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Norbert Paganelli – Quien eres


Quien eres                                                ( qui es-tu ? )


nicolas Cotton norbert Paganelli

peinture:   

Nicolas Cotton

 

Moi je n’aurai jamais voulu cela :
cette profusion de chaleur et ces éclats de guerre.
Les affres de la bataille que se livrent les éléments
n’ont jamais acquis ma sympathie profonde.

Je connais, certes, les bruits rapportés des combats
et les plumes recouvrant les casques ciselés.
Ainsi que les armes dont les couleurs de feu m’avaient jadis envouté
mais jamais je n’ai succombé à l’or des trophées

On m’avait dit que le miel était ailleurs et j’ai  fait comme si,
comme si cela devait durer
dans l’éclat sobre d’une grande quiétude.

Il m’est arrivé de ne pas suivre ma propre trace,
ce n’est pas une raison suffisante
pour m’exiler loin de mon serment.

 

 


L’histoire cohabite sa géographie – ( RC )


Carte ancienne

Carte ancienne du Japon

Du creux ombreux aux pentes neigeuses,

Le parcours des siècles,

Des pays conquis, esclaves soumis,

Il n’est plus de paroles audibles,

Et des routes détournées,

A faire taire la voix des peuples,

Quand la vague redescend,

Et conduit, du sommet à l’abîme,

Les hommes blessés,

Envahisseurs ou envahis, ;

Ils finissent par se confondre,

Et s’imbriquer, au point,

Que les origines,

Se perdent dans la nuit des temps,

Et de la géographie,

Qui, à quelque chose près,

A toujours ses montagnes,

Et ses îles en place,

Malgré les accidents de l’histoire.

(texte créé en « réponse  » à celui de Norbert Paganelli- lien ci-dessous)–

STRUGHJERA / DÉLIQUESCENCE


Norbert Paganelli / Robert Desnos – Le dernier poème


Gorgone orange (2)

 

 

(Norbert Paganelli / Robert Desnos) LE DERNIER POÈME
J’ai tellement rêvé de toi
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres
D’être cent fois plus ombre que l’ombre
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.

 

( et sa version en langue corse )

 

T’aghju sunniatu cusì forti
Aghju tantu marchjatu, tantu parlatu,
Tantu amatu la to ombra,
Ch’ùn mi ferma più nudda di tè,
Mi tocca à essa l’ombra mezu à l’ombri
D’essa centu volti più ombra chè l’ombra
D’essa l’ombra chi vianara è rivinarà
In la to vita assuliata.

 

 

Voir aussi beaucoup d’autres textes, orientés principalement  sur la poésie  d’origine corse ( mais pas que)..  dans Voxpoesi.

 


ces bois qui crient – (variation -réponse sur « Entailles », de Norbert Paganelli) – ( RC )


Bois sauvés du temps ( sculptures gauloises retrouvées dans les sources de la Seine)

 

Il y a du silence, de l’importance

Aussi bien qu’au passage en siècles

 

Dans les sources de la Seine

Ce sont, avec nous, les bois noirs

Qui portent leur gloire et espérance

 

Bardés d’entailles, qui crient

Croyances et magies

Restés enfouis, témoins

 

Tandis que passent les royaumes,

Trépassent, et révolutions,

C’étaient eux c’étaient nous

 

Peut-être ( étrangers ? )

De peu de palabres

Et qui nous parlent, pourtant.

Etranger de peu de palabres
Tu es fait d’un maître bois
Et d’une glorieuse renommée
Etranger qui naît et grandit
Lorsque le temps
Lui aussi entonne le chant

Feuilles fleurs
Entailles à faire bomber les torses
Etranger de ta grande moitié

Fais comme tu le souhaites
Vis si tu le veux
Même sans nous

–     Le texte  de Norbert Paganelli, peut être  lu sur son site Invistita, consacré à la littérature corse

( versions bilingues)

ex -votos de bronze       Musée archéologique de Dijon –        provenance photos:  dossier flickr de magika42000

ex -votos de bronze       Musée archéologique de Dijon


Norbert Paganelli – Lait et lumière


 

 

 

installation Wolfgang Laib: Pierre de lait

Lait et lumière

Il n’y a guère de lumière
Tout en haut de la montagne
Il y a ce lait blanc
Que nous buvons chaque matin
Nous le buvons lorsque femme se peigne
Et le soir lorsqu’elle se dénude

Du lait oui mais de lumière point

Vous pourrez la débusquer derrière les rives
Ou sous la mousse lisse et claire
Chantant en cachette d’une  voix presque éteinte

Elle peut aussi être ici sur les pages blanches
Jamais écrites et jamais imprimées
Oui à coup sûr vous pourrez la surprendre
Au cœur du conte qui murmure
Entre deux sourires à peine esquissés

Et puis il faut dire que certains jours
Lorsque l’appétit fait défaut
La lumière inonde le lait
Mais alors
Ce n’est plus du lait
Il est passé de sa claire apparence
À la promesse d’une haute renommée

 

installation Wolfgang Laib: cinq montagne s qu’on ne peut escalader ( pollen de dent de lion 1994 )

 
Lati è lumu

Ùn ci hè tantu lumu
In punta à la muntagna
Ci hè stu lati biancu
Chè no biimu ogni matina
U biimu quand’è donna si pittina
È a sera quand’idda si spodda

Lati iè ma lumu mancu di stampa

U pudareti truvà da daretu à i ripa
O sottu à u murzu lisciu è chjaru
Cantendu à l’appiattu à boci quasgi spinta

Pò essa dinò quì sopra à i pàgini vèrgini
Mai scritti eppò mai stampati
Iè di sicuru quì u pudareti scuntrà
Inchjudatu in a fola chì sussura
Inquattratu à surisi chì spùntani

Eppò veni à dì chè certi ghjorna
Di pocu manghjà
Lumu si metti ancu in u lati
Ma tandu
Lati ùn hè più
Hà scambiatu a so chjara condizioni
Pà una prumessa d’alta rinumata

N Paganelli

ses textes  sur la Corse, et en langue corse, peuvent être lus  sur son site Invistita

 

Né en 1954, Norbert Paganelli a poursuivi des études de droit et de science politique avant de conduire des séminaires de formation dans plusieurs entreprises. Sa passion pour l’écriture poétique le conduit à collaborer à plusieurs revues et à publier un premier recueil « Soleil entropique » en 1973.
Il s’engage ensuite dans le mouvement culturel insulaire en publiant plusieurs recueils en langue corse qui ont tous été favorablement accueillis.

 

Il est l’auteur de   » invistita – le livre » ,  et   » Canta à i Sarri – le livre« 


Norbert Paganelli – Nous revenons


peinture:        Kandinsky                 Dans le cercle noir

Nouvelle parution à partir    du site poétique  du corse Norbert Paganelli,

dont j’avais déja  fait part de son texte   « timons »

Nous revenons

Quoi
Tu ne t’en souviens plus
C’est moi
C’est vrai j’ai changé
Ma barbe a poussé
Près des lèvres qui t’embrassèrent
Mais c’est bien moi

Toi tu es toujours la même
Enfant de la pierre odorante
Et du spectre marin

Cet oiseau noir qui regarde sans voir
Cette bouche qui rit de tout

Même les pierres ont épousé ta cause
Et se tournent sans respect

C’est mieux ainsi
Je vais m’en aller à pied

Chì ci hè
Ùn t’arricordi più
Socu eiu
Hè vera sò cambiatu
A barba hà missu à crescia
Vicinu à sti labbri chì t’ani basgiatu
Ma socu propiu eiu

Tù s’hè sempri listessa
Fiddola di u muscu pitricaghjolu
È di u spaventu marinu


L’aceddu neru chì fighjula sensa veda
A bocca chì ridi di tuttu

I petri anc’iddi si sò missi di à to parti
È si voltani sensa rispettu

Hè meddu cusi
Mi n’aghju dà andà à pedi


Norbert Paganelli – Timons


peinture gothique

Norbert Paganelli, publie  sur son site des textes bilingues  – corse-français...

Timons

« tous ces départs
écrits par les timons »
Alain di Meglio

Et vous qui semiez des étoiles
Sur le plancher marin de la mémoire
Ne pourriez-vous faire
Comme les marins
Et crier au monde que l’ivrogne n’oublie pas

Il n’oublie pas ces châteaux
Dressés vers l’horizon
Il n’oublie pas les hommes pétrifiés

Mais pourquoi n’avez-vous su
Reconnaître la route de l’oiseau
Sur le visage des timoniers

Timoni

« tutti i partenzi
scritti da i timoni »
Alanu di Meglio

È vo chì suminàiati steddi
Nantu à u sulaghju marinu di a mimoria
Ùn pudareti dinò fà
Com’è i marinari
È dì à tutti chè u briaccu ùn si ni scorda

Ùn si ni scorda di sti castedda
Piantati versu culandi
Ùn si ni scorda di l’omini stantarati

Ma comu hè chè vo ùn n’eti micca sapiutu
Ricunoscia a strada di l’acceddu
Nantu à u visu di i timunieri