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Allain Leprest – l’homme aux deux ombres


Sur l'établi | baldini Jean Pierre – Sculpteur

sculpture  :  Jean-Pierre Baldini

 

Le type d’en haut le solitaire
Si j’vous disais il a deux ombres
Qui le suivent sous les réverbères
De la ville quand la nuit tombe

Une ombre bleue à chaque jambe
La sienne et celle d’une dame
Deux ombres qui soupirent ensemble
Sur le drap sale du macadam

On dit que c’est un vieil amour
Un coup au coeur jamais guéri
Qui n’a laissé que son contour
Découpé dans un matin gris

V’là c’est pour ça qu’il a deux ombres
Qui déambulent derrière lui
Qu’il promène dans les décombres
De sa mémoire toutes les nuits

Deux ombres enlacées côte à côte
Cousues au bas de son manteau
Les mains mises l’une dans l’autre
Qui s’embrassent derrière son dos

Une ombre bleue à chaque jambe
La sienne et celle d’une dame
Deux ombres qui soupirent ensemble
Sur le drap sale du macadam

Le type d’en haut il a deux ombres
Et il les rentre au petit jour
Quand le premier rayon fait fondre
Les contours de nos vieilles amours


Robert Vigneau – L’Olive


L’OLIVE

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La petite olive noire
A fait gicler sous mes dents
Son huile amère en mémoire
De mes grands antécédents :
Hubert, Maurel, Cancedda,
Amilliastre, Délébroute,
Ardolade, etc. :
Cette olive pour absoute!

Ma bouche se peuple d’ancêtres
Par la saveur de ce fruit
Qu’ils plantaient pour me transmettre
L’amour du fond de leur nuit.
Oui, la nuit qu’ils ont trimée
Sur l’amer labour d’Histoire
Pour ton miracle gourmet,
Ma petite olive noire!

Tant trimé et tant usé
Qu’en deuil des siècles barbares
Dans mon Vence pavoisé
L’olive mûrit en noir.


les yeux démesurément ouverts sur la nuit – ( RC )


peinture: Léon Bonnat – le lac de Gérardmer-  1893
C’est cette nuit, quelque part, 
le don du sang en héritage,
qu’au-dessus du lac 
 
aux profondeurs noires,
         je vois cliqueter 
la mécanique  des étoiles.
 
C’est un grand  appel silencieux,
aussi étrange  qu’un rire  de chauve-souris,
qui m’effraie autant qu’il m’attire.
 
Il n’a de calme    que l’apparence,
           car tout peut  avoir lieu
au sein du liquide  obscur.
 
          L’air, dans sa moiteur, 
          a cet aspect fatigué 
des choses qui se fanent,
 
repoussant en ses extrémités,
autour de la clairière proche,
une jungle aux arbres en fer  forgés…
 
Malgré son lent  clapotement,
il me vient à l’esprit que l’eau,
de même, est figée,
 
comme une plaque  de métal,
   que je pourrais m’y risquer
   sans pour  autant m’enfoncer,
 
aussi loin que je puisse
pour accéder à l’îlot sombre,
en son centre.
 
            Je sais que des barques 
            y abordent certains jours,
et on y débarque des cargaisons funèbres.
 
Cet  îlot ,       je le sais gardé
          par des statues sévères 
à la base couverte  de mousses…
 
Cette nuit, 
je combattrai 
la violence muette  des enchantements.
 
Je mourrai,      peut-être,
englué dans les vases fourbes, 
ou paradoxalement  aspiré
 
par le ciel monotone, mais le coeur net,
semant l’épouvante  dans les planètes, 
les yeux démesurément ouverts sur la nuit.

Sandra Lillo – du rêve de l’été


Original Nature Painting by Julianne Felton | Fine Art Art on Canvas | Evening Shadows

peinture: Julianne Felton

 

 

Les ombres boivent le soir
la lumière

Tu te demandes comment
t’échapper

les cercles s’agrandissent
la nuit monte aux chevilles

te réveiller oiseau peuplier
saule pleureur

mais pas du rêve de l’été


C’est difficile de peindre une ville la nuit – (Susanne Derève)


 

 

pont de Recouvrance

                          Brest – pont de Recouvrance

 

 

 

C’est difficile de peindre une ville la nuit

avec ses coulées de lumières qui tremblent

dans le vent      une ville d’hiver

avec ses  guirlandes d’arbres nus  et le bruit

de la mer comme une chanson

 

 

Nuit de métal  danseuse en robe noire            

au bras raide  des grues     la lune

ouvrait le bal             T’en souviens-tu ?

Les feux des arsenaux brillaient sur la Penfeld

et le pavé des rues 

le bandeau trichrome des LED                                                        

ceignait  le béton comme un voile

 

 Berceau semé d’étoiles   nuit d’arches  silencieuses 

murailles obscures  aux bouches muettes

les lampes vacillaient  la nuit envahissait

le cadre des fenêtres

le brouillard mouchait   doucement les lanternes

l’ombre y engloutissait   la dernière taverne

                                                    Te souviens-tu ?

 

 

C’est difficile de peindre une ville la nuit

on n’en tire jamais qu’une pâle photographie

qu’on rêve en négatif      – un rêve solitaire –

Sans  nuances de gris

 

 

 


Une reine recluse – ( RC )


Emily Dickinson, la « Reine Recluse »

C’est l’image d’une femme,
une reine recluse
derrière de hautes murailles,
Elle sait n’avoir pour horizon
derrière sa fenêtre
que des forêts et des collines
qui se prolongent à l’infini.

Parfois elle voit, comme un signe,
un oiseau s’approcher de l’ouverture,
pour s’éloigner aussitôt
comme un rêve
qu’on ne peut jamais saisir.

Ce peut être une abeille égarée,
– dit-elle – qui chante et puis s ‘envole.
Ce sont peut-être comme mes pensées:
une gloire d’or et de lumière
qui fait le miel de l’insecte ,
et le mien .

Hélas, je suis prisonnière
et ce que j’écris
est ce miel inutile
qui ne fait que prolonger
les journées qui s’enfuient:
ainsi,     j’enferme la lumière dans la nuit.

 

note:

« La Gloire est une abeille/Elle Chante –/ Elle pique –/ Et, hélas, elle s’envole »
« Des pensées qui seront d’or et de lumière »
sont des extraits d’écrits d’Emily Dickinson.


Une vénus derrière le balcon – ( RC )


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Madame,                  vous restez entière,
je n’ai rien volé dans votre appartement
                      et vôtre âme vous appartient..
Vous étiez ce long corps nu de faux gisant,
et votre lingerie était en tas sur la table.

Vérifiez…           je n’ai rien pris:
pas une main, pas un sein ( je n’en aurais pas l’usage).
Pourtant vous m’épiiez depuis longtemps
derrière votre balcon,
et vous savez que mon regard vous peint.

Au contraire,          j’ai rajouté sur la toile
une tenture,          un voilage.
Puis ce vase avec ces fleurs mauves
qui semblent un rien vénéneuses
mais ne faneront pas.

La nuit aura beau vous caresser,
vous resterez pour l’éternité
telle que vous étiez
parcourue d’un rayon de lune
se lovant sur vos hanches.

 

RC


Guy Goffette – Premier rendez-vous avec la lumière


toit de Paris  A.jpg

 

Il aime cette attente et ce geste de verser l’eau bouillante,

tandis que l’eau du temps coule sur les toits où seuls encore,

tels des cris de coqs, percent les cous rouges des cheminées.

Le café passe lentement, noir comme un coup de poing :

la nuit est morte.

Pierre, qu’il soit ou non amoureux, se lève tôt.

De peur de manquer ce premier rendez-vous avec la lumière, quand l’œil,

encore mal débarbouillé des songes,

n’est qu’un œuf sous la paille des cils.


La journée du peintre – ( RC )


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peinture:           P Cézanne  —  parc  du château noir       1904

Je ne sais
quand les journées s’allongent :

je suis pieds et poings liés
à la chanson du pinceau,
et j’en oublie les heures,
jusqu’à ce que je plonge
dans l’oubli des choses,
ainsi mon ombre me devance
sur la toile ébauchée.

Et chante aussi la rivière
sous le pont de pierres…

J’ai confondu ce que j’ai peint
avec une journée d’été.

Je dépose la lumière par petites touches ,
qui se rassemblent contre l’obscurité.
Je marche dans une clairière
que j’ai inventée ,
je m’y égare un peu .
La futaie change soudain d’aspect
sous l’éclairage électrique .

Elle n’a plus cet attrait magique
des rideaux de feuilles .

Je continuerai demain
marchant dans sentes et chemins :

il y a des couleurs qui s’attardent
à la façon de feuilles d’automne
Elles sont aussi sur mes mains tachées ;
je vais aller me nettoyer
puisqu’une journée à peindre
vient de s’éteindre

sans bruit ,
remplacée progressivement par la nuit .

RC – juin 2019


Alain Paire – Soif inquiète


reflets  stries  rochers  &  roses.jpg

La terre serait soif inquiète. Il n’y aurait plus
que la nuit de l’oubli, des formes sombres
à peine terrestres, le silence de la lumière.
Et parmi les fruits de la veille, comme une ressemblance,
le sourd battement d’une âme, tout au moins le pardon de l’image,
la détresse d’une main qui se blesse ou bien qui aime.
(Un rossignol accueillait chaque nuit l’eau bue par la lumière.)

 

extrait de  « la maison silencieuse »


Gabriela Mistral – Pudeur


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dessin – A Watteau

Si tu me regardes, je deviens belle
comme l’herbe qui a reçu la rosée,
et ils ne reconnaîtront pas ma face glorieuse,
les grands roseaux quand je descendrai à la rivière.

J’ai honte de ma bouche triste,
de ma voix cassée et de mes genoux rudes;
maintenant que tu es venu et m’as regardée
je me suis trouvée pauvre et me suis sentie nue.

Tu n’as pas trouvé de pierre dans le chemin
plus dépourvue de lumière dans l’aurore
que cette femme sur qui tu as levé
les yeux en écoutant son chant.

Je me tairai pour que ceux qui passent
dans la plaine ne connaissent pas mon bonheur
à l’incendie qu’il met sur mon front grossier
et au tremblement de ma main…

C’est la nuit et l’herbe reçoit la rosée;
regarde-moi longuement et parle avec tendresse,
car demain en descendant à la rivière
celle que tu as embrassée aura de la beauté.


Jean-Baptiste Tati-Loutard – le rocher sur la rive


gr v 11.JPG

 

 

Celui qui l’assiste devient rocher sur la rive :
Il pleure mais la roche ne rend que sa source.
Nous avons chargé le ciel de tant de soleils
Que nous avons oublié qu’en ce monde
La nuit fut première.


C’était si doux de croire – (Susanne Derève)


 

Walk-to-the-Moon,-Childhood

Albert Houthuesen – Walk to the Moon, (Childhood Command)

 

 

C’était si doux de croire

qu’on aurait pu courir sur l’échine de la nuit

avec des doigts de fée

 

y broder des étoiles,  des galons d’or

tirer  le fil d’opale d’un blanc rayon de lune

pour se laisse glisser de la frange des cimes

jusqu’à la cotte de velours des prairies d’été

 

Mais la nuit a secoué l’échine

la nuit n’aime pas sentir sur son dos nu

les doigts légers des fées

 

Mon chariot a versé

de  la fourche des cimes

sur la cotte de velours sombre des prairies d’été

 

et le croissant acéré de la lune

avec son fin poignard d’argent

a tranché un à un les fils célestes

m’a coupé le chemin du rêve

 

pour me jeter à  terre comme un petit Poucet

les cailloux de sa poche

dispersés aux quatre coins du ciel

 

 

Aussi je vous le dis le jour pâlit et meurt

sans bruit sous les chandelles du soir

tandis que la nuit chante  

 

Mais n’allez pas défaire le jour flétri pour habiller

la nuit de songes avec vos doigts de fée  

Ne vous approchez pas

 

Écoutez là seulement chanter

 

 

 


Répandre des étoiles – ( RC )


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L’origine des temps
se perd dans le lointain,
et la nuit clignote
de myriades d’étoiles,
qui nourrissent les rêves.

Tu as arpenté les terres nues,
les chemins creux,
en recueillant dans tes bras,
comme tu le souhaitais,
les moissons du ciel.

As tu réussi à capter
l’un d’entre ces astres
lors de tes dérives buissonnières,
qui t’emportent
loin de la lourde glaise des jours ?

La bonne étoile te suit alors,
et la bonne fortune
te précède dans le parcours des dunes
même dans la nuit la plus noire
juste quand tu t’endors…

Tu confies tes espoirs
en traçant un bout de route
dans les figures de zodiaques,
qui se reflètent ( on s’en doute )
dans des flaques.

Mais le lendemain
fait pâlir les rêves,
comme si des branches,
se retirait la sève
au petit matin…

Crois-tu que c’est lui qui les a tués 
et que les étoiles s’enterrent,
de façon que la journée,
ne puisse les toucher,
ni personne les atteindre ?

En fait ils ne vivent que la nuit,
lorsque disparaît le soleil
et il n’y a rien qui les remplace
jusqu’à ce que le sommeil
arrive pour les repeindre 

mais l’étoile que tu as choisie
va te guider sur ton destin
même si on ne la voit pas,
tu répands des fleurs avec tes mains
et la glace fond sous tes doigts.


Alda Merini – la notte


 

Heesang Lee    Desolation.jpg

La chose la plus magnifique est la nuit

quand tombent les dernières épouvantes

et que l’âme se lance à l’aventure.

Lui se tait en ton sein

comme résorbé par le sang

qui prend enfin la couleur de Dieu

et toi tu pries pour qu’il se taise à jamais

pour ne pas l’entendre telle une plénitude fixe

jusqu’à l’intérieur des murs.

La cosa più superba è la notte

quando cadono gli ultimi spaventi

e l’anima si getta all’avventura.

Lui tace nel tuo grembo

come riassorbito dal sangue

che finalmente si colora di Dio

e tu preghi che taccia per sempre

per non sentirlo come un rigoglio fisso

fin dentro le pareti.


Parfum – (Susanne Derève)


art 190

Photo Robert Mapplethorpe

 

 

Il suffirait d’un mot

Lait     fleur

enfant   mémoire

 

Il suffirait d’un son

le do nu du dormeur

Et le si de silence

 

Il suffirait la nuit

de franchir le miroir

dans une douce errance

 

de flâner en  chemin

de cueillir dans le noir

une rose sans tain

et dans un vertige soudain

 

il suffirait

d’un mot

qui nous dirait

parfum

 

 

 

 


Pierre Béarn – les clefs du voyage


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peinture : Jozsef Rippl-Ronai

J’apportai les clefs du voyage
à la prisonnière effrayée
de se découvrir vulnérable…

Négligeant l’azur arraché
qui parait d’attraits la magie
l’éléphant piétina les roses.

Quand tu partis vêtue de nuit
serrant ton cœur telle une lampe
éclairant ta honte soumise
l’éléphant n’aimait plus les roses.


Pierre Seghers – La nuit qui vient


 

la nuit étoilée JF Millet
 Jean François Millet – Nuit étoilée

 

 

La nuit qui vient

est-elle étoilée ? Mais que m’importent les étoiles

dans ce cheminement, dans cette migration

Quand l’épaisseur est traversée pour atteindre l’autre soi-même

De l’Autre, fou, et de silence, immobile gisant debout ?

 

La nuit qui vient à ma rencontre, elle a franchi tant de montagnes

Et dévalé tant de collines et roulé tant de galets morts

qui rêvaient d’elle, son souffle a déplacé tant d’astres

Retroussé tant de vagues et courbé tant de joncs

Qu’elle m’emporte, comme un berger dans son manteau

ses bêtes passées à un autre

Seul, retranché de tous, et en lui-même, absent .

 

 

Dis-moi, 

ma

vie 

Editions Bruno Doucey

 

 


au début de la rue de la Nuit – ( RC )


Proud woman, sculpture en serpentine de Colleen Madamombe, 1964-2009 (Zimbabwe) 23556934458.jpg

sculpture: Colleen Madamombe, 1964-2009 (Zimbabwe )

 

Je me suis assis
au début de la rue de la Nuit,
le coeur sombre
ne sachant que faire de mes mains.

Je devais attendre sans le savoir
que se fende
la Montagne Noire,

ou retrouver le chemin clair
de pierres lisses
bordé du dessin des lys .

J’ai cru en apercevoir le contour,
apparu de façon brève,
au petit jour .

Les oiseaux blancs auraient pu être mon guide,
mais l’orage a été le plus rapide .

Assis au début d’un rêve nocturne,
toujours perdu dans les brumes…

RC –  aout 2018


une épaisse nuit à l’intérieur de la terre ( RC )


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mains négatives: grotte  de Roucadour

 

Sous nos pieds,
à l’intérieur de la terre,
de l’épaisse nuit
ce sont peut-être des regrets teintés de noir,
où ,       dans les profondeurs souterraines
les cavernes se font,
creusant le silence d’une paix de ténèbres .

Et la roche suinte
d’un goutte à goutte lent, régulier,
marquant l’éternité du temps,
qui finit par la dissoudre,
en faire des cathédrales
aux statues pétrifiées,
ignorant celles des saints .

Personne n’y prie
et appelle de soupirs .
Pas d’âmes affligées
pleurant d’anciens amours,
et pourtant jaillissent
des larmes en cristaux
durcies par l’attente.

Il est loin aussi,      le temps
où les hommes se rassemblaient
à l’abri des grottes,
autour de braises fumantes,
espérant survivre aux lendemains,
en peignant sur les parois
l’espoir des trophées de chasse .

Ils ont prolongé leur présence,
traversé des millénaires,
et toujours en silence,
leurs mains négatives
tâtonnent ,      inscrites sur la roche
à l’obscurité sans écho
qui se prolonge jusqu’à nous .

 

RC –  juin  2018


Lucie Taïeb – s’éveiller


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Edward Munch – nuit à St Cloud

 

en Normandie s’éveiller la nuit ne pas être éveillé ne pas savoir se réveiller
seul, dans un lit différent dans une configuration différente des ombres et du noir et
d’une voix qu’on ne se connaît pas dire dans la nuit au corps qui devrait être là
« j’ai peur » puis frôler du dos de la main non ce corps ami mais le mur et
reconnaître le crépi savoir, alors, quel est ce lit et pourquoi seul
se rendormir.


Guy Goffette – Dimanche


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La cloche du beurrier ancien dans le soleil d’octobre est une église oubliée sur la table des hommes

Elle rassemble autour d’elle les miettes éclatantes du cœur qui a vécu son heure de gloire dans le partage et l’apaisement des cris            pépites qu’une main sèmera sur le gazon

bleu pour les oiseaux les insectes les dieux invisibles qui portent la lumière au creux des arbres immobiles et dans l’espace ouvert la nuit entre nos songes


Le vin des nuits – (Susanne Derève)


 

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                          Jean Bertholle – Don Quichotte

 

 

Je marche    je marche

au cœur des  nuits  

 

là   où les sarments de lune  fomentent

les désespoirs ordinaires

 

la parole nue  des lendemains

 

Marches-tu    toi ?  Me vois-tu qui piétine ?

–  Tu me réponds que le vin est tiré     le vin  bu –

 

Lune pâle sous le vent qui se rit de moi

 

Un  caballero se profile là-bas    le vent

l’effacera-t-il dans les vapeurs ténues de la nuit

 

Terre bue comme le vin des vignes

qui monte en blanches volutes

 

Mon cavalier    les lignes de vie  au loin

sont éteintes

 

Mouche le bleu  fanal des chandelles                

avant que la parole nue  du matin

ne divague et m’appelle

 

 

 


De la nuit – (Susanne Derève)


 

 

                                                   Tom Thomson – Northern lights

 

 

Dans la dernière heure bleue de la nuit

celle qui précède le jour

avec ses bouquets d’arbres nus

ses cheminées de gel

irai-je dire mes voyages

 

Irai-je les dire dans la dernière heure

de la nuit qui chasse le sommeil

aligne les années

celle où  je peux faire mentalement le compte

des rêves avortés  des attentes  futiles

des étreintes passées un vieux calendrier inutile

à jeter au panier 

 

avec  le rideau qui masque la fenêtre

pour retrouver l’instant de dire les  

peut-être

 

cette heure où tu parlais de voyages lointains

du fracas de l’absence

 

celle où je naviguais dans le faisceau  

des phares à travers un rideau de pluie

une simple trouée  au hasard                                                    

 

Si je tapais du pied pour faire basculer

la dernière heure bleue de la nuit

dans le gouffre du matin  

loin de l’éveil figé d’attente

si je disais n’essaie pas de la retenir

 

le jour éclairerait  les premiers

nids aux arbres et je dessinerais

à l’horizon des voiles blanches

temps d’insouciance  mer étale

je dirais tu es revenu

 

je dirais  je n’écrirai plus

mais  voilà que les mots se pressent  

les mots en avalanche

comme la neige fraiche

plein la bouche  et les yeux

 

et dans les  yeux

ces failles où la couleur gommée

resurgit au soleil

rouge grenat   entaille

de sang vif

pour dissoudre la dernière heure 

de la nuit

cette heure où tu sommeilles

 l’heure bleue qui s’enfuit

 

 

 


Miguel Veyrat – derrière ta voix


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peinture : Don Van Vliet

 

—raison qui s’embrase
parmi les rires et les jeux,
dans l’espace
de lumière noire je cherche
À renaître
—ou bien à naître sans mourir,
comme au moment
fragile de ton esprit
où tu me conçus
Et que devint
soudainement chant
la nuit infinie
—ta propre peur, ma propre
crainte de prononcer ton nom.