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« Jouer  » à l’apprenti sorcier – ( RC )


Caricature de Escaro

C’est une photo où une vedette
pose  avec avantage
devant le dernier modèle de la marque.
On pense  tout  de suite à la dernière  voiture
dont la ligne fluide
évoque puissance et raffinement.

Mais j’ai devant les yeux
une photo d’époque,
où le Général De Gaulle, – en tant que président,
prend la pose devant le Redoutable,
premier sous-marin nucléaire,
à Cherbourg.

Avec cette parole en image, plutôt  qu’en publicité,
– il s’agirait, comme  l’on dit maintenant
de communication –
– ce qui quelque part se ressemble,
puisque l’étymologie nous indique bien  :
il s’agit de rendre quelque  chose public.

Ici, c’est « montrer ses muscles » :
une page  d’actualités,
qu’on verrait bien,
dans les magazines à sensations .
Le Général appose le cachet
de son prestige  et de sa fonction.

Mais il semble en même temps  absent
et  désabusé,
Comme si la finalité même  du  « sujet »
lui échappait.
( un jouet géant, construit à coups de milliards,
mais dont l’usage serait  » redoutable » –   d’où le nom ) .

Redoutable pour les autres:
Il s’agit bien d’un fleuron de la défense,
mais redoutable pour nous-même, aussi :
Si, par exemple pour des raisons diverses,
on interprète mal les ordres venus d’en-haut,
ou simplement:  le mode  d’emploi.

Un jouet  évoque  bien un jeu…
Le jeu en vaut-il la chandelle  ?  :
C’est jouer  avec le feu,
Et chacun sait que le feu nucléaire, même pacifique
( En pensant seulement à Tchernobyl et Fukushima ),
Peut avoir des conséquences  que l’on ne mesure même pas.

L’homme  n’est pas  né, pour jouer  ( encore ),
à l’apprenti sorcier.


RC – juin 2015

 


Niels Franck – Une seule voie


 

une  seule  voie  –    extrait  du blog  de J M Maulpoix

 

 

J’oublie Gaza
la Tchétchénie
Guantanamo.

J’oublie les écoles incendiées et les enfants brûlés vifs
les parents aux yeux éteints
– d’où toute lumière a soudain disparu.

J’oublie les enfants bourrés de résidus chimiques
ceux qui à chaque instant frappent à la frontière
d’une vie inconnue. Mais personne ne leur ouvre.

J’oublie le fanatisme des matches de football
l’éternelle bousculade les braillements des spectateurs qui veulent leur mamelle.

J’oublie ceux qui luttent pour davantage de vacances
davantage de temps sans les autres.

J’oublie qu’une cuite est déjà un petit séjour
à la clinique de désintoxication (aussi nommée la Cale sèche).

J’oublie les milliers d’antennes de télé plantées partout
espèce d’extincteurs qui crachent des images de rêve
jusqu’à ce que les rêves explosent dans toutes les           têtes.

J’ai déjà mentionné les politiciens

mais j’oubliais de dire qu’ils font partie de la bêtise
du cynisme
de l’étroitesse d’esprit
de l’hypocrisie
du calcul glacé

de ce qui mène directement au pouvoir.

Les terroristes aussi je les ai mentionnés
mais j’oubliais de dire qu’ils font partie de la bêtise
du cynisme
de l’étroitesse d’esprit
de l’hypocrisie
du calcul glacé

de ce qui mène directement au martyre.

La langue aussi je l’ai oubliée au milieu de tout ça
et la jouissance retorse que l’on éprouve à retourner ses mots et ses idées. Retourner. Retourner
si bien que pour finir rien n’est ce qu’il paraît être.

Rien : toujours déguisé autrement.

J’oublie que la langue n’est plus fiable
cette langue retouchée et archi-pelotée
une langue pleine de coupures, d’ajouts et de           recollages.
Une langue qui ne sait plus que citer le mensonge.

J’oublie que la guerre des religions ne finit jamais
parce qu’on n’en finit pas de se battre pour la vérité.
J’oublie que tous ceux qui croient ont vu la lumière
trouvé la vérité.

J’oublie qu’ils sont toujours sur la bonne voie.
Tous les autres ont trouvé le mensonge
et doivent avancer à tâtons dans une obscurité éternelle
prendre la route qui mène directement au vide
à l’inanité
à l’insanité.

Comme si la seule manière d’éviter le vide
était de s’enrôler dans la guerre.

J’oublie les services secrets et leurs officiers
attachés au secret.

J’oublie les centrales nucléaires
photographiées par un lointain satellite.

J’oublie que le premier secret
dévoile en secret le deuxième.
J’oublie les nationalistes furieux
pour lesquels la nation n’est qu’une famille contrefaite
malheur à qui n’en est pas membre :
il faudra le chasser avant potron-minet
à l’aide du balai, de la poële et de torchons mouillés s’il le faut.

J’oublie tout ce qu’une haine peut renfermer de détresse
même si la détresse ne renferme aucune haine.
La détresse est toujours toute seule : privée de compassion
privée d’avenir aimé
privée de sens aimé.

J’oublie les femmes obligées de vivre toute une vie voilées
parce que les hommes tremblent de peur devant leur propre lubricité.
Pas de corps aimé. Pas de caresses.
J’oublie le suicide par internet
les fonds de spéculation
les empires médiatiques.

J’oublie les procès intentés aux dictateurs affaiblis
pour qui l’enfance de l’art est de simuler la folie.
J’oublie les images glacées des réclames montrant le chemin qui mène tout droit au bonheur

– Oh, le bonheur !

J’oublie combien le monde est merveilleux.
Pardon si j’ai dit
autre chose.

 

Niels Franck