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Francis Ponge – la main


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main –  sculpture antique

 

 

 
La main est l’un des animaux de l’homme ; souvent le dernier qui remue.
Blessée parfois, traînant sur le papier comme un membre raidi quelque stylo bagué
qui y laisse sa trace.
A bout de forces, elle s’arrête.
Fronçant alors le drap ou froissant le papier, comme un oiseau
qui meurt crispé dans la poussière, — et s’y relâche enfin.

Francis PONGE « Pièces » (Gallimard)


Colporteur du temps – ( RC )


peinture perso sur enveloppe – mail art – acrylique sur papier 2004

Le colporteur du temps
N’a pas sa montre à l’heure
Et a laissé se faner les fleurs
Des rendez-vous d’avant

En semant les traces à tout vent,
C’est tout un champ d’enfants
Qui grandissent en chantant
Déposés en sommeil, on les oublie souvent

Lorsque le hasard nous amène
A revenir sur nos traces
Les souvenirs reviennent,       et nous embarrassent
Le temps avait figé, – quel phénomène – !

un geste dans l’espace
La terre humide, qui fume
Le village, perdu dans la brume
Et de lointains ressentis passent

Ton sourire d’avant                           est resté le même
Dans mon souvenir;                                      il est ce défi
Que me lance encore,                         ta photographie
Les fleurs d’antan ,                                 pour ce poème

Sont encore fraîches,   et la couleur
Que n’a pas retouchée le colporteur
Du temps, qui s’est étiré,     sans toi.
Couleur du bonheur,             en papier de soie.

25-01-2012

issu de la création de Pantherspirit: le colporteur du temps


Comme se consument les heures – ( RC )


Image associée

peinture: Paul Klee

S’il faut laisser passer les heures ;
ce sont des images  fugitives,
elles se consument,   comme du papier qui brûle,
et il n’en reste rien.
Même pas un peu de cendre.

Alors, justement ,  où est l’empreinte,
d’où peut naître la future lumière ?
Il faut que je la creuse,
que j’y dépose des paroles,

que je sème quelque chose
pour marquer ce qui passerait
pour un désert  :
              fertiliser le temps
d’un poème,          avant que le jour ne s’éteigne .

Certains diront  que je n’ai pas vécu pour rien.

RC   avr  2017


Ménagerie de papier – ( RC )


( un hommage  à Tennessee Williams, et  Chr Boltanski )

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installation:  Chr Boltanski

 

 


             Petit zoo miniature,
de la ménagerie …
objets de prix,
en villégiature
     deux par deux
se suivent à la queue leu-leu,
sur les étagères…
petites choses en verre…

          Vous auriez pu choisir,
pour parader à loisir
entre deux pots de bière,
une autre matière:
       celle un peu plus malléable
que l’on trouve sur la table,
juste des morceaux de papier,
que je pourrais plier.

         Trente millions d’amis,
tous en origami,
certifiés d’origine,
occupant la vitine,
en état de marche:
            tout le bestiaire,
à l’abri des courants d’air :
–      une nouvelle arche.

         Comment s’est-elle échouée là
à côté de la penderie,
la vitrine de la ménagerie
où se reflète le matelas
et deux ou trois caisses ?
les restes d’un naufrage:
l’arche après l’orage
( et toute la chambre en détresse ).

         En fait, vous avez compris,
j’occupe mes nuits
à transformer les légendes,
en une sorte de sarabande,
où l’hiver se tient au chaud,
quand je découpe aux ciseaux
tout un parc arboré, et un zoo,
pour tous ces animaux.

         Ce sont des rêves fragiles,
qui dérivent comme les îles
que je prélève dans un cahier
en faisant des bandes de papier :
promis à la déchirure,
où la part de l’écrit se disloque elle-même
on dira que les poèmes
trouvent une seconde nature.

       Mais les rêves refusent de se faire attraper,
dragons et tigres de papier
ont pris leur indépendance
( quand le chat n’est pas là, les souris dansent ! ),
          si on regarde toutes ces bêtes,
la nuit leurs ombres se projettent
sur le plafond
et comme il se doit, le manège tourne en rond.

Les corbeaux et les canards
partagent le cauchemar,
du cahier sur la table:
          le château sera de sable
un souffle, une petite averse,
et tout se renverse,
sans même un cri,
         ( rêves en confettis ).

        C’est la fin de la procession :
cela tourne à l’obsession:
le manège occupe maintenant la malle,
et tout ce petit monde s’emballe,
aussi,    le matin,        de bonne heure,
quand tout le monde semble dormir
je me transforme en inquisiteur,
et décide de l’avenir .

         Ce sera bien un drame
quand je livrerai aux flammes
pieds et poings liés
ce monde de papier…
       Souhaitons qu’une autre matière
puisse échapper à l’enfer:
Choisissons-la moins éphémère
–        une ménagerie de verre fera l’affaire         –


RC – août 2017

 


Marine Laurent – Femme de papier


 

CA0OEVYP.jpg

peinture: Egon Schiele


Suis une femme de papier
De celui dont on fait les arbres
Et j’ai puisé à leur aubier
Et mangé leurs feuilles vivantes
Arraché l’écorce du fût
Pour tenir debout à ma table

L’hiver sur du papier glacé
Je laisse mes traces effaçables
La sève qui coule des doigts
Trace des mots sans importance
Je flotte au vent car mes racines
Courent à peine sous le sable

Suis une femme de papier
Qui se froisse à moindre risée
Qui brûle à petite flambe
Dans un foyer désaffecté

Mais si l’oiseau à ma fenêtre
Vient poser une plume blanche
Je sens mes folioles renaître
Et la plante à mon encrier

Je partirai sur une branche
Emportée par nuit sans étoile
Et vous dirai dans mon absence
Ce que j’ai laissé sur la toile.


Parfois les choses durent – ( RC )


R Papillon - grosse main rec.jpg

Parfois les choses durent
autant qu’elles le peuvent :
– C’est comme la preuve
de ce qu’elles endurent .

Il y avait quelques traits,
ceux de ton écriture,
posés dans le carnet,
avec désinvolture :

Comme ils m’étaient dédiés
ils sont restés,
au coeur même du papier :
on les dirait incrustés

unissant les paroles d’hier,
comme celles du temps qui passe
et se dépose sur la matière
avec une légère trace .

  •   C’était un échantillon
    de la brillance de l’été :
    – Souviens-toi du papillon
    qui s’était frotté

sur la page :
avant qu’il ne s’en aille
pour un autre voyage :
– Il a laissé quelques écailles

qui brillent encore :
des pensées oubliées
– Comme un trésor
au fond de l’être aimé .


RC – avr 2017

( à partir des « cahiers du déluge »  « constat #17 ) de Marlen Sauvage


Le texte se soustrait au regard – ( RC )


peinture: Malevitch   : composition suprématiste ( carré blanc  sur fond blanc )  1918

peinture: K Malevitch :           composition suprématiste ( carré blanc sur fond blanc ) 1918

 

 

 

 

J’ai eu un peu de mal à lire :
Les caractères sont  trop petits,
mais  en plissant les  yeux,
j’arrive à distinguer les mots  ;
avant qu’ils ne retournent  dans le blanc.

Peut-être  que ces  écrits
se dissolvent  d’eux-même,
et n’ont pas de rapport  
avec ma vision
Reste à savoir pourquoi.

Le message  se soustrait au regard,
rentre dans le blanc  du papier,
d’abord pâlissant,
puis  carrément  blanc :
>     il se dissimule ,

jouant les  extrèmes
comme  pouvait le faire
Malevitch  avec son fameux
 » carré  » ( qui n’en est pas  tout à fait un )
posé  en oblique ,

mais qui, avec les années,
        reste  apparent.
Le texte  est sans  doute  toujours là,
en encre blanche,
celle  qu’on dit  sympathique.

Il suffirait
d’un procédé simple,
pour le faire réapparaître :
la chaleur  d’une  flamme,
comme  dans  chaque page

( que l’on croit  vierge  d’intentions )  .


RC – juin 2015

 

 


Citation

Jean Cocteau – Fête de Montmartre


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Image retravaillée –  RC

 

Ne vous balancez pas si fort,
Le ciel est à tout le monde ;

Marin d’eau douce, la nuit profonde
Se moque de vos ancres d’or,
Et boit, debout, en silence,
Comme du papier buvard,
Votre dos bleu qui encense
Puissamment le boulevard.

Jean COCTEAU


Sylvie Durbec – Notes pour mon père


NightShot_6_2048.jpgUne pluie parfumée à mes pieds:

le vent est dans l’acacia.
Un vol de voix au-dessus de moi:
je cherche des yeux les anges.
Un vent riche, profond
palpite dans l’arbre long,
puis aventure des formes
en jouant avec le ciel.
C’est l’odeur d’un boulevard
de papier buvard
où marche joyeux le nom
de mon père mort.
J’ai un seul mort
dans la mémoire.
Il me donne de la joie
et envie de marcher, vite.
Ce mort, jamais
ne m’a enterrée
sous le poids
de la terre.
Mon père, c’est vrai
sur l’eau courait
en me tenant par la main
pris dans sa distraction.
( retranscrit du site « la petite librairie des champs » )

Papier, une ombre blanche opposée à la nuit – ( RC )


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Je suis loin du pays de la connaissance.
Il est de l’autre côté du continent,
dont j’ai perdu, quelque part,
le fil :       un sentier qui pourrait m’y conduire .
Certains parlent ainsi d’inspiration …

Il y a le jour.
Mais celui-ci est caché derrière la terre.
Une moitié est soumise à l’épreuve de l’ombre.
Comme un poumon qui se relâche,
–       ce serait plutôt expiration…
Ce qui est , demeure  ;  – bien entendu – ,
mais tout est indistinct .

Je ne saurais pas reconnaître les arbres entre eux,
sans voir leur feuillage,    et le port des branches  :
Il faudrait que je tâte leurs troncs,
que je colle mon oreille sur l’écorce pour écouter leur message.
Et chacun me murmure une chose différente ,
une histoire soumise à l’épreuve des saisons,
du bois qui se tend,  gémit sous le vent,
se rompt parfois sous le poids de la neige,
résiste comme il le peut aux tempêtes
et à la morsure des flammes .

Ils ont été la patience ,         ont abandonné
des parties de corps aux tronçonneuses,
pansé malgré tout      leurs blessures,
et développé leurs cernes,
Jusqu’à digérer les barbelés,
et infiltrer leurs racines entre les fissures des rochers,
jusqu’à se nourrir des charniers
                 pour les ressusciter en âmes végétales.

Je vais me réfugier parmi eux.
J’enduirai mon corps de leur sève
et danserai dans leur chanson.

Ils me prêtent déjà,       pour écrire,
le papier qui est leur ombre portée,
une ombre blanche,    opposée à la nuit ,
et mon écriture pourra peut-être,
avec le récit retrouvé,
refaire naître d’une certaine façon,
              le jour.

RC – avr 2016


Eugenio de Andrade – Jeune est la main


 statue  de Gudea ,art sumérien - 2000 av JC

statue de Gudea ,art sumérien – 2000 av JC

 

 

Jeune est la main sur le papier
ou sur la terre !
Jeune et patiente : quand elle écrit
et quand au soleil
elle se transforme en caresse.


Jorge-Luis Borgès – Insomnie


f--- Arcades_O

 

photo:    montage  perso

 

Légendairement petit et lointain est désormais ce moment où les horloges versèrent un minuit absolu.
Ces six murs étroits emplis d’une éternité étroite me suffoquent.
Et dans mon crâne vibre encore cette pitoyable flamme d’alcool qui ne veut pas s’éteindre.
Qui ne peut pas s’éteindre.
Réduction à l’absurde du problème de l’immortalité de l’âme.
Trop de couchants m’ont rendu exsangue.
La fenêtre synthétise le geste solitaire de la lanterne.
Film cinématique plausible et parcheminé.
La fenêtre aimante toutes les oeillades inquiètes.
Combien m’étranglent les cordes de l’horizon.
Pleut-il? Quelle morphine ces aiguilles injecteront-elles aux rues?
Non.
Ce sont de vagues lambeaux de siècles qui gouttent, isochrones, du plafond.
C’est la lente litanie du sang.
Ce sont les dents de l’obscurité qui rongent les murs.
Sous les paupières ondoient et s’éteignent à nouveau les tempêtes brisées.
Les jours sont tous de papier bleu, minutieusement découpés par les mêmes ciseaux sur le trou inexistant du Cosmos.
Le souvenir allume une lampe:
Une fois de plus nous traînons avec nous cette rue si joyeusement pavoisée de linge tendu.
Le piano luxuriant du Tupi s’est évanoui au loin.
Le soleil, ventilateur vertigineux, élague les demeures décaties.
En nous voyant tanguer en tant de spirales les portes rient aux éclats.
Pedro-Luis me confie: – Je suis un homme bon, Jorge.
Tu es un homme bon, Jorge… ça nous passera avec une petite tasse de café.
Les yeux éclatent quand les frappent les pales du soleil.
Quel hangar abritera à jamais les émotions?
Il existe à n’en pas douter une dimension ultra-spatiale où toutes sont des formes d’une force disponible et soumise.
Comme l’eau et l’électricité dans notre dimension.
Colère. Anarchisme. Faim sexuelle.
Artifice pour nous faire vibrer sous la magie.
Aucune pierre ne brise la nuit.
Aucune main n’avive les cendres du bûcher de tous les étendards.

 


.


Le sentiment d’appartenir à une même espèce – ( RC )


photo et création Mickaëlle Delamé

 

 

Plutôt qu’insérer sa tête,
Dans une photographie,
et l’ovale découpé,
pour y placer son visage
il faut punaiser sur le mur
une  feuille  de papier kraft,
se dessiner  en taille  réelle,
toi debout, toi assis,
et parfois  tourner la tête,
pour que les gens
puissent  se regarder,
se mettre en couleurs,
s’échanger quelques paroles,
en bulles phylactères,
animer un bras, un torse,
puis les jambes  ….
L’habit qu’on a choisi,
ne fait pas son moine   ;
D’ailleurs il n’y
en a pas   ( de moines)
chacun alors,
sort à sa manière
de son rôle, et du dessin,
devient lui-même,
sorti du regard de l’autre,
se côtoient,
les personnages
trouvant leur auteur,
décalés d’ombres chinoises,
et quelque chose de commun,
le sentiment d’appartenir,
sans doute
à une même  espèce .


RC –

nov 2014


Ps posthume ( RC )


image: encre perso 1978

image: encre perso 1978

 

 

 

C’est  un dialogue brisé,

D’un grand coup de hache,

Qui t’a jetée au sol.

…. Et ce dialogue continue dans l’absence.

 

Il y a toujours

Sur la table,   tes paroles,

Prisonnières du papier,

Qui pourtant , s’envolent,

Aussi fraîches  qu’elles sont écloses.

Et qui parlent encore,

Sitôt sorties de l’enveloppe.

 

Je pourrais presque

Encore te répondre,

Mais mes lettres envoyées

Tomberaient dans le vide,

Comme dans un puits sans fond,

Ne restituant aucun écho.

———-    – plus aucun écho.

 

>           (alors,      je les pense  )

Peut-être aussi, que tu te caches si bien,

Que tu te confonds

Avec la nuit,

Comme un jour elle ,     ( tu ) m’enveloppera (s).

RC –   mars 2014

 

—–

 

– auquel je joindrai le beau poème de Pierre Dhainaut, qui va dans le même sens:

 

A la mort de M.

Pour qui parler sinon pour ceux qui nous précèdent
en l’invisible ?
Absent, ils n’ont qu’un peu d’avance.
Aucune inscription, seulement la terre
moins lourde, ici.
L’amour par-delà les regards,
l’amour affranchira les souffles :
acquiescer à la mort comme au feuillage qui s’agite,
nous faisons plus que retrouver la voix,
le silence y devient un arbre d’air ou de lumière.

Au bord de l’aquarelle – (RC )


aquarelle: William Turner – Venise

Les couleurs transparentes se posent,
Et laissent les reflets en papier blanc,
Il faut les contourner,
Pour que la caresse de l’éclat
De la lumière,
Prenne tout son sens,
Et que le ciel éblouissant,
Se tienne à distance,
Des  eaux tranquilles,
Et des palais de Venise.

Le coeur se serrerait
A oublier ce paysage,
Saisi dans un instant,
D’un crépuscule,
D’un soleil sanglant.
Et le vent,
Echappé d’une bouche noire
Resterait palpable,
Presque,
Au dessus des navires,
Approchant du port…

Chaque détail, accrochant la lumière,
Reste ici, inscrit
Il traverse notre regard,
Comme celui du peintre,
Et nous parvient dans une aube nouvelle,
Un coin de la mémoire,
Une vague suspendue,
L’ombre des pins,
Superposée à elle-même,
Lovée dans le perpétuel
Mouvement du temps …

…Au bord de l’aquarelle.

RC- janvier  2014

aquarelle John Singer Sargent – Venise: Ponte San Giuseppe di Castello 1903


Projections – ( RC )


dessin:       Carl Mehrbach /      drawing_No1-1977.jpg

On peut toujours faire appel aux interprètes,
Pour savourer la couleur des mots,
Rendre la douceur des peaux,
Et dire la pesanteur des jours,

En plaçant une feuille de papier,
Entre ce qu’on perçoit du monde,
Et son espace , rouillé des couleurs
Qui se mélangent hors de notre atteinte.

Mais se traduisent néanmoins,
Par ce que j’y projette …
Une empreinte dont l’obscurité,
Accompagne notre marche.

Des pas lourds, et ,à tout âge
On peut me suivre à la trace,
Les pistes s’emmêlent, se contredisent…
Je me perds souvent dans la forêt des songes.

C’est sans doute justement,
Parce qu’il y a cette feuille,
Sur laquelle la joie cotôie la tristesse,
Et les écritures s’y recouvrent.

RC-  Janvier 2014


Kaléïdoscope – ( RC )


Art: Gilbert & George – Flagleaf

 

Regarde bien!

La scène se découpe,

Elle se démultiplie,

Les images se mélangent,

Se chevauchent et se renvoient,

A elles-mêmes,

C’est un décor de théâtre,

Enfin, je crois,

On y voit des acteurs

Ils sont en travers,

Projetés sur les murs,

Recomposés, remplis de couleurs,

Elles s’enfuient ensuite,

Se soudent et se rassemblent

Un peu plus loin,

Et c’est une fontaine joyeuse,

Des idées . Elles viennent,

Se cristallisent,

S’enchevêtrent,

Puis se séparent …

Des poèmes surgissent,

On dirait, de nulle part,

Fusent, à travers la tête.

Il suffit de les attraper,

De les laisser vivre,

Une danse effrénée,

Les mots sont là,

Des images s’assemblent,

Comme débordant,

De compartiments étroits,

Je vais les assembler,

Les faire s’épouser,

Dans une maison de papier,

Translucide

Je te les enverrai,

Par la poste,

Tu verras ainsi,

Sous tes yeux, venir

Une magie                     une fantaisie,

A mesure que les images

Se reforment,

Et se projettent …

Les acteurs sont à l’envers,

Maintenant.

Dans ta tête,

C’est toute une histoire,

Ce que tu interprêtes,

A ta façon,

En quelque sorte une aventure,

Dont tu deviens le héros,

Si tu prends à ton tour,

Le stylo,

Pour me répondre

Tout en changeant les couleurs.

,

RC – décembre 2013


Aux rêves, il n’est plus d’absence ( RC )


peinture:     Mark Rothko

peinture: Mark Rothko

Le matin tire sur la corde des rêves ;

                                A la lumière naissante,

Le papier             absorbe l’encre,

Comme la mer vient lécher la grève.

Si,                  absente en ton sommeil,

                   Tu voyages dans le noir,

Et s’il n’est de mémoire,

                Que le vent des soleils,

Au-delà des montagnes…,

                          Il n’est plus d’absence,

Je comble le vide de la distance

                Comme je t’accompagne,

                                  Ame consolatrice

                        A la longue nuit

               Que tu traduis

Sans artifices.

Il reste             le silence boréal

Et       de tes rêves côtoyés,

Le regard déployé

      Et la pluie des étoiles…

RC – 21 août 2013

photo J F Peyron -  Arménie

photo J F Peyron – Arménie


Nuit de coton ( RC )


 

 

 

Nuit de coton, Lit, mon ami
Ecrits du noir, mes yeux clos
Papier d’âme  au  repos

pastel perso:   « basse continue »   acrylique  sur papier 1989


Château les rêves , alphabets de pierre ( RC )


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photo:  St Julien du Tournel  –  au pied  du mont Lozère

 

Un château de rêve

Suspendu dans la brume

Navigue lentement

Lourd volatile au milieu des aigles

Alphabet de pierres

Assoiffées de l’onde

Les cristaux du poème.

Les peintures de Magritte

Chimériques

Echappées des rocs

Issues de l’esprit

Comme vagabondent

De l’âme et du monde

Mots en fantaisie.

Château des esprits

Vaisseau des écrits

Traversent les obstacles

Annulent les distances

Comme les ailes frôlent

De leurs plumes,            paroles,

Et les tours rondes   des songes.

peinture: René Magritte: le château des Pyrénnées

peinture: René Magritte: le château des Pyrénnées

Comment créer vraiment

Ce qui n’est pas encore

Et lui donner corps ?

Corps à penser, corps à rire,

Coeur à corps et à cris…

Même si c’est murmures

Aux furies du vent…

Château des écrits

D’édifices fragiles,

Cristaux de papier,

Traversent aussi le temps,

Espaces et nations,

Vertiges et vestiges,

Siècles et révolutions.

Une vue de l’esprit ?

Aux déserts,      mirages,

Qui persistent     et signent

En ouvrant paupières,

Même en coeur  de nuit noire,

….Au trente-sixième dessous,

Le rêve n’est pas dissous.

RC – 29 mai 2013

L’expression  « Alphabet de pierres »  est issue  d’un des poèmes  de Henri-Etienne Dayssol, auteur  de « Voxpoesi »,- plus exactement  l’expression « alphabets des pierres », nous rappelle-t-il… et qui anime le site poétique – du même nom…


L’inspire se dévide ( RC )


 

 

 

l’inspire se dévide,          et il pense danse
–                                  des graffitis sur le mur ,
essuie, il faudrait une gomme
–       en attendant,
–                  ou un peu de toile émeri,
pour revenir au vert d’eau,
qui surmonte les carreaux.


Et     chacun,     passe ,     et y ajoute ses mots,
                                ce sont des obscènes
qu’on       ne trouve pas en poèmes.
Ou bien                             la calligraphie grasse
des feutres,       ceux  qui arrivent à dégouliner,
–    et s’obstinent,       entre la chasse,
et la cuvette ,              dont l’abattant pend.

Le bonheur des mouches, qui se mirent

dans les lignes d’eau,
jointoyure incertaine au creux des carreaux,
que le sol a recueilli,
            –          restes de rouleaux roses.

Voila de nouveaux parchemins ,   pour donner
libre-cours           –    aux talents d’écriture,
quel dommage de négliger ainsi ,  – qui cristallise
l’avancée de l’esprit  !!. –
Mais c’est faute au confort, ce papier rose
qui s’enfonce,
        sous la pointe revêche       du stylo,
ou même la mine de plomb   –    crayon.

Il semaillerait des mots,
l’inspiration du moment,
un moment bien choisi,
        au regard du bruit de la rue,


– drôle d’endroit pour régler sa montre –


derrière la porte épaisse , – bois, qui arrive à mi-tête,
                                      targette branlante,
la place ,                déserte à cette heure
pourtant, oui,                   il reste encore
les trognons des choux-fleurs
et des morceaux d’orange moisis ,   –  après le marché
et des cagettes enchevêtrées,
–             la balayeuse ne va pas tarder à passer 
dans les guenilles de la ville- ,


et les mots en cascade qui dérapent,
comme pas permis,     –          se dilapident les pensées,
les pleins et délirés ——-          que tout rentre
dans l’ordre lorsque qu’il sort   !   -se trouver
quelque chose à dire,
pour coller l’avalanche             cataplasme d’écriture,
il te faut ce beau papier,


—                   mais  où sont-ils,                           justement

ces mots qui te venaient en flammes ?

RC           avril 2013


La plume vagabonde ( 2 ) – ( RC )


jardin zen –             wallpaper de wallpowper

La plume vagabonde (2)

J’ai  récupéré un morceau de papier
Qui m’attendait là, où on n’attend plus
Qu’un remous originel,
…  et parfois longtemps,
que fleurisse
…  Mais en quelle  saison était-ce déjà ?
Le don de la lumière
La couleur qui s’annule, en flocons,
Autant les mots s’enchevêtrent,
Et disputent à la nuit,
Leur encre  sympathique …

Il fallait contourner un rocher solitaire,
Déplacer en un mouvement circulaire
Ces graviers en nappes,   étendus
A l’ombre des bambous,
Agités par un souffle,
Qui me fit d’écriture,
Et,  détachés  du sol,
L’encre mouvante des nuages
D’étourneaux,
Délivrés du souvenir de l’été.

Etant ,   des deux
( rocher et  papier,
son ombre et l’esprit
en cavalcade ) – pris au geste,
Le râteau ordonne les mots
Comme ils viennent,
Ou la brosse d’encre
Effleurant la surface des choses, —-
———–Il n’y avait pas de choix possible,
Plus d’envers et d’endroit

Sur la feuille  aérée prenant son envol,
Au jardin de la plume …
Le texte  s’est fait sensation,
Et l’émotion image

Avec ( ou malgré) moi.

RC  –  11 novembre 2012

 

la « plume vagabonde »,  a fait l’objet d’un « premier épisode », publié ici


la dame à la baguette (RC )


gravure-collage: Max Ernst

Il y a toujours

Sur les billets de banque

Des portraits de héros

Sauveurs des nations,

Des princes et des savants

Et quelques faits marquants

Partagés en histoire ,

Légendes  du pays.

Et pourquoi pas bientôt

De super- héros

Ceux des bandes dessinées

Les Mandrakes  et hommes araignée

Qui nous serviraient

De papier monnaie…

Il y a quelquefois

Dans les livres  d’images

Des dames en corsage

Qui mènent à la baguette

Des pensées sauvages

Pas celles qui sont en pot…

Des belles plantes

Le regard pas sage

Le masque coquillage

Au milieu des cascades

Qui vous portent des regards

Légèrement entr’ouverts

A vous inviter

A découper les pages

RC –  2 octobre 2012


Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )


peinture:   Max Ernst      « lop-lop »             (ainsi sont nommés les oiseaux  surréalistes  de M E )

 

 

 

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens

tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante

ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude


.
Tahar BEN JELLOUN

 

Auquel j’ajoute mon  « interrogation du soleil »  –  qui a été composée sans  que je connaisse  le texte ci-dessus,

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

RC     -21 octobre 2012

 


Michel Leiris – Poésie ?


Cette chose sans nom
d’entre rire et sanglot
qui bouge en nous,
qu’il faut tirer de nous
et qui,
diamant de nos années
après le sommeil de bois mort,
constellera le blanc du papier.

(Michel Leiris)