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tourner la page de la plage – ( RC )


011 Salton Sea, CA.jpg

Est-il temps de tourner la page
comme ces souvenirs
que le vent a enfouis sous la plage ?

RC – aout 2018

Parfois les choses durent – ( RC )


R Papillon - grosse main rec.jpg

Parfois les choses durent
autant qu’elles le peuvent :
– C’est comme la preuve
de ce qu’elles endurent .

Il y avait quelques traits,
ceux de ton écriture,
posés dans le carnet,
avec désinvolture :

Comme ils m’étaient dédiés
ils sont restés,
au coeur même du papier :
on les dirait incrustés

unissant les paroles d’hier,
comme celles du temps qui passe
et se dépose sur la matière
avec une légère trace .

  •   C’était un échantillon
    de la brillance de l’été :
    – Souviens-toi du papillon
    qui s’était frotté

sur la page :
avant qu’il ne s’en aille
pour un autre voyage :
– Il a laissé quelques écailles

qui brillent encore :
des pensées oubliées
– Comme un trésor
au fond de l’être aimé .


RC – avr 2017

( à partir des « cahiers du déluge »  « constat #17 ) de Marlen Sauvage


Rat de bibliothèque – ( RC )


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image  extrait de « Maus »

 

Comment souris-tu,
… – Ignorant
De toutes tes dents ?

En mangeant tout cru
Les encyclopédies :

et tout le travail de l’imprimeur
dont se repaissent les rongeurs
les entrailles alourdies …

Serais-tu, rat de bibliothèque
féru de l’écriture
au point d’en faire nourriture

comme tu le ferais avec
n’importe quelle page

déchiquetant les mots,
comme de l’âme, les maux,
– Il te serait offert comme un fromage :

C’est un repas parfait
à l’abri des reliures :

Çà c’est de la culture :
Cela vaut bien un autodafé !

RC – avr 2016

en écho à Norge:
http://nuageneuf.over-blog.com/article-norge-chere-souris-63855758.html


Tu peux passer à la page suivante, et continuer – ( RC )


Toño Camuñas QTDXCL:

Image :   Toño Camuñas


Comme carnet de voyage,
garder les étiquettes des derniers achats,
les papiers de bonbons,
le ticket d’autobus,
la pin-up qui trône
sur le flacon du shampooing,
les diablotins
trouvés dans une pochette surprise,
l’autre jour au luna-park,

un extrait de la pub du produit
qui affirme détruire tous les insectes.
La carte de la dame de trèfle
( ouvrant une nouvelle ère de prospérité)

Ne pas oublier la mèche de cheveux
de la serveuse, qui fut l’amante…
et la page de BD déchirée,
qui patientait au fond d’un tiroir.
Disposer le tout de façon ordonnée,
dans le sens de la lecture,
utiliser une colle efficace,
relier par des quelques tracés au crayon
soulignant les ombres.

Un commentaire n’est pas nécessaire.
Tu peux passer à la page suivante,
et continuer.

pour les images produites par Toño Camuñas, on pourra voir  aussi Larry Rivers, et Mel Ramos, dans le domaine  « pop-art »..


Alessandra Frison – Les dernières maisons


 


Les dernières maisons ont disparu
et les barrières pressées par les minutes
rongent l’âme.
Je ne peux l’écrire
ce cœur qui s’enfonce sous terre
colore une dernière écaille de moi
dans les cheveux ou sous
la poussière du plâtre
qui est toujours écran de vie,
complète distance de qui te fleurit
de qui à la fin disparaît comme le pli
dans le livre la page blanche
ton nom.

*
Sono sparite le ultime case
e i cancelli coi minuti addosso
si mangiano l’anima.
Non lo posso scrivere
questo cuore che si interra
colora un’estrema scaglia di me
tra i capelli o sotto
la limatura del gesso
che ancora è schermo di vita,
completa distanza da chi ti infiora
da chi si perde alla fine come la piega
sul libro la pagina bianca
il tuo nome.


Le semeur de bonheur – ( RC )


peinture: Piero di Cosimo - détail de Vénus, Mars & amour

peinture: Piero di Cosimo –                    détail de Vénus, Mars & amour

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

Ton regard brun me croise,

Au détour d’une page.

C’est sans doute le vent,

Qui me l’apporte,

Et feuillette le temps.

 

Les mois ont basculé vers l’automne,

Les vacanciers sont repartis,

La plage se languit,

Et l’océan , sans toi, aussi,

Son dos, aussi souple que le tien .

 

Le ciel roule ses nuages,

Ils se bousculent dans tes yeux,

Les chevaux du manège figés

Au soupir suspendu de la fête

Pour d’autres lendemains.

 

La tête nouée au ciel,

Tu t’es cachée derrière ton canotier ;

Un seul oeil m’épie…

Et même encore aujourd’hui,

Sur lui, je m’arrête.

 

L’horizon est beaucoup plus qu’une ligne,

J’en tiens une extrémité

Le vent a traversé les frontières…

Aujourd’hui est encore hier,

Et distribue fleurettes…

 

Il retient son souffle ou halète,

C’est un témoin oculaire,

Un messager sur la terre,

Un pigeon voyageur qui se déguise

Dépliant le temps à sa guise  –

 

-semeur de bonheur –

 

 

RC  –    sept 2014                ( pour F C)


Nouvelle naissance, au sortir du gris – ( RC )


peinture: Emilio Scanavino

Etouffant ton angoisse,
Et, confronté au vide,
Une corde tendue au-dessus du précipice,

La bruine d’une cascade mugissante,
Saisis l’instant précis,
Pour peut-être passer sans encombre,
De l’autre côté,

Et laisser de l’autre ton passé
Progressant, la vie suspendue à un cable,
Mais toujours reliée à la mémoire.

Une ligne          à trait tendu,
Une parole laissée au vent,
Portée jusqu’aux mots qui sauvent,
Et tu verras au plus loin,

De cet endroit,
L’horizon élargi
A perte de vue,

Ou plutôt, la retrouver,
Réinventer          la vie,
En nouvelle page blanche
Te laissant          éblouï,

Où la toute première trace,
Sera nouvelle naissance ,
>        Au sortir du gris.


RC- avril 2014

 


Je repars chaque matin, d’une étendue blanche ( RC )


 

 

 

Il faut que je ferme l’enclos des couleurs,

Que je reparte vers un ailleurs,

N’ayant pas connu le dessin du cœur,

……    Chaque page a son heure,

 

Et je repars chaque matin,

D’une étendue blanche,

Que chaque jour déclenche,

–  toujours plus incertain.

 

Ou bien j’ai sans doute oublié,

Derrière une glace        sans tain,

Comment prendre le monde dans ses mains,

Les miennes, que j’ai liées.

 

Ou alors,         je les ai vides.

   Le miroir ne reflète rien

       Des jours lointains

            Et saisons humides.

 

Je sais que  sous  ses taches,

Et les plis de ses draps,

L’hiver reviendra.

Pour l’instant il se cache.

 

J’invente pourtant ce que je ne vois pas,

J’avance en vertiges,

Comme sur un fil,    en voltiges,

Il y a un grand vide, sous mes pas.

 

Si je retourne la mémoire

Il se peut que je n’aie plus de passé,

Et que, de traces effacées,

Je ne voie que du noir.

 

Peut-être qu’en peinture,

J’invente,   hors d’atteinte,

De nouvelles  teintes,

Au fur et à mesure.

 

En tout cas c’est vers l’inconnu,

Que j’ouvre mes pages,

Me risquant  au voyage,

Comme un enfant,          nu.

 

Une page vierge à écrire,

Des traits, que je lance

Un pinceau, toujours en danse,

Dont j’ignore le devenir,

 

Comme si,      à la couleur des rêves,

On pouvait      donner un titre,

Décider de clore le chapître

Et dire          que la toile s’achève…

 

RC – 30 septembre  2013

 


Ravages ( RC )


 

 

 

photo – tempête cyclone – auteur non identifié

Les mots de maudits,
L’écho des taudis,

Les eaux qui ravagent
Les maux qui divaguent

L’éclos des rivages
L’enclos des partages

Le flot de ta page
Le seau des orages

Au grand saut de la vie
Pèle-mêle et non-dits,

Déborde et envahit,
Rivière sortie de son lit

De tes yeux, nagent,  et puis
Tes larmes  et tes cris

RC  – mai – 2013

 


Le geste avait pris sa main ( RC )


dessin calligraphique  à partir  d'une  sculpture  de Matisse,  exposition Matisse  et Rodin, musée  Rodin,

dessin calligraphique à partir d’une sculpture de Matisse,           exposition Matisse et Rodin,       musée Rodin,   décembre 2009

Ce qu’il se passe sur sa page,

je ne peux l’expliquer          …

il y a de l’oubli nécessaire, et un temps céleste,

qui brouillaient sa présence et dirigeaient ses pas.

 

                Des pas d’encre                quand je débarquais demi- inconscient,

franchissant des seuils sans s’arrêter,

usant de l’entaille comme des signes,       portés par une mémoire.

 

Elle était là, à ma place, basculant au bord du monde,

et se frayait un chemin parmi la surface,

                         toute à elle sans un parcours de sève ,

unie au tracé rapide sur la feuille qui tremble.

 

                             J’avais vécu le temps d’un baiser anonyme,

qui ne laisse de son passage, que la trace du dessin,

C’était un grand geste précis qui allait se lancer

dans une arabesque, et le mouvement seul,

avait pris sa main.

 

Il se demanda encore s’il y était pour quelque chose,

confondant le destin et le dessin.

                             Une seule lettre  en sépare le sens….

 

On lui dit que oui .

RC –  10 avril 2013


Cristina Castello – Orage ( extrait )


peinture: Annonciation -  renaissance italienne,  artiste non identifié

peinture: Annonciation – renaissance italienne,         artiste non identifié

(…)
Une page se tourne pour se démultiplier
Taillée avec mon corps mon sang mon âme
Je pars avec les rosiers donquichottesques
en quête d’une innocence rédemptrice.
L’art chante dans la jungle de mes veines
Et m’emporte au son de la dernière marée
Peut-être n’est-il que l’orage
pour détacher l’arc-en-ciel de l’ombre.
Légèreté nue lumière onction de la vie
Je pars chercher d’autres mots
(…)
.
 
CRISTINA CASTELLO

Miguel Veyrat – une peur blanche


image: spectacle de la compagnie Luc Amoros:             N’ayez pas peur de la page blanche

 
Une peur blanche

Je suis allé là où la beauté semble être toute nouvelle
pour toujours, et le dernier jour, j’ai trouvé
le premier. Celui qui tombe dans la lumière allumée fauve
nue et douce, avec le son de sa jeunesse
dans l’air.
Belle bien qu’elle cache le bas du visage
dans la première ombre répandue sur la page vierge.
Je me suis retiré vers nulle part
comme un corps  dans l’abîme,
à la recherche d’un  signe pour le copier sur la
première page disparue ce premier jour.
Ainsi l’aube nous ment dans son écriture cachée,
qui n’annule jamais les pas de la nuit en sa première ombre.
Au moment précis où  la beauté se brise en vain
contre le mur du désir qui a effrayé le léopard –
quand nos poitrines se révoltent
en face de la puissance de la Nature
qui règne seulement pour le malheur, et l’ infinie vanité de tout.

trad  RC –

-He ido donde la belleza pareció ser toda nueva
para siempre, y en el último día hallé
el primero. Aquel que cae al fulvo ardor de luz
desnudo y leve, con su juvenil sonido
por el aire. Hermoso aunque se emboce
en la primera sombra derramada sobre la página
en blanco. He retrocedido a ninguna parte
como el salto de un cuerpo en el abismo,
que busca su signo para copiarlo en la página
esfumada de aquel día inaugural. Así nos miente
el alba en la escritura oculta que jamás cancela
los pasos de la noche en su primera sombra.
Momento exacto en que la belleza se estrella
en vano contra el muro del deseo que espantó
a Leopardi —cuando nuestros pechos se amotinan
frente al poder de la Naturaleza que impera
solo para el mal, y la infinita vanidad del Todo.

 


Alessandra Frison – Les dernières maisons


poétesse, dont un certain nombre sont visibles  dans

« une autre poésie  italienne »

peinture: C Soutine:           paysage à Céret       1920

Sono sparite le ultime case
e i cancelli coi minuti addosso
si mangiano l’anima.
Non lo posso scrivere
questo cuore che si interra
colora un’estrema scaglia di me
tra i capelli o sotto
la limatura del gesso
che ancora è schermo di vita,
completa distanza da chi ti infiora
da chi si perde alla fine come la piega
sul libro la pagina bianca
il tuo nome.

*

Les dernières maisons ont disparu
et les barrières pressées par les minutes
rongent l’âme.
Je ne peux l’écrire
ce cœur qui s’enfonce sous terre
colore une dernière écaille de moi
dans les cheveux ou sous
la poussière du plâtre
qui est toujours écran de vie,
complète distance de qui te fleurit
de qui à la fin disparaît comme le pli
dans le livre la page blanche
ton nom.


Tournant serré – ( RC )


photo perso:              Cévennes massif du Tanargue

 

Je prends le tournant serré

Du dernier virage avant le col

Et l’arrivée          au coeur d’un pays

Qui me regarde,       ( curiosité d’usage…)

 

Ses forêts denses et espaces larges

— la main de la terre  a bien des visages –

Celui-ci ,      caché par les  rochers

Et la brume peureuse  qui s’y frotte…

 

S’il faut tourner la page

Des voies rapides et soleils lourds

La vie d’avant n’est plus devant…

………..  Je m’éloigne

 

Et je quitte les faux sourires

Et la parole loquace

Pour les manteaux de neige

Au delà des Cévennes,

 

Le silence grandiose des mers qui ont fui

Comme j’ai biffé les pages

D’un passé qui n’a plus cours,

de grands traits obliques

 

Rayant aussi le coeur,

Parmi les narcisses,

Sur le chemin d’exil

Qu’il me faut franchir.

 

RC  –  9 septembre  2012

 


Martin Ritman – notre monde commence


notre monde commence

dessin – en provenance du spectacle de Gorky            ( Frederic Pradal)…

notre monde commence
toujours sous les pouvoirs ta page
pleine de voix je t’aime
décrire comme mécrire rien que littérature
sans entendre
les silences du cri renouent nos sanglots longs
et ils disent le printemps quand tu fais la petite
lumière au fond des jours nos nuits
expertiser comme maîtriser des discours
sans paroles
ils disent au mégaphone médiatique les violons
et tu scates les automnes de mes onomatopées
quand on fait l’amour en guerre sociale
s’écrire comme s’enfuir en pays inconnu
sans bagages
ils disent sans papiers et rétention les camps
no man’s land monotones s’entendent nos enfants
dans leurs mains tu m’envoles ce poème
avec une relation avec Gorky, qui dans son spectacle, mêle jonglerie et dialogues au sujet des sans – papiers  et centres  de rétention,  dont  voici un extrait qu’on peut  retrouver  sur  sa présentation:
J’entends «bonjour» alors je retourne comme ça. Il était trois et il me dit
« est ce que on peut voir vos papiers s’il vous plait? »
et il attendait je dis quelque chose je crois.
Moi je pouvais pas rien dire. Richard il me regarde  comme ça et
Je crois il pouvait pas rien dire non plus.

Les Polices ils m’emmènent dans le commissariat et il me met à côté lui pour  bien me garder à la vue.

Après il me met dans la voiture, je sais pas où il  m’emmène mais c’est très long, et je sais pas où il m’emmène.
C’est la nuit depuis longtemps quand il me faît descendre, il y a les murs avec tous les  barbelles.
C’est après je sais ça s’appelle un centre de la rétention  administrative, oui « administrative »
je sais pas c’est pourquoi.

Dans l’intérieur c’est le couloir avec la lumière forte.

Il y a la salle avec la télévision avec les hommes partout. Il y avait les hommes de l’Afrique,
de la Chine, les indiens; les cowboys… Non il y avait pas les cowboys.

il m’emmène dans le bureau et l’homme il est là, il est grand même assis, il me fait le sourire et… il est beau.

Il me dit tu es qui ? Je dis Gorky. Et tu viens d’où ? Alors Moi je lui dis ma vie.
Et c’est bien parce que il écoute bien.

Je dis quand je suis le bébé, tu sais le bébé j’ai pas les parents alors c’est la famille elle me prend ,

elle fait le voyage  des fois un autre pays.

Elle me donne  une autre famille, et un autre pays une autre famille comme ça plusieurs.
Et quand je suis comme ça ou peut être comme ça je sais plus je dis mais je viens  d’où.
Et personne il peut me dire. Personne il sait. Mais c’est pas grave je lui dis
parce que je sais pas où je vais non plus alors ça va.
Et là II me demande si je fous sa gueule…

photo perso –              Gorky 48è de rue,,         Mende 2012


Le livre qui nous partage ( RC )


 

 

 

_

 

 

 

Du  livre qui nous partage

Chaque instant a sa page

 

De celles  d’avant, nous pouvons lire

A celles  d’après sauf à prévoir l’avenir

 

Il nous reste à les  écrire

Les vivre en grand dé-lire

 

Toutes, lentement se superposent

Et nous métamorphosent

 

Les anciennes et les récentes

Résonnantes,  ou absentes

 

Qu’elles soient vierges ou tachées

Elles nous sont toutes  attachées

 

Reliées  à notre ventre

Attachées à notre centre.

 

 

RC   5 dec 2011  –  modifié  juillet 2012

 

 


Philipp Larkin – album de photos d’une jeune femme


 

photo  Joan Bishop–

 

 

à propos de l’album de photos d’une jeune femme

Enfin vous m’avez laissé voir cet album qui,
Une fois ouvert, m’affola. Tous vos âges
En mat et en brillant sur les épaisses pages !
Trop riches, trop abondantes, ces sucreries
Je me gave de si nourrissantes images.

Mon œil pivote et dévore pose après pose –
Cheveux nattés, serrant un chat pas très content,
Ou vêtue de fourrure, étudiante charmante,
Ou soulevant un lourd bouton de rosé
Sous un treillage, ou portant chapeau mou

(Un peu gênant, cela, pour diverses raisons) –
De toutes parts, vous m’assaillez, les moindres coups
Ne venant pas de ces types troublants qui sont
Vautrés à l’aise autour de vos jours révolus :

Dans l’ensemble, ma chère, un peu indignes de vous.

 

photo Ivan Calabrese

Mais ô photographie! semblable à nul autre art,
Fidèle et décevante, toi qui nous fais voir
Morne un jour morne et faux un sourire forcé,
Qui ne censures pas les imperfections
– Cordes à linge et panneaux de publicité –

Mais montres que le chat n’est pas content, soulignes
Qu’un menton est double quand il l’est, quelle grâce
Ta candeur confère ainsi à son visage l
Comme tu me convaincs irrésistiblement
Que cette jeune fille et ce lieu sont réels

Dans tous les sens empiriquement vrais ! Ou bien
N’est-ce que le passé ? Cette grille, ces fleurs,
Ces parcs brumeux et ces autos sont déchirants
Simplement parce qu’ils sont loin ;

En semblant démodée, vous me serrez le cœur,

C’est vrai ; mais à la fin, sans doute, nous pleurons
D’être exclus, mais aussi parce que nous pouvons
Pleurer à notre aise, sachant que ce qui fut
Ne nous priera pas de justifier notre peine,
Même si nous hurlons très fort en traversant

Ce vide entre l’œil et la page. Ainsi, je reste
A regretter (sans nul risque de conséquences)
Vous, appuyée contre une barrière, à vélo,
A me demander si vous noteriez l’absence
De celle-ci où vous vous baignez ; en un mot,

A condenser un passé que nul ne peut partager,
A qui que ce soit votre avenir; au calme, au sec,
II vous contient, paradis où vous reposez
Belle invariablement,
Plus petite et plus pâle année après année.

Philipp LARKIN
« The Less Deceived  »
(Thé Marvel Press, 1955)
Traduction in « Poésie 1 » n° » 69-70.

 


Sous les cailloux, ma page (RC)


capture d’écran de carte animée

-

 

 

Sous les cailloux,
ma page
qui se grise
de mots héroïques
au vent qui passe
Fraîche brise
Bise et baisers

Under the pebbles,
my page
getting drunk
of heroic words
to the passing wind
fresh breeze
Kiss and kisses

 

 

15 mai 2012


Jean Senac – Quelqu’un


peinture: Bernat Martorell – St Georges et le dragon

 

 

 

 

 

Quelqu’un

Le bruit des pages tournées…
Non, c’est un rêve.

Entre deux portes l’air…
Non (reprends ta lecture).

Cette paille qui tremble sous le toît…
Rentre tes mains. Réchauffe-les.

Ce bruit…
C’est un réveil.
Cet autre…
Le cheval.

La nuit coule, froide, blanche,
entre l’oreille et le coeur.

Jean Senac
13 décembre 1960

 


Dessin – enfances d’écriture (RC)


L’enfance du dessin ,          – et l’écriture est un parcours, , vagabonde,

Figures  et boucles, calligraphie orientée

Plaines et déliées…

La plume indique son chemin à l’encre, portée par le geste..

Et sur la page vierge, les signes qui s’y déposent

Son autant de traces  d’intentions, qui attendent.

Attendent, l’attention du lecteur

Cy Twombly   –  Apollon

Celui qui écrit  est un homme perdu dans une épaisse forêt blanche,

qui, avec le mouvement  de sa main, , se fraye un chemin à travers la densité du vide.

S’extrayant de l’anonymat   – le fil conducteur de la trace  d’encre,

C’est un tracé  ténu , une  voix d’encre  posée ,

où les lettres vagabondent et sautillent…

Gouttes tombées, pluie de lettres, embrouillamini des majuscules , ratures  et gommages, c’est sur la plage de papier que dansent  les mots et intentions.

calligramme Hendrix  ( hey Joe)

On pourrait les imaginer,  avoir leur propre vie, être prolixes en variations,  se lire dans des orientations aléatoires, comme fantaisistes…  – ou se modifier  la nuit  tombée  en d’autres  assemblages.

Ainsi je me rappelle, ma fille, petite, – comme une jeune  actrice – imitant l’attitude  du lecteur, mais prenant le journal à l’envers.

L’écriture  est vagabonde,   la lecture  a son sens, qui parfois  échappe  à celui qui…

l’écriture s’invente de nouveaux chemins….

Le pinceau du chinois, a soudain changé  sa courbe,  aplatie et grasse, le noir est devenu ténu aérien, puis s’évapore…  Le net est devenu question, et l’encre – peut-être  sympathique –  a nargué le visible…

L’écriture reste au dessin, la fille         – et le dessein.

RC  8 mai 2012

 

Que  je complète  avec  Claude Chambard ,avec   » Cet être devant soi « 

 

 

 

Le crayon est le chemin par lequel je peux parcourir le monde. Il me faut y arriver vivant. Ce n’est pas une mince affaire. J’ai toujours pensé que, dans le livre, le monde ne pouvait être vu qu’à hauteur d’enfance. L’écriture commence & prend fin dans une classe de cours préparatoire, pour toute la vie & pour tous les livres, dans toutes les bibliothèques. De même la lecture. Manipulations, transgressions, interprétations, variations —— archaïques. Encre violette & papier réglé à grandes marges, encrier en porcelaine, plumes Sergent-Major, buvards publicitaires… Apprendre à dessiner — les caractères — apprendre à dessiner — les traits portraits &c. — lisibilité, blanc, équilibre, approche, chasse, ce qu’on ne voit pas permet ce que l’on perçoit — comme on oublie la ponctuation lorsqu’elle est juste, lorsqu’elle va de soi la lecture va de soi — l’écriture jamais. Ton corps est dans le livre, personne ne le voit, même pas moi, mais je le reconnais, aussi les oiseaux dans le ciel & le corps des écrivains dans leur écriture.

pour Pascal Quignard

 

Claude Chambard, extrait de Cet être devant soi , Æncrages & cie, 2012.


Michel REYNAUD, – Ote – (Mon corps me manque)


source: http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/la_cause_des_causeuses_/2011/05/michel-reynaud-mon-corps-me-manque-extraits-.html

photo anonyme des années 50 "bonheur ménager"

 

 

 

 

ÔTE

 

 

cherche la conque

où résonnent les paroles

là où il fait sombre

se trouvent les orages

sous les dents

de la pluie

cherche

main ne te protège pas

ôte encore toujours

tes vêtements

qui retomberont

comme mots sur la page

si le fou ou l’impudique

répond que tu n’es pas

mais ôte encore

ôte toujours.

 

 

 

Michel REYNAUD, Mon corps me manque, Mars 2011


Flottements – (ombrecontrevents)


Adeline,  dans  son blog , nous fait partager  ses publications  et écrits,  que je  découvre de façon très récente,  et qui m’autorise à republier qq uns de ses posts,  en voila un..

 

peinture - John Rogers Cox, The Gray and Gold, 1942.

Flottements

 

Tu t’insistes

Décalques pour rester  ne pas t’oublier

tu aimes tes assuétudes tes désuétudes  tes solitudes

papillonnes à travers des paysages  toujours les mêmes

tu as si peur de t’égarer

 

Tes berceaux flottent en souvenirs d’inconsistance

je crois que tu aimais ces barreaux bleus en  rais de ciel

 

Tu t’envolais

cachais  sous ton oreiller des fleurs de rêve

pour assurance

 

Tu t’éveillais

te grisais de la lumière  en traits rayés

qui dansait  à travers le vert des volets

 

Parfois encore  tu te berces  de droite à gauche

te perds  un peu

 

Tu t’es rapprochée des soleils  des vents d’été

tu le  sais enfin  ce pays où tu es bien

Il s’est fixé sous tes paupières

 

Alors pourquoi  flotter encore…

 

Sans doute parce que tu as lu  la dernière page

Depuis si longtemps

 

Tu sais…

 


Michèle Deschannel — au hasard d’une faille


dessin perso - Bonnecombe

Michèle Deschannel au hasard d’une faille

( extrait dela compilation poétique « dans tous les sens »

Retenir un lieu,
Et laisser fuir une image.
Retenir un mot,
Et laisser fuir une page.

Pour que jamais
Ne s’impose le point
Et toujours respire
La mémoire.

Pressée au cœur d’une
Vague déferlante,
Comment rester goutte d’eau
Vivante ?

Espace en reflet
Sans qui l’inaudible
Serait tu.