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Octobre – (Susanne Derève)


Joan Mitchell Two Pianos

                     Joan Mitchell   ‘Two Pianos’

 

 

Il n’y a pas d’ombres

Il n’y a que la tendre lumière d’Ouest

au soir

 

Octobre avec son parfum de fraises écrasées,

les dernières au goût de terre et de noix,

Octobre au goût de prune violette,

 

le scintillement du soir entre les branches

à la fenêtre

feuille morte qui s’égare, portée par

un vent chaud,  qui craque sous le pas

 

Et là emmitouflées dans le sous-bois

les ailes roses des cyclamens

comme l’ultime sursaut     

d’un automne aux abois

 

 

 


Ossip Mandelstam – La quatrième prose : nuit glaciale en Crimée


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peinture:             Raoul Ubac

 

On sortait par une de ces nuits glaciales de Crimée,
on prêtait l’oreille au bruit des pas sur la terre argileuse, sans neige,
gelée comme le sont dans le nord nos ornières en octobre ;
palpant du regard ces sépulcres dans l’obscurité, les coteaux
de la ville populeux mais aux foyers éteints, avalant à pleine gorgée
ce brouet d’une vie assourdie, interrompue par l’aboiement des chiens
et salée par les étoiles, on ressentait physiquement, avec acuité,
la peste descendue sur le monde :

une guerre de trente ans, avec ulcères et bubons, avec ses feux étouffés,
ses chiens aboyant et ce terrible silence dans les maisons des petites gens.


Antonella Anedda – octobre, nuit


octobre, nuit

Accepte ce silence : le mot tassé dans le noir de la gorge comme une bête raidie,

comme le sanglier empaillé qui lors des orages d’octobre resplendissait dans le sous-sol.

Livide et tressé de paille, le cœur sec, sans fumée, et
pourtant contre l’éclair qui clouait la porte, chaque fois à l’endroit exact où la mort avait débuté : le vain recul, le corps ardent, le coup de pied du chasseur sur son flanc.

Ferme les yeux. Pense : lièvre, et renard et loup, appelle les bêtes qui chassées courent en rase campagne et se trouvent dans la fronde de la mort
ou du sommeil épuisées dans la tanière où seul celui qui est poursuivi connaît véritablement la nuit, véritablement le souffle.

Traduit par Francis Catalano et Antonella D’Agostino
—–

ottobre, notte

Accetta questo silenzio: la parola stretta nel buio della gola come una bestia irrigidita, come il cinghiale imbalsamato che nei temporali di ottobre scintillava in cantina.
Livido e intrecciato di paglia, il cuore secco, senza fumo, eppure contro il fulmine che inchiodava la porta, ogni volta nel punto esatto in cui era iniziato la morte: l’inutile indietreggiare, il corpo ardente, il calcio del cacciatore sul suo fianco.

Chiudi gli occhi. Pensa: lepre, e volpe e lupo, chiama le bestie che cacciate corrono sulla terra rasa e sono nella fionda del morire o dell’addormentarsi sfinite nella tana dove solo chi è inseguito conosce davvero la notte, davvero il respiro.

Extrait de: Notti di pace occidentale [Notturni]
Roma: Donzelli, 1999

Cristina Campo – été indien


photo  auteur non nidentifié

photo :  auteur non identifié

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Octobre, fleur de mon péril
printemps chaviré dans les fleuves

Parfois la mort même m’est indifférente
– l’ érable a interrompu son vol, les feux s’obscurcissent –
parfois m’assaille la terreur d’exister,
rayonnante, comme l’aster rouge.

Tout est déjà connu, la marée prévue,
pourtant tout s’enténèbre et s’éclaire
d’un frais désespoir, d’une merveilleuse fermeté…

La lumière entre deux pluies, sur la pointe
du fleuve qui me transperce entre corps
et âme, est une lumière de nuit
– la nuit que je ne verrai pas –
claire dans les forêts.

Cristina Campo
 » Le tigre abscence «  ed Arfuyen


Pierre GAMARRA – comme une goutte de sang


Comme une goutte de sang
Comme un signe de corail,
Comme un rêve de cerise,
une voile sur la mer.

Comme le cri d’un enfant,
Comme une larme d’octobre,
Comme le feu de mon cœur,
une voile sur la mer.

Comme une lèvre de femme
Comme une perle profonde,
Comme l’œil de la sagesse
une voile sur la mer.

peinture: M de Vlaminck, ville au bord du lac - 1909

PIERRE GAMARRA,

Poèmes inédit» pour les enfants,
© Les Éditions ouvrières.