendre lumière,
Une douce musique flotte dans les airs
Et joue ici bas sur la terre.

III
At that hour when all things have repose,
O lonely watcher of the skies,
Do you hear the night wind and the sighs
Of harps playing unto Love to unclose
The pale gates of sunrise ?
When ail things repose, do you alone
Awake to hear the sweet harps play
To Love before him on his way,
And the night wind answering in antiphon
Till night is overgone ?
Play on, invisible harps, unto Love,
Whose way in heaven is aglow
At that hour when soft lights corne and go,
Soft sweet music in the air above
And in the earth below.


Quelque chose d’indéfinissable – ( RC )


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                   Il y a quelque chose d’indéfinissable,

lorsque ta voix s’empare des mots
et les projette,             haut dans le ciel,
un ciel
qui ne semble être fait    que pour toi.

Et les voilà qui redescendent doucement,
      – ainsi ces graines de pissenlit, légères,
               celles en forme de parachute –
qui s’allient avec le vent    pour se poser
                        comme des fleurs de neige.

Lorsque se forgent des lignes,
      chaque flocon trouve sa place,
      rejoignant leurs semblables
portés par une onde calme
naissant en toi.

        Il y a quelque chose d’indéfinissable,
une évidence qui s’offre
comme les notes dessinent le chant
         ravissant l’oreille de celui,
               prêt à les entendre .

       C’est un cadeau que l’on reçoit,
évident comme l’accord
entre le silence et la musique,
         émanation discrète
         du corps et de l’âme .

         Le poème est une constellation,
et les mots,  des étoiles
qu’un fil invisible relie :
     toi seule en maîtrise ces atomes,
                qui restent insaisissables .

 


RC – mai 2019


Parfum – (Susanne Derève)


art 190

Photo Robert Mapplethorpe

 

 

Il suffirait d’un mot

Lait     fleur

enfant   mémoire

 

Il suffirait d’un son

le do nu du dormeur

Et le si de silence

 

Il suffirait la nuit

de franchir le miroir

dans une douce errance

 

de flâner en  chemin

de cueillir dans le noir

une rose sans tain

et dans un vertige soudain

 

il suffirait

d’un mot

qui nous dirait

parfum

 

 

 

 


Charlie Chaplin – Vie


 

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« J’ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j’ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublié des personnes inoubliables.
J’ai agi par impulsion, j’ai été déçu par des gens que j’en croyais incapables, mais j’ai déçu des gens aussi.
J’ai tenu quelqu’un dans mes bras pour le protéger.
Je me suis fait des amis éternels.
J’ai ri quand il ne le fallait pas.
J’ai aimé et je l’ai été en retour, mais j’ai aussi été repoussé. 
J’ai été aimé et je n’ai pas su aimer.
J’ai crié et sauté de tant de joies, j’ai vécu d’amour et fait des promesses éternelles, mais je me suis brisé le coeur, tant de fois!
J’ai pleuré en écoutant de la musique ou en regardant des photos. 
J’ai téléphoné juste pour entendre une voix, je suis déjà tombé amoureux d’un sourire. 
J’ai déjà cru mourir par tant de nostalgie.
J’ai eu peur de perdre quelqu’un de très spécial (que j’ai fini par perdre)……… 
Mais j’ai survécu!
Et je vis encore!
Et la vie, je ne m’en lasse pas …………
Et toi non plus tu ne devrais pas t’en lasser. Vis!!! 
Ce qui est vraiment bon, c’est de se battre avec persuasion, embrasser la vie et vivre avec passion, perdre avec classe et vaincre en osant…..parce que le monde appartient à celui qui ose!
La vie est beaucoup trop belle pour être insignifiante! »

A l’aplomb de l’enclume (Susanne Derève)


 

 

image peron

Pierre Péron – Brest 

 

 

Miroir de brume

soleil voilé

exactement à l’aplomb de l’enclume

doux reflet du métal

et le bruit sourd que fait le marteau

sur l’étal

 

Le clapotis de l’eau

dans les soutes

le pas des hommes et le pavé

qui claque

un air de jazz abandonné au vent

et le vent qui  l’emporte

 

et  l’emporte le temps

comme le son volé

à la corne de brume

son voilé   sitôt dissout

 

dans la pluie fine  froide  

je serre sur mes épaules

mon  imperméable

 

j’écoute

la musique de la nuit

au fond des cales

 

le chant des hommes

celui des gouttes d’eau

dans les flaques

 

celui du jour qui se lève

avec le long mugissement

de la ville

qui répond

à celui de la mer

 

à celui des bateaux qui rentrent

au port

à la criée

au jasement  des  mouettes rieuses

qui tournent tournent longtemps

avant de fondre sur leur proie

leurs ailes battant l’air

 

j’écoute

la voix de l’homme qui les disperse

et  ceux là-bas

qui embarquent

sans repères

 

passé le dernier fanal

dans le fracas

de la haute mer

 

 

 

 

 


la musique a été transportée ailleurs – ( RC )


peinture: Paul Delvaux

J’entends le silence,
comme un souffle en négatif,
.. et c’est la nuit.
Evidemment la musique est toujours là.
Mais elle a été prélevée, et se trouve ailleurs

en-dehors de la ville,
dans une petite pièce
où deux femmes en miroir lisent un petit livre,
accompagnées dans leur pensée
par la mélodie du chalumeau.

( vous savez, cette toute petit flûte
qui a accompagné
la traversée de l’eau
dans l’histoire du musicien d’Hamelin
entraînant avec lui rongeurs, et enfants ) .

Ici c’est un homme
en grand manteau rouge
comme sorti
d’une peinture allemande.
Une étrange lueur nimbe les lectrices .

Une fausse perspective,
au sol en damiers rigides
curieusement ouverte
permet pourtant aux roses
de s’épanouir,        malgré l’obscur .

RC – oct 2017

 

( d’après une peinture de Paul Delvaux )


Guy Goffette – le jardin d’enfance


 

 

 

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dessin – association du clos du Nid, Lozère

 

 

Peuplé de voix et de couleurs,

le jardin d’enfance persiste en nous,

royal malgré la chute et l’exil du roi ;

il rafraîchit les déserts traversés de l’âge,

rattrape l’aveugle dans la musique,

le sourd dans la contemplation.

Toujours ce qui manque à nos vies,

cet innommable vide tout à coup derrière la nuque,

qui nous remplit de regrets, de remords,

de nostalgie, toujours a la forme d’un jardin.


Eugenio de Andrade – J’entends courir la nuit


J’entends courir la nuit par les sillons
Du visage – on dirait qu’elle m’appelle,
Que soudain elle me caresse,
Moi, qui ne sais même pas encore
Comment assembler les syllabes du silence
Et sur elles m’endormir.
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.
.
« Il n’y a pas d’autre manière d’approcher
de ta bouche : tant de soleils et de mers
brûlent pour que tu ne sois pas de neige :
corps

ancré dans l’été : les oiseaux de mer
couronnent ton visage
de leur vol : musique inachevée
que les doigts délivrent :

lumière répandue sur le dos et les hanches,
encore plus douce au creux des reins :
pour te porter à ma bouche, tant de mers
ont brûlé, tant de navires. »

 

Eugénio de Andrade, Blanc sur blanc, Gallimard, Collection Poésie


La buée que fait la nuit- (Susanne Derève)


 

 

Helen Frankenthaler 'Draft' 1969, St. Louis Museum of Art, St. Louis Missouri

Helen Frankenthaler ‘Draft’ 1969  

 

 

Dériver   ce soir

à  la  remorque des nuages,

 

suivre leur course  grise,

ponctuée d’un  vol d’oiseaux  

 aile ivre qui  s’élance                                   

sur l’horizon des champs pâlis

s’éparpille et s’enfuit

au-delà des coteaux 

 

Attendre qu’il fasse tout à fait noir

poser les lèvres sur la vitre

pour  y goûter la buée que fait  

la nuit

y écouter le bruit qu’elle fait

en s’engouffrant  par la fenêtre

 

avec ses échasses de vent

et ses éclats de mandoline

ses bras qui se referment                                                   

sur un air d’accordeone

 

Peut-être  te rejoindrai-je alors

qui sait               

ce n’est que la musique

d’une nuit rompue à l’absence      

où les mots ne disent plus rien de nous                

que cet éveil où ils nous tiennent

                                                                                                                    

 

à la remorque de l’aile immense

de l’oiseau

un chant qui tait son nom

se nourrit du silence                                                  

et brûle ses vaisseaux

 

 


Ezra Pound – La rose éclose pendant mon sommeil


peint  peche au lamparo Codex Skylitzès Matritensis, Bibliothèque nationale de Madrid   Fànos.jpg

peinture: pêcheurs en barque    Codex Skylitzès Matritensis

Et la rose éclose pendant mon sommeil,

Et les cordes vibrant de musique,

Capripède, les brindilles folles sous le pied ;

Nous ici sur la colline, avec les oliviers

Où un homme pourrait dresser sa rame,

Et le bateau là-bas dans l’embouchure ;

Ainsi avons-nous reposé en automne

Là sous les tentures, ou mur peint en bas comme des tentures,

Et en haut une roseraie,

Bruits montant de la rue transversale ;

Ainsi nous sommes-nous tenus là,

Observant la voie depuis la fenêtre,

Fa Han et moi à la fenêtre,

Et ses cheveux noués de cordons d’or.

Nuage sur le mont ; brume sur coteau ouvert, comme une côte.

Feuille sur feuille, branche d’aube dans le ciel

Et obscure la mer, sous le vent,

Les voiles du bateau affalées au mouillage,

Nuage comme une voile renversée,

Et les hommes lâchant du sable près du mur des flots

Ces oliviers sur la colline

Où un homme pourrait dresser sa rame.

XXXIII –


Qui chante là-bas ? – ( RC )


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image  extraite  du film « qui chante là-bas » de Slobodan Sijan

 

 

Je me souviens de l’ex-Yougoslavie
des plaines,             de la nostalgie,
de la chanson d’un violon navigant dans le ciel,
et les airs de danse traditionnels.

–        Il y a des airs que l’on n’apprend pas,
ils traversent les saisons,
et à travers leurs chansons,
on se demande :          » qui chante là-bas ? « .

C’est une musique qui traverse les hivers,
passant outre massacres horreurs
elle triomphe de la mort
et des taches sombres de la guerre

Passant sans encombre par-dessus les frontières .
Entends-tu encore la mélodie ?
celle qui nous dit que la vie
continuera , par-delà les tombes et les cimetières .

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RC – aout 2018


Un chemin tracé entre les étoiles – ( RC )


photo Ile Vaadhoo   des Maldives:  provenance

 

Il y a une musique,
dont je ne connais pas l’origine ,
elle me vient du vent,            sans doute.
Elle m’entoure parfois     de son écume,
comme si j’étais une île,
et qu’il suffise d’avoir les yeux ouverts  ,
pour recevoir la brise
et comprendre la chanson .

Alors je suis poreux,
comme peut l’être une éponge,
          mais elle boit les mots
qui me viennent à l’esprit.

Au loin des navires passent,     indifférents ;
de toute façon
           ils ne sauraient traduire
le poème qui s’écrit par ma main ,
ni le souffle qui gonfle les voiles :
Dans un autre sens ,
          c’est peut-être trouver un chemin
tracé entre les étoiles .


RC – mai 2017


Miquel Marti I Pol – Un jour, je serai mort …


.

peinture: Marsden Hartley

peinture: Marsden Hartley

 

 

Un jour, je serai mort
et encore dans l’après-midi
dans la paix des routes,
dans les champs verts,
parmi les oiseaux et au milieu de l’air
tranquillement en ami
et de passage parmi ces hommes
Je ne sais pas et je t’aime.

Un jour,      je serai mort
et encore dans l’après-midi
dans les yeux des femmes
qui viennent et qui m’embrassent,
dans la musique ancienne
toute mise au point,
ou même dans un objet,
le plus intime et le plus clair
ou peut-être dans mes vers.

Dites-moi quel prodige
rend le soir si doux
et si intense à la fois,
et à quel champ ou à quel nuage
dois-je attribuer ma joie;

parce que je sais supporter
tout de mon entourage,
et que je sais que quelqu’un, plus tard,
saura préserver ma mémoire.

Les paroles au vent

 

 

 

Miquel Marti I Pol


Sylvia Mincès – Andante de poussière


 

jonquille   2017 -    07.JPG

 

photo perso  2017

 

Un limbe de musique s’unit à ma peau ;         cette greffe sonore m’hypnotise,
le temps d’un fa bécarre éternel,      pour m’habiller en grain de sable ou de pollen.
Fécondée, je deviens fleur       et puis sentir, de toute la couleur
de mes pétales étonnés, ces sarabandes de tierces bleues
qu’éclaboussent des quintes d’or.
Sur mes feuilles, coule un torrent de notes évadées
d’une sonate en rien majeur tandis que mes racines
sourient à des accords aigus, cueillis près d’un clavier
que caressent de fantomatiques églantines.
Je me désintègre alors en atomes d’extase puis me dissous
dans un néant traîtreusement  féerique
où les larmes ne sont que sucre la haine froissement de miel.


Jean-Pierre Paulhac – Une voix


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Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir
J’entends
Des rires de palmiers qui se tordent de musique
Des pas de danse qu’invente une plage espiègle
Des chants qui montent sur des braseros ivres
Des crustacés qui crépitent leur saveur pimentée
Ici
C’est le silence gris des bétons déprimés
C’est la glace qui saisit tous les masques
C’est un jadis souriant embrumé d’ombre
C’est l’ennui qui ne sait que recommencer
J’entends
Des guitares rastas aux cris de parfum hâlé
Des bras nus de désir qui dégrafent la lune
Des hanches insatiables que dessoudent la salsa
Des nuits secrètes aux folles sueurs de soufre
Ici
C’est le mutisme morne des grimaces polies
C’est la morgue soyeuse des cravates policées
C’est la cadrature étroite des cercles vicieux
Qui soumet à ses ordres la horde quadrillée
J’entends
Mes souvenirs marins d’aurores océanes
Mes remords nomades de dunes vives
Ma mémoire exilée qui déborde en vain
De tant d’hivers que la chaleur a bafoués
Ici
Le temps se tait s’étire et se désespère
Le temps n’est plus une chimère bleue
Le temps se meurt de mourir de rien
Et chaque ride compte un bonheur perdu
J’entends
Un rêve qui papillonne son corail osé
Un rêve qui murmure un refrain salé
Un rêve qui soupire son souffle de sable
Sur l’éternel instant d’un été sans fin
Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir

 


Clarice Lispector – Prends ma main


 

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Prends ma main…

Je vais à l’instant te conter

Comment je suis entrée dans l’ineffable
Qui a toujours été ma quête insaisissable et secrète
Comment je suis entrée dans l’interstice

unissant les numéros un et deux
Comment j’ai connu la frontière qui sépare mystère et feu
Combien souterraine est cette frontière

Entre deux notes de musique vibre une autre note

Entre deux maintenants de vie se glisse un autre maintenant de vie
Et deux grains de sable même inséparablement liés
Sont partagés par un espace infime
Entre deux sentiments se loge un autre sentiment
Et dans toute matière se love un espace
Qui est respiration du monde.

Et cette incessante respiration du monde
N’est autre que ce que nous entendons
N’est autre que le silence.


Jacques Ancet – l’orage


ANGRY NATURE Twister Tornado Debris Disaster Rotating Air Phenomenon Dust Imagenuage d'orage de tornade Wallpaper

 

Tu arrives de plus loin.

On ne sait pas d’où tu es

ni quel visage tu as.

On entend une musique

sous le silence. On voudrait

la garder trouver un nom

pour la dire. Mais on n’a pas

de bouche, pas de main

pour l’écrire. Seul de feu

du désir. L’orage vient


Un fil tendu dans le silence – ( RC )


Environnement plat,  ( à peu près  ),…
…brume,
–       peupliers.
Le tout  défile.

S’il fallait prendre la photo,
D’abord descendre la glace,
L’air humide  tout à coup engouffré,
Et le flou de mouvement.

Une vallée          paresseuse,
Bien pâle en ce novembre,
Et juste        les ailes coassantes
des corbeaux.

La voiture progresse,
mange les kilomètres,
pour un paysage         semblable
ou presque .

Une musique pulse,
C’est une chanson
à la radio
qui rape

La caisse fonce,
Du son plein la tête
Sur le ruban de la route,
luisante.   Flaques.

A la façon d’un coin
Dans l’horizontale  :
– Traversière,
Phares devant

Yeux fixés,
Droit devant,
Etrangement  étrange
– Trait bruyant        ( un fil tendu

Dans le silence . )
La plaine tolère juste
De ses champs gorgés  d’eau
Son passage  éphémère

Se refermant sur elle-même,
Lentement,
Le bruit   s’efface          comme il est venu.
Les corbeaux reprennent leur vol.

RC – sept  2015


Epaisseur d’une musique blanche – ( RC )


Les branches se tordent,
et cherchent leur chemin,
dans la musique blanche,

où même le silence
pèse d’une neige dense
son épaisseur de solitude.

 

RC   – dec 2016


T.S. Eliot – Les mots bougent


Les mots bougent, la musique se déplace
Seulement dans le temps;          Mais seulement ce qui est vivant
Peut seulement mourir.       Les mots, après le discours,se fondent
Dans le silence.                       Ce n’est que par la forme, le motif,
Que les mots ou la musique peuvent atteindre
Le silence,                comme un vase chinois immobile
Remue perpétuellement             dans son immobilité.

T.S. Eliot, Quatre Quatuors (V)

( tentative de traduction  RC )PH_magazine_22_2012_Page_24  Martin Marcisovsky.jpg

 

 

Words move, music moves
Only in time; but that which is only living
Can only die. Words, after speech, reach
Into silence. Only by the form, the pattern,
Can words or music reach
The stillness, as a Chinese jar still
Moves perpetually in its stillness.

T.S. Eliot, Four Quartets (V)