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Le périmètre, qui maintient l’étranger à distance – ( RC )


October 1941. "White Tower hamburger stand, the popular place in Amsterdam, New York.":

                              photo: junipergallery.com

 

Je m’installe  à une  table.
Elle  est très longue
il y a des traînées de bière  qui brillent ;
les bancs  sont des barres  revêches,
sous des néons  verdâtres;
c’est dans un quartier populaire de Prague ;
un groupe  d’ouvriers, aux  vestes  matelassées, 

s’assoit.
il fait froid dehors ;
des trams fatigués scindent un espace de brume,
on voit jusqu’au terre-plein au centre de l’avenue,
avec des herbes  roussies  qui s’obstinent .

Ici, le carrelage  s’essaie à la géométrie
sombrant  dans des zones  où le ciment  le nivelle.
L’ordonnance  des panneaux où les spécialités
locales, sont alignées  en colonnes,
est contredite, par un nuage échappé
d’une huile de friture, quelque part dans la cuisine .

Je pense  à d’autres  endroits ;
L’ailleurs  des quartiers  des ports,
l’odeur  persistante  du mazout,
et  toujours  le périmètre,
qui maintient  l’étranger  à distance .
Il faut du temps ,pour  secouer
le manteau de solitude,
au milieu de quelques plantes  maigres,
qui, elles  aussi,
ne semblent pas à leur place.


RC –  janv 2015


Ne rien saisir – ( RC )


photo: Jens Schott Knudsen.

 

Chercher et ne rien saisir…
Suivre un chemin, qui se déroule.
N’étant pas une voie tracée.
Bordée de signes semblent nous être destinés.

En fait c’est un langage qui ne s’adresse pas à soi.
Pas à soi en tant que personne…
Un bavardage qui prolifère, et dans les néons, et dans les annonces.
Une voix chuchotante, qui dissimule sa violence
sous l’amabilité, le jovial.
On peut toujours saisir ce qui nous est tendu, offert.
C’est d’abondance,
mais c’est courir le risque du leurre renouvelé.

Il n’y a de vraisemblance qu’à fermer ses yeux ( et donc n’en rien saisir),
la lumière ne s’accrochant aux choses
que pour mieux en cacher l’ombre .
Ainsi Ulysse continue son voyage
en restant sourd au chant des sirènes.

L’éclat des jeux des lumières, les fanfares pour toute occasion
peuvent poursuivre.

Je ne les écoute pas.

 

RC


D’autres villes – ( RC )


 

peinture:              James Whistler –                  Valparaiso nocturne          en bleu et or.

 
Pendant la nuit,      qui s’enfonce entre violet et silence,
Clignotent encore        quelques néons,
Leur reflet alternativement vert et jaune
Sur l’asphalte mouillée.                             Têtus.
Les baraques du chantier du port, désertées.

Et au loin le flux chuintant des voitures,
Les boucles de l’échangeur éclairées d’orange.
Cependant les nuages sournois masquent alternativement une lune.
Un oeil fixe,                                    cloué là haut.
Il nous dit la présence solaire,      – ailleurs.

Ailleurs à l’opposé de la terre.
Sous d’autres climats.
Avec d’autres langues.
Mais,        la même course du jour,
Se déplaçant    comme une vague.

D’autres villes,  s’enfonçant bientôt,
Entre le violet et le silence …
Et le clapotis des flots.
Alors qu’ici s’annoncera l’aube ,
Sur un jour recommencé.

Les immeubles seront encore au même endroit.
A l’assaut des colllines.
Les grues pourront reprendre  leur ballet.
L’oeil fixe de la lune ,            s’est effacé,
Discrètement,                dans la brume .

 

RC  –  mars  2014


Tu verras bien au loin ( RC )


peinture: James Rosenquist  -The Light That Won't Fail

peinture: James Rosenquist -The Light That Won’t Fail

Tu verras bien  au loin ,
les temps  qui s’abîment,

Les photos  qui noircissent
Et le goût du vin,
Que l’on boit sans plaisir
Attablé au comptoir, Les journaux  de la veille
Une coupelle presque vide.
Le sel poudreux,
Et quelques  cacahuètes  qui traînent.

Ils sont une demi-douzaine  de seuls
A ne savoir quoi faire de leur regard,
Alors ils errent, sur la télé du bar
Et les infos sommaires qui défilent
Sur les  évènements de la journée
En lettres blanches qui s’égarent.

J’ai beau m’envelopper
Dans mon manteau humide

Les carreaux  tristes,
Livrés aux  courant d’air
Dialoguent à l’envers
Des couleurs des néons
De la pub, qui vante
Le nouvel apéro.

Encore deux heures à tuer,
Avant le prochain départ.
Trois rues à parcourir,
Pour atteindre la gare.

RC – 11 et 20 mars 2013

 

 


Sur les étagères de l’ Expérience ( RC )


Sur les étagères,
Parmi les instruments de la fin du siècle dernier
Figurent  , des témoins  d’expérience,
Des éprouvettes, des tubes  et des cornues,
Et des objets de bois et laiton,
Qui ont perdu leur  éclat,

Puis un peu plus haut
En rang d’oignons, bien rangés,
Une série  de bocaux,
Où s’alignent dans un liquide  épaissi,
Une lignée de cerveaux
– en épaisses circonvolutions..

Sans  doute  de grands  esprits
Les habitués du laboratoire
Qui       réfléchissent encore
…..Comme ils regrettent
A leur semblant de corps
– ou bien ils s’en passent –

Mais encore,  se prélassent
Derrière leurs parois de verre
Lisses,       mais aux reflets
Epaissis  de poussière
De décennies  d’hiers
( sur les étagères).

Peut-être  qu’habillés d’un peu de chair,
Et même davantage
On reconnaîtrait leur propriétaire
Et on lirait aussi , sur leur lèvres molles,
La traduction              d’un message
—–>  A travers le formol.

Leur présence suspendue
Dans leur  aquarium
Ils semblent,             la bouche de silence
Ouverte                                en un cri tendu,
– Mais muet – ,  vouloir nous communiquer
Leur existence,         …. qui en est restée

Pour de belles  années
Sous les néons bleutés
Et les carreaux  blancs
Ceux  d’un autre temps
Quelque part arrêtée ,    une part d’enfance
Faisant rimer la science, avec l’   « Expérience »

RC  – 16 novembre  2012

photo: Rich, visible ( avec d’autres sur cette page)