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Viens boire dans ma main, l’oiseau – (Susanne Derève)


Françoise Pétrovitch – oiseau –
Viens boire dans ma main,l’oiseau.
L’aile du vent s’est tue.

On annonce aujourd’hui 50° à Rio 
et autant à Paris,
et la voix qui claironne la mort
lente des ombres, 
celle bleue du figuier,
et la joue ronde du cormier,
et le voile doré des trembles, 
qui égrène les villes,les fleuves,
les pays,
 
La voix dit:

« à Rio,les mangroves ont séché;
Paris n’entend plus le chant menu 
des fontaines.

À Rome,le marbre s’est brisé, 
et l’asphalte a fondu à Londres 
et à Memphis; 

le Rhône et le Danube ne charrient 
plus que des boues lisses,
 
et le sel sur les rivages de nos étés 
trace des routes blanches qui crissent 
sous le pas comme du verre pilé ». 

Viens boire dans ma main,Oiseau,  
je te dirai une autre histoire 
où tu nichais dans la fraîcheur 
des granges;

les matins s’habillaient de perles 
de rosée 
et le froid emportait les migrations 
d’automne vers de nouveaux étés.
 
C’était un temps ancien où les oiseaux 
chantaient.


Yang Ermin – Ma rose –


Yang Ermin – Courbes (2000)

Le ciel mélancolique a bonne mine
Une apsara dotée de tous les pouvoirs
Vole sous la bruine et le vent
Son regard obstiné perce la brume rouge 

Colombe grise sur le plateau du Golan
Dans la frénésie de l’été
Elle déploie ses ailes nues à sa guise

Elle regarde fixement tes yeux
Me voilà confus et triste
Je cherche les ailes qui s’envolent
Et c’est ma rose que j’aperçois



 La poésie des couleurs chez Yang Ermin PDF

Marie Laureillard –


Amarres – (Susanne Derève)-


(vidéo RC – Bords de Rance)

 

 

Elles n’auront guère changé à l’échelle d’une vie :

rives de vase, mêlées de sable ou de boues grises,

de coquillages ,

polies par le lent va et vient des marées.

 

Sur l’estran, c’est le même bois flotté

qu’on ramasse, année après année,

les mêmes algues sèches en haillons de dentelles

aux bras des  églantiers,

le squelette rose des étrilles qu’émiette

patiemment le vent.   

  

Simplement, la main au fil du temps hésite

à les cueillir et l’œil se fait caresse,

sondant les eaux-mortes des grèves

pour y  surprendre l’aigrette blanche à l’heure

où  les ombres s’allongent , 

 

le vent tombe, 

on ne distingue plus le fil du rivage

mais seulement la silhouette gracile de l’oiseau,  

et l’on devient soi-même  oiseau

fragile et solitaire

à regarder sombrer le ciel :

oiseau , amarre, attrape-rêves.

 


Âme qui vive – (Susanne Derève) –


Photo RC ( causse de Sauveterre )
Âme qui vive ? 
Non, le bruit du vent.
En sentinelle,la lisière des enclos,les fûts dressés 
des sapinières
et de courtes brassées d’épines : chardons, carlines, genévriers,
le lit du vent. 

Celui du causse court en longues foulées sonores 
semblables à la rumeur d’une mer ancestrale
essaime un pépiement d’oiseau,                                                                                                            
nasillard, monocorde, 
émonde l’Aubrac de ses brumes.

Choisis une pierre de calcaire, blanche et dorée,
grave-la de ton nom,  
je te couronnerai roi d’une solitude où seule vit, 
souffle et trépigne la grande harpe du vent. 
Épouse-la , ou fais-toi homme du silence 
pour la combattre 

tant elle nous tient dans sa main, étrangers,
incongrus, couvrant le chétif grelot de nos voix 
nous forçant à remettre à plus tard de dire 
l’étoupe blonde des prairies harassées, 
l’argile lourde des chemins,l’arpent noir 
des forêts,

et seule âme qui vive,
le babil insensé de l’invisible oiseau,
son chant nuptial dans la longue liturgie 
du vent. 


poème lu par Nicolas Granier – 7/06/2022

Petite mère – (Susanne Derève) –


Tal Coat – Vol d’oiseaux passant un reflet


Petite Mère
Les étourneaux  pépient dans le coeur du feuillage
mais tu ne les vois pas 
 
Plus légers qu’une plume, que l’aile d’un moineau 
tes souvenirs s’envolent 

C’est un dimanche nu que ta mémoire 
une plaine déserte un arbre  silencieux 
que n’égaie plus nul chant d’oiseau 



Walt Whitman – Fière musique de la tempête


collage Susannadame

Ah d’un petit enfant, Tu sais comment pour moi tous les sons sont devenus de la musique, La voix de ma mère dans une berceuse ou un hymne,
(La voix, O voix tendres, voix aimantes de mémoire, Dernier miracle de tous, O voix la plus chère de ma mère, sœur, voix;)

La pluie, le maïs en croissance, la brise parmi le maïs à longues feuilles, Le surf de mer mesuré battant sur le sable, L’oiseau qui gazouille, Le cri aigu du faucon,
Les notes des oiseaux sauvages la nuit comme volant bas migrant vers le nord ou le sud, le psaume dans l’église de campagne ou au milieu des arbres en grappes, la réunion de camp en plein air, le violoniste dans la taverne, la joie, le chant de marin à longue haleine, Le bétail bas, le mouton bêlant, le coq qui chante à l’aube.

Toutes les chansons des pays actuels résonnent autour de moi, les airs allemands d’amitié, de vin et d’amour, les ballades irlandaises, les joyeux jigs et les danses, les parures anglaises, les chansons de France, les airs écossais, et le reste, les compositions inégalées d’Italie.
À travers la scène avec une pâleur sur son visage, mais une passion sombre, Stalks Norma brandissant le poignard dans sa main.
Je vois la lueur artificielle des yeux des pauvres fous de Lucia, Ses cheveux le long de son dos tombent et se décoiffent.
Je vois où Ernani marche dans le jardin nuptial, Au milieu du parfum des roses nocturnes, radieux, tenant sa mariée par la main,
Entend l’appel infernal, le gage de mort de la corne. Aux épées croisées et aux cheveux gris dénudés, La base électrique claire et le baryton du monde, Le duo de trombones, Libertad pour toujours!

De l’ombre dense des châtaigniers espagnols, Par les murs anciens et lourds du couvent, une chanson gémissante,
Chant d’amour perdu, le flambeau de la jeunesse et de la vie éteinte dans le désespoir, Chant du cygne mourant, le cœur de Fernando se brise. Se réveillant de ses malheurs enfin chanté, Amina chante,
Copieuse comme des étoiles et heureuse comme le matin, allume les torrents de sa joie. (La femme grouillante vient, L’orbe lustre, Vénus contralto, la mère en fleurs, Sœur des dieux les plus élevés, le moi d’Alboni que j’entends.)

il s’agit d’une partie du texte ( partie 3 ) – qui en comporte plusieurs…


Souvenir d’école – ( Susanne Derève) –


Françoise Pétrovitch – Fillette à l’oiseau ( exposition Fonds Leclerc pour la culture – Landerneau)

 

Une fleur de papier  qu’on fixait à la toile

ou l’aile d’un moineau 

le froissement du crépon sur la peau

la soie délicatement abandonnée

au point de colle 

…  un  souvenir d’école

Et  dans la cage de l’oiseau l’éblouissement du vol

vertige funambule  l’éclipse des pinceaux 

un frémissement d’ailes

le vert brillant des plumes

l’ocelle noire de deux  yeux affolés

et sous le fin duvet le cœur désordonné  

de l’oiseau

petit corps tiède entre mes mains

qui  me disait la vie  dans une histoire sans paroles   

l’air de rien

                                                    

 

 


Langston Hughes – Accrochez-vous aux rêves


sculpture Ossip Zadkine : le poète et l’oiseau

Accrochez-vous
aux rêves
parce que si les rêves meurent,
la vie est un oiseau aux ailes brisées
qui ne peut plus voler.


Accrochez-vous
aux
rêves
car lorsque les rêves disparaissent,
la vie est un champ désolé gelé par la neige.


Oiseau aux premières gelées – ( Susanne Derève)


Georges Braque – Vol de nuit –

 

 

Oiseau soyeux qu’effraie mon pas,

qu’effeuille mon poème ,

emplis de ton vol le fracas  de la nuit ,                                   

l’hiver est là :  sa botte de givre

pèse sur ma bohème .                                                           

 

Je n’aime que les feux de bois ,

cette plume au bas du jardin ,

et les miettes de mon repas

que je te jette  à la volée                                                     

oiseau aux premières gelées.

 

 

 


Pierre Seghers – le phénix et les autres


L’oiseau qui chantait dans le feu, c’était le phénix,
Depuis il patronne une lessive, une compagnie d’assurances.
La bête qui vivait dans le feu, la salamandre,
D’elle on ne sait plus rien, c’est un poêle d’appartement.
Le char qui roulait dans le ciel, celui du soleil,
Il est devenu épicerie à succursales, maison de primes.
Et là-haut encore, l’astre des nuits et de l’amour,
Vénus, quoi, c’est une marque de soutiens-gorge.
Tout ceci, tout cela, des hommes, des poètes…


Chimères – ( RC )


Nissoulogres causse 02

causses de Lozère ( Sauveterre ) – photo RC 2021

Où cours-tu si vite ?

Après ces rêves qui t’emmènent,
légère, dans le roulement des nuages ?

Es-tu l’oiseau qui s’y cache,
l’avion qui les dédaigne ?

Tu voudrais t’en approcher,
les saisir, les modeler,
être dans les bras de l’air
et l’azur frileux,
lui qui sait que la pluie
ne t’en offrira aucun abri.

Où cours-tu si vite ?

Après ces chimères suspendues,
sans attaches,
dont tu ne pourras jamais t’emparer … ?


écrits confiés au vent – ( RC )


photo perso Causse Méjean – Lozère

Au long du chemin,
je vais pieds nus, sur la terre et le sable.
Je me nourris de peu,
ne compte pas mes pas,
et il arrive que je me pose
à l’ombre d’un pin .

Je trace avec un bâton
des lettres sur le sol
qui deviennent des mots ,
puis un chant
que personne n’entendra,
ou ne pourra lire.

Ou bien ce sera le vent,
les oiseaux
qui l’emportera,
avant que la pluie ne l’efface :
les mots seuls
ne pourront parler à ma place,

mais il vaut mieux
que je continue mon chemin,
suivi un temps par un chien .
Il voudrait me parler
et m’accompagner,
mais je ne peux le traduire .

A-t-il réussi de son côté,
à me lire ?
Voulait-il me guider
sur ma route à venir ?
Ce que me disaient ses yeux tendres,
je n’ai pu le comprendre…

A chaque terre traversée,
je pourrais apprendre une langue neuve
pour renaître, avec le peu que je sais
dans les mots d’autrui,
partager leur mémoire,
dans un petit écrit…

confié au vent.


Kenneth White – lotus conus


extrait de la « cryptologie des oiseaux »

Lotus conus

L’oiseau-évangile
commun en diable

il est là
sur tous les rivages
écrivant sur l’eau, le vent, le sable


Un chat, un oiseau, sur la photo – ( RC )


Balloon Juice | Respite Open Thread: Meet Max

Le chat ignore l’oiseau,
qui figure sur la photo,
juste à côté de lui.
C’est que l’image
ne le rencontre pas.
Cela sent l’encre
et non le duvet .

Le côté plat ne fait pas illusion:
le monde n’est pas amputé
d’une partie de sa réalité,
c’est juste la lumière
qui s’est posée sur l’oiseau,
et dont on a prélevé
une trace fugace,
mais aucune plume,
aucune chaleur.
Le chat ne s’y est pas trompé.

( sur les  rapports  entre l’image  et la  réalité, se rapporter  à l’essai de Jean-Christophe Bailly   » l’imagement » ( que  l’on pourrait décomposer  en deux  mots:  l’image – ment)..

et  dont voila  un extrait:


Ce que n’ont pas vu les oiseaux …SD+RC


Entre tilleul et cerisier,
J’ouvre une parenthèse:
mains, peau, émois, éveil, ….

Quelques éclats de soleil
nous caressent à notre insu.

Ce que les oiseaux ont vu,
je ne le dirai pas…

Dirai-je ce qu’ils n’ont pas vu :
la valse tendre de nos doigts
dans l’ombre du feuillage,
les étoffes froissées,

dansant,
ton corps léger , flottant dans l’air,
sous la lumière complice,
baignant le couvert de petites parcelles d’or
que tu n’as pas saisies.

C’est qu’ils n’ont pas surpris
la douce chanson du désir…

L’été s’est installé
dans un soupir…

SD-RC août 2020


Leon-Paul Fargue – Intérieur


 

peinture  Anton Pieck

 

Des toiles, des choses sèches pendent aux poutres…
Le vieux fusil dort fixement
Au mur clair…
Rêve à ton gré.
Tout est comme autrefois.
Ecoute…
La haute cheminée
Fait sa plainte ancienne et son odeur éteinte
Et tasse son échine de vieil oiseau noir…
Elle porte encore au front ses images d’âme crue
Et ses vases de loterie aux prénoms d’or…
Et l’horloge recluse dans l’ombre et la bure
Berce son cœur avec une douceur obscure…

Pareils à des visages ronds de spectateurs
Les plats se penchent aux balcons du vieux dressoir
Où des files de fruits qui font la chaîne, fleurent
Dans leur ruelle d’ombre couleur d’aubergine…
J’ouvre un tiroir où je vois passer des noix vides,
Un gros couteau à vingt lames, qui contient tout,
Et l’ombre de mes mains qui glisse sur les choses…
Et ce sont des couleurs vivantes, refroidies…
Et ce sont des odeurs d’intimités suries…
Ça sent la malle, et le poivre des vieux départs,
Et le livre de classe, et la chapelle éteinte…

Un vent tiède pousse des guêpes
Frapper à la lucarne bleue…
Un grand chat doucement passe comme on chuchote,
Et vous lève un regard où veille l’ennui sage
Du soleil dans la douve aux lentilles d’or vert…

Sois calme. Tout est là comme autrefois.
Ecoute…

Léon-Paul FARGUE « Pour la musique » (Gallimard)


Mouvement perpétuel – ( RC )


           

         

image: Thibault Balahy

La mort est toujours là
           et m’accompagne,
sans que j’y prête attention.
Je la fais voyager avec moi,
regarder par mes yeux.
        Elle ne vient pas vers moi,
        c’est moi qui vais vers elle.
Je me dilue dans mon propre reflet
et finis par m’y perdre.
         N’allez pas m’y chercher.

               Dans le ciel gris
un oiseau en a remplacé un autre.
Rien ne les différencie.
Deux gouttes d’eau dans l’air,
           qui a fléchi.
Celui qui est tombé
pour ne plus se relever,
a rejoint les bois couchés,
et la boue à côté des marais,
         – empreinte éphémère -.

C’est un mouvement perpétuel
à la mort , à la vie.
L’un passe d’un état à un autre.
              Un arbre se déracine
              sous la poussée du vent.
Une pousse impatiente prend sa place
hâtive de connaître elle aussi la pluie,
les saisons         et la solitude des soirs:
tout se côtoie sans que l’on puisse
séparer la vie          de son reflet inversé .

 

 

inspiration: les carnets  de Gabrielle  Segal


Julian Tuwim – Simplement


 

Ad Reinhardt - 40 Number 6 1946

Ad Reinhardt – Number 6 

 

 

 

Tout était si simple : cet instant, la forêt,

Ce matin-là, il y a déjà douze ans.

Par-dessus les buissons le monde s’ouvrait

A celui que j’étais : jeune, gai, chantant.

 

Ce qu’il faisait frais ! Après le déjeuner,

Je partis dans la forêt tremblante de pleurs

Je m’assis avec les maths sous les genêts,

Car il y avait un examen dans deux jours.

 

Comme il faisait triste et gai sous ce ciel !

Un oiseau piaillait avec paresse ;

Je pensai : oiseau… forêt… école… elle…

Sans joie et sans tristesse.

 

Je me pris à rêver — juste un instant,

Comme ça, simplement, à tout, à tout…

Et voici que passent les choses et les ans

Et je ne suis toujours pas de retour.

 

 

 

Traduit du Polonais par  Jacques Burko
Paroles en sang
Pour tous les hommes de la terre
Orphée La Différence

Julio Ramon Ribeyro – quelque chose d’impérissable dans la mémoire


Chirico  variation  sc   -      06.jpg

 

 

Je ne crois pas que pour écrire, il soit nécessaire d’aller courir l’aventure.

La vie, notre vie, est la seule, la plus grande aventure.

La tapisserie d’un mur vue dans notre enfance, un arbre à la tombée du jour,

le vol d’un oiseau , un visage qui nous a surpris dans le tramway,
peuvent être  plus important pour nous que les grands événements du monde.
Peut-être que lorsque nous aurons oublié une révolution, une épidémie
ou nos pires avatars,            il restera en nous le souvenir du mur, de l’arbre, de l’oiseau, du visage.

Et s’ils y restent, c’est parce que quelque chose les rendait mémorables,

qu’il y avait en eux quelque chose d’impérissable et que l’art ne s’alimente

que de ce qui continue à vibrer dans notre mémoire.


Océanie – (Susanne Derève)


 

   Pirogue, exposition Océanie Musée du Quai Branly

 

 

Là où les eaux bleues des lagons

dessinent des caresses de sable sous le vent

j’ai trouvé l’oiseau cardinal

l’oiseau rouge feu

et je lui ai peint des yeux de braise

et de nacre

j’ai chargé ma pirogue de tortues et d’oiseaux

pour passer de l’autre côté de l’enfance

 

 

Là où les eaux bleues des lagons

épousent la mangrove et le ciel

j’ai revêtu ma robe de papier

et coiffé deux chevaux aux crinières de lianes

aux naseaux de bois flotté

ri sous le masque oint mes lèvres d’onguent

mes joues de kaolin mes paupières de charbon

et de khôl

 

 

Là où les eaux bleues du lagon se rejoignent

et encerclent la terre

j’ai façonné d’une main circulaire le bol

des offrandes premières

gravé la pierre cérémoniale des mages

et des devins

orné le trône divin d’écailles de serpents

de poissons trismégistes

dessiné sur le sable des lunes pleines

et des filaments d’étoiles

 

 

Là où les eaux bleues des lagons tremblent

sous la risée

où les proues des wakas harponnent la haute mer

et les plies argentées

j’ai déposé un charme tressé de mes dix doigts agiles

et noué un aiguillon de raie pour crever les nuages

et conjurer la pluie

 

 

L’eau court    l’eau trace entre mes mains

les repères de vie

j’ai vu venir l’oiseau rouge feu

avec son aigrette brune et son regard de braise

je lui ai remis les offrandes premières

invoqué le Tiki incrusté de corail

et de l’os fin du lézard

agrafé à son cou un long collier de jade

 

ouvert les portes de la nuit

 

 

 

quelques photos et liens expo Océanie dans

 le partage de Susanne

 

 

 

 


Andreï Poliakov – Mésange


 

landscape with yellow birds

                                      Paul KLEE – Landscape with yellow birds

 

 

Mésange parlait ainsi :

 

Les temps automnaux vont si bien à la pluie,

tels les poissons

        à l’aide de leurs petites ailes

des formidables oiseaux monstrueux    

         y nagent en effet

                 et des poupées appartenant à deux jeunes filles,

        deux filles

et deux poupées.

 

 

Il n’y a que la petite feuille,

La petite feuille, précieuse sur sa belle branche,

                jaunit dans la fenêtre —

Petit Chinois du quotidien.

 

 

Et me voilà —

debout

sur la brindille,

                  cachant dans le feuillage

mon automnale

famille.

 

 

Débarquement chinois (9)  Editions Novoje izdatelstvo Moscou 2010
Revue  rumeurs  Novembre 2018 traduction Katia Bouchoueva

Evadé de l’enfance – (Susanne Derève)


oiseau bleu francois xavier lalanne

               FX Lalanne    Oiseau bleu

 

 

 

On voudrait encore en démêler l’écheveau

quand il faut simplement s’en défaire

 

de ces visages aux yeux fermés

qu’on abandonne      qu’on remise 

aux champs clos du passé 

 

des portes qu’on referme

et de ces puits murés

secs

– le sont-ils tout à fait –

 

Il y a un seau jeté

dans l’herbe

qui tinte contre mon pied

et l’éclat du fer blanc

 

un sourire  évadé

de l’enfance                            

la courbe d’un bras nu

le halètement d’une gorge,  

ténu

le chemin de la corde usée

 

le treuil grince   je l’entends 

gémir au-delà des années

 

Il y a ce matin un bouvreuil perché

sur la margelle

à pépier s’ébrouer d’un œil vif

et sitôt envolé

 

moi qui ne savais plus hier

que ce verbe éculé, ces mots blancs

je me surprends à fredonner

l’instant

 

comme l’éveil se déleste des rêves

comme fondent les neiges

au printemps

visages

que j’abandonne aux étoffes du temps

 

 

 


La buée que fait la nuit- (Susanne Derève)


 

 

Helen Frankenthaler 'Draft' 1969, St. Louis Museum of Art, St. Louis Missouri

Helen Frankenthaler ‘Draft’ 1969  

 

 

Dériver   ce soir

à  la  remorque des nuages,

 

suivre leur course  grise,

ponctuée d’un  vol d’oiseaux  

 aile ivre qui  s’élance                                   

sur l’horizon des champs pâlis

s’éparpille et s’enfuit

au-delà des coteaux 

 

Attendre qu’il fasse tout à fait noir

poser les lèvres sur la vitre

pour  y goûter la buée que fait  

la nuit

y écouter le bruit qu’elle fait

en s’engouffrant  par la fenêtre

 

avec ses échasses de vent

et ses éclats de mandoline

ses bras qui se referment                                                   

sur un air d’accordeone

 

Peut-être  te rejoindrai-je alors

qui sait               

ce n’est que la musique

d’une nuit rompue à l’absence      

où les mots ne disent plus rien de nous                

que cet éveil où ils nous tiennent

                                                                                                                    

 

à la remorque de l’aile immense

de l’oiseau

un chant qui tait son nom

se nourrit du silence                                                  

et brûle ses vaisseaux

 

 


Est-ce un homme qui pleure ? – ( RC )


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en « réponse »  au texte  précédent, de Susanne  Derève

 

Est-ce un témoignage d’amour,
cette plume qui est
le marque page
de notre livre ?

Est-ce que nos vies
sont liées
par ce serment écrit ,
avec cette plume, justement ?

Mais les pages se sont tournées,
avec les années :
il n’y a plus
que les miettes du passé .

Si la tendresse se conjugue maintenant
à l’imparfait,
faut-il regretter d’avoir dit,
 » je t’aimais ? « 

J’ai connu d’autres chapitres    ;
l’oiseau de l’amour
est revenu reprendre sa plume, et s’est envolé 
mais je n’ai pas de regrets .

RC

 


Une île de douleur – ( RC )


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Une frêle île flottante,
une barque malmenée par les vagues
chargée jusqu’à ras bord
d’abandon et de douleur.

C’est  une partie de pays
mise en quarantaine,
qui espère un jour
retrouver la terre ferme.

Epuisée des orages,
abandonnée par le soleil,
à chaque jour son naufrage
une barque prisonnière du destin

Comme un oiseau dans sa cage
livré aux éléments,
c’est une île fragile
sur la route de l’exil

La route de l’inconnu
juste derrière l’horizon :
Empire de la douleur,
le ciel a perdu ses couleurs.

RC – oct 2016

d’après Louis Aragon   » Quarante »


Quine Chevalier – Neige conçue 4


Image associée

 

Neige conçue
dans la trace dévoilée

l’arbre l’air l’ardent
trois prières
un feu vers lequel
tendre les mains

et l’oiseau me tire
d’un rêve
je blottis ma joue
sous le ventre des nuits

Au hasard du chemin
la prairie démêle
oublié sous la glace
le tison chantant

d’un fruit venu


Robert Burns – Joies parties


 

 

peinture : Fr HundertwasserHundertwasser-219.jpg

Tu me rappelles des joies parties ,
Parties pour ne jamais revenir.

Souvent j’ai erré près du beau Doon,

Pour voir la rose et le chèvrefeuille s’entrelacer ;
Et chaque oiseau chantait son amour,

Et moi aussi je chantais tendrement le mien :
Le cœur léger, je cueillis une rose

Si jolie sur son arbre épineux ;
Et mon perfide amant me vola ma rose ,

Mais, hélas! il me laissa l’épine.