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Jean-Baptiste Tati-Loutard – Quelques lampées d’eau ne peuvent éteindre le feu du cœur


 

photo - montage perso

photo – montage perso

 

Nous avons enfoui l’éclat de noces
En ce bord du haut fleuve,
Et la terre tourne au seul vertige
De notre amour.
Les crues vont sonner l’alerte contre l’arbre
Où l’oiseau des sables sous la feuillée
N’est plus que son propre cri.
Quelques lampées d’eau ne peuvent éteindre
Le feu du cœur.
Tu es le seul pâturage qui me reste,
Étends ton corps comme l’herbe des champs,
Que j’y conduise le troupeau de mes désirs.


Salvatore Quasimodo – Chevaux de la lune et des volcans


peinture: Giorgio de Chirico 1928

CHEVAUX DE LA LUNE ET DES VOLCANS
à ma fille

Îles que j’ai habitées
vertes sur des mers immobiles.

D’algues sèches et de fossiles marins
les plages où galopent fous d’amour
les chevaux de la lune et des volcans.

Au moment des secousses,
les feuilles, les grues assaillent l’air :
dans la lumière des alluvions
brillent des ciels chargés ouverts aux astres ;

les colombes s’envolent
des épaules nues des enfants.

Ici finit la terre :
avec de la sueur et du sang
je me construis une prison.

Pour toi je devrais me jeter
aux pieds des puissants,
adoucir mon cœur de brigand.

Mais traqué par les hommes
je suis encore en plein dans l’éclair,
enfant aux mains ouvertes,
aux rives des arbres et des fleuves :

ici l’anatomie féconde de l’oranger grec

pour les noces des dieux.

CAVALLI DI LUNA E DI VULCANI


al la figlia

Isole che ho abitato
verdi su mari immobili.

D’alghe arse, di fossili marini
le spiagge ove corrono in amore
cavalli di luna e di vulcani.

Nel tempo delle frane,
le foglie, le gru assalgono l’aria :
in lume d’alluvione splendono
cieli densi aperti agli stellati ;

le colombe volano
dalle spalle nude dei fanciulli.

Qui finita è la terra :
con fatica e con sangue
mi faccio una prigione.

Per te dovrò gettarmi
ai piedi dei potenti,
addolcire il mio cuore di predone.

Ma cacciato dagli uomini,
nel fulmine di luce ancora giaccio
infante a mani aperte,
a rive d’alberi e fiumi:

ivi la latomia d’arancio greco
feconda per gli imenei dei numi.


Cycle des gouttes recommencées ( RC )


photo    confluent Rhône & Saône  du site

A chaque goutte d’eau, le cycle recommencé

Ce qui s’enfuit en vapeur, retombe un peu plus tard,

En condensé, et les grandes rivières s’en vont leur chemin

Saluées par les arbres qui s’inclinent sur leur destin,

Enracinés d’un apparent immobile,

Pendant que plus d’un printemps, des saisons alternées

Promettent d’autres senteurs, de nouvelles nappes.

 

On remet de couvert,         pour des années dansées,

A l’égard de temps,     pour nous,        recommencés.

Mais en se posant un peu,         la tête sur les épaules,

Sous les mêmes ponts, coulent des eaux semblables…

La Saône a conservé sa couleur olive,

Et le Rhône le bleu-vert ,                  au long cours,

Lorsqu’ils se rencontrent en noces             liquides.

 

Rien ne semble changé,   les enfants jouent toujours au parc

Nous avons perdu la clé, ce ne sont pas les mêmes,

Qui se succèdent, sous l’oeil bienveillant

Des mères ,tenant par ailleurs très bien leur rôle

A l’ombre des saules…

On aurait pourtant pensé,       filmée en accéléré,

Que l’éternité se déroulait,          recommencée,

 

Comme deux gouttes d’eau,                       dit-on

Poursuivant leur cycle

Au delà des saisons.

 

 

RC    – 5 mars  2013