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Ecriture paysagère, plume voyageuse ( RC )


photo:             Yann Arthus Bertrand             – îles d’Aran – Inishmore

 

 

J’ai écrit sur les causses et les montagnes
L’aube sur les étangs gelés, en rase campagne
Les déplacements minuscules, qui font sans doute
La différence, aux zébrures de parcours d’autoroute…

J’ai aimé la nef affleurant  des îles d’Aran
Les nuages empilés, de ces îles sous le vent
Les champs qui ondulent, et contournent les collines,
Les pins sylvestres attentifs, au bord des dolines,

En attendant que l’orage cesse, sous un abri de roc,
Ma tête convoquait les ogives d’une cantate baroque
Les toits dansants d’un village provençal,
Un marché,  fruits et légumes, jonglant de couleurs sur les étals.

Avec mes croquis des maisons d’Amsterdam,
Sous un ciel si bas, que les nuées condamnent,
Je me suis donné  l’espace d’un défi,
Sans transcrire en photos, architectures, et géographies…

La plaine est immobile, et la plume voyageuse,
Et caresse aussi bien  les bords de la Meuse,
Que le bourdonnement têtu des abeilles
Dans les calanques, près de Marseille.

RC  –  29 juin  2012


Herberto Helder – Les Muses aveugles


peinture; G de Chirico: portrait préliminaire de Guillaume Apollinaire

 

 

 

Les Muses aveugles

…Toutes les lumières sont éteintes. Dans le cerceau des voix vient le printemps.
Et pendant que dort le lait, Ma maison mienne dort aussi dans le silence et petit à petit brûle.
Plus ne passe dans les pétales véhéments la tête qui roule alors les mots naissent.
Limpides, amers…

…Certaines nuits j’ai aimé tous les très vieux ruisseaux, degré par degré j’ai gravi le corps qui s’emplissait de feuilles minuscules, éternelles comme un arbre.
Degré par degré je dévorai la joie –
moi, la gorge grande ouverte comme quelqu’un qui va mourir par l’eau dévasté, cruches débordantes d’astres humides.

Quelque fois j’aimai lentement car je devais mourir  les yeux brûlés par le pouvoir de la lune.
Aussi la nuit, cette nuit de printemps, et tout au loin cherchant mon silence dans les siècles autres. Voici la joie recouverte de pollen, et la maison de lumière prise dans l’espace d’un feu profond.
Et les lumières se sont éteintes.

Où l’on m’attend, dans une sorte d’air transparent pour lever mes mains ? Où repose ma parole, sorte de bouche rassemblée dans son silence ?
Sûr de lui le jour s’élabore.
Alors je baise, degré par degré, les marches de ton corps.
Ne cherche pas à m’appeler  dans l’ogive de la nuit se cachent les pensées.

Voici le printemps. Au-delà il brûle cerné par le sel, par d’innombrables oranges.
Aujourd’hui je sais enfin les grandes raisons de la folie, les jours qui jamais ne seront décapités comme tiges mûres.
Il est des endroits où l’on peut espérer le printemps comme si dans l’âme un corps nu gisait.
Les lumières se sont éteintes : et commence le temps si impatient – Ce chant précis comme si quelqu’un savait chanter.

Herberto Helder