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Nayim Snida – Alors c’est elle qui peut consoler mon âme


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sculpture :  Gertraud Möhwald

 

Alors c’est elle qui quand l’odeur austère

Du passé affaibli par l’éphémère
Où sous le pont du temps le vent efface
Machinalement toutes les traces


Des instants d’aimer qui hélas en ombres

Se sont métamorphosés comme l’état du monde
Aux yeux de l’homme rêvant de paix de tolérance
Tandis que l’on se noie dans l’indifférence


A l’égard des victimes à l’égard des misères

A l’égard des rancunes qui puisent dans les guerres
Ses armes écrasant le repos des gens
Horrifiés par des morts enterrés tout vivants


Alors c’est elle qui peut consoler mon âme

Confusément perdue un batelier qui rame
Vers un îlot sans nom pour l’évasion du cœur
Habillé d’ennui vis-à-vis des malheurs


W Shakespeare – Que chaque fée vagabonde à travers cette maison.


illustration: Mark Ryden

 

 

Que chaque fée vagabonde à travers cette maison.
Nous irons au plus beau des lits nuptiaux
Et il sera par nous béni:
Et la lignée qui y sera créée
Sera heureuse à tout jamais.

Ainsi ces trois couples toujours
Seront fidèles en amour;
Et les flétrissures de la nature
Devront épargner leur progéniture.
Ni tache, bec-de-lièvre ou cicatrice,
Aucune des marques funestes
Que l’on redoute à la naissance,
Ne doit atteindre leurs enfants.

Que chaque fée vienne répandre
Cette rosée sacrée des champs,
Et qu’elle bénisse chaque chambre du palais
D’une douce paix,
Et que le maître en soit béni.

 

William Shakespeare, Le songe d’une nuit d’été –
édition bilingue (coll. Folio Théatre/Gallimard, 2003)
traduction de l’anglais par Jean-Michel Déprats


Salah Garmadi – Conseils aux miens pour après ma mort


 

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photographe non identifié

 

Si parmi vous un jour je mourais

mais mourrai-je jamais

ne récitez pas sur mon cadavre

des versets coraniques

mais laissez-les à ceux qui en font commerce

ne me promettez pas deux arpents de terre

ne consommez pas le troisième jour après ma mort le couscous traditionnel

ce fut là en effet mon plat préféré

 

ne saupoudrez pas ma tombe de graines de figue

pour que les picorent les petits oiseaux du ciel

les êtres humains en ont plus besoin

n’empêchez pas les chats d’uriner sur ma tombe

ils avaient coutume de pisser sur le pas de ma porte tous les jeudis

et jamais la terre n’en trembla

ne venez pas me visiter deux fois par an au cimetière

je n’ai absolument rien pour vous recevoir

ne jurez pas sur la paix de mon âme en disant la vérité

ni même en mentant

votre vérité et vos mensonges me sont chose égale

quant à la paix de mon âme ce n’est point votre affaire

ne prononcez pas le jour de mes obsèques la formule rituelle :

« il nous a devancés dans la mort mais un jour nous l’y rejoindrons »

ce genre de course n’est pas mon sport favori 

si parmi vous un jour je mourais

mais mourrai-je jamais

placez-moi au plus haut point de votre terre

et enviez-moi pour ma sécurité


Jacques Reda – tombeau de Bill Evans


Richard Diebenkorn Ocean Park - De Young Museum  -  San Francisco  USA

peinture: Richard Diebenkorn             Ocean Park –                   De Young Museum – San Francisco USA

Comme ces longs rayons dorés du soir qui laissent
le monde un peu plus large et plus pur après eux,
sous le trille exalté d’une grive, je peux
m’en aller maintenant sans hâte, sans tristesse:
tout devient transparent. Même le jour épais
s’allège et par endroits brille comme une larme,
heureux entre les cils de la nuit qui désarme.
Ni rêve ni sommeil. Plus d’attente. La paix.

Jacques Réda

Bill Evans(1929-1980),

comme on le sait, le prodigieux compositeur  et pianiste  de jazz, qui a accompagné les plus grands

( notamment Miles Davis et Coltrane  dans  son fameux Kind of Blue), se trouve  être un de mes musiciens  « phare » dont  j’ai quasiment l’intégrale.


Soseki – choses dont je me souviens ( extr)


peinture: Yves Tanguy – divisbilté indéfinie 1942

 

 

 

Pour l’heure j’ai oublié la poésie
Ma mémoire ne tente rien pour la retrouver
J’ai oublié tous les poèmes
L’oeil vague je regarde par la fenêtre s’étendre
L’ombre des arbres qui s’ennuient
Le soleil couchant éclaire un sentier
Un moine s’éloigne
Le feuillage cuivré d’un érable cache
Le campanile du temple
Qui s’enfonce dans les profondeurs
Du village embrasé par l’automne
Détaché de toutes choses
Je lève les yeux vers les nuages
Mon coeur est transporté
Le son d’un koto
Je suis heureux
Vieillir dans la sérénité
Bonheur suprême de l’homme sur cette terre
Le coeur en paix
Qu’un chien aboie que le coq chante
Tout résonnera avec douceur à mon oreille.

 

Natsume Sôseki         Choses dont je me souviens
éditions Picquier poche

 

 


Ahmed Mehaoudi – Où ira le soir ?


Ahmed Mehaoudi, poète algérien – dont  j‘avais déjà publié  » A ce désert », est l’auteur  d’autres  productions  intéressantes  qu’il nous donne à lire  et dont je fais l’écho ici  de  son « où ira le soir »

 

création perso info –

 

où ira ce soir

d’avoir si peu appris à comprendre les départs

de ces nids autrefois silencieux à la saison de paix

si peu vu dans le ciel ces éclairs de feu attendrir tes yeux

comme chercher dans les rêves l’insensé désir de se réveiller

où iras-tu ce soir

d’avoir déjà perdu le fil du chemin

la porte par où entre ton bonheur

si peu écouter que la nuit est parti loin

et toi

dors à l’endroit où ce soir tu apprendras

à regarder le jour

là se fait les mots …

 

repro: Edward Munch

 

 

 

 

 

 

 

 


G Titus-Carmel – Ici est le pays sans déception


dessin: Titus Carmel de la "suite Narva"

 

 

 

 

« Ici est le pays sans déception.

Car la nuit, toujours souveraine, se montre magnanime : elle se déverse généreusement en nous, sans mesure ni remords, et rafraîchit celui qu’une trop forte passion consume à l’intérieur.

Chaque soir, elle s’ouvre ainsi qu’une vaste et accueillante étendue d’eau noire, plus vastement encore que les plus larges fleuves connus, plus sombre que les grands lacs, avec des berges qui s’ourlent de lointain dès qu’on avance.

Et c’est de tout son mystère qu’elle nous introduit à sa lumière ― à son «obscure clarté» au sein de quoi se dilue notre ardent désir de paix et d’oubli.

 

On dit alors qu’on a la nuit au corps.


Edoardo Sanguinetti – Ballade des femmes


 

 

 

dessin  - Audrey Flack

dessin - Audrey Flack

BALLADE DES FEMMES
« quand j’y pense, que le temps est passé,
à ces mères anciennes qui nous ont portés
et puis aux jeunes filles qui furent nos idylles
et puis aux femmes, aux filles et à ces belles filles
si je pense féminin, je pense à la joie :
que je pense masculin, je pense rabat-joie :

quand j’y pense, que le temps est venu,
à cette résistante qui a combattu,
à celle qui fut touchée, à celle qui fut blessée
à celle qui est morte et qu’on a enterrée,
si je pense féminin, je pense à la paix :
que je pense masculin, et penser ne me plaît :

quand j’y pense, que le temps retourne,
que le jour arrive et que le jour ajourne
je pense au giron qu’un ventre de femme enrobe
maison ce ventre qui porte une robe,
ce ventre une caisse qui va finir,
quand arrive le jour, on va tous dormir

parce que la femme n’est pas ciel, elle est terre
une chair bien en terre, qui refuse la guerre :
en cette terre, où je fus semé
j’ai vécu ma vie et j’ai planté,
ici je cherche la chaleur que le cœur ressent,
la longue nuit qui devient un néant

je pense féminin, si je pense à l’humain :
viens ma compagne, je te prends par la main ; »


Luce Guilbaud – l’instrument du temps et ma bouche


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toujours  extrait de  « la  chair à vif des roses »  (1978)

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Les hommes s’engloutissent dans leurs yeux refermés longs escaliers de l’ombre au fond gît la clarté.

Pour le dire je n’aurai d’autre instrument que le temps et ma bouche

aux paroles de pierres friables polies   roulées

usées par le temps gangue émaciée à cœur

la mort   le mot solide et lumineux le temps l’oeuvre au noir

creuset de l’or pirate de la boue au miracle

peinture: Hans Hofman Berkeley

Pour le dire du matin au volcan de la racine

à la torture du bâillon au silence

Pour le dire j’aurai l’amour immobile et ce temps qui est le tien

et qui concorde avec mon temps quelque part entre le scintillement

et l’étoile   qui file   l’instant.

Chemin de soif entre deux eaux

chemin de soir et de ciel plein mornes fossés

où les yeux d’ancolies arrachent aux départs

un peu de paix jusqu’à la tour où s’arriment les siècles

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