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Oubli (2) – Susanne Derève


LE BA DANG LBD115-lotus-1953-encre-427x600

                       LE BA DANG  Lotus (1953 – encre )

 

Cendres légères

cendres du passé

de l’innocence aveugle

 

Ces richesses  que j’étreins

que j’embrasse entre veille et sommeil

sont-elles nées du rêve sans cesse formé           

et reformé

d’un bonheur qu’on s’apprête à cueillir

comme les fleurs d’un très ancien voyage

ce souvenir que j’entrelace                                         

comme un ruban entre les doigts

avec les mots que tu m’envoies

 

 

Un corps qui ploie sur l’eau

la barque  silencieuse

la main effeuille les lotus roses  

à fleur d’eau    

Sous la roche suintante 

l’écho

peut-être de ta voix que j’invente       

 

             

 Les rames glissent en ombres  grises

au-delà  du miroir

surface sans reflet que les nuages

le grain des pierres

un livre ouvert sur des images

dont je trace le cours pas à pas

 

 

 Cendres légères

Est-ce une rêverie que tu as désarmée

l’innocence solaire

que tu m’offres à mains nues                                           

que je recueille avec les vestiges

des nuits passées

 

Aurores bues

de  tendresse   de douceur

de ces mots tus 

que je t’adresse

avant qu’ils ne se figent    

 

et que tu me retournes

comme le bouquet vivace 

d’une promesse de bonheur

 


C’est juste le hasard, qui m’a placé là – ( RC )


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Je n’ai qu’à ouvrir les yeux,
après la nuit,

pour me lancer dans l’aventure,
– car j’ai tout oublié d’avant – ,
                        et chaque matin
est un nouvel apprentissage,
          une nouvelle enfance.

C’est avec elle, que je dois progresser,
apprendre à marcher .

J’essaie de reconnaître les choses,
qui se penchent sur moi,
                          je leur donne des noms,
qui semblent venir d’une autre langue,
          et ne sais qu’en faire.

C’est juste le hasard,
qui m’a placé là .


RC  –  janv  2018


Oubli (Susanne Derève)


André Marchand, 1907-1997, Paysage de neige, 1940, musée des Beaux-Arts de Nancy 8415754243

 André Marchand, 1907-1997, Paysage de neige, 1940,

 

Cendres légères

rêveries désarmées                                                                           

mémoire.

 

Cendres du passé

De l’innocence aveugle.

Richesses

vous ai-je crues dans un autre autrefois

solaires     

inépuisables

et de vie à trépas

vous voilà à mains  nues

tristement balayées         

effacées                                abolies

 

                                                                      

Sel blanc sel entre les doigts flutés

sable sec des larmes inutiles.

 

Spoliés  

dépossédés nous sommes

des ivresses de l’amour

des tendresses égarées de l’âme                                                                       

enfouies dans ces images monochromes

du souvenir

liquéfiées                             dissoutes.

 

                                                        

                               

Nuits du sommeil intolérable

nuits d’insomnie

où le vertige                                                                                             

de ce que nous avons vécu             

ce que nous avons laissé échapper

                                               s’enfuir

 

ce que nous avons cédé à l’oubli

pamoison inutile  vaine

nous laisse agonisant

de l’irréparable douleur de la perte.

 

Comme le noyé sur la grève

échoué à la frange des vagues

entre deux eaux

entre deux mondes

entre veille et sommeil.

 

Que l’emportent que nous emportent les voiles

du passé

s’il faut finir

alors n’attendons plus           vivons

 

 

 

 


Connais-tu la fin de l’histoire ? – ( RC )


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photos perso  montage  –   musée  archéologique  de Lisbonne

 

 

Connais-tu la fin de l’histoire,

puisqu’il en manque de grands morceaux ?

On peut toujours combler les manques,
en déduire des trajectoires,
en tout ce qui s’est perdu
dans la grande fosse de l’oubli .

Pour ceux qui vivent ici,
c’est au présent,
qu’ils cultivent leur jardin.
Leur origine s’est diluée
dans les générations.

Les racines de l’arbre vont si loin,
et se ramifient tellement,
que les suivre se fait en pure perte.
Ce qu’il en émerge est la partie visible
de l’iceberg des siècles.

Pour en revenir à celui qui cultive son arpent,
le voila qui remonte au jour
des fragments de marbre.
Un voisin en a trouvé d’autres.

Ce sont des mains finement sculptées,
qui tiennent entre leurs doigts
de drôles d’objets,
mais il manque le corps
auxquel elles correspondent.

Sauras-tu me dire ce que signifient
ces lambeaux d’une mémoire
à jamais enfouie
sous une épaisseur de terre ?

Nous en avions oublié, même l’existence
dans le désastre de l’abandon des aubes .
Celles-ci ne nous ont pas vu naître.
Peut-être que le vieux faune endormi s’en souvient  .

S’il n’était pas de marbre,            >   il nous répondrait peut-être…


RC – juin 2018


Thomas Vinau – Quelque chose


 

 

 

 

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Il y a quelque  chose en lui

d’un enfant mort

qui se battrait

avec un vieux chat

 

Quelque chose de poussière et de cendre

de murmure et d’oubli.

il y a quelque chose en lui

qui chante

comme un Indien s’en va.

 

Quelque chose

de la bête qui fuit

de l’ironie d’un  ciel

d’une petite brûlure

 

quelque chose

d’un méandre qui gonfle

d’un complot qui s’ourdit

D’une  tempête perdue

dans les yeux  d’une fille.

quelque chose de tendre

qui crie   .


Jacques Lovichi – Piazzale Michelangelo


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Piazzale Michelangelo
les ombres courent sur la ville
océan des cloches
soudain
Dire juste le tremblement
cette fêlure dans la vitre
la pluie de cendres sans oubli
Un autre jour meurt.


Federico Garcia Lorca – songe – mai 1919


Image associée

Mon cœur repose auprès de la fraîche fontaine.
(Remplis-la de tes fils
Araignée de l’oubli.)

L’eau de la fontaine lui disait sa chanson.
(Remplis-la de tes fils
Araignée de l’oubli.)

Mon cœur réveillé redisait ses amours.
(Araignée du silence,
Tisse-lui ton mystère.)

L’eau de la fontaine, sombre, l’écoutait.
(Araignée du silence,
Tisse-lui ton mystère.)

Mon cœur tombe en roulant dans la fraîche fontaine.
(Mains blanches, lointaines.
Retenez les eaux !)

Et l’eau l’emporte, chantant d’allégresse.
(Mains blanches, lointaines.
Rien ne demeure dans les eaux !)

 

 

Federico GARCIA LORCA « Anthologie poétique » (Chariot)


Un message auquel il manque des mots – ( RC )


 

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image retraitée: RC – nov  2017

Avec cette atmosphère cristalline,
la nuit s’étirait, lumineuse ,
et je me suis levé,
ne trouvant pas le sommeil.

La lune brodait autour des nuages,
une dentelle claire,
le centre restant opaque et sombre ,
–            une sorte d’omission     – .

( comme si c’était une phrase ,
dont le message était interrompu ) .
Il y manquait des mots ,
et tout le paysage balbutiait.

C’était sans doute juste un oubli ,
tout retrouverait sa place dans les rêves ,
on n’aurait même pas à demander la traduction :
et demain je me souviendrai de tout .

RC – juill 2017

 

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art: Mel Bochner


Cendres de baltique – ( RC )


Image associée

 

photo  Greg Clouzeau

 

 

Je n’ai pas vu de désert de pierres vers la mer baltique,
mais des étendues plates
et des marécages
d’où s’envolaient les cigognes,

De ces lointains horizons, mutiques,
on a dissimulé les stigmates
sous l’oubli :          ( un habillage ) .
La nature a fait sa besogne

Des forêts ont développé
leurs racines et frondaisons
sur des cadavres enfouis
et font corps avec les charniers .

Du sol détrempé,
du passage des saisons,
les arbres se sont épanouis,
se nourrissent des prisonniers.

Allez donc voir
du côté de Vilnius :
il y a des terres acides,
et des forêts de bouleaux

en retournant une terre noire,
il ne serait pas improbable de trouver des dents dans l’ humus ,
témoignage de génocide ,
ossements et pauvres oripeaux ,

( plus rarement des bijoux ).
Dans ces pays de baltique
il y a de l’ivoire
et de l’ambre

Vous pourrez en parer votre cou,
en visitant les boutiques;
mais qui vous parlera du désespoir,
et des cendres ?

RC – mai 2017

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Dimitri T Analis – L’île, le réveil


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L’île, le réveil
Tu t’éveilles, et ce lieu se répète
Dans la faille de sa nudité
Un nœud d’or, éblouissant, intact
Annonce un midi recommencé.
Tu t’éveilles, et ce même lieu fixe
Son regard sur ton épaule nomade
Tu comprends mieux, tu caresses
L’été d’une main encore tiède.

Instant sans date, tu as quitté l’île de l’oubli
Et calciné tu navigues dans le corps de l’amour
En laissant un creux grand comme un navire
Qui brûle l’horizon à la montée du jour.


Hugues Labrusse – L’indésirable


 

( – à Gaston Puel )

Détail de la façade ouest de l'église (XIIe s.) d'Aulnay-en-Saintonge (Charente-Maritime, France) 15216914856.jpg

sculptures –  Aulnay de Saintonge

Jour indivisé

Des pierres arrondissaient les angles.
Le soleil s’en allait.
Deux poutres reliées par une traverse.
Un chien hagard plonge dans les broussailles.
On n’arrache pas un sourire à l’écorce.

Lendemain

Dans la continuité de la masse, en guise de visage.
Le feu âpre transit le cône de marbre.
Tard, dans l’été,     la figure roule dans ta paume.
Son oubli fut le dernier souvenir qu’elle te laissa.

Surlendemain

Notre sœur à tête d’animal, notre peur encore muette et ses fleurs de terre
ses onguents de serpents, la saveur de sa lumière et de sa fatigue.
Ses mains ne remuaient pas encore.
Toujours plus tard
L’atrocité rêve à son écuelle en bois.
Du sommet de la montagne dévalent des étoiles épineuses.
Ton œil est de glace. Tu crains l’aiguille de métal qui te sert à coudre le ciel.
Laisse battre les volets.


Le miroir des pages – ( RC )


 

 

Image associée

 

Je me suis regardé, à travers l’écho
de lignes écrites,      et d’autres mots :
cela fait bien longtemps.
C’était comme remonter les heures,
et se voir autrement,
comme dans un miroir déformant,
mais qui garde les saveurs,
de la terre humide,         et des vents .

Quelques uns m’étaient sortis de l’esprit.
Quand je les ai relus,
J’en ai été ému,
En étant un peu surpris,
comme si j’avais ouvert
une boîte,       ensevelie sous la poussière,
où la mémoire patiente,
qu’il pleuve ou qu’il vente .

Mais cette mémoire m’a échappé,
elle rassemble des lignes,
pattes de mouches et signes,
restés couchés sur le papier.
Ce coffret ouvert,       par distraction,
offerte à mes regards indiscrets,
cachait donc des secrets.
Je les ai ouverts,    comme par effraction.

Les phrases se sont envolées ,
comme de la boîte de Pandore :
elles voulaient me dire quelque chose : je l’ignore,
mais sont restées sagement alignées.

Il est donc étrange , de parler à soi-même :
ainsi l’on se penche
avec des décennies de distance,
à relire des poèmes,
à retrouver des émois
des émotions et des pleurs,
et presque les odeurs
des sous-bois .

A propos, c’est comme la blessure,
qu’en son tronc,       l’arbre supporte.
Même si ce sont des amours mortes,
le dessin du cœur perdure,
et est toujours en devenir :
quoi de plus banal,
de retrouver les initiales
mais qui ne cessent de grandir.

Ces empreintes volontaires,
ce sont des essais
qui ne partent jamais,
et ne peuvent se taire.
Il y a quelque chose de moi
Je ne saurai dire exactement quoi,
malgré le temps qui passe,
qui revient à la surface.

C’est le miroir des pages
d’où l’on se regarde
si on s’y hasarde …
          on y voit son visage
Ou bien ce sont les écritures
qui nous guettent malgré l’oubli
Si on les relit,
         on reconnaît notre figure .

Pourtant je racontais des histoires,
peut-être par défi,
qui n’étaient nullement autobiographie :
alors il faut croire,
que, même caché        dans le noir,
au plus profond des secrets,
on dessine toujours son auto-portrait.
Cela remplace la mémoire qui s’égare.

L’espace s’est élargi
Je n’en connais plus bien        les limites,
Cette écriture manuscrite,
est sortie de sa léthargie :
Au fil je vais me suspendre
à l’intérieur de moi et dérouler
les années accumulées,
et ainsi apprendre

à lire d’une autre façon :
        Construire une stratégie
faire de l’archéologie
        Explorer la maison,
retrouver d’anciennes graines,
qui n’ont pas éclos
      Arroser l’arbrisseau ,
—- en faire tout un poème…

 
RC – juin 2016


Carles Duarte – l’abîme


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L’Abîme

Au-delà de la mer
– je peux sentir son vertige -,
il y a un abîme.

J’abrite mes regards
derrière mes paupières fatiguées.

Tandis que j’observe les vagues,
j’écoute le corps,
sa routine incessante
chaque fois que je respire.

Je suis ressorti dans la rue.
Je tente en vain d’y retrouver des images.
Je n’y reconnais pas cet enfant blond,
ni la cour pleine de lumière.

Il me reste, pourtant, des miettes bleues
et les visages des mes parents que j’imagine.

Je m’assieds sur le sable
pour refaire les châteaux d’autrefois,
pour me rappeler.

Au-delà de la porte de l’air,
de la lumière primordiale de cet après-midi,
d’une joie que je regrette,
l’océan transparent de l’oubli
me détruit.

 

Traduit par François-Michel Durazzo
Le centre du temps, Fédérop, 2007

L’abisme

L’albada és de cristall
i una Lluna de marbre
s’allunya pel ponent.
Dins els teus ulls
viu un silenci dens,
un fred precís
que ens pren la mà
i ens duu molt lentament
fins al llindar,
sense passat,
sense futur,
on tot és fet d’abisme.
T’abraço fort,
m’abraces,
vençuts per aquesta set,
per aquest dolor
que es torna inextingible.
Aprenc a abandonar-me.
La mar i jo
ja som només
la llàgrima.

Extrait de: El centre del temps
Edicions 62, 2003

Laetitia Lisa – En habits d’oubli


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peinture  rupestre    grotte de  Chaturbhujnath Nala, Inde, environ  10,000 av JC

 

Je longe le champ de blés verts

hâtant le pas dans l’herbe haute

pour recevoir encore

un dernier baiser du soleil

avant qu’il ne se couche

en draps ocre et dorés

 

demain la pluie

demain le froid

 

pour l’heure la douceur du vent

le chant des grillons et les hirondelles en formation

 

avec elles je me baigne en le ciel

allongent les brasses lorsque les courants frais

effleurent mes bras nus

 

avec elles je reste immobile un instant

sous les caresses des courants tièdes

 

je plonge

dans le bleu des montagnes

jusqu’à ce que la nuit revienne parfaire l’esquisse

de ses gris colorés

 

je ne peux rien contre le froid et la grêle

tueurs  des promesses si près d’éclore dans mon verger

je ne peux rien contre le feu du soleil

tueur des promesses si près de porter fruit dans le tien

 

sur le dos de quelques mots ailés revenus nous chercher

nous dansons en habits d’oubli

ourlés de nuit  .

 

————

plus  d’écrits  de L L ?    voir  son site-blog


Quine Chevalier – ensorcelées sous le soleil


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photo:          Toto Worobiek

                                                         –

Pour Annie Estèves

 

Ensorcelées sous le soleil
les ombres sont féroces

l’aube sans voix décline ses miroirs
et le vent dans tout ça
qui palabre
violente.

Ensemble nous marchons
dans nos creux
soulevant
l’herbe des secrets

que nous buvons le soir
dans la lampe qui brûle.

Quel hameau a quitté
l’enfant de nos désirs
sur quel arbre d’oubli
a-t-il planté ses rêves ?

La main n’est plus qu’un nid
l’ombre se repose
les yeux ardent la plaine

où passe le gerfaut.


Mokhtar El Amraoui – Miroirs


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A ces songes de la mer dont les vagues colportent la rumeur

Ô miroirs !
Engloutissez, donc, ma mémoire,
Dans vos veines de tain et de lumière.
Là-bas,
Dans le jardin des échos,
Arrosé des plaintes des vagues,
Je dévalerai la plaine de l’oubli
Où j’ai laissé fleurir un coquelicot,
Pour ma muse
Qu’un peintre agonisant a étranglée.
D’elle, me parvient
Le parfum ensanglanté
De toiles inachevées.
C’est dans le lait de ses rêves
Qu’ont fleuri le cube et la sphère.
Ô interstices du monde !
Laissez-moi donc percer
Ses inaudibles secrets !

©Mokhtar El Amraoui


Il n’y a plus dans l’onde …. – ( RC )


 

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Tu es partie , mon amour

Portée par le courant

Dérivant lentement ,

Jusqu’à l’extinction du jour.

Je ne voyais plus dans l’onde

L’empreinte de ton corps,

Mais juste les nuages, brodés d’or ,

En reflets, glissant sur l’eau profonde.

Serais-tu une nouvelle Ophélie … ?

De la vase monteraient des bulles,

Jusque vers le crépuscule ,

Aux rivages lointains de l’oubli…

RC –  oct  2015

 

You’re gone, my love

Carried by the current

Slowly drifting,

Until the extinction of the day.

I could not see in the wave

Any mark of your body,

But just the clouds, embroidered with gold,

In reflections, gliding on the deep water.

Would you be a new Ophelia?

From the mud would rise bubbles,

Amount towards dusk,

The distant shores of oblivion …


Azem Shkreli – Les enfants à qui nous avons manqué


 

 

 

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Ils nous interpellent et nous injurient dans la langue de ceux
Qui voulurent nous suivre dans la langue de ceux
Qui voulurent savoir quand parler et quand se taire
Et s’en aller harassés s’en aller détachés
De notre plante de la branche de notre langage
Affranchis tout à leur seule pensée, la face tournée vers l’oubli

De nous hier et aujourd’hui ignorés de leurs yeux
Eux dont nous ne fûmes pas les gentils enfants
Les enfants nôtres que nous avons asphyxiés un à un
De la pâte de nos mots qui les étouffaient
Quelque part au-delà de la mer au-delà des retours
Eux qui nous attendaient sagement tardivement
Nous attendaient longtemps non pour venir sceller la semence
du non-dit de la bible des bontés
Ou des pudeurs non non car nous sommes capables
De mourir à petit feu pour ne pas oublier
La façon dont meurent les autres et comment ils grimpent
Le long de leur plante si haut qu’ils ne nous voient plus
Que n’avons-nous désiré des nuits sournoises les laissant
Dormir entre nos pores et nous plonger sous les ruines
Vous nos braves enfants nos enfants chéris
À qui nous avons manqué qui nous aimez encore nous insultez
Dans la langue de ceux qui voulurent nous suivre
Qui voulurent voir et dire quelque chose
Taire quelque chose s’en aller vivifiés et les nôtres
Nous qui avons tâté leur ombre pour les bien savoir nôtres
Nous qui avons pressé nous-mêmes le jus des livres
Nos enfants chéris nos braves enfants
Nous savons que vous n’êtes ni malheureux ni oubliés de nous.


Creuser un peu du passé – ( RC )


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photo :restes archéologiques engloutis ( Phare d’ Alexandrie )

Difficile  d’expliquer,ce qui se passe,
Et continue,  de guerre lasse…

Comment traverser, les forêts, les déserts,
Les étangs, puis les îles et les pierres.

Il n’y a pas de  guide,
Pour écarter l’insipide.

L’eau  n’a plus le goût du sel,
Et les feuilles  s’amoncellent..

Comme un vent  de délire…
Personne n’a plus le temps  de les lire,

Avec toute cette horde,
C’est un trop plein qui déborde,

Ou bien le tonneau des écrits,
Qui toujours se remplit  :
Celui des Danaïdes,
Ignore pourtant le vide,

Va se remplir en même temps se vider,
Au crépuscule des idées…

Les mots accumulés  sur la table,
Se confondent  comme les grains de sable,

On ne voit plus les limites
( il doit y avoir des fuites)

La ronde des chapitres,
Se convie en hectolitres,

Et sitôt publiés,
Bientôt oubliés,

Supplantés par les nouveautés,
Juste une valse d’été,

Ceux qu’on appelle  best sellers,
Bientôt happés par l’hiver,

Il n’y a de l’actualité,
Qu’un souvenir délité,

A peine esquissé,
Le présent est déjà du passé…

Et pourtant, à tout accumuler,
Des temps les plus reculés,

La mémoire  collective,
Se retrouve en archives,

De l’iceberg, la partie qui dépasse,
Est une bien petite masse

A cheminer sur  de longues pistes….
Encore faut-il que subsiste,

Bien dissimulés, sous l’ ombre,
De tout ce qui encombre,

La volonté de découverte,
D’anciennes terres vertes,

Que rien ne cadenasse…
Mais l’épaisseur de la glace,

Conserve bien au frais,
Des écrits restés secrets,

Et peut-être les ramener à la surface,
Extirpés        de toute cette paperasse,

Un trop d’abondance créant l’oubli,
– les décombres du phare d’Alexandrie –

Creuser un peu de passé,  donnerait à lire,
En lui,  ses morceaux d’avenir.

RC- février  2014


Janos Plinszky – Estaré mirant-ho


Mathieu Grymonprez   état de Kerala Inde.jpgphoto:     Matthieu Grymonprez        état de Kerala Inde

 

Je regarderai l’eau couler

les chemins hésitants et tendres ,

l’écriture où se mêlent  douleur  et hasard ,

leurs longs dessins,

  • sur des pierres mortes

sur des visages vivants –

Je les regarderai avant

de mériter l’oubli .


Jean-Claude Xuereb – Ggantija


photo                  – cercle mégalithique  de Loch Buie  –  Ecosse

 

 

Peut-être un jour la profondeur ignorée d’une caverne dégorgera-t-elle les reliefs d’animaux fabuleux égarés en lamine sur les débris rocheux d’une terre engloutie ?
Des hommes transportant leur frêle savoir dans des pots de terre échouèrent leur barque sur un rivage boisé. La subsistance une fois assurée, fut dressé en Heu de sacrifice et d’offrande un cercle de mégalithes qu’aucune force humaine en sa nudité ne saurait mouvoir. Des cultes y furent célébrés dont le sens s’est perdu. Les dieux se sont succédés, tour à tour sommés de répondre à l’obsédant questionnement.
Et voici que nous errons parmi les ruines illisibles de l’avenir, aussi désarmés devant la mort que ceux qui nous précédèrent dans l’oubli


Rafales d’ailes, mains négatives – ( RC )


art préhistorique

art préhistorique:          grotte de Pech Merle

 

 

 

 

 

 

 

 

Rafales d’ailes, froissant les airs.
Aquarelle  délavée où serpente  une fumée…
Un instant fugitif,        promis à l’oubli.

Une peinture  dans l’obscur,
L’intimité close, de la grotte,
Des chevaux superposés, galopent .

Les millénaires s’entassent .
La mouvance des airs,
passe     en surfaces.

Une peinture dans l’obscur,
Et le geste de l’homme, déposé ,
Celui marquant la présence.

Message des mains négatives,
    Empreintes,
Charbons de bois.

RC – mai 2015


Rien ne sera comme avant – ( RC )


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sculpture:  tête  géante  des jardins Boboli (Toscane ) provenance  site: http://www.lumieresdelombre.com

A même la fleur,
Qu’un frisson effleure,
Les effluves se respirent,
A la façon du soupir
du jasmin rose .
Sa métamorphose
se poursuit jusqu’à l’oubli,
Au parc des jardins Boboli.

Une tête géante surveille
Les allées du sommeil,
Et s’extrait dans la douleur,
Du rêve brisé du sculpteur,
comme si le temple détruit,
retournait à sa nuit.

Les racines farouches,
issues de vielles souches
entourent, monotones,
les anciennes colonnes
évoquant la figure de plantes :
le décor de feuilles d’acanthe,
ainsi précipité au sol, roulé
… des siècles s’étant écoulés .

La jungle des fougères
envahit la pierre.
Le jardin d’abondance
sombre d’indifférence.
Nous sommes vers Florence,
un cheval ailé s’élance,

mais reste attaché au sol,
comme un symbole,
dont l’empreinte désuète,
devenue muette
d’un rêve dissous,
s’enfonce peu à peu dans la boue.

Le lieu retourné à sa solitude,
affiche sa décrépitude.
On voit même dans les bassins,
pousser des arbres assassins.
Des restes de troncs
ayant sombré dans le fond.

Les statues renversées,
étalent leurs membres blessés.
Personne ne venant à leur rescousse,
que le parcours des mousses.
On lit dans la pierre,
(en quelque sorte leur chair),
le frisson d’en finir,
avec leur passé pour avenir.

Rien ne sera comme avant,
comme nous le raconte le vent.


RC – dec 2015


Carles Duarte – l’abîme


12243040_1079807232029377_8337780621013739607_n.jpgphoto la curiosphère

 

 

Au-delà de la mer
– je peux sentir son vertige -,
il y a un abîme.

J’abrite mes regards
derrière mes paupières fatiguées.

Tandis que j’observe les vagues,
j’écoute le corps,
sa routine incessante
chaque fois que je respire.

Je suis ressorti dans la rue.
Je tente en vain d’y retrouver des images.
Je n’y reconnais pas cet enfant blond,
ni la cour pleine de lumière.

Il me reste, pourtant, des miettes bleues
et les visages des mes parents que j’imagine.

Je m’assieds sur le sable
pour refaire les châteaux d’autrefois,
pour me rappeler.

Au-delà de la porte de l’air,
de la lumière primordiale de cet après-midi,
d’une joie que je regrette,
l’océan transparent de l’oubli
me détruit.

Traduit par François-Michel Durazzo
Le centre du temps, Fédérop, 2007

L’abisme

L’albada és de cristall
i una Lluna de marbre
s’allunya pel ponent.
Dins els teus ulls
viu un silenci dens,
un fred precís
que ens pren la mà
i ens duu molt lentament
fins al llindar,
sense passat,
sense futur,
on tot és fet d’abisme.
T’abraço fort,
m’abraces,
vençuts per aquesta set,
per aquest dolor
que es torna inextingible.
Aprenc a abandonar-me.
La mar i jo
ja som només
la llàgrima.

Extrait de: El centre del temps
Edicions 62, 2003

Saveurs de la terre – ( RC )


Quelle  danse  en bouche
Celle  du vent,
Sur les orges ,les blés
Les amandiers dont l’amer,

Se perd dans la souche.
L’arôme puissant,
La caresse dansée,
Passant au travers.

C’est peut-être, éphémère
La part des anges
Celle qui s’évapore,
Approchant l’oubli

Balade traversière,
Une frange,
Une bordure  d’or,
dissimulée dans un pli…

RC – octobre 2015