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Esther Tellermann – Choucas


egl romane JANAILHAC  sud Limoges  fresques   06.jpg

photo perso fresque  de l’église de JANAILHAC

 

 Ils sont tiens
les choucas
les Dieux peints
les tissus refroidis
la sueur
et la grille
Ils sont tiens
les lits durs
les goûts de paille
l’usure
des soulèvements

***
Car
rien ne donne la réponse
ni dômes surgis
ni masques de terre
Pistes s’égrènent en copeaux
en nuits balayées par les torches
Etions accoutrés d’os
faisant commerce de braise

***

 


Alda Merini – Ma poésie est vive comme le feu


peinture perso "jeune" - et sans doute bien aidé, à l'age de 5 ans je crois

peinture perso « jeune »  – et sans doute bien aidé,         –  à l’age de 5 ans , je crois

Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce
qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,
je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,
je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,
je suis la paille sèche où vient battre le son,
je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,
je suis la vanité qui se laisse chuter,
le manteau de métal d’une longue prière
d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.

Alda Merini, La volpe e il sipario, Girardi, 1997,             Traduction de Martin Rueff


Le défilé des images ( RC )


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En suivant les traces du temps
Comme des empreintes laissées dans la boue,
Il y a,                         sur ce fil,
Le défilé des images
De celles qui marquent un instant
Et finissent par pâlir,

Cartes postales oubliées au fond des tiroirs,
Restes d’affiches de campagnes électorales,
Catalogues fournis pour produits d’antan,
Et aussi les albums épais,
Des photos de famille.

Je parcours le tout,
Où se transforme,
En épisodes chronologiques,
L’univers,      même réduit au dehors,
Bordé de maisons proches,
Qui s’enhardissent de grues,
Et deviennent immeubles.

La famille rassemblée,
Au pied de l’escalier,
S’est agrandie d’un nourrisson,
Maintenant debout sous un chapeau de paille,
Puis, regardant sur la droite,
Le chat gris faisant sa toilette,
Que l’on retrouve seul, enroulé sur lui-même.

Ensuite, c’est une tante de passage,
Dans ses bras, une petite soeur arrivée…
>      Tout le monde est gauche,
Dans ses habits du dimanche,
Après le repas,
Peut-être suivant le baptême;
….           Il fait très beau dehors.

Ce sont donc des photos du jardin,
Les enfants jouent au ballon,
.         Le tilleul a étiré son ombre,
Au-delà de la grille voisine.
Plus tard,  toujours sur l’escalier,
Les habits suivent une autre mode,
….Dix ans se sont écoulés.

Le grand-père n’est plus,
Les allées sont cimentées,
La perspective est close,
D’un nouveau garage,
Occupé d’une  voiture,
Brillant de ses chromes,
Elle apparaît sombre,
Peut-être verte…

Un autre album,
Tourne la page d’une génération,
Le format des images a changé,
Issues d’un nouvel appareil.
C’est maintenant la couleur,
Témoignant des années soixante.

L’extravagance des coiffures,
Et des motifs géométriques,
S’étalant sur les murs,
Le règne du plastique,
Et du formica,   qui jalonne encore,
Les meubles rustiques      en bois.

Quelques pages plus loin,
Les teintes sucrées,
De photos polaroïd,
Donnent dans la fantaisie,
Des portraits déformés,
Pris de trop près,
Et surtout le voyage à Venise.

Gondoles et palais,
Trattorias et reflets…
Les lieux soigneusement mentionnés,
Au stylo à bille ….
>         Le beau temps tourne à l’orage,
—–  On suppose une  dispute,
Car l’album s’arrête là,

En mille-neuf-cent-quatre-vingt,
Sur la photo de l’amie,
Partie sous d’autres horizons,
Rageusement  déchirée,
Puis, maladroitement recollée,
Les souvenirs ne sont plus de mise,
Et restent clos dans le tiroir.

Le défilé des images,  lui,      s ‘immobilise.

RC  – 10 et 11 août 2013

un texte qui fait  « pendant  »  aux  « lamelles immobiles »


Claudia Serea – J’écris pour des fantômes


peinture: Natalia Goncharova piliers de sel

peinture: Natalia Gonchavora: piliers  de sel

 

I write for ghosts

I write for you, old women
who sit at the gates, spin yarn
and knit socks for the dead.

My every gesture is mirrored
by a thousand hands.

I carry these faces inside me,
on my back,
on my feet.

The ghosts don’t let me sleep.

They gather on windowsills and roofs,
in the moon’s breath,

and chat
with chattering teeth.

I write for my father
who still hangs on in Skype,

to reach him,
fill the gap with words.

Hang on, Daddy, hang on.
Here’s a rope ladder.

Here are the words, Daddy.

Here’s the blood,
the new heart,
the straw.

—   ( ma traduction )

————–

 

J’écris pour des fantômes

J’écris pour vous, les femmes âgées

qui sont assises aux seuils de portes,

à faire tourner le fil

et tricoter des chaussettes pour les morts.

Chaque geste est reflété

par mille mains.

Je porte ces visages à l’intérieur de moi,

sur mon dos,

sur mes pieds.

Les fantômes ne me laissaient pas dormir.

Ils se rassemblent sur les appuis de fenêtre et les toits,

dans le souffle de la lune,

et discutent

en claquant des dents.

J’écris pour mon père

qui est encore pendu à Skype,

pour l’atteindre,

combler l’écart avec les mots.

Accroche-toi, papa, accroche-toi

Voici une échelle de corde.

Voici les mots, papa.

Voici le sang,

le nouveau cœur,

la paille.

la version roumaine:

Scriu pentru stafii

Scriu pentru voi, femei batrane
ce stati la porti, toarceti
si impletiti ciorapi pentru morti.

Fiecare gest mi-e oglindit
de o mie de maini.

Port aceste fete in mine,
pe picioare,
in spate.

Stafiile nu ma lasa sa dorm.

Se strang pe pervazuri si acoperisuri,
in rasuflarea lunii,

si palavragesc
clantanind din dinti.

Scriu pentru tatal meu
ce inca asteapta pe Skype,

sa ajung la el, sa umplu
golul cu cuvinte.

Stai asa, tata, asteapta-ma,
uite scara de franghie.

Uite cuvintele, tata.

Uite sangele
si-o inima noua,

si-un pai
de care sa te agati.

—_____________________________________
Claudia Serea est une poétesse  roumaine,  qui a immigré  aux  USA  en 1995 U.S.    elle  est l’auteur  de  l’éternité de l’orthographe (Finishing Line Press, 2007)


Bernard Noël – Grand arbre blanc


photo : Steven Dempsey

photo : Steven Dempsey

 

 

Grand arbre blanc

à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche

sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse

les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef

il a fait froid

il a fait froid
et sur le temps droit comme un j
un œil rond a gelé

grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile

et la beauté nous a blanchis

mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard

sans paupière grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue

grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cour est nu
grand arbre

l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air

d’atroces armes blanches qui tue
qui parle le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent

morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge

grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort nous lèche
est la seule bouche du savoir

*
.Bernard Noël

 


Francis Dannemark – Autrement dit, l’amour


peinture nature morte hollandais du XVIIè siècle-  fruits et champignons   -Wydeveld

 

 

Autrement dit, l’amour
pour F.

Il y a,
il y a des jours de raisins doux, de pommes d’or,
de quoi faire taire notre vieille soif.
Et l’eau qui court, torrents, rivières,
court sous la peau, enrobe nos cœurs, calme nos doigts.
Rien ne manque, rien n’est mieux,
et quand la nuit vient, elle affiche pour nous deux
un jeu complet d’étoiles.

Il y a des jours de fruits amers,
quand les pépins écrasés
nous blessent un peu la langue,
nous font former des mots moins beaux.

Il y a des jours de courte paille
où trois fois l’on tire la plus courte.
Les enfants sont un peu trop loin
pour qu’on entende leurs rires
et le chien qui murmure des rêves moroses
semble ne plus nous reconnaître.

Il y a des jours où tu m’aimes,
des jours où tu m’aimes bien.

Ainsi nous avançons, nous souvenant
et oubliant, marée haute, marée plate,
que le bonheur est un mélange

et que jamais il ne ressemble
ni tout à fait à ce que nous croyons
ni à lui-même,

 


Le petit grain de sable (RC)


 

 

C’est une histoire de paille

Juste un petit  détail

 

Qui change l’atmosphère

Et met l’monde à l’envers

 

L’histoire  qui begaye

Le fusil qui s’enraye

 

Choisir  la mauvaise mise

Et plonger dans la crise

 

Une toute petite faille,

Et le train déraille.

 

On n’aurait pas cru capable

Ce petit grain de sable

 

De quelle origine ?

– bloquant  la machine

 

Se produit l’évènement

A notre grand étonnement

 

Plonger dans le noir

Le courant de l’histoire

 

C’était trop négliger

L’évènement  « léger »

 

Qui a fait semis

D’un p’tit tsunami

 

A risques minimisés

Dont on a  abusé.

 

— RC  2 avril 2012 –

 

Dédié à toutes les errances  de l’histoire (guerres et politiques)  et catastrophes, naturelles, on non:

Seveso,AZF, Fukushima,,Exon Valdès,Tchernobyl …………….. et les autres