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Aliette Audra – N’envoyez pas de lettres


 

peinture - auteur non identifié

peinture – auteur non identifié

 

N’envoyez pas de lettres

 

 

N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles

D’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille

Ou l’automne abat et dépose entre vos mains.

Je ne les recevrai jamais le lendemain,

Mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre

Et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre.

Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus,

Cependant je lirai comme si j’avais su

Les paroles que vous formulez dans votre âme

Tant vos rêves pour moi ont l’éclat de la flamme.

Choisissez les couleurs suivant le ton des jours ;

Que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd,

Et d’un vert bien profond si le ciel est trop pâle.

Qu’elle soit de chêne et blonde comme le hâle

Au front d’un bel enfant, quand s’achève l’été,

Et lorsque vient Novembre, afin de refléter

Ce qu’il ensevelit et ce qu’il remémore

Veuillez me cueillir une feuille au sycomore.

(Mais qu’elle soit de hêtre, d’aulne ou d’olivier,

que m’importe après tout pourvu que vous viviez !)

Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose

Par hasard le bonheur, pour me dire la chose

Envoyez simplement une feuille de rose.

 

Aliette Audra

 (Paris, 1897 – Lausanne, 1962)

 


Sylva Péron-Berbérian – Guerre et paix


 

 

– collection Marina Picasso

 

 

Je n’entends pas la colombe chanter
J’entends le merle des Indes
La mésange bleue et le roitelet
J’entends la pie boiteuse
La grive nerveuse le cuvelier
Et les oiseaux du monde entier
Mais je n’entends pas la colombe chanter
La colombe qui aimait
D’arbre en arbre voler
Et que l’on a froidement
Assassinée.
Je n’ai pas vu l’olivier
J’ai vu le laurier-rose
L’eucalyptus et le poivrier
J’ai vu le flamboyant
L’hibiscus le caroubier
Et les arbres du monde entier
Mais je n’ai pas vu l’olivier
L’olivier où venait
La colombe se poser
Et que l’on a lâchement
Incendié.

 


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 01


 

à Yvonne

 

ni la neige

ni les planètes captives de ta voix

n’apaisent mes syllabes

j’habite dans le miroir et j’appelle

toute ombre qui bouge sous la paupière

pas à pas

 

le muscle à sa brûlure

j’avance

dans le silence du jour

la main sur ton épaule

une source

une croix

la prière au bord de l’abîme

midi au cœur

J’avance

Sur la trace du poème

 

Mains juxtaposées –extrait du livre « si lointains, si proches »

extrait du livre « si lointains, si proches »

Les Fromentières, 9 janvier 1984


L’armoire, porteuse d’histoires (RC)


La vieille armoire, celle qui prend feu
A abrité longtemps des piles de draps
Des trousseaux inutilisés, mangés par les rats
Autres générations , autres enjeux

Tante Ernestine est morte
Un jour d’hiver fardé
Auprès de son feu, attardée
Un jour ,  a cédé sa porte

Et les piles des habits d’antan
Les parures et les dentelles
Napperons de belle vaisselle
N’ont pas attendu les petits enfants

Partis ailleurs  émigrer
Se chercher, loin du bercail
Une raison de vivre, un travail,
Evidemment de leur plein gré

La maison d’Ernestine est vide
Personne n’est revenu au village
Lui rendre un dernier hommage
Aux maisons barricadées, arides

Il a fallu extraire les meubles pesants
Du pays de la famine
Rongés par la vermine
La vie d’antan, du modèle paysan

image: — combinaison informatique, — production personnelle —- dec 2010

Le feu qui maintenant
Dévore le bois craquant du sapin
Se nourrit des volutes du destin
De l’exil, des déserrements

Alors que,  patient témoin gris
L’olivier au feuillage argenté
Décrit le temps des ancêtres arrêté
Sans s’en montrer davantage aigri.

RC