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Bartomeu Rosselló-Pòrcel – Sonet


peinture  Salvador Dali – Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade une seconde avant l’éveil

 

Quand elle dort dans le plaisir somnolent
du vieux jardin vibrant de fleurs et de nuit,
passant par la fenêtre je suis le vent,
et tout est comme un souffle fleuri.

Quand elle dort, et sans y prendre garde
s’abime dans les grands fonds de l’oubli,
je suis l’abeille qui enfonce l’ardente
aiguille — feu et furie — dans son sein.

Elle qui était image, charme, élégance
et mouvement ambigu, la voici pleur et cri.
Et moi, cause du mal, de la douceur,

j’en fais de lasses délices du péché,
et Amour, qui voit, les yeux clos, le combat,
s’endort en souriant de ravissement.

Bartomeu Rosselló-Pòrcel (1913-1938)
extrait de Nou poemes (1933).

 

Quan ella dorm el gaudi somnolent
del vell jardí vibrant de flors i nit,
passant per la finestra sóc el vent,
i tot és com un alenar florit.

Quan ella dorm i sense fer-hi esment
tomba a les grans fondàries de l’oblit,
l’abella só que clava la roent
agulla – fúria i foc – en el seu pit.
La que era estampa, encís i galanor
i moviment ambigu, és plor i crit.
I jo, causa del dol, de la dolçor

en faig lasses delícies del pecat,
i Amor, que veu, ulls closos, el combat,
s’adorm amb un somriure embadalit.

 

on peut  trouver –  comme celui-ci, beaucoup de textes et chansons en portugais, sur le site de « je pleure sans raison »


Gerard Pons – que nous reste-t-il ?


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Que nous restera-t-il
sur l’autre rive
qui attendrisse notre exil ?
Sur les rives de nos fleuves
ne tomberont à l’automne
que feuilles de repentir
et sur nos monuments
encadrés par les ronces
d’autres feuilles d’oubli.


Fragments ( autour d’Anselm Kiefer) – Susanne Derève


 

Anselm20Kiefer20-202

        Die Bösen Mütter -Anselm Kiefer

       
Chaises  vides chaises blanches  qui  portez les bûchers
qui  portez  des silences  d’éternité

 

 

Anselm20Kiefer20-20zz24

     Das goldene vlies – 1997

 

Robes    jetées comme des voiles    aux ailes froides de l’absence
dites-nous,  dites-nous l’errance  dites-nous le poids du passé

 

 

 

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                                                      Lots Frau –  Anselm Kiefer, 1989

 

 

Et si les rails s’amenuisent

pour se fondre dans  le  néant            

c’est que les Dieux ont déserté

jusqu’aux retables des églises   

 

dans les méandres du couchant

aux confins de ces plaines grises 

de ces villages  abandonnés

ont-ils  rejoint l’enfer bu cette neige

 atone qui collait à leurs pieds

 

Sous les miens ne résonne que  le fracas   

des pierres

pas même un cœur qui bat 

une peau qui frissonne

lorsque les blés s’envolent au vent d’hiver

avec l’innocence des hommes

 

 

Liens :

Anselm Kiefer au Centre Pompidou 2015-2016

Anselm Kiefer: Remembering the Future

 

 


Immortelles – Rendez-vous de Novembre ( SD/RC)


 

cimetière marin de Talmont sur Gironde Christian COULAIS
Chrysanthèmes – photo C. Coulais

 

 

Ce sont des fleurs glacées

qu’on offre par brassées                 

à des jardins de pierres

 

ces cimetières frileux                 

antichambres aux adieux

des drames ordinaires

 

ces fleurs que la Camarde

accueille goguenarde

au coin d’un marbre noir

 

qu’on abandonne au vent

au grésil aux tourments

d’un sombre purgatoire    

 

ce sont les fleurs perdues                                                         

des amours éperdues

hommages dérisoires                        

 

tendus comme des mains

aux souvenirs défunts

aux ponts de la mémoire

 

corolles sans parfum                                                                        

sans pétales et sans tain

que la lumière captive                                         

                                                        

d’un Novembre morose

habille  d’ors et de roses                                

tel un baiser de  givre   

 

une douleur éclose

au parterre  où reposent

dans l’étreinte du soir

 

ces blanches immortelles

des regrets éternels

comme des encensoirs                                       SD 02 2017

 

 

C’est le rendez-vous de novembre,
celui des rendez-vous manqués.

On dépose sur le marbre,
des brassées de chrysanthèmes

et parfois des roses
devant les stèles grises :

peut-être que les morts
comprennent le langage des fleurs

ou voudraient prolonger leur vie,
d’où la couleur s’enfuit.

Une offrande ultime:
D’autres se décomposent en résine.

Le jardin de pierres,
se rappelle des vivants d’hier

Les tombes sont des demeures de silence,
elles se fichent des assauts du lierre,

des allées de gravillons blancs,
comme des saisons sur la terre .

Pour se rafraîchir la mémoire,
on a gravé les patronymes :

Il y a comme un arbre généalogique,
qui se penche sur la famille,

des ancêtres
jusqu’aux lointaines cousines…

Tout cela bien aligné
dans les allées numérotées.

En ce qui me concerne
je ne serai pas locataire

d’un caveau six pieds sous terre…
et si tu viens un jour de novembre

tu pourras t’en retourner,
il y a longtemps que je serai parti en fumée :

je ne participe pas au décor :
pas de crime, pas de corps :

même la police, en automne
ne trouvera pas d’indices de notre homme :

si tu en cherches la raison , la clef est dans ce poème   (car j’ai toujours détesté les chrysanthèmes)…

RC    02 2018

 

 


Alain Paire – Soif inquiète


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La terre serait soif inquiète. Il n’y aurait plus
que la nuit de l’oubli, des formes sombres
à peine terrestres, le silence de la lumière.
Et parmi les fruits de la veille, comme une ressemblance,
le sourd battement d’une âme, tout au moins le pardon de l’image,
la détresse d’une main qui se blesse ou bien qui aime.
(Un rossignol accueillait chaque nuit l’eau bue par la lumière.)

 

extrait de  « la maison silencieuse »


Franck André Jamme – La récitation de l’oubli


 

taloi HAVINI 2

Taloi Havini – From Refugee to Exile

 

 

Les fleurs ? Pour une autre fois.

Toutes les fleurs de sable de la

ville. Sur les fenêtres, dans les

cheveux de jais des femmes, au

cou des suiveurs de chariots. Et

tous les champs :  les carrés blonds,

le vent, frissons sertis de flaques

blanches. Mille insectes s’agitent,

gerbe d’or, petits pas. Terra Nostra !

 

 

 

 

 


Un jour sans mots – (Susanne Derève)


Blossom of Water Hyacinth 2, late 1920's

              Imogen Cunningham – Jacinthes d’eau

 

 

 

Je ferai d’aujourd’hui

un jour sans mots

un jour pour  rien

un jour d’oubli

 

Le gel a brodé de ses noires dentelles

mes roses de Noël 

mes roses vertes

mes roses sève

Elles    qui fleurissaient

mon cœur de vase bleue

empli  de tourbe et de fumée                                                     

 

J’ai refermé les mots de la souffrance

avec une clé de métal froissé

Il faut prendre garde à l’errance

 

J’ai tant rêvé     n’en reste

que le silence comme un vide

propice    rayon de miel

du miel des mots   ceux

dérobés à la conscience

 

Je n’irai pas les soustraire au matin                                            

au brouillard      à la nuit

je n’irai pas les puiser à  la mer                

 

la mer fait relâche aujourd’hui

c’est marée basse   l’estran dévoilé

comme on dévoile un cœur de tourbe

et de fumée      sans pudeur

 

et le chanfrein de l’heure bleue

où la lumière bascule

celle où le jour recule

voix sans timbre  grain de vie

étouffé

 

chuchotements  le froid

devers la nuit soudain tombé

et sur mes hellébores

cette noire dentelle

ce mortel  baiser

 

 

 


Oubli (2) – Susanne Derève


LE BA DANG LBD115-lotus-1953-encre-427x600

                       LE BA DANG  Lotus (1953 – encre )

 

Cendres légères

cendres du passé

de l’innocence aveugle

 

Ces richesses  que j’étreins

que j’embrasse entre veille et sommeil

sont-elles nées du rêve sans cesse formé           

et reformé

d’un bonheur qu’on s’apprête à cueillir

comme les fleurs d’un très ancien voyage

ce souvenir que j’entrelace                                         

comme un ruban entre les doigts

avec les mots que tu m’envoies

 

 

Un corps qui ploie sur l’eau

la barque  silencieuse

la main effeuille les lotus roses  

à fleur d’eau    

Sous la roche suintante 

l’écho

peut-être de ta voix que j’invente       

 

             

 Les rames glissent en ombres  grises

au-delà  du miroir

surface sans reflet que les nuages

le grain des pierres

un livre ouvert sur des images

dont je trace le cours pas à pas

 

 

 Cendres légères

Est-ce une rêverie que tu as désarmée

l’innocence solaire

que tu m’offres à mains nues                                           

que je recueille avec les vestiges

des nuits passées

 

Aurores bues

de  tendresse   de douceur

de ces mots tus 

que je t’adresse

avant qu’ils ne se figent    

 

et que tu me retournes

comme le bouquet vivace 

d’une promesse de bonheur

 


C’est juste le hasard, qui m’a placé là – ( RC )


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Je n’ai qu’à ouvrir les yeux,
après la nuit,

pour me lancer dans l’aventure,
– car j’ai tout oublié d’avant – ,
                        et chaque matin
est un nouvel apprentissage,
          une nouvelle enfance.

C’est avec elle, que je dois progresser,
apprendre à marcher .

J’essaie de reconnaître les choses,
qui se penchent sur moi,
                          je leur donne des noms,
qui semblent venir d’une autre langue,
          et ne sais qu’en faire.

C’est juste le hasard,
qui m’a placé là .


RC  –  janv  2018


Oubli (Susanne Derève)


André Marchand, 1907-1997, Paysage de neige, 1940, musée des Beaux-Arts de Nancy 8415754243

 André Marchand, 1907-1997, Paysage de neige, 1940,

 

Cendres légères

rêveries désarmées                                                                           

mémoire.

 

Cendres du passé

De l’innocence aveugle.

Richesses

vous ai-je crues dans un autre autrefois

solaires     

inépuisables

et de vie à trépas

vous voilà à mains  nues

tristement balayées         

effacées                                abolies

 

                                                                      

Sel blanc sel entre les doigts flutés

sable sec des larmes inutiles.

 

Spoliés  

dépossédés nous sommes

des ivresses de l’amour

des tendresses égarées de l’âme                                                                       

enfouies dans ces images monochromes

du souvenir

liquéfiées                             dissoutes.

 

                                                        

                               

Nuits du sommeil intolérable

nuits d’insomnie

où le vertige                                                                                             

de ce que nous avons vécu             

ce que nous avons laissé échapper

                                               s’enfuir

 

ce que nous avons cédé à l’oubli

pamoison inutile  vaine

nous laisse agonisant

de l’irréparable douleur de la perte.

 

Comme le noyé sur la grève

échoué à la frange des vagues

entre deux eaux

entre deux mondes

entre veille et sommeil.

 

Que l’emportent que nous emportent les voiles

du passé

s’il faut finir

alors n’attendons plus           vivons

 

 

 

 


Connais-tu la fin de l’histoire ? – ( RC )


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photos perso  montage  –   musée  archéologique  de Lisbonne

 

 

Connais-tu la fin de l’histoire,

puisqu’il en manque de grands morceaux ?

On peut toujours combler les manques,
en déduire des trajectoires,
en tout ce qui s’est perdu
dans la grande fosse de l’oubli .

Pour ceux qui vivent ici,
c’est au présent,
qu’ils cultivent leur jardin.
Leur origine s’est diluée
dans les générations.

Les racines de l’arbre vont si loin,
et se ramifient tellement,
que les suivre se fait en pure perte.
Ce qu’il en émerge est la partie visible
de l’iceberg des siècles.

Pour en revenir à celui qui cultive son arpent,
le voila qui remonte au jour
des fragments de marbre.
Un voisin en a trouvé d’autres.

Ce sont des mains finement sculptées,
qui tiennent entre leurs doigts
de drôles d’objets,
mais il manque le corps
auxquel elles correspondent.

Sauras-tu me dire ce que signifient
ces lambeaux d’une mémoire
à jamais enfouie
sous une épaisseur de terre ?

Nous en avions oublié, même l’existence
dans le désastre de l’abandon des aubes .
Celles-ci ne nous ont pas vu naître.
Peut-être que le vieux faune endormi s’en souvient  .

S’il n’était pas de marbre,            >   il nous répondrait peut-être…


RC – juin 2018


Thomas Vinau – Quelque chose


 

 

 

 

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Il y a quelque  chose en lui

d’un enfant mort

qui se battrait

avec un vieux chat

 

Quelque chose de poussière et de cendre

de murmure et d’oubli.

il y a quelque chose en lui

qui chante

comme un Indien s’en va.

 

Quelque chose

de la bête qui fuit

de l’ironie d’un  ciel

d’une petite brûlure

 

quelque chose

d’un méandre qui gonfle

d’un complot qui s’ourdit

D’une  tempête perdue

dans les yeux  d’une fille.

quelque chose de tendre

qui crie   .


Jacques Lovichi – Piazzale Michelangelo


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Piazzale Michelangelo
les ombres courent sur la ville
océan des cloches
soudain
Dire juste le tremblement
cette fêlure dans la vitre
la pluie de cendres sans oubli
Un autre jour meurt.


Federico Garcia Lorca – songe – mai 1919


Image associée

Mon cœur repose auprès de la fraîche fontaine.
(Remplis-la de tes fils
Araignée de l’oubli.)

L’eau de la fontaine lui disait sa chanson.
(Remplis-la de tes fils
Araignée de l’oubli.)

Mon cœur réveillé redisait ses amours.
(Araignée du silence,
Tisse-lui ton mystère.)

L’eau de la fontaine, sombre, l’écoutait.
(Araignée du silence,
Tisse-lui ton mystère.)

Mon cœur tombe en roulant dans la fraîche fontaine.
(Mains blanches, lointaines.
Retenez les eaux !)

Et l’eau l’emporte, chantant d’allégresse.
(Mains blanches, lointaines.
Rien ne demeure dans les eaux !)

 

 

Federico GARCIA LORCA « Anthologie poétique » (Chariot)


Un message auquel il manque des mots – ( RC )


 

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image retraitée: RC – nov  2017

Avec cette atmosphère cristalline,
la nuit s’étirait, lumineuse ,
et je me suis levé,
ne trouvant pas le sommeil.

La lune brodait autour des nuages,
une dentelle claire,
le centre restant opaque et sombre ,
–            une sorte d’omission     – .

( comme si c’était une phrase ,
dont le message était interrompu ) .
Il y manquait des mots ,
et tout le paysage balbutiait.

C’était sans doute juste un oubli ,
tout retrouverait sa place dans les rêves ,
on n’aurait même pas à demander la traduction :
et demain je me souviendrai de tout .

RC – juill 2017

 

Mel Bochner - Rules of Inference.jpg

art: Mel Bochner


Cendres de baltique – ( RC )


Image associée

 

photo  Greg Clouzeau

 

 

Je n’ai pas vu de désert de pierres vers la mer baltique,
mais des étendues plates
et des marécages
d’où s’envolaient les cigognes,

De ces lointains horizons, mutiques,
on a dissimulé les stigmates
sous l’oubli :          ( un habillage ) .
La nature a fait sa besogne

Des forêts ont développé
leurs racines et frondaisons
sur des cadavres enfouis
et font corps avec les charniers .

Du sol détrempé,
du passage des saisons,
les arbres se sont épanouis,
se nourrissent des prisonniers.

Allez donc voir
du côté de Vilnius :
il y a des terres acides,
et des forêts de bouleaux

en retournant une terre noire,
il ne serait pas improbable de trouver des dents dans l’ humus ,
témoignage de génocide ,
ossements et pauvres oripeaux ,

( plus rarement des bijoux ).
Dans ces pays de baltique
il y a de l’ivoire
et de l’ambre

Vous pourrez en parer votre cou,
en visitant les boutiques;
mais qui vous parlera du désespoir,
et des cendres ?

RC – mai 2017

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Dimitri T Analis – L’île, le réveil


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L’île, le réveil
Tu t’éveilles, et ce lieu se répète
Dans la faille de sa nudité
Un nœud d’or, éblouissant, intact
Annonce un midi recommencé.
Tu t’éveilles, et ce même lieu fixe
Son regard sur ton épaule nomade
Tu comprends mieux, tu caresses
L’été d’une main encore tiède.

Instant sans date, tu as quitté l’île de l’oubli
Et calciné tu navigues dans le corps de l’amour
En laissant un creux grand comme un navire
Qui brûle l’horizon à la montée du jour.


Hugues Labrusse – L’indésirable


 

( – à Gaston Puel )

Détail de la façade ouest de l'église (XIIe s.) d'Aulnay-en-Saintonge (Charente-Maritime, France) 15216914856.jpg

sculptures –  Aulnay de Saintonge

Jour indivisé

Des pierres arrondissaient les angles.
Le soleil s’en allait.
Deux poutres reliées par une traverse.
Un chien hagard plonge dans les broussailles.
On n’arrache pas un sourire à l’écorce.

Lendemain

Dans la continuité de la masse, en guise de visage.
Le feu âpre transit le cône de marbre.
Tard, dans l’été,     la figure roule dans ta paume.
Son oubli fut le dernier souvenir qu’elle te laissa.

Surlendemain

Notre sœur à tête d’animal, notre peur encore muette et ses fleurs de terre
ses onguents de serpents, la saveur de sa lumière et de sa fatigue.
Ses mains ne remuaient pas encore.
Toujours plus tard
L’atrocité rêve à son écuelle en bois.
Du sommet de la montagne dévalent des étoiles épineuses.
Ton œil est de glace. Tu crains l’aiguille de métal qui te sert à coudre le ciel.
Laisse battre les volets.


Le miroir des pages – ( RC )


 

 

Image associée

 

Je me suis regardé, à travers l’écho
de lignes écrites,      et d’autres mots :
cela fait bien longtemps.
C’était comme remonter les heures,
et se voir autrement,
comme dans un miroir déformant,
mais qui garde les saveurs,
de la terre humide,         et des vents .

Quelques uns m’étaient sortis de l’esprit.
Quand je les ai relus,
J’en ai été ému,
En étant un peu surpris,
comme si j’avais ouvert
une boîte,       ensevelie sous la poussière,
où la mémoire patiente,
qu’il pleuve ou qu’il vente .

Mais cette mémoire m’a échappé,
elle rassemble des lignes,
pattes de mouches et signes,
restés couchés sur le papier.
Ce coffret ouvert,       par distraction,
offerte à mes regards indiscrets,
cachait donc des secrets.
Je les ai ouverts,    comme par effraction.

Les phrases se sont envolées ,
comme de la boîte de Pandore :
elles voulaient me dire quelque chose : je l’ignore,
mais sont restées sagement alignées.

Il est donc étrange , de parler à soi-même :
ainsi l’on se penche
avec des décennies de distance,
à relire des poèmes,
à retrouver des émois
des émotions et des pleurs,
et presque les odeurs
des sous-bois .

A propos, c’est comme la blessure,
qu’en son tronc,       l’arbre supporte.
Même si ce sont des amours mortes,
le dessin du cœur perdure,
et est toujours en devenir :
quoi de plus banal,
de retrouver les initiales
mais qui ne cessent de grandir.

Ces empreintes volontaires,
ce sont des essais
qui ne partent jamais,
et ne peuvent se taire.
Il y a quelque chose de moi
Je ne saurai dire exactement quoi,
malgré le temps qui passe,
qui revient à la surface.

C’est le miroir des pages
d’où l’on se regarde
si on s’y hasarde …
          on y voit son visage
Ou bien ce sont les écritures
qui nous guettent malgré l’oubli
Si on les relit,
         on reconnaît notre figure .

Pourtant je racontais des histoires,
peut-être par défi,
qui n’étaient nullement autobiographie :
alors il faut croire,
que, même caché        dans le noir,
au plus profond des secrets,
on dessine toujours son auto-portrait.
Cela remplace la mémoire qui s’égare.

L’espace s’est élargi
Je n’en connais plus bien        les limites,
Cette écriture manuscrite,
est sortie de sa léthargie :
Au fil je vais me suspendre
à l’intérieur de moi et dérouler
les années accumulées,
et ainsi apprendre

à lire d’une autre façon :
        Construire une stratégie
faire de l’archéologie
        Explorer la maison,
retrouver d’anciennes graines,
qui n’ont pas éclos
      Arroser l’arbrisseau ,
—- en faire tout un poème…

 
RC – juin 2016


Carles Duarte – l’abîme


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L’Abîme

Au-delà de la mer
– je peux sentir son vertige -,
il y a un abîme.

J’abrite mes regards
derrière mes paupières fatiguées.

Tandis que j’observe les vagues,
j’écoute le corps,
sa routine incessante
chaque fois que je respire.

Je suis ressorti dans la rue.
Je tente en vain d’y retrouver des images.
Je n’y reconnais pas cet enfant blond,
ni la cour pleine de lumière.

Il me reste, pourtant, des miettes bleues
et les visages des mes parents que j’imagine.

Je m’assieds sur le sable
pour refaire les châteaux d’autrefois,
pour me rappeler.

Au-delà de la porte de l’air,
de la lumière primordiale de cet après-midi,
d’une joie que je regrette,
l’océan transparent de l’oubli
me détruit.

 

Traduit par François-Michel Durazzo
Le centre du temps, Fédérop, 2007

L’abisme

L’albada és de cristall
i una Lluna de marbre
s’allunya pel ponent.
Dins els teus ulls
viu un silenci dens,
un fred precís
que ens pren la mà
i ens duu molt lentament
fins al llindar,
sense passat,
sense futur,
on tot és fet d’abisme.
T’abraço fort,
m’abraces,
vençuts per aquesta set,
per aquest dolor
que es torna inextingible.
Aprenc a abandonar-me.
La mar i jo
ja som només
la llàgrima.

Extrait de: El centre del temps
Edicions 62, 2003

Laetitia Lisa – En habits d’oubli


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peinture  rupestre    grotte de  Chaturbhujnath Nala, Inde, environ  10,000 av JC

 

Je longe le champ de blés verts

hâtant le pas dans l’herbe haute

pour recevoir encore

un dernier baiser du soleil

avant qu’il ne se couche

en draps ocre et dorés

 

demain la pluie

demain le froid

 

pour l’heure la douceur du vent

le chant des grillons et les hirondelles en formation

 

avec elles je me baigne en le ciel

allongent les brasses lorsque les courants frais

effleurent mes bras nus

 

avec elles je reste immobile un instant

sous les caresses des courants tièdes

 

je plonge

dans le bleu des montagnes

jusqu’à ce que la nuit revienne parfaire l’esquisse

de ses gris colorés

 

je ne peux rien contre le froid et la grêle

tueurs  des promesses si près d’éclore dans mon verger

je ne peux rien contre le feu du soleil

tueur des promesses si près de porter fruit dans le tien

 

sur le dos de quelques mots ailés revenus nous chercher

nous dansons en habits d’oubli

ourlés de nuit  .

 

————

plus  d’écrits  de L L ?    voir  son site-blog


Quine Chevalier – ensorcelées sous le soleil


Toto      worobiek   voiture  abandonnee .jpg

photo:          Toto Worobiek

                                                         –

Pour Annie Estèves

 

Ensorcelées sous le soleil
les ombres sont féroces

l’aube sans voix décline ses miroirs
et le vent dans tout ça
qui palabre
violente.

Ensemble nous marchons
dans nos creux
soulevant
l’herbe des secrets

que nous buvons le soir
dans la lampe qui brûle.

Quel hameau a quitté
l’enfant de nos désirs
sur quel arbre d’oubli
a-t-il planté ses rêves ?

La main n’est plus qu’un nid
l’ombre se repose
les yeux ardent la plaine

où passe le gerfaut.


Mokhtar El Amraoui – Miroirs


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A ces songes de la mer dont les vagues colportent la rumeur

Ô miroirs !
Engloutissez, donc, ma mémoire,
Dans vos veines de tain et de lumière.
Là-bas,
Dans le jardin des échos,
Arrosé des plaintes des vagues,
Je dévalerai la plaine de l’oubli
Où j’ai laissé fleurir un coquelicot,
Pour ma muse
Qu’un peintre agonisant a étranglée.
D’elle, me parvient
Le parfum ensanglanté
De toiles inachevées.
C’est dans le lait de ses rêves
Qu’ont fleuri le cube et la sphère.
Ô interstices du monde !
Laissez-moi donc percer
Ses inaudibles secrets !

©Mokhtar El Amraoui


Il n’y a plus dans l’onde …. – ( RC )


 

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Tu es partie , mon amour

Portée par le courant

Dérivant lentement ,

Jusqu’à l’extinction du jour.

Je ne voyais plus dans l’onde

L’empreinte de ton corps,

Mais juste les nuages, brodés d’or ,

En reflets, glissant sur l’eau profonde.

Serais-tu une nouvelle Ophélie … ?

De la vase monteraient des bulles,

Jusque vers le crépuscule ,

Aux rivages lointains de l’oubli…

RC –  oct  2015

 

You’re gone, my love

Carried by the current

Slowly drifting,

Until the extinction of the day.

I could not see in the wave

Any mark of your body,

But just the clouds, embroidered with gold,

In reflections, gliding on the deep water.

Would you be a new Ophelia?

From the mud would rise bubbles,

Amount towards dusk,

The distant shores of oblivion …