voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “odeurs

C’est pour celà que tu l’as reconnue – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "statuette cyclades"

Que se passe-t-il, une fois retraversé le temps ?
Ou plutôt que le temps nous ait retraversé.
Tu as enfoui dans ta mémoire un évènement
vécu dans ta jeunesse… oh, rien de spectaculaire :
une impression, un bruit, une odeur , une image.

Et tout cela s’est transformé en une petite boule invisible,
une graine, comme il doit y en avoir tant d’autres.
Puis un jour tu es revenu au même endroit,
et ces impressions, ces odeurs, identiques
sont venues te traverser, comme si tu étais passé
de l’autre côté d’une surface, qui serait venue
s’interposer, entre ce que tu étais
et ce que tu es aujourd’hui.

Tu saisis une limite mystérieuse,
qui n’a pas de consistance,
encore moins que celle du tain d’une glace
où tu sembles regarder un autre toi-même
avec lequel tu serais prêt à dialoguer.

Bien entendu, d’autres morceaux d’existence ,
d’autres graines seraient prêtes à éclore,
si les circonstances s’y prêtent…
en fait il suffirait de plonger au plus profond de soi,
que l’espace qui nous en sépare se dissolve .

Çà peut arriver. C’est une sorte de réminiscence,
qui franchit des limites mystérieuses.
Mais plus encore, quand ces impressions,
une fois exprimées, sont aussi partagées par d’autres .
comme si elles n’avaient plus d’hier ni demeure ,
comme si on passait en-dehors de notre enveloppe,
à travers soi, pour rejoindre l’autre personne :
elle a peut-être vécu sur un rythme aux phases identiques

quelque part, elle s’est égarée dans les mêmes labyrinthes.
C’est pour celà que tu l’as reconnue.


RC – avr 2017

 


Alain Grandbois – Il y avait les palais noirs…


 


Il y avait les palais noirs et les hautes montagnes sacrées
Il y avait ces trop belles femmes au front trop marqué de rubis
Il y avait les fleuves avant-coureurs de la fin du Monde
Il y avait la pourriture la moisissure et cette chose qui ne s’exprime pas
Il y avait ces mauvaises odeurs les excréments des êtres
Il y avait trop de dieux

(Alain Grandbois, Poèmes inédits, 1985 )

 

Lady Sanguine Process by Andantonius

docu animé:  Andantonius – lady sanguineLady Sanguine Picture  (2d, fantasy, lady, priestess, sorceress):


Alain Borne – Étonner l’espace


 

On avait fauché dans les fleurs hautes et les herbes une tranchée où marchèrent les enfants, vêtus de blanc, agitant les encensoirs.

Les encensoirs touchaient un coquelicot, le fanaient, puis, revenant, couraient sus à une abeille, à un bourdon, touchaient un œillet des champs, repartaient en sens inverse effleurer une tige. Tant d’odeurs se mêlaient, du sol, du foin frais, des fleurs, de l’encens, du soleil.

De loin le cortège étincelait et fumait, surhumain, floraison en marche, passagère, silencieuse.

Afficher l'image d'origine

Un ogre aurait pu, aurait dû, égorger ces enfants, livrer leur sang exprès ; teindre la terre, étonner l’espace d’un grand crime. Pas d’ogre.

Mais un Dieu, très lent, cruel, hagard, décidé, écrasant ses vendanges, souillant ses sources, plein de sommeil et d’envie.

Il laissa fondre le cortège, sa pestilence aux aguets, bien sûr de vaincre.

 

 

Alain BORNE        « Demain la nuit sera parfaite »(éd. Rougerie)


Je verse un peu d’huile pimentée sur le jour – ( RC )


image: montage perso 2012

image:        montage perso        2012

Bien,—-  je verse  un peu d’huile pimentée sur le jour.
Peut-être  surgira-t-il des odeurs, au soleil gris ?

J’ai ouvert  toute  grande  la porte, pour que les visiteurs
Sortent  de leurs  sentiers tracés, déposent leur casque.

Ils ont l’air  d’avoir des oeillères, placées  sur leurs  oreilles.
Ils peuvent  s’autoriser un détour,

Chercher des raccourcis sur leurs  cartes,
Oser franchir les barbelés du quotidien.

La géographie de la platitude,
Semble avoir remisé les épices

Parmi les cabinets de curiosité,
derrière  d’épais pots en verre,

La montagne même, ne semble qu’un décor
aux étiquettes vieillottes et fanées.

Je verse un peu d’huile pimentée, sur les jours fades.
Même les pizzas – pâles -, semblent avoir  peur de la couleur.


RC  oct 2014


Armand Robin – poème pour adulte ( XIV )


0schina                   photo de China.org

 

XIV

Ils ont invectivé les routiniers, Ils ont instruit les routiniers,

Ils ont éclairé les routiniers, Ils ont fait honte aux routiniers,

Ils ont appelé à l’aide la littérature, Putain cinq fois centenaire Qu’il faudrait éduquer, Qu’on devrait éduquer :
—    Dis, le routinier est-il un ennemi?
—    Non, le routinier n’est pas un ennemi. Il faut instruire le routinier,
Il faut éclairer le routinier, Il faut faire honte au routinier, Il faut convaincre le routinier, il faut éduquer.
Ils ont changé tous les hommes en nourrices. J’ai entendu un rapport raisonnable :
« S’il n’y a pas convenablement échelonnés
Des stimulants économiques,
Il n’y aura pas de progrès technique. »
Voilà des mots de marxistes,
Voilà « la connaissance des lois du réel »,
Voilà la fin du monde des rêves.
Il n’y aura pas de littérature sur les routiniers ;
Il y aura de la littérature sur les tracas des techniciens,
Sur les soucis dont on accable tout le monde.
Et mon poème, le voici nu

Avant que le rendent velu
Les douleurs, les couleurs, les odeurs de ce pays.

(Armand Robin)    (1955)


Lost ( RC )


Il n’ y avait plus de train,
Pour aller plus loin,
alors, je suis  resté,
Parachuté ici,
Où tout y est miséreux,
Usé par le temps, crasseux,
écrasé des indifférences,

C’est  comme enfiler des vêtements,
Qui ne sont pas siens,
Avec  des plis irréversibles,
Des taches incrustées,
Et des mailles qui se lâchent…
Et emprunter une voie qu’on a jamais remarquée,
Une voie de garage, au sens propre.

Des odeurs tenaces de vieilles huiles,
Des odeurs  étrangères,
Insérées  dans les tôles bariolées du port,
Menant vers  le plus inconnu encore,
A la lumière éteinte  et des plages noires,
Au delà d’un horizon ourlé de gris,
Scandé d’échardes de grues rouillées.

Il y avait cet attroupement,
Et à voix basse, ce cercle de gens,
Aux bleus délavés,
Comme leurs yeux, noyés,
Dans les vapeurs de vodka,
Autour du corps défait d’un marin,
–   Le sel faisait des cristaux sur sa peau.

RC – 4 septembre  2013


Amin Khan – J’oublie les visages


peinture: Jean Fautrier: tête d’otage

J’oublie les visages
je ne me souviens pas des noms
j’endure
des odeurs et des gestes
des parfums
l’émail de certaines morsures
la vision de certains sangs
des courbes des accidents
des silences profonds
de longues heures et des jours
certains mots les mêmes
des lèvres
de roses luisants
dans la même lumière
du même regard
plein de douceur et d’amertume

AMIN KHAN   ( poète  algérien )


Marc Le Gros – un coup de hache dans la résine têtue de l’enfance


la neige blanche a mangé la pomme - photo du net transformée par mes soins

Les  « notes  de lecture »  de Jacques Josse, nous font parvenir des extraits  qui « sonnent » poétiquement corrects ( si on peut dire..).

Ici,  le compte rendu d’un ouvrage  de Marc Le Gros « la main de neige »

« Le temps n’est rien, un coup de hache, parfois,
Dans la résine têtue de l’enfance,
Des remontées d’odeurs
Un peu de soleil sur la peau,
Un chemin creux. »
—-
« En général on s’arrange
Pour mourir un peu chaque jour,
C’est toujours ça de pris. »
—-
The time is nothing, an ax blow,, sometimes,
In the resin obstinated of  childness,
Upwelling of smells
A little sunshine on the skin,
A sunken lane.  »

« Usually one manages
To die a little,  every day,
It is always little bit counts.