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Nadia Tueni – Ecoute


 gravure Heinrich Campendonk, musée de  La Haye, NL


     gravure :                     Heinrich Campendonk,            musée de La Haye,   NL

Ecoute,
toi dont la voix fait de grands gestes
et dont les bras sont chant d’oiseau, écoute:
la ville blanche est un tombeau.
Ne crains ni le soir ni l’ennui,
tous deux ouvrent sur un jardin.
Ne crains ni l’amour ni la nuit,
la mort est un chariot faisant route vers l’est,
la vie n’est que la vie, simple abri du regard.
Ecoute.
Il y a sur ton ombre des chemins de quiétude.
Absolue.

 

.

NADIA  TUENI


Nadia Tueni – En montagne libanaise


photo perso: montagne du plateau de Lassithi ( Crète)... n'étant jamais allé au Liban... mais je suppose qu'il y a - dans la sécheressse, - des points communs

A la découverte  ( en voletant  cueillir  du pollen ), l’abeille  que je suis  découvre « encres du monde », – de Claire-Lise

dont j’extrais ce  beau texte

En montagne libanaise, un poème de Nadia TUENI (Liban)

———

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière ;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.

Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton de coudrier.

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait notre âge ;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban.