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Valery Larbaud – Thalassa ( fragment )


 

Image 768.jpg

peinture:  Charles Sheeler

 

Bruits du navire ; voix dans un corridor,
Craquements des boiseries, grincements des lampes oscillantes,
Rythme des machines, leur odeur fade par bouffées,
Cris mangés de vent, qui brouillent la musique
D’une mandoline égrenant : « Sobre las oias del mar… »
Et le bruit coutumier qui finit par être silence.
Oh ! sur le pont, là-haut, le vent long et féroce, le vent-pirate
Sifflant dans les cordages, et faisant claquer comme un fouet
Le drapeau de bandes et d’étoiles aux trois couleurs…

 

Valéry LARBAUD                     « Les Poésies de A.O. Barnabooth »


Dimitri T Analis – L’île, le réveil


Résultat de recherche d'images pour "réveil soleil"

L’île, le réveil
Tu t’éveilles, et ce lieu se répète
Dans la faille de sa nudité
Un nœud d’or, éblouissant, intact
Annonce un midi recommencé.
Tu t’éveilles, et ce même lieu fixe
Son regard sur ton épaule nomade
Tu comprends mieux, tu caresses
L’été d’une main encore tiède.

Instant sans date, tu as quitté l’île de l’oubli
Et calciné tu navigues dans le corps de l’amour
En laissant un creux grand comme un navire
Qui brûle l’horizon à la montée du jour.


Luis Mizón – Tu as souvent navigué dans ce navire démantelé


 

photo: Benoît Vignet : navire échoué au Chili

 

 

 

Tu as souvent navigué
dans ce navire démantelé
à la dérive.
Tu connais la coque de bois oscillante
le mascaron au front fendu
et le spectre des voiles
aboyant dans le brouillard
lorsque tu reviens chez toi du fond
de la mer
aveuglé par les vagues miraculeuses
dans le désordre de la houle.
Lorsque tu reviens en titubant
les bras ouvert
accrochés aux fils de la lune.
Lorsque tu montes de la mer à ta maison
à l’aube
couvert d’étoiles de mer.

 

( par rapport  au document image Luis  Mizón est aussi  de nationalité chilienne)


Etienne de l’Abbaye – A l’avant de sa colère


 sculpture:  J Pierre Baldini

A l’avant de sa colère

Elle fonce

A l’avant de sa colère
Comme on donne
Son visage aux embruns
Comme on se presse
A la proue d’un navire
Et nous
Qui avions joué
Les connards
Au fond de l’eau
Qui avions gaspillé
Des torpilles
Qui ne savions
En réalité
Comment mettre le feu
Qui ne maîtrisions pas
Ou à peine
L’art de l’explosion
Nous les salopards
Elle nous fend
Par le milieu
De l’avant
De sa colère

E de l’Abbaye  propose  beaucoup de ses créations  sur  son site « carburatrices »

 


Là , où s’accrochent les lointains sur la toile … ( RC )


1717   Watteau  Le Pelerinage a l'ile de Cythere, Detail Cherubiins

 

Il est une joaillerie fragile,
Suspendue aux fils,
Toujours bien peignés,
De la toile d’araignée

Ce sont des gouttes pour décor,
Des perles de colliers lisses,
Qui, lentement s’épavorent,
Quand la journée glisse,

En arabesques changeantes,
Les insectes au vol léger,
Viennent alors s’y piéger,
Car la toile est transparente…

 

Et si c’est une autre toile,
Qui piège le paysage,
Ses étés et ciels d’orage,
Et des myriades d’étoiles.

Par petites nuances
Le tourbillon des doigts lestes
Où de grands gestes,
Soudainement           dansent,

Quelques pas de lumière,
Accrochés sur les pourpoints,
Et habits de satin,
L’embarquement pour Cythère…

Nous entrons dans un monde imaginaire,
Emportés dans une aventure,
Où s’affrontent     les couches de peinture,
Le cheminement du regard       s’y perd,

Jusque dans les aires         lointaines
Les miroirs des eaux       croisent les jours.
Où , portés, par des ailettes, de  jeunes  amours
Traversent une perspective     incertaine….

Tous ces personnages, ensemble
Se promènent comme dans un parc,
Tandis que l’on embarque   .
Et l’eau se ride,          et tremble…

>         Laissons partir ce vaisseau,
Jusqu’au bout du monde,
Où les couleurs se fondent,
Et aussi ….          les coups de pinceau .

Chaque regard est neuf ;        aucun n’est usé,
La peinture, a traversé le temps,
Même à travers quelques instants,
Accrochés au musée.

 

 


RC – juillet 2014

J A Watteau   l'embarquement pour  Cythère

J A Watteau l’embarquement pour Cythère


Onde portée en soi ( RC )


photo: le vaisseau fantôme,        Teatro Comunale, Bologne

Onde capitaine
Navire sans attaches,
Hollandais volant,

Fol éclat de rien,
Sous l’obscurité liquide
Orage de fond de miel,

Du vin dans mes veines,
Je dérive entre îles,
A l’exercice  du réveil,

Abordant une terre,
Amère de vérité,
Les voiles en lambeaux,

C’est un adieu au rêve…
J’étais porté par les songes
Et j’écrivais sur le sable,

Egaré,            enfui dans des inconnus,
Et le ressac          emportant mes phrases,

Effacée,             ma mémoire,
>                  Les pieds revenus sur la terre.

RC  –  28 mai 2013

je ferai aussi le lien  avec l’article  de JFK, son intéressant site, et plus  précisément  son « écrire sur le sable », où il nous évoque  la blogosphère…


Adonis – la plume du corbeau


Chapiteau roman: eglise d'oulchy-le-chateau-

Chapiteau roman: eglise d’oulchy-le-chateau-

LA PLUME DU CORBEAU

1.

Je viens sans fleurs et sans champs
Je viens sans saisons

Rien ne m’appartient dans le sable
dans les vents
dans la splendeur du matin
qu’un sang jeune courant avec le ciel
La terre sur mon front prophétique
est vol d’oiseau sans fin

Je viens sans saisons
sans fleurs, sans champs
Une source de poussière jaillit dans mon sang
et je vis dans mes yeux
je me nourris de mes yeux

Je vis, menant mon existence
dans l’attente d’un navire qui enlacerait l’univers
plongerait jusqu’aux tréfonds
comme un rêve
ou dans l’incertitude
comme s’il partait pour ne jamais revenir

2.

Dans le cancer du silence, dans l’encerclement
j’écris mes poèmes sur l’argile
avec la plume du corbeau

Je le sais: pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière

Je m’assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m’assieds dans l’attente
d’une rencontre oubliée

3.

Je veux m’agenouiller
Je veux prier le hibou aux ailes brisées
les braises, les vents
Je veux prier l’astre dérouté dans le ciel
la mort, la peste
Je veux brûler dans l’encens
mes jours blancs et mes chants
mes cahiers, l’encre et l’encrier
Je veux prier n’importe quelle chose
ignorante de la prière

4.

Beyrouth n’est pas apparue sur mon chemin
Beyrouth n’a pas fleuri – voyez mes champs
Beyrouth n’a pas donné de fruits
Et voici un printemps de sauterelles
et de sable sur mes labours
Je suis seul, sans fleurs et sans saisons
seul avec les fruits
Du coucher du soleil jusqu’à son lever
je traverse Beyrouth sans la voir
J’habite Beyrouth mais je ne la vois pas

L’amour les fruits et moi
nous partons en compagnie du jour
Nous partons pour un autre horizon

 

traduit de l’arabe ( auteur libanais ) – par Anne Wade Minkowski

Chants de Mihyar le Damascène Sindbad
La Bibliothèque arabe 1983


Jean Daive – Le monde est maintenant visible .


photo perso, Burkina Faso,  environs  de Bobo Dioulasso

photo perso, Burkina Faso, environs de Bobo Dioulasso

 

 
Le monde est maintenant visible
entre mers et montagnes.

Je marche entre les transparences
parmi les années
les fantômes
et le matricule de chacun.

Les pierres
les herbes sont enchantées.

Tout se couvre
jusqu’au néant
de pétroglyphes.

Je compte les mâts
penchés près du rivage.

À perte de vue, la prairie des cormorans
car chaque maison est un navire
qui se balance.

Plutôt le crime ou plutôt
la mort des amants ou
plutôt l’inceste du frère
et de la sœur ou ―

je prends le temps
de manger une orange.

Dans ces moitiés d’assiettes et
autres fragments trouvés
avec pierres taillées, dessinées ou peintes
masse de cailloux, graviers avec sable
mesurent un site
une ville que j’explore
avec l’énergie d’un oiseau.
.

Jean Daive, L’Énonciateur des extrêmes, Nous, 2012, pp. 39-40.

 


Souvenir voyageur ( RC )


peinture perso: (détail central) - variation à partir d'une photographie - huile sur toile 1998

 

 

 

 

 

En parcourant le blog  d’Oceania,

j’ai fait comme  souvent, un parcours  dans les  lointaines  parutions  dans le temps, pour  les  réactualiser…

 

je suis donc  parti  du poème  de Louis Brauquier,  pour  varier  sur sa page

 

et en voici le résultat…

—–

Lorsque mon souvenir ira voyager dans vos paroles
En possible accueil, c’est une trace ténue
Qu’en vous soigneusement, vous garderez émue
En une dernière escale, comme une aile frôle

Au plus sûr de votre cœur, ce sera une place.
Pour l’ ami aux paroles prodigues
Ayant peut-être égaré le nom, qui navigue
Au milieu de l’esprit que rien n’embarrasse

C’est un homme vivant qui part et s’élance
Comme un ciel d’orage sur les mâts
L’homme le plus tenté par l’amour s’ébat
Et pousse les navires avec élégance

Posté par rechab, 13 janvier 2012 à 17:24

Eugénio de Andrade – Les paroles


Eugénio de Andrade – Les paroles

 

 

Elles sont comme un cristal,

les paroles.

Certaines, un poignard,

un incendie.

D’autres,

seulement de la rosée

 

Grosses de mémoire, elles viennent en secret.

Incertaines, elles naviguent ;

navires ou baisers,

les eaux frémissent.

 

Désemparées, innocentes,

légères.

tissés de lumière,

Elles sont la nuit.

Même pâles,

elles rappellent encore de verts paradis.

 

Qui les écoute ? Qui

les recueille, ainsi,

cruelles, défaites,

dans leur nacre pure ?

 

montage perso à partir de photos d'Italie ( Pouilles)


Bricolage matinal – de Bleu pourpre


Bricolage matinal

L’ultime présence de l’instant est à portée de doigts , ainsi, fouiller l’intime et mettre à jour la palette de mon ample grondement.

Ciel de plomb et pourtant…un regard comme déversé vers l’horizon suffit pour avoir les entrailles épousées par une lasure fine de bleu lavé.

Puis,

La lueur qui s’entête à se défouler derrière les lourdeurs du temps …

Alors… permettre au tourbillon de devenir transparence.

Et défiger l’instant

Il y a une fenêtre, tant que j’aurai  des yeux derrière les tempes, il y aura une fenêtre et un soleil qui joue à taper à ma fenêtre…je l’ouvre ou l’entrouvre, ça dépend du choix du sable.

Il y a du vent , tant que j’aurai des joues offertes, il y aura du vent…avec à sa bouche des mélodies, des symphonies, des fados , des blues et les chorales du diable … ça dépend si je suis rouge ou si je suis bleue.

Du vent qui viendra me souffler les poumons et m’écarquiller devant des horizons à marée haute…

Puis,  sûrement un navire , un trois-mâts aux voilures gigantesques,  perçant la brume opalescente des sorties de nuit … je l’ai construit avec un vieux radeau qui traînait là, que j’ai trouvé dans un élevage de coquillages . C’est un bricolage d’entre deux heures, me le pardonnerez-vous ?


Fuir la perfection et s’adosser à l’inattendu…

 

jacopo ligozzi_ XVIIè s

 

J’ai la paume ouverte au présent .

Ne rien attendre est ma robe de papier de soie.

Ne rien attendre est le jasmin qui s’enroule à mes chevilles.

Une serrure au creux du ventre, l’image est vraie, et étonnante, une serrure, même deux, voyez-vous, j’ai deux serrures au creux du ventre . Je crois avoir cherché les clés, mais des clés qui n’existent pas ou plus…je crois qu’à force d’avoir essayé des clés non – adaptées, j’ai du forcer mes deux serrures, et les laisser béantes d’inaptitude .

Un flot de sang s’en est échappé à mon insu jusqu’à ce que ça m’allonge de force, là, sur une plage blanche et brûlante.

Je suis debout, avec ma robe de papier de soie et mon jasmin odorant autour des chevilles.

Manet - bouquet de violettes

Je suis bien, là…

Parmi les fleurs oranges

 

Et les dunes de chévrefeuilles.

Je laisse mes serrures se recouvrir , je leur offre un tapis vierge qui deviendra un autre trésor intime.

 

La paume ouverte au présent et adossée à l’inattendu du parfum des vents autour, tout autour…

Nathalie 18 aout 2011

 

 

communiqué  grâce  à bleu-pourpre  et sa  « tentative de lumière »  (  elle y parvient) ,              sur son article  –   je l’en remercie