voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Nayim Smida – une solitude


 

 

 

 

Tadeusz Kantor - Abstract [1967] 27275555579.jpg

 

peinture:  Tadeusz Kantor  1967

 

Puis je m’attends à ce que tu t’en ailles
Je ne veux plus t’écouter
Je ne veux plus te parler
J’ai vieilli de toi
Et même ton odeur autrefois mêlée d’amour
Est devenue aujourd’hui monotone
Comme le paysage d’un village familier où la muse a fait taire sa poésie
Comme le paysage d’un village familier où aucun élément hors l’écho
N’impressionne

Amour ô toi quel sens auras-tu si le chemin vers la douceur
Qu’elle portait en son reflet
S’évapore
J’adore sans savoir pourquoi son absence
Et je suis certain que sa compagnie dans l’espace est vitale
Je l’ai toujours aimée car elle peut résister à l’amour
Comme peut résister l’art à la touche parfaite de l’homme
Amour ô toi j’en suis las tu es triste

Je connais tes joies elles sont courtes et perfides
Je connais ta folie je connais tes peines je vis ton vide
Pourquoi ce mirage à chaque voyage vers ses nuages discrets
Pourquoi la brume
Pourquoi tu ne parviens pas à saisir les rimes
qui peuvent raconter son histoire inutile
Pourquoi
La solitude


Jean-Michel Sananès – As-tu reçu ma carte ?


 

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photo-gravure:  A Marquet

 

Vois-tu mes pieds ont de la mémoire

ils m’ont porté, tiré, trainé rue des Petits Champs.

Désespérés, ils ont retrouvé notre troquetet une odeur de nous agrippée à la pluie

mais tu n’étais pas là mon amour.

La Seine gisait nue sous une robe d’ardoise

où cafardaient les bonheurs perdus

partout la grisaille

empierrait les anges et les moineaux

jusqu’aux confins du jour.

Le monde sans toi semble si petit

que chacun de mes pas me rapproche de l’absence

Quand les mots sont infirmes

les non-dits restent muets.

As-tu reçu ma carte ?

As-tu pensé à regarder

les trois lignes d’encre blanche

que j’ai glissées dans l’enveloppe

Juste sous le dernier silence ?

N’y as-tu pas trouvé un je t’aime qui traînait par là ?

Qu’en as-tu fait ?

L’as-tu jeté, oublié, égaré, ignoré, perdu, reconnu ?

L’as-tu agité, secoué, pour voir qui dormait dessous ?

M’auras-tu aperçu ?

Oublié, reconnu, ignoré, perdu,

écrasé, noyé sous le silence ?

M’auras-tu laissé repartir dos courbé,

Cœur serré dans ces heures

Où le vent se voûte dans le naufrage des mauvais rêves ?

Vois-tu mes pieds m’ont trainé rue des Petits Champs

mais tu n’étais pas là mon amour.

 

 

Jean-Michel Sananès


Erwann Rougé – L’heure la plus étrange


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L’heure la plus étrange est cinq heures
et cette insupportable odeur de marée verte

Entre deux soulèvements de sable
une femme  chancelle   en riant

Elle a les yeux cendres  elle ment
C’est plus fort  les yeux   elle ment

Elle dit  regarder un ange
On dit cela au vent   à la cruauté du vent

Dans cette absurde odeur de marée basse
Il y a toujours une poussière

une légèreté de mort
qui vous pénètre l’oeil

 

in « Paul les oiseaux »

 

in  » Paul les oiseaux »

Christophe Sanchez – une respiration


60 draps571917.jpgOn retrouvera des lettres entre les draps, dans une armoire normande au bois vermoulu. Dans la chambre où la poussière a figé le temps, on traversera en quelques pas des années de silence. Contre le mur, calé par des livres de papier jaune, le grand bahut nous craquera sa vérité enfouie. Il faudra de la patience pour ouvrir l’armoire à la serrure grippée. On insistera. La clef en laiton fera des tours perdus à l’angoisse de la découverte. Les battants finiront par céder dans un frémissement. Sur les étagères, des piles de linge viendront sous nos yeux disperser les lunes, dévoiler des années d’intimité au jour neuf.
On retrouvera des lettres entre les draps de lin pliés au carré. Avant le brin sec de lavande, le flacon d’huile essentielle de cèdre, un reste d’odeur humaine. Des lettres oubliées dans les plis du passé, à l’abri du regard de l’autre. Cet autre à qui on a caché les mots. Sur les enveloppes, on admirera la calligraphie, les hautes jambes des lettrines, les vieux timbres et les dates évoquées feront passer le siècle pour une respiration.

Christophe Sanchez


Dominique Sampiero – La claire audience


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Potée – ( RC )


Pablo Picasso. Still life with onions, 1908

                             Peinture:         P Picasso  – nature morte aux oignons   1908

Si vous voulez connaître mon opinion,
Ecoutez mon dialogue avec les oignons,

Moi qui néglige leur douleur,
– leurs pleurs et leur odeur

– mettons nous un peu à leur place
faisons preuve d’un peu d’audace

( à prendre comme un jeu de rôle )
Quelque part dans la casserole

Je vais ainsi leurs habits ôter,
Ce serait comme préparer la potée

Tout ce qu’il faut d’eau
pour complaire aux poireaux

Déjà la marmite fume,
Ce sera la fête des légumes,

Allez…ajouter un morceau de citrouille,
….. et attendre que l’eau bouille .

RC – mai 2016

en relation avec un texte  de S Mallarmé:  le marchand  d’ail et d’oignons


Dominique Sampiero – Le pays a une odeur


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photo:         Takeshi Tuga 

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Alain Giorgetti – pourquoi il marche


image:  Street-art        Escif    Valence  -Espagne

image:           Street-art            Escif            Valence -Espagne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

un des textes d’ Alain Giorgetti  visible  sur  son site  tumblr …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce qu’on a le droit de demander à quelqu’un pourquoi il marche de la façon dont il marche… Est-ce qu’on demande à quelqu’un pourquoi il respire comme il respire, pourquoi il a ce grain de voix, cette odeur corporelle, pourquoi il dort sur le côté, pourquoi il crie quand il jouit ou pourquoi il ne prend jamais de sucre dans son café… Mais alors, pourquoi donc demander toujours à celui qui écrit peu ou prou, pourquoi il écrit comme il le fait ? Est-ce que ça ne suffit pas, que ce soit là, parce que ça devait sortir et surtout parce que ça devait sortir comme ça ? N’y a-t-il pas que cela qui compte en fait, en réalité et en définitive…

Parce que, dis-donc ! tu ne la trouves pas un peu compliquée toi, la Vie, des fois… Et ta vie-même, la tienne-là ! celle qui s’écrit sous tes yeux sans s’écrire ! est-elle vraiment si simple, ta vie… Ne se nourrit-elle pas de traces confuses, de paillettes morbides, d’illusions kaléidoscopiques et d’ombres et de lumières… Est-ce que tu as déjà regardé de près une feuille de papier, une tache d’encre, un mille-feuille, un marc de café, un morceau de sucre ou la lampe de ta cuisine…

A chaque fois que l’on me parle d’un écrivain tellement si « super » ou « génial » en la raison de sa simplicité, de son accessibilité ou de son art supposé de la belle communication (spécialité du journaliste-culture estampillé France Inter par exemple)… A chaque fois oui ! un malaise insidieux s’empare de moi, dont l’essence m’entre dans l’oreille comme le poison de Hamlet et je ne cherche plus dès lors qu’à m’enfuir au loin, tel un daim au devant des bulldozers autoroutiers… Sans rien demander.

Ah ! que la vie est quotidienne. 


Yvonne Green – La chambre de mon père


peinture: Edgard Degas  -  Portrait de Duranty

peinture:           Edgar Degas –       Portrait de Duranty

La chambre de mon père

Mon père avait une chambre mansardée où il  écrivait ses livres .
Quand il n’ était pas là, j’avais l’habitude d’y aller et de regarder.
Il y avait des bouts de papier arrachés , de bloc-notes en spirale;
des catalogues de maisons d’enchères, du texte entouré de cercles, aux pages écornées,
le prix de réserve marqué dans un code; une chaise pliante dure,
une table aux tréteaux éclatés        et toujours son odeur .

À côté de sa chambre , il y avait une chambre pleine de livres et des bibliothèques;
des livres à l’intérieur,d’autres, empilés,et sur le sol (mon dictionnaire
un petit Larousse recouvert de papier brun de mon père
provenant du camp de prisonniers ).

Je ne me suis  jamais assise dans la bibliothèque, quand mon père était là
J’ avais peur de lui et de toute façon nous n’y étions pas admis
quand il se concentrait.
Il détestait faire ses livres mais je crois qu’il aimait être seul.

J’y allais après qu’il soit parti
comme une façon d’être auprès de lui.
Puis je suis allée à la bibliothèque
où tant d’histoires abandonnées sont ensemble sous la poussière
jusqu’à ce que je les ouvre, poudrant le bout de mes doigts.
—-

trad  RC

texte  original ci-dessous

My Father’s Room

My father had an attic room where he did his books
when he wasn’t there I used to go and look.
There were scraps of paper torn off spiral pads;
auction house catalogues, text circled, pages dog eared,
reserve prices marked in code; a hard folding chair;
a splintered trestle table and always the smell of him.

Next to his room was a room full of books and bookcases;
books in them, on them and on the floor (my dictionary
a tiny Larousse covered in brown paper was my father’s
from prison camp).

I never sat in the book room when my father was there
I was afraid of him and anyway we weren’t allowed
when he was concentrating. He hated doing his books
but I think he liked being alone. I’d visit after he’d gone
as a way to be near him. Then I went to the book room
where so many abandoned stories gathered dust
until I opened them, powdering the tips of my fingers.

(from The Assay Smith/Doorstop 2010)


Claude Esteban – Mémoire


art: Joseph Beuys:  costume  de feutre

art:          Joseph Beuys:             costume de feutre

 

 

 

 

 

 

Mémoire

Non, la mémoire ne se résume nullement à la somme des choses mortes entassées

dans la tête. Elle est tapie au creux d’une odeur, d’une feuille froissée par la pluie, d’un

murmure. Et que l’on fasse taire en soi le bruissement de la pensée; qu’on s’arrache à

ce théâtre de mauvais rêves, le paysage se recompose, les formes s’animent, les

couleurs recommencent à vibrer. Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout

s’éveille au-devant de celui qui reste à l’écoute et il ne craint plus. On cherche à

l’endroit d’une ancienne blessure, et c’est à peine si la peau tressaille. Et c’est à

présent l’immobile qui devient une fiction, et cette lassitude d’avoir tant vécu

comme une invitation à poursuivre encore.


Claude Esteban

in  » La mort à distance «


Philippe Vallet – mes trop-pleins de mots


peinture perso: Brillance Evans -  au collage oriental 1990

peinture perso:     Brillance Evans – au collage oriental       1990   (  hommage à Bill Evans )

 

et mes trop pleins de mots dansent

le présent jeté au visage

déroule mère-envies

effleurer impossible raison

 

 

*

notre cage matière choc

drames de nos silences

épars le temps se compte

goutte à goutte poreux

 

*

 

tout un échafaudage porte mes bras désarmés

de bord à bord à l’outremer

la mémoire dénommée

plus qu’un poing

une lanière coup frappe

force éperdue où partir

*

 

 

est une ruelle étroite

rigole où nos yeux effarouchés guettent

une odeur où rouler

s’asseoir

*

 

 

nous léchons nos plaies longtemps

elles portent saveurs à nos parvis

*

 

 

peaux vous n’êtes plus anonymes

bourdonne veines visibles

au coeur offert alentour


Gerard Titus-Carmel – la gloire du charpentier


dessin: Titus Carmel – étude sur un coin de boîte

vous deux ombres qui m’accompagnez
dans tous mes déplacements
suspendues à mes lèvres      épiant mes faits & gestes
et prétendant me servir à tous desseins

toute figure double à ma mémoire exténuante
en quelque sorte

vous êtes le mot & la phrase en même temps
vous entravez ma marche     ralentissez
ma progression vers toujours plus d’ombre
toujours plus d’ombre

vous tirant avec moi
jusqu’au relais            jusqu’à la halte
dès le seuil vous respirerez l’odeur rance
vous serez surpris par la lumière
rectangulaire des combles
& par la poussière également surprise
dans les rais du jour ainsi le copeau de grisard dans
l’éclat de la lame

la gloire du charpentier »

Gérard Titus Carmel, La tombée, Fata Morgana 1987


Marie-Claire Bancquart – Métamorphoses


photo perso – Prades,-  Pyrénées orientales

 

 

Métamorphoses

in  » Dans le feuilletage de la terre « 

 

 

…Si nous étions les buis d’une divinité

sculptés avec tendresse, au ciseau doux ?

Le sombre à l’intérieur de nous

sortirait en feuilles minimes

serrées

d’odeur profonde…

 

Marie-Claire Bancquart

in  » Avec la mort quartier d’orange entre les dents «