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Nathalie Lauro – Je flotterai


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Je flotterai avec
Mes rêves et mes passions,
Bien au dessus,
De toutes ces questions.
Je ne voudrais à aucun prix
Poser les pieds nus sur la terre
Et découvrir un beau matin,
Le sang, les larmes et la poussière.
Mais je voudrais à juste prix
Profiter d’un si grand mystère,
Alors ignorer de plein gré
Incertitudes et suspicions
Puis le cloître de leur prison,
Le noir, le gris, l’enfer, l’envers
Et le pouvoir de tes poisons.


A cet instant précis – ( RC )


Daniel Ridge Falls Frozen

Un peu de blanc, et du noir dedans,
et des lignes qui s’étirent :
des images , un instant
figées, et c’est une cascade
qui ne tombe plus,
saisie dans son élan par le gel .

Le regard saisit les formes,
où la lumière s’est posée :
il cherche dans les ombres ,
un peu de vie cachée ,
et déjà, arriver à deviner
la couleur des choses .

A cet instant précis.


RC – nov 2017


Alberto Giacometti – facettes


Image associée
sculpture   –  Alberto Giacometti   –  crâne    1934
« On peut comparer le monde à un bloc de cristal aux facettes innombrables.
Selon sa structure et sa position, chacun de nous voit certaines facettes, certaines parties de facettes et son tableau poème objet etc. n’est qu’un témoignage de ce qu’il aperçoit.
C’est bien évident que toutes les facettes vues par un groupe de gens à une certaine époque doivent être très près l’une de l’autre, à peine des petites différences d’angle, d’inclinaison, et vue de loin elles ne forment qu’une seule masse claire par rapport à toutes les innombrables qui trempent dans le noir de l’espace.
La production de chacun de nous est le reflet exact de cette différence d’angle et de position. »

— Alberto Giacometti, Écrits,                                        Éditions Hermann, 2007


Juste une hypothèse sur l’existence des choses – ( RC )


Matisse  fenêtre noire      .jpgpeinture: H Matisse

 

J’ai crû que c’était le matin.
J’ai regardé ma montre.
Il est plus de 9 heures .
La météo n’en a rien dit
( on ne l’aurait pas crue ).
Ou bien ce serait un saut dans le temps .
            La nuit s’en engouffrée dans le jour
a profité d’une brèche :
J’ai ouvert la fenêtre.
L’éclipse du temps s’est étendue
pendant la nuit,
et se prolonge 
jusqu’à l’immobilité des choses.

        Je distingue à peine les murs d’en face.
Le béton,     les cheminées,       d’autres fenêtres.
Elles portent un voile de deuil.
Aucune lumière.
Les lotissements sont bien là,           obscurs.
Les immeubles ne présentent que des surfaces,
plantés au sol comme des esquisses de décor.
A peine plus noirs       que le fond d’encre.
Les rues où rien ne circule.
          Tout a été happé par le silence.
A la façon d’un Malevitch
qui aurait peint du noir sur du noir.

        C’est bien le matin,
d’après l’heure   ,
mais peut-on l’appeler encore comme ça ?
        Le jour s’est perdu quelque part,
happé par l’infini,
–       que sais-je ?
A moins que j’aie seulement rêvé:
un rêve de lumière,       caressant les choses,
                                     la pensée d’un astre,
( juste une hypothèse sur
l’existence des choses ),
que rien ne viendrait confirmer .


RC – mai 2018


Un éclair, buvant la lumière – ( RC )


 

Il y a eu un éclair,
un soleil rapide et pointu,
qui est passé à quelques centimètres .
On en voit encore sa trace
dans l’impact sur le pare-brise .

Si je m’étais trouvé
sur sa trajectoire,
au rendez-vous exact
de ma mort
je ne pourrai même pas raconter ici

la lumière de son rayon
métallique,
ou au contraire
si cet éclair, buvant la lumière
m’aurait illuminé de noir .


RC – mars 2018


Il ne pleut plus sur Nantes – ( RC )


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photo Nouvel Obs

 

 

Il ne pleut pas sur Nantes aujourd’hui .
   La ville a encore son teint blafard,
à peine sortie de la nuit,
et j’écoute Gaspard
( de la nuit ).

Il ne pleut pas en amour,
après un lent détour.
Des pas perdus à la gare,
s’égarent et s’emmêlent ,
[— les notes d’ « Ondine » de Maurice Ravel  ].

Ta lettre a dû croiser la mienne,
Je regarde les néons à travers les persiennes,
Il y a         ces notes fluides sur le piano,
… non…      pas de pluie nous dit la météo
          ( pour demain c’est plus incertain ).

J’ai traversé la lumière blanche ,
pensé à la dame en noir,
            Barbara en robe du soir ,
Vingt-cinq rue de la Grange au Loup
les habits du dimanche,

En amour,       on ne dit plus toujours,
L’aigle noir surveillait mon retour,
mais je suis venu trop tard :
       le jardin de pierres,
m’attendait, solitaire …

Les dernières notes de Ravel,
avaient un goût de sel .
        Il ne pleut plus sur Nantes .
Je n’y étais jamais venu :
( un parfait inconnu

dans une ville étrangère ) ,
Nantes,       je ne sais qu’y faire
Avant de revenir à la gare,
Témoin de naufrage ,
——– un tout dernier rivage

Avant l’amer.


RC – sept 2017


Rentré dans la nuit, en négatif – ( RC )


6464859681.jpg

Je suis rentré dans la nuit
en négatif:
la lampe posée sur mon bureau
n’émet que du noir,
et absorbe un peu plus
à chaque instant
les parties saillantes;

les ombres, au contraire
vont vers une clarté trompeuse :
c’est ce qu’il reste
de la présence des choses .

Le jour s’est enfui,
absorbé par ce trou de lumière,
comme si c’était un puits
où j’allais tomber
dans l’infini
la tête la première .


RC – sept 2017


Rien ne peut repousser la nuit – ( RC )


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Elaine Sturtevant d’après  Marcel Duchamp :  » fresh widow »

Il y a cette fenêtre :
Les ténèbres s’y prélassent .
Peut-être est-ce le jour
qui ne peut rentrer :

Ma chambre, comme ma tête,
est close de rideaux noirs,
fermée sur sa blessure,
où se sont dissoutes les joies ,
que m’offrait ton visage
si loin dans le temps,

que je ne rappelle plus bien
—ni de son expression exacte,
—ni de la chaleur
qui m’envahissait .

Ma blessure a saigné ,
       puis le sang s’est retiré,
en marée descendante .
Je ne peux même plus ,
saisir la lumière :
mes veines sont sèches ;

rien ne peut repousser la nuit .

 

RC – juin 2017


Galette des bois – ( RC )


Gravure: Odilon Redon

 

 

C’est sans doute la fête,
car chaque soir
surgit dans le noir
de la lune, la galette

On la distingue à travers les bois
qui s’envole comme un phylactère
au dessus de la terre
toute à sa joie

de monde solitaire
satellite dégarni
nouvelle épiphanie :
Reine des déserts

observatrice nyctalope
de nos mystères,
divine commère
à l’oeil de cyclope .

RC – avr 2017


le livre est trop pesant – ( RC )



Si le livre est trop pesant,
et la lumière faible,
alors, je ferme les yeux
sur le défilé des pages.

Ce qui se passe dedans ?
j’ignore encore
ce que réservent
les détours de l’histoire.

Elle se déroule sans moi.
Ce sont des récits secrets
auxquels d’autres
pourront accéder.

En attendant me voila reparti
derrière le rempart du sommeil,
avec l’âme qui s’invente
tout un parcours.

C’est comme un insecte
prisonnier dans une boîte
dont les elytres
heurtent les bords.

Il en cherche la sortie,
et le rêve, de même
voudrait repousser les remparts,
en écarter les limites

pour vivre sa vie aventureuse,
détachée du corps,
et des cieux intérieurs
pour s’élancer au-dehors

hors de la conscience,
avec beaucoup de choses
encore inconnues ici :
de la musique, des odeurs

et une couleur de l’arc-en-ciel
qu’il faudrait inventer,
car on ne peut pas la saisir :
elle s’échappe comme le temps

elle est toujours en fuite,
traversant le noir
avec ses propres images
que l’on retrouve en désordre

quand par quelque hasard
on en trouve des traces,
éparpillées au petit bonheur
lorsque le réveil sonne.

Le livre est fermé,
tout à côté,
et on pourrait penser
que des idées ont filtré

dans l’espace nocturne,
comme un joute silencieuse,
une sarabande où les astres
se combattent

et rusent avec l’esprit :
la logique est abolie,
tout est alors possible,
et juste quelques bribes

se retrouvent au matin.
Il faut faire attention
car ces traces fragiles
disparaissent rapidement

– ainsi des bulles éphémères,
lorsque la lumière
commence à filtrer
à travers les volets .

RC – oct 2016


Charles Coutarel -Chat de nuit, charly gris


 

 

 

Youpi chz Jacques  -.jpg

photo perso – Youpi en action

chat de nuit
charly-gris
comment J’écris
comment je souris
à cette image
passage
qui se reflète
en glaces
multi-faces
où je rigole
en multl-plans
noir et blanc
je m’envole
sur une aile
cœur-couleur
tête de piaf
ébouriffée
inspiration
profonde
mon chant
s’empli

charly-blanc
chat troublant


Jean-Paul de Dadelsen – Il y a beau temps


 

Vector Arts (214)--.jpg

Il y a beau temps que le soir est tombé

Il y a beau soir que le ciel est plombé

Il y a beau ciel qu’est partie la lumière

Il y a beau jour qu’est tarie la rivière.

Voici cet oiseau passer bas sous la nue

Il faut partir et rentrer dans le noir

Il n’est plus temps de chanter dans la rue

Il est trop tard pour causer dans le soir.

Les arbres dorment comme un corps inerte,

Un papillon se hâte vers sa perte.

Seul, sans recours, il faut fermer les yeux

Et tout au fond du noir creuser vers Dieu.

 

Jean-Paul de Dadelsen « Jonas » (Gallimard)


Patrizia Valduga – Cette neige


photo Luis Fernandez – Toronto

 

XVI.

Sur le blanc du givre en lents flocons

se perd un peu de neige silencieuse,

tu avais une ombre noire au front,    

chaque jour t’enlevait quelque chose…

Il fait si froid, je couvre tes jambes

tu suis ton ombre mystérieuse,

ce papillon noir vif t’afflige

tu ne l’as même pas vue, cette neige.

 

 

Cet écrit est issu  du beau site   » une  autre poésie  Italienne »


Kenneth White – que personne n’aille dire que tu as eu peur du silence


Nourris le feu allume ta lampe

Sans te soucier du froid ni du noir qui s’en vient
Prends tes bouquins continue tes études

Et que personne n’aille dire que tu as eu peur du silence
Ou qu’à t’apitoyer sur toi-même tu t’es pourri

Les bêtes hurlent à la lune elle les fascine

Mais toi prends-lui sa force et tourne-lui le dos
Et puis écris dans ta propre blancheur

Trace ton propre parcours

Toutes les mues cachées de l’hiver

Laisse la vieille buse jeter sa morve et faire des siennes
De la neige tisse-toi une chemise de flanelle

Avec un pan épais pour te couvrir les fesses

Fais usage de la pluie pour fabriquer ton grog

Et du vent pour tourner les pages de ton livre

La force personnelle peut faire des prodiges
Sans elle le talent n’est rien

Augmente ta vie

Trempe-toi le caractère

Et tire profit à plein de cet hiver

In « En toute candeur »


Jules Supervielle – se faire un peu de feu


 

Il ne s’agit pas d’être le feu, mais de se faire un peu de feu
Quand on a froid et que l’humide veut régner sur nous peu à peu,
II ne s’agit pas d’aller toujours sur une grand-route prévue
Mais de pouvoir flâner un peu comme fait même l’âne qui broute,
II ne s’agit pas d’être partout mais de choisir un petit coin,
Appelez-le arbre, maison ou femme ou bien morceau de pain,
Un jour je t’expliquerai ce que sont le ciel, les étoiles
Et ce que tu es toi-même, avec ton or innocent,
Je te ferai quelques croquis sur le tableau noir de la nuit,
Mais si tu veux y voir clair, il faut venir tous feux éteints.

***

Jules Supervielle (1884-1960)Le Corps tragique (1959)


Peindre l’intérieur de sa tête en blanc, ou noir ( selon ) – (RC )


peinture: Cy Twombly

peinture:          Cy Twombly

Il y a des secrets enfouis        sous la glace,

Elle conserve au frais les souvenirs des étés,

Au plus profond des crevasses .

Elles se sont refermées           sur ce qui a été.

Un fleuve de blancheur     à la coulée lente,

Qui dévale les années,

Accroché aux pentes,

Des plus hautes vallées           .

Les secrets ont leur gardien,

Il en reste toujours            une trace.

On a beau les taire,  un jour,  cela ne sert à rien…

Il y a toujours quelque chose qui dépasse .

C’est comme si tu repeignais de blanc,

L’intérieur de ta tête,        pour effacer,

Toute trace du passé,

Gravé en lettres de sang  .

Choisis plutôt              le noir

Personne n’y verra    goutte …

Une bonne solution , sans doute,

Pour perdre la mémoire ,

Te refaire une santé ,

>        Effacer les preuves…

— Mais crois tu qu’avec une peau neuve,

Tu peux prétendre à la virginité  ?

RC – déc 2014


Des particules, s’éparpillent dans la fête – (RC )


 

C’est juste une portée  du hasard,
Quand  se perd  le regard…
Il s’essaie  au noir,

En reliant les  étoiles,
Pour en faire des figures,
Celles que l’on trouve en peinture

Les constellations se bousculent,
Dans une longue suite,
Celle des années-lumière,     en fuite.

Quels miracles lient les morceaux d’azur ?
Depuis longtemps basculés dans le sombre…
Je n’en connais même pas le nombre.

Des mondes entiers, des particules,
S’éparpillent  dans la fête,
Etoiles filantes ,        et comètes.

Il ne reste  de leur  passage,
Qu’une  légère trace.
….          L’instant suivant les efface     .

Peut-être fourbues…
Dans l’espace inter-sidéral ;
Je me sens un peu perdu

A l’intérieur ,  même, de cette carte postale.

RC- sept  2014


C’était une mazurka – ( RC )


photo NF

Je me souviens de la musique
Et ta tête penchée sur le clavier.

Les mains ont déserté les touches d’ivoire,
Elles se sont ternies au voyage des ans.

Les cordes fatiguées, sont une harpe
Assourdie de toiles d’araignées.

Les mélodies que tu jouais,
Ne renvoient plus de reflet

Elles sont été mangées,
Par l’ombre du piano noir.

Juste, le concert des étoiles,
Me chante encore tout bas,

Leurs volutes et les arabesques,
Naissant sous tes doigts.

Je me souviens de la musique
Et ta tête, penchée , au-dessus de moi …

RC – sept 2014


Aveugle – ( RC )


klara 1  paru dans plateforme magazine

klara 1 paru dans plateforme magazine

 

Tu tiens la balance,
A peser les étoiles,
J’en sens          la caresse des rayons,
Ils me relient               quelque part,

Au chant de l’ailleurs,
Que je ne perçois pas,
Ou juste à tâtons …
Mais ta voix me parvient.

Elle est une bonne étoile,
Et me permet         de traverser,
Des champs, où les blés,
Ondulent dans le noir.

J’ignore la forme de ton visage,
Mais je reconnaîtrais      entre mille,
Le grain de ta peau,
J’ai juste des yeux           au bout des doigts,

Même s’ils ne voient pas  .

 

RC- avril  2014


Habillé de ton portrait – ( RC )


 

–                              photographe non identifié

 

Habillée        de brume,
Elle enveloppe      l’air,
Qu’une lueur allume,
C’est tout un mystère,

Si           tu fuis le noir,
Et navigues, en puissance,
Dans le laboratoire,
Avec tes expériences…

Finissons en         du tragique,
Voilà ce qu’il faut que tu crées ,
D’un coup de baguette magique,
En ouvrant le tiroir aux secrets.

Et qu’ensuite, je m’endorme,
Habillé de ton portrait,
( tu vois, j’ai changé de forme ),
En empruntant tes traits.

Il n’est pas besoin d’une messe,
Ni de prier la Vierge
Pour la caresse d’une déesse,
Encore moins, de brûler des cierges .

Juste la promesse,
De ton sourire,
Me redonne une jeunesse,
Que rien ne peut ternir.

 

 

RC- avril  2014

 

masque « sourire du jaguar » art traditionnel mexicain.

Au sujet des masques  mexicains,  que je trouve souvent exceptionnel, grâce à leur inventivité, une page synthétique  de pinterest en donne une  bonne idée…

 


Billie Holiday – Strange fruits


 


C’est bien sûr la superbe chanson interprétée par Billie Holiday… une composition d’Abel Meeropol, dont l’interprétation est synonyme de la voix de Billie ( et emblématique d’une certaine forme de racisme, et de dénonciation de la condition des esclaves )

et dont il existe un équivalent, par   la voix  de John Martyn

Strange Fruit


Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves
Blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south
The bulging eyes and the twisted mouth
The scent of magnolia sweet and fresh
Then the sudden smell of burning flesh

Here is a fruit for the crows to pluck
for the rain to gather
for the wind to suck
for the sun to rot
for the tree to drop
Here is a strange and bitter crop

Composed by Abel Meeropol

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Les arbres du Sud portent un étrange fruit
Du sang sur leurs feuilles et du sang aux racines
Un corps noir se balançant dans la brise du Sud
Un fruit étrange suspendu aux peupliers

Scène pastorale du vaillant Sud
Les yeux exorbités et la bouche tordue
Parfum du magnolia doux et frais
Puis la soudaine odeur de chair brûlée.

Fruit à déchiqueter pour les corbeaux,
Pour la pluie à récolter,      pour le vent à assécher
Pour le soleil à mûrir,    pour les arbres à perdre,
Etrange et amère récolte !

——-
Strange Fruit (Fruit Etrange ) Chanson composée en 1946

par Abel Meeropol afin de dénoncer les Necktie Party ( pendaisons )

 

———-


Ce qui reste de l’essence de la nuit – (RC )


 

 

 

 

peinture:  Paul Delvaux

                                                                           peinture:         Paul Delvaux

 

 

Au retour du sommeil,
Vite,
Attrape de quoi,
Fixer au passage,
ce ruban de mots,
Qui s’enchevêtrent,
Et n’est pas encore poème,

Avant que ce chant,
Ne se détruise,
Lorsque la conscience,
Aura repris le dessus.

L’espace entre les mots,
Amène les sensations,
Et les images la saveur,
Des couleurs encore inconnues,
Dépèche-toi de les transcrire,
Qu’elles ne restent pas prisonnières
De ta tête.

Le futur immédiat,
Fait que l’on néglige souvent,
Ces formations fragiles…
Ces boucles lovées sur elles-même
Se fanent si vite.
Dès qu’elles sont exposées,
A la lumière du jour.

Doit-on en conclure,
Qu’elles devraient
Rester proches de l’obscur
Et appartiennent à la nuit ?

C’est sans doute
Dans les corps oubliés
A eux-même,
Et proches dans l’immobilité,
D’une mort dessinée,
Que travaillent le mieux,
Les cerveaux libérés.

C’est une danse farandole ,
Au creux du repos,
Où les âmes recueillent,
Ce qui reste de l’essence des jours.
En extraire quelques gouttes,
Est toujours un exercice
D’équilibriste…

Les mots répugnent à se fixer
Sur le papier,
Regroupés en strophes.
Ils nous observent de loin,

Les prélever intacts,
Et garder leur fraîcheur,
N’est pas des plus simple.
Peut-être faut-il les laisser ,
Vagabonder à leur aise,
Si volatils.
Ils agissent à leur guise.

Et se moquent de notre quotidien
De nos détours du jour,
Pour mieux s’emballer
Dès que le noir fait son retour.
.

RC – janvier 2014


Je repars chaque matin, d’une étendue blanche ( RC )


 

 

 

Il faut que je ferme l’enclos des couleurs,

Que je reparte vers un ailleurs,

N’ayant pas connu le dessin du cœur,

……    Chaque page a son heure,

 

Et je repars chaque matin,

D’une étendue blanche,

Que chaque jour déclenche,

–  toujours plus incertain.

 

Ou bien j’ai sans doute oublié,

Derrière une glace        sans tain,

Comment prendre le monde dans ses mains,

Les miennes, que j’ai liées.

 

Ou alors,         je les ai vides.

   Le miroir ne reflète rien

       Des jours lointains

            Et saisons humides.

 

Je sais que  sous  ses taches,

Et les plis de ses draps,

L’hiver reviendra.

Pour l’instant il se cache.

 

J’invente pourtant ce que je ne vois pas,

J’avance en vertiges,

Comme sur un fil,    en voltiges,

Il y a un grand vide, sous mes pas.

 

Si je retourne la mémoire

Il se peut que je n’aie plus de passé,

Et que, de traces effacées,

Je ne voie que du noir.

 

Peut-être qu’en peinture,

J’invente,   hors d’atteinte,

De nouvelles  teintes,

Au fur et à mesure.

 

En tout cas c’est vers l’inconnu,

Que j’ouvre mes pages,

Me risquant  au voyage,

Comme un enfant,          nu.

 

Une page vierge à écrire,

Des traits, que je lance

Un pinceau, toujours en danse,

Dont j’ignore le devenir,

 

Comme si,      à la couleur des rêves,

On pouvait      donner un titre,

Décider de clore le chapître

Et dire          que la toile s’achève…

 

RC – 30 septembre  2013

 


Sourd une lumière noire ( RC )


peinture: Adolph Gottlieb:       Ascension        1958

D’un tout petit point,

Encore lointain,

Sourd une lumière noire,

Elle aspire,

Dans la démesure,

De l’immensité à parcourir,

Ce qu’il y a,

Qui remplit nos yeux,

Nous dilate.

Dans ce que nous voyons,

La vie se poursuit,

( Un monde où j’habite ).

Je ne pose pas de questions,

Les vagues succèdent aux vagues,

Et les jours entre eux.

Et le corps transpire les années,

Comme en rides insensibles,

L’espace a rétréci            – un peu…

Puis, sans qu’on y prête trop attention,

Ses murs se sont rapprochés,

Et teintés de couleurs lasses…

Comme une bouche d’ombre,

Le soleil noir est visible,

« Clairement »   dirait-on,         cynique,

Et s’il boit peu à peu les choses,

  • Comme la gorge de la nuit.

S’il faut se tenir aux bords,

>      Un seul faux pas,

Et nous voilà de l’autre côté,

Chutant dans l’infini…

RC – 16 septembre 2013


Au pied du mur ( RC )


Au pied du mur ( RC) – pour Richard Serra

Richard Serra:          dessin: Coltrane –      1999

Au pied  du mur

Je m’enroule en volumes

Le corps penché

Entre les plaques rouillées de Serra…

Mise en oeuvre de la masse

D’un labyrinthe noir

de rectangles qui  n’en sont pas

D’où je perds ma présence

En vain, géométrisé

D’équilibre le dessin s’assoit

Et de simplicité ajustée

La création , en  puissance me boit

Le noir s’impose à plat

Et de poids se fait liberté.

———————————————————————–

( ce texte  se réfère donc à l’oeuvre  de Richard Serra,  et  l’impression d’une  grande expo  au monastère royal de Brou ( à côté de Bourg-en Bresse),  il y a longtemps… 1985…  en lien ce dossier  pédagogique  du centre national d’Arts Plastiques, bien documenté : téléchargeable )

RC-  décembre 2011

Richard Serra Vice-versa 2003 – installation, sculpture