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photo perso: rencontres  de la photographie. Arles  2013

photo perso:           rencontres de la photographie. Arles 2013

Il m’arrive  de naviguer  sur  beaucoup de sites et forums,  et de temps  en temps ,  je  découvre des pierres  précieuses.
J’ai extrait ce court poème  du forumbleu, ( lien ) qui a cessé son activité, mais  dont les posts restent  consultables..

l’étonnement est une fulgurance d’oiseaux
la pensée se diffuse dans leurs étincelles

un coeur brûle ainsi
les yeux ouverts
par le sel d’une étrange clarté

le corps voudrait transgresser
la migration du sang jusqu’au tableau
où les étoiles viennent mourir

perdre son nom est ultime allégement


Philippe Delaveau – Bistrots III


Photo: Anders Petersen

 

BISTROTS (III)

Le buveur parfois regarde au fond de son verre

comme s’il  cherchait le mot qui manque ou le souvenir

il reprend le récit au moment où le voyageur

se perd encore contre l’obstacle ou l’ombre de sa mort

j’irai m’asseoir au fond contre la cloison

près du portemanteau frêle, gibet de cadavres

les parapluies y dorment, les chapeaux sombres

es-tu le voyageur au-dessus de son verre ou ce poète

qui marchait sur le quai de la Mégisserie parmi les fleurs

les oiseaux parlent la langue des paradis qu’ils n’ont jamais quittés

la voix te délaisse tu ne sais plus tu n’avais jamais su

l’odeur du tabac maintenant s’incruste dans le poil du manteau

la laine sous ta veste agace ta peau

la fumée stagne à mi-chemin du plafond et les mots allégés

demeurent dans l’entre-deux d’une conscience attendant qu’on les frotte …

 

 


Mario Luzi – Nature


peinture: J Dubuffet

peinture: J Dubuffet

 

La terre et à elle accordée la mer
et partout au-dessus, une mer plus joyeuse
à cause de la rapide flamme des moineaux
et du trajet
de la lune reposante, et du sommeil
des doux corps entrouverts à la vie
et à la mort dans un champ ;
à cause aussi de ces voix qui descendent
s’échappant de mystérieuses portes, et bondissent
au-dessus de nous comme des oiseaux fous de revenir
en chantant au-dessus des îles originelles :
ici, se préparent
un grabat de pourpre et un chant qui berce
pour celui qui n’a pu dormir,
si dure était la pierre,
et si tranchant l’amour.

Mario Luzi, La Barque in Prémices du désert, Gallimard, Collection Poésie, 2005, p. 69.


Papiers-pleins , pensées plates – ( RC )


 

 

 

 

Il y avait sur le mur,
Plein d’ailes portées par le papier.
Oiseaux  et papillons se multipliant
Identiques …  – papiers pleins
–  Conséquence d’anciennes générations,
Jungle de           gestations d’encre.

Ils ont même voulu,
De l’épaisseur plate de leurs pensées
Sauter le pas,       jusqu’au plafond
–        ( ce ciel leur tendait l’espace )
Et camoufler innocemment,
Tout ce qui faisait obstacle .

Mais il est difficile  d’aller
Jusque dans les  recoins.
L’ombre ne souhaitant pas trahir ses meubles .
L’idéal aurait été que tout fut       plat,
Et même notre corps ,
Notre cerveau, se mettant à penser plat :

( optimisation d’espace ) .
L’illusion serait parfaite
Nous allons peupler un décor,
Et l’être   aussi .
Voilà donc ,              cette pensée plate :

Livrée , prête à encoller…
….  Lés alignés  ,   de  décors des corps  .

 

RC – nov 2014

 


Philippe Delaveau – Leçon d’automne


LEÇON D’AUTOMNE

 

photo: John

                      photo:         John Finnan

 

« Les oiseaux sur les peupliers de la plaine des notes dispersées, liquides, vagabondes.

Pourtant la symphonie d’un bel après-midi sous les violons des feuilles

qui tigrent d’ombre leurs arpèges. Pont de pierre bombé, contrebasse.

Altiers violons de verts. La partition repose

Avec la longue élévation de ses sillons jusqu’au sommet de la colline.

Les blanches s’envolent en lançant leurs cris de mer au retour du tracteur puis s’agglutinent, fouillant la terre avec la même obstination. Venues de l’océan, remontant les rivières.

«Semailles» serait le titre du morceau, avec les trilles d’un clavecin sous les doigts de Rameau.

Leçon d’automne et vieil ivoire rouillé, sombre.

Les deux claviers sous la dextérité de l’attaque joyeuse. »

 


Vagabond des étoiles – ( RC )


Marcheur du ciel- Alfred’s campus New York

Marcheur  du ciel        Alfred’ campus  New York

 

 

C’est tracer un chemin,

Le  doigt posé sur la carte,

Passant de collines en villages,

Puis  décider de le suivre,

Avec de bonnes chaussures,

Juste  avec quelques ronds en poche,

Un carnet de notes,

Un appareil photo en bandoulière.

 

Juste  travailler d’étape en étape,

Pour pouvoir manger,

Et poursuivre sa route ,

A travers le monde,

Sous les azurs et les pluies,

Et faire  d’une cabane sa maison,

Le temps de reposer le corps,

Et continuer la voie choisie.

 

Au dessus passent les avions,

Tirant des traits blancs

A travers le monde,

Ignorant les pierres sur les  sentiers,

Et la glaise collant aux pieds,

Quand on choisit  son passage

Entre deux pentes rocheuses,

Aux lisières des bois,

 

Que  le vent agite les branches,

Et fait ondoyer les champs d’orge.

Les senteurs des foins emplissent les poumons,

Les insectes bruissent et grésillent

La peau se tanne  aux  soleils,

Et croisent  les lunes

Le sac tirant sur les  épaules,

La suée sous les efforts

 

S’attirer la curiosité des oiseaux,

C’est être comme un vagabond,

A continuer jour après jour,

Minuscule et lent déplacement,

Tout au long du pays ,

Les pieds  recouverts  de poussière…

Et s ‘endormir  sous les  étoiles,

 

>   Elles ne sont pas  si loin …

 

 

 

RC- juin  2014


Ces pierres soulevées d’un mouvement de plume – ( RC )


Collage:         Max Ernst:          Santa Conversazione, 1921

 

Tu prends dans tes mains les oiseaux,
Tu les mets dans ta tête,
Tu n’as pas besoin de maison,
Ni de t’enfermer à double tour,
L’été est chez toi,
Tu arraches des mots aux herbes.

Les pierres deviennent légères,
Celles que tu soulèves d’un mouvement de plume.
Par la fenêtre, des martinets voltigent.
Mais elle ne donne pas sur l’extérieur,
Et, dans l’esprit,

Tous les oiseaux du monde y volent
librement ,à toutes profondeurs°

° ( provenant de la citation de Nicolas de Staël:  » La peinture est un mur, où tous les oiseaux du monde y volent librement à toutes profondeurs  » ).

 

( en réponse à « août » de « Carnet d’au bord », de Sophie G Lucas )

image:  montage  perso

image: montage perso


Sylva Péron-Berbérian – Guerre et paix


 

 

– collection Marina Picasso

 

 

Je n’entends pas la colombe chanter
J’entends le merle des Indes
La mésange bleue et le roitelet
J’entends la pie boiteuse
La grive nerveuse le cuvelier
Et les oiseaux du monde entier
Mais je n’entends pas la colombe chanter
La colombe qui aimait
D’arbre en arbre voler
Et que l’on a froidement
Assassinée.
Je n’ai pas vu l’olivier
J’ai vu le laurier-rose
L’eucalyptus et le poivrier
J’ai vu le flamboyant
L’hibiscus le caroubier
Et les arbres du monde entier
Mais je n’ai pas vu l’olivier
L’olivier où venait
La colombe se poser
Et que l’on a lâchement
Incendié.

 


Mario Luzi – Nature


peinture: John Marin

                            peinture:          John Marin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La terre et à elle accordée la mer
et partout au-dessus, une mer plus joyeuse
à cause de la rapide flamme des moineaux
et du trajet
de la lune reposante, et du sommeil
des doux corps entrouverts à la vie
et à la mort dans un champ ;
à cause aussi de ces voix qui descendent
s’échappant de mystérieuses portes, et bondissent
au-dessus de nous comme des oiseaux fous de revenir
en chantant au-dessus des îles originelles :
ici, se préparent
un grabat de pourpre et un chant qui berce
pour celui qui n’a pu dormir,
si dure était la pierre,
et si tranchant l’amour.

Mario Luzi, La Barque in Prémices du désert, Gallimard, Collection Poésie


Alejandra Pizarnik – Il faut sauver le vent


 

peinture          : P Prudhon –       la vengeance  poursuivant le crime

Il faut sauver le vent
Les oiseaux brûlent le vent
dans les cheveux de la femme solitaire
qui revenant de la nature
tisse des tourments
Il faut sauver le vent.

(L’arbre de Diane)


Présence en lumière- ( RC )


sun  &  tapis.jpg

 

Tu viens  faire ce dessin ,
C’est un rectangle de lumière,
Il se pose  sur le sol,
Et lentement se déplace,
Avale une partie de la pièce,
Monte sur le lit, et
Réchauffe la pièce,
Quelquefois strié des traits souples
Des branches, et du passage
Des oiseaux.


C’est maintenant un losange,
Ondulant doucement
Aux vagues des draps…
Je pourrais attendre,
Des heures durant,
Ton ombre se glissant,
A travers les nuages,
Mais tu n’es pas l’ombre,
Tu n’es que lumière,
Et chaque jour,


Je ressens ta présence.

RC-  décembre  2013


Maurice Fickelson – pratique de la mélancolie – Le visiteur


LE VISITEUR

Le roi vient me voir. Oui, seul, en toute simplicité, chaque jour, à la tombée de la nuit. Il entre, il s’assoit, toujours près de la fenêtre. Puis nous causons. C’est devenu comme une habitude

-je veux dire, une chose qu’il fait, lui, sans y penser, je le suppose, je ne peux que le supposer, car comment oserais-je formuler la moindre, la plus anodine question ?

Sans y penser, distraitement – c’est l’impression qu’il me donne.

Avec une sorte de lassitude – que j’attribue aux soucis de la royauté qui ont pesé sur ses épaules jusqu’au soir, et qu’il abandonne pour un moment, ici, dans ma maison, délivre de l’exigence de paraître, seul avec moi.

 

Pourquoi m’a-t-il choisi ? Rien ne me désignait, moi qui vis retiré le peu de jours qu’il me reste. Mais aussi bien, ce n’est peut-être pas un choix qu’il a fait, quelque chose de délibéré, de voulu, l’accomplissement réfléchi d’une intention. J’admets que les rois peuvent avoir des raisons qui nous échappent, mais il est tellement plus vraisemblable qu’il soit entré ici par hasard.

Puis il serait revenu en se disant : là ou ailleurs, pourquoi changer ? Comme on ne peut s’empêcher de vouloir des causes compréhensibles aux faits qui ne le sont pas, je me suis dit que ce devait être la situation de ma maison, un peu à l’écart, en retrait de la rue, qui avait attiré le roi, la seule à être précédée d’un jardin auquel je consacre le plus clair de mon temps et mes dernières forces. Oui, le roi aurait pu être attiré par les fleurs, bien qu’il ne leur accorde, durant ses visites, aucune attention, pas même un regard.

Je me suis aussi demandé, du moins au début, tout à fait au début, si c’était réellement le roi. Car il vient sans les attributs de la royauté. Sinon cet air de tristesse sur le visage, de profonde, de rêveuse tristesse. Est-ce bien de la tristesse, d’ailleurs ?

Je veux dire, celle que nous connaissons. Comment la situer sur la carte de nos sentiments, quand il n’existe pas de critère et qu’aucune comparaison n’est possible ? Le premier soir, en entrant, il m’a dit : Je suis le roi. nous nous ne sommes jamais revenus là-dessus.s’ assoit près de la fenêtre, et nous causons. lui avec cette sorte d’indifférence – mais il arrive à certains moments, il arrive qu’il s’anime, qu’il montre de l’intérêt.

Je serais bien embarrassé de dire à propos de quoi. Là non plus je ne parviens pas à suivre les cheminements de son esprit royal : il attache une importance inexplicable à des choses apparemment insignifiantes, sur lesquelles il paraît anxieux de connaître mon opinion. J’ai quelquefois l’impression qu’il aimerait s’assurer qu’il n’y a pas eu une erreur commise, je ne saurais dire où.

Quand il est détendu, il s’intéresse aux oiseaux. Il en parle, me demande ce que je sais de telle ou telle variété, discute de leurs habitudes de vol et s’interroge sur les significations diverses de leur chant. Il lui arrive alors de lever les yeux vers le ciel où l’on aperçoit, très haut, immobile, et seulement à cette heure-là, juste après le coucher du soleil, un aigle. Est-ce son aigle, à lui ? Mais pourquoi aurait-il pour l’observer ce regard si morne ? Il ne veut pas que j’allume la lampe. Il se complaît dans la pénombre du crépuscule, et moi, dans ces minutes, je le vois comme à travers une pluie de fines cendres.


Mémoire de grandes ailes blanches – ( RC )


A ne pas  gagner l’ombre,
Et les étés enfuis,
Sur la longue plage du temps,
Je te suis,
Et te vois                       de loin,
Marcher toute seule,  sous la pluie,

Il y a les îles,
Fouettées par les embruns,
Les perles  d’eau salée        sur ton visage,
Les galets luisants ,  glissant sous mes pas,
Et le vent qui t’accompagne,
Avec les odeurs du large.

De grands oiseaux blancs planent   en tournant,
Et se rappellent                    des instants soleils,
Du sable épousant les courbes   de ton corps,
Les coques des voiliers     aux couleurs vives,
L’air vif,                      faisant claquer les voiles
Et empli du parfum des orangers.

Bien sûr la Normandie,   au pied des falaises,
Est loin de l’Italie,
La lumière se dissimule derrière les nuages,
Comme le bonheur approché,
Mais reste à portée d’elles,
Si j’étais porté moi-même,

Par ces grandes ailes  blanches.

RC –  12 septembre  2013


Ce qu’emporte le vent d’automne ( RC )


peinture  et collage  -  Alberto Burri  1959

peinture et collage –           Alberto Burri           1959

Au sein de l’espace mouvant, tangue le tourbillon

Des points de lumière, agités par la rose des temps,

                Vent d’automne chassant les certitudes,

Sur mes pieds ,     à ton corps allongé ,      ces rayons

 

Comme renvoyés par un kaléidoscope,

Et les troncs, de la forêt   dense

Scintillant de milliers de petits miroirs,

Lueurs dispersées selon des accords de harpe,

 

Nous avons été des enfants,

Portés aux bras de l’amour,

Savourant         sans les connaître,

La forme   et le parfum des choses,

 

L’espace qui nous entourait , si vaste,

Les champs ployant sous le soleil,

Et tu étais donnée, par ta simple présence,

Comme une évidence.

 

L’espace a basculé,

Sans qu’on le remarque,

Les nuages insouciants,

Délimités de contours blancs et nets,

 

Se sont ligués en une masse indistincte et terne,

Les tourments du monde ont fini

Par installer doutes et rancoeurs,

Et l’insouciance s’est dissoute.

 

Un éclairage faux    a fini par nous happer,

En dispersant feuilles , oiseaux,

Et même le goût du bonheur,

>    Nous souvenons-nous de l’avoir goûté ?

RC-   10 septembre  2013


Raymond Farina – Une colombe une autre


 

           Tourterelle « turque »

 

 


 

« De mémoire d’oiseau »

Ton gris te va à merveille
surtout quand vient le spleen du ciel
quand tu te poses sur l’ardoise
que l’averse vient d’effacer

Au milieu du grand tintamarre
tu hasardes ta cantilène
comme un infime flux sphygmique
dans l’énorme corps de la ville

À l’instant où les nappes claquent
tu as vite fait la synthèse
des miettes qu’on éparpille

avant de rejoindre les tiens
qui tout en s’ébrouant s’enfoncent
avec un discret enthousiasme
dans leur douce orgie de poussières

dans leur minuscule désert
qu’ils signeront de quelques plumes
d’empreintes à peine visibles

Cet « article » provient du site des éditions des Vanneaux.

 


Les messages des oiseaux , à l’autre bout du monde ( RC )


photo perso: cigogne en vol  - août 2013   Ensisheim

photo perso: cigogne en vol – août 2013 Ensisheim

En gravissant les degrés,

D’une pyramide,

Celle que j’imagine,

J’oublie les immeubles sales

Et la crainte du ciel,

En voisinant la grâce des oiseaux,

Qui ne m’ont pas remarqué,

Ils ont autre chose à faire,

Que s’occuper de moi,

Et transmettent des messages,

A l’autre bout du monde,

Enfin j’imagine,

Très loin,

Après l’horizon.

Là, où il y a encore la nuit,

Et où on saute,

Des siècles, à pied-joint

  • On ne sait pas trop,
  • Ce qui se passe au loin

A part la météo, on nous raconte bien

Ce qu’on veut, à la radio.

Les satellites, épinglés sur la nuit ,

Restent fixes, au dessus du pays,

Et s’endorment doucement,

Dans la rouille,     sûrement,

Il faut      qu’on se débrouille,

Avec ce qu’il reste d’années,

>     Et la terre,       justement,

Qu’on dit condamnée…

RC


Derrière les paupières du monde ( RC )


Art: Brice Marden. Chinois dansant

Art:    Brice Marden.    Chinois dansant

Derrière les paupières du monde,
Les lignes s’embrouillent,
Les sons se mélangent, et les lettres dansent,
Qu’elles soient consonnes ou voyelles,
Le silence, côtoie le verbe, et bégaie…

On ne sait s’il faut le traduire,
Transposer de l’intérieur ce qu’on y voit,
Déposer sa propre couleur sans trahir,
Puis faire naître de l’obscurité,
Et d’un imaginaire, une pâle clarté.

Filtrant à travers d’autres yeux, mi-clos,
Tout existe, et son contraire,
Dans le bouleversement de la terre,
Où, parmi la cacophonie,parvient à l’ouïe,
Malgré tout, le chant des oiseaux.

RC- 23  juillet 2013

« réponse » à une  création de Serge Mathurin Thebault:

« Fermez les yeux »

Je titille

A la façon du maçon

La truelle du verbe

J’y vois que goutte

Pas même celle du sang

Que dépose le texte

Sur la membrane

De mon imaginaire

Les lignes se brouillent

Je m’exerce à un nouvel exercice

Pour ne pas fatiguer la pupille

J’écris les yeux fermés

C’est jeu que je croyais difficile

Et qui s’avère finalement facile

Pour faire bien comprendre la chance

De pouvoir créer dans la cacophonie

De ce monde bizarre

Au milieu des voyelles et des consonnes

Un soi à part qui émerveille

Je vois de l’intérieur

Je vois précis

Et si je ne parviens pas

Encore à vous le traduire

Mes poils hérissés

Le long de mon bras

Témoignent de ce bouleversement

Dans l’appréhension des choses

Allez même si votre vue est claire

Fermez quelques secondes vos paupières

Dans l’exigence du silence

Enivrez-vous de cette obscurité

Qui dans sa pâle clarté

Attire à elle  l’éclat de la lumière

Et les cristaux d’or de son élévation.

Serge Mathurin THEBAULT

photo CNRS


Nicolas de Stael – grand concert ( RC )


peinture; N De Staël :              le grand concert    1955    (avant le suicide  de l’artiste)

Face au grand mur de la douleur,                           Nicolas de Staël
A accompagné dans leur vol, les oiseaux , à toutes profondeurs.
Face au mur de la vie, si le bleu le noir et le blanc ne s’épousent pas.
C’est par un cri de couleur que tu as plongé dans le                     vide.

Peut -être pour retrouver l’espace des grands a-plats
Le reproche de l’ombre et            le tragique  du rouge

Il fait nuit sur  ton corps, qui n’a pas suivi celui des oiseaux
Il fait nuit sur ta vie,                        qui nous disait l’inverse,
L’éclat d’un citron, d’un vase, et les rythmes des voiliers
Posés d’aplomb sur les surfaces         peintes au couteau.

Mais si tu es gisant, brisé au pied des rochers
La musique des teintes, nous invite, symphonie

Où jouent les masses         dressées sur l’écarlate
L’ombre du piano noir, l’ocre de la contrebasse
A ton grand  concert,        la neige des partitions
Des musiciens absents, à écouter les couleurs.

RC   25 mai 2012

 

– – voir  aussi  « le pinceau de la ville »

Faced with the great wall of pain, Nicolas de Staël
Accompanied in their flight, the birds, at any depth.
Facing the wall of life, if the blue black and white does’nt embrace.
This is a cry of color that wherefrom you plunged in the vacuum.

Perhaps to find space for a large flat-painted surfaces
The reproach of the shadow ,   the tragic of red

It’s dark on your body, which did not follow the birds
It is night of your life, who said the opposite,
The splendor of a lemon, a vase, and the rhythms of sailboats
Placed squarely on the painted surfaces with the painting knife.

But if you’re lying, broken at the foot of the rocks
Music of colors, invites us,          symphony

Where the masses are standing on the scarlet
The shadow piano black, the ocher  of the double bass
To your great concert, the snow of music sheets
Absent with musicians,            listening  to the colors.

voir  aussi  cet  article  dont  je fais  référence

———–>

Emma/mj

Ce tableau évoque d’abord pour moi l’incommunicabilité : Malgré le pont que font les partitions entre les deux instruments , la musique semble étouffée par l’horizontalité de ce rouge écrasant , horizontalité contre laquelle semble s’élever péniblement la voix du violoncelle dans sa tonalité incertaine..
Pourtant ,, quand le regard s’attarde sur le tableau , l’éclat que donne cet agencement de couleurs au blanc éblouissant des partitions pourrait être un hymne à la musique ?
Je ne sais pas . Deux impressions contradictoires …

05/25/2012 à 21 h 20 min (Modifier)

Ta lecture est « plausible »,… étant donné que j’ai une vue plus « abstraite », je ne la partage pas ici, mais par contre oui, pour certains de ses tableaux: par exemple un nu sur le même fond rouge…

voir aussi  le poème  de Jean Senac, ici…


Olga Alexandra Diaconu – Mon silence est le point d’appui de l’incertitude


Elena Carozzi    02

peinture:           scan de catalogue :              Elena Carozzi

Mon silence est le point d’appui
de l’incertitude,
est un silence caché
dans la nostalgie de mon âmeDes retours d’oiseaux
m’élancent dans la nostalgie
de l’après-midiIndécise entre terre et ciel,
je suis le fruit avec toutes les semences,
et l’arbre aveugle de l’univers vivant.


Course recommencée de la rivière ( RC)


aquarelle-  Shay Clanton

A l’abri des saules,
L’ombre  légère  se courbe,
Et effleure le courant,
Où passent  furtifs,
Des  éclairs  d’argent.

Des feuilles  jaunies
D’un calme après-midi,
Suivent à quelque distance,
Le défilé des heures
Qui les portent au loin.

Il n’ y a de bruits,
Que l’envol des oiseaux,
L’écho du bruissement des flots,
Contournant les branches,
Dépassant de l’onde.

A peu de distance de l’île,
Le pêcheur immobile,
Reste debout
Dans ses bottes de cahoutchouc,
Et laisse filer le temps.

Dans un autre univers,
D’ors et de verts
Les points de soleil ricochent,
Autour de quelques roches,
Que les truites contournent.

La lumière invente ses  fins de jours,
Et se pose en détours,
<           Sans se souvenir d’hier,
Ni des poissons, des hameçons,
La course recommencée de la rivière..

Les pieds dans les bottes, humides,
Le pêcheur , son panier vide,
Ne veut pas forcer la chance
Que la ligne se tende  et mouille,
Qu’importe de rentrer bredouille…

RC –  17 juillet  2013


Emily Dickinson – Dieu donna un pain à tous les oiseaux


 

photo Bev & Paul Mynott

Dieu donna un pain à tous les oiseaux,

A moi rien qu’une miette

Je n’ose la manger, même quand je meurs de faim ;

Cette miette est mon luxe émouvant.

La posséder, la toucher, c’est preuve légale

Que cette boulette est mienne ;

Je suis trop heureuse de mon sort de moineau

Pour en désirer davantage.

Il pourrait y avoir la famine autour de moi,

Je ne manquerais pas d’un épi,

Tant l’abondance sourit sur mon buffet,

Tant mon grenier paraît garni.

Je me demande ce que peut éprouver un riche,

Un prince hindou, un comte.

Je pense qu’avec rien qu’une miette

Je suis leur souveraine à tous.

God gave a Loaf to every Bird --
But just a Crumb -- to Me --
I dare not eat it -- tho' I starve --
My poignant luxury --

To own it -- touch it --
Prove the feat -- that made the Pellet mine --
Too happy -- for my Sparrow's chance --
For Ampler Coveting --

It might be Famine -- all around --
I could not miss an Ear --
Such Plenty smiles upon my Board --
My Garner shows so fair --

I wonder how the Rich -- may feel --
An Indiaman -- An Earl --
I deem that I -- with but a Crumb --
Am Sovereign of them all --

-
beaucoup des poèmes d'E Dickinson, peuvent être lus sur ce site, dans leur langue originale.

Prisonnière dans sa petite boîte ( RC )


objet:           luminaire en crâne:          galerie.alittlemarket.com

Prisonnière  dans  sa petite  boîte,
Que parcourent  pourtant les vents  de folie
Les  délires ,              et les pensées  qui basculent
Quand sont closes ,      les fenêtres  sur le monde,

Et d’abord les sens, qui nous touchent du doigt,
Par l’atmosphère moite du jardin,
Les sons menus des insectes  et des oiseaux,
Et la lumière,            qui se déplace et rebondit,

Un peu partout,  au gré  de la liberté,
Des saisons,                        qui ignorent la raison,
Cette  lumière  qui nous  saisit,        en couleurs
Dès qu’on ouvre les yeux,

Une première fenêtre ouverte,      sur le monde

RC-  6 juin 2013


Daydreamdaisies ( ML ) – Love for life


peinture: Pierre Tal Coat

peinture:           Pierre   Tal Coat

Un texte  dans la langue originale,  de M L  ( du blog  de Daydreamdaisies),

suivi de ma traduction…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I cradle the silence

I bow my head as life’s candle is lit

I can see the flame trembling

In the meandering trail of birds

Rejoicing in the cry of a newborn

My gaze, it answers to the infinity

My fingers run smooth

In morning’s blinding curtain

With gratitude

With freedom of breath

In laughter and in vehemence

They run and my hands

They lift me up

When I throw myself in between

The blades of thunder and light

I am the spark

Flaring, blazing

I am the warmth born

Where those two blades meet

I am life

Where swords of contrasts

Sometimes dash to fall

In love

Daydreamdaisies (  M L )

Je supporte le silence

Je m’incline quand la bougie de vie est allumée

Je peux voir la flamme tremblante

Dans le sentier sinueux des oiseaux

Me réjouissant dans le cri d’un nouveau-né

Mon regard, répond à l’infini

Mes doigts se passent en douceur

Dans le rideau aveuglant du matin

avec gratitude

Avec la liberté du souffle

Dans le rire et dans la véhémence.

Ils courent et mes mains

me relèvent

Quand je me jette entre

Les pales du tonnerre et de la lumière

Je suis l’étincelle

La torche, flamboyante

Je suis la chaleur née

Lorsque ces deux lames se réunissent

Je suis la vie

Où des épées de contrastes

Parfois se précipitent , à tomber amoureuse.

  1. RC


Luis Cernuda – Portrait de poète


peinture: Ramon Gaya –       l’enfant de Vallecas,  ( d’après Velasquez)  — huile sur toile,   1987        Musée de Murcie

Portrait de poète
À Ramón Gaya

Te voilà toi aussi, mon frère, mon ami,
Mon maître, dans ces limbes ? Comme moi
Qui t’y a conduit ? La folie des nôtres
Qui est la nôtre ? L’appât du gain de ceux qui
Vendant le patrimoine hérité et non gagné, ne savent
L’aimer ? Tu ne peux me parler, et moi je peux
Parler à peine. Mais tes yeux me fixent
Comme s’ils m’invitaient à voir une pensée.

Et je pense. Tu regardes au loin. Tu contemples
Ce temps-là arrêté, ce qui alors
Existait, quand le peintre s’interrompt
Et te laisse paisible à regarder ton monde
A la fenêtre : ce paysage brutal
De rocs et de chênes, tout entier vert et brun,
Avec, dans le lointain, le contraste du bleu,
D’un contour si précis qu’il en paraît plus triste.

C’est cette terre que tu regardes, cette cité,
Ces gens d’alors. Tu regardes le tourbillon
Brillant de velours, de soie, de métaux
Et d’émaux, de plumages, de dentelles,
Leur désordre dans l’air, comme à midi
L’aile affolée. Voilà pourquoi tes yeux
Ont ce regard, nostalgique, indulgent.

L’instinct te dit que cette vie d’orgueil
Élève la parole. La parole y est plus pleine,
Plus riche, et brûle pareille à d’autres joyaux,
D’autres épées, croisant leurs éclats et leurs lames
Sur les champs imprégnés de couchant et de sang,
Dans la nuit enflammée, au rythme de la fête,
De la prière dans la nef. Cette parole dont tu connais,
Par le vers et le dialogue, le pouvoir et le sortilège.

Cette parole aimée de toi, en subjuguant
La multitude altière, lui rappelle
Que notre foi est tournée vers les choses
Non plus perçues au dehors par les yeux
Quoique si claires au dedans pour nos âmes ;
Les choses mêmes qui portent ta vie,
Comme cette terre, ses chênes, ses rochers,
Que tu es là, à regarder paisiblement.

Je ne les vois plus, et c’est à peine si à présent
J’écoute grâce à toi leur écho assoupi
Qui une fois de plus veut resurgir
En quête d’air. Dans les nids d’autrefois
Il n’y a pas d’oiseaux, mon ami. Pardonne et comprends ;
Nous sommes si accablés que la foi même nous manque.
Tu me fixes, et tes lèvres, en leur pause méditative,
Dévorent silencieuses les paroles amères.

Dis-moi. Dis-moi. Non ces choses amères, mais subtiles
Profondes, tendres, celles que jamais n’entend
Mon oreille. Comme une conque vide
Mon oreille garde longtemps la nostalgie
De son monde englouti. Me voilà seul,
Plus même que tu ne l’es, mon frère et mon maître,
Mon absence dans la tienne cherche un accord,
Comme la vague dans la vague. Dis-moi, mon ami.

Te souviens-tu ? Dans quelles peurs avez-vous laissé
L’harmonieux accent ? T’en souviens-tu ?
Cet oiseau qui était le tien souffrait
De la même passion qui me conduit ici
Face à toi. Et bien que je sois rivé
À une prison moins sainte que la sienne,
Le vent me sollicite encore, un vent,
Le nôtre, qui fit vivre nos paroles.

Mon ami, mon ami, tu ne me parles pas.
Assis, paisible, en ton élégant abandon,
Ta main délicate marquant du doigt
Le passage d’un livre, droit, comme à l’écoute
Du dialogue un moment interrompu,
Tu fixes ton monde et tu vis dans ton monde.
L’absence ne t’atteint pas, tu ne la sens pas ;
Mais l’éprouvant pour toi et moi, je la déplore.

Le nord nous dévore, captifs de ce pays,
Forteresse de l’ennui affairé,
Où ne circulent que des ombres d’hommes,
Et parmi elles mon ombre, oisive pourtant,
Et en son oisiveté, dérision amère
De notre sort. Tu as vécu ton temps,
Avec cette autre vie que t’insuffle le peintre,
Tu existes aujourd’hui. Et moi, je vis le mien ?

Moi ? Le léger et vivant instrument,
L’écho ici de toutes nos tristesses.

Louis Cernuda


Attente d’avril, et des oiseaux ( RC )


peinture:        John Constable     :         Rainstorm over the Sea

C’est comme l’attente,
Le silence,
Qui précède le souffle,
Le gris plombé,
Avant que les premières larmes
De l’orage – fouettent le sol.

Il y a du froid,
Sous le calme apparent,
Sous le gel qui retient les fontaines,
Et la sève des arbres
Qui s’est retirée,
Une tension, – l’attente

L’attente d’avril, les giboulées
Secouant le silence, fantasques
Même sous la voix du vent,
Et bientôt les chants croisés,
Des oiseaux, reprenant
Possession du pays.

RC –  7 mai 2013

inspiré de Nath:         voir ses  « tentatives  de lumière »