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un pont entre tes paroles – ( RC )


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détail d’une peinture de Botticielli (Vénus et Mars )

 

 

J’ai entendu la mer
dans la conque marine.

Et dans le ressac,
m’est parvenue ta voix,
dans le silence qui se retire,
suivant la marée basse.

Il y a du silence en toute chose,
et c’est un pont entre tes paroles.
Elles se poursuivent dans le temps,
et l’émotion tinte de leur écho.

C’est une voix sereine
qui rend sa grâce
au sourire d’un enfant,
auquel tu redonnes le souffle.

Je t’ai écoutée,
comme le ressac,
dans la conque marine.


Comme se consument les heures – ( RC )


Image associée

peinture: Paul Klee

S’il faut laisser passer les heures ;
ce sont des images  fugitives,
elles se consument,   comme du papier qui brûle,
et il n’en reste rien.
Même pas un peu de cendre.

Alors, justement ,  où est l’empreinte,
d’où peut naître la future lumière ?
Il faut que je la creuse,
que j’y dépose des paroles,

que je sème quelque chose
pour marquer ce qui passerait
pour un désert  :
              fertiliser le temps
d’un poème,          avant que le jour ne s’éteigne .

Certains diront  que je n’ai pas vécu pour rien.

RC   avr  2017


Susanne Dereve – Offrande


Les-tombes-rupestres--640x480-.JPG

nécropole rupestre – Abbaye de St Roman – Gard

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un bon bois de chêne, lisse au toucher, robuste et clair, 

gardez-moi des vaines offrandes,

ces urnes que les us épandent en sombres paraboles abandonnées au vent,

aux rumeurs infécondes et sourdes du levant

et qu’un bras malhabile se devrait de répandre au-delà du silence

comme on boit le calice âcre de la souffrance     

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un carré de terre,

de ce terreau qu’égrainera la pelle d’un ton clair  

il faut du temps il faut des fleurs pour oublier

il faut ce marbre uni où poser des œillets     

l’herme aux lueurs du soir est plus doux au malheur que ces brumes d’errance le vent a-t-il jamais  séché les larmes de douleur

 

De cendre ou de poussière lorsque le temps viendra

choisissez un bon bois de chêne lisse au toucher, robuste et clair

et dans ce vieux pays de Rance enterrez-moi près de mon père.

 

 

suivi de ma  « réponse »

 

Quel que soit le carré de terre,
que des pelles viendront blesser
la pierre ou le marbre,
l’ombre des cyprès,
les noeuds de leurs racines,
auprès de toi,

Quel que soit le vent,
qui répandra les cendres,
comme autant de paroles vaines,
et aussi les fleurs
qui meurent, de même,
dans leur vase,

Il y aura un temps pour oublier,
lorsque les mousses
auront reconquis la pierre gravée,
les pluies effacé les lettres :
              – même la douleur 
ne peut prétendre à l’éternité .

Que l’on enterre une princesse
avec ses bijoux,
et toutes ses parures,
ne la fait pas voyager plus vite
sur le bateau
de l’au-delà…

Ce qu’il en reste
après quelques siècles :
>          quelques offrandes,
et des os blanchis
ne nous rendent pas sa parole
et le ton de sa voix.

A se dissoudre complètement
dans l’infini,
                         c’est encore modestie :
– On pourra dire « elle a été » -,
mais le temps du souvenir,
se porte seulement dans le coeur des vivants .


RC

 

:

 


Désintégration – un chant dans les hautes terres de Mongolie – ( RC )


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Le soir devient un fait établi,
et s’étale,          presque fluide,
sur les hautes plaines de Mongolie.

On perçoit dans la langueur des ombres,
un chant étrange,       comme si les pierres,
en tapis, étaient le fruit de paroles sèches,

une métaphore du désert chantant  :
le reste de l’explosion des roches,
répandu dans le désert de Gobi,

l’esprit des dunes,
une désintégration,
à échelle minuscule,

un fractionnement ( en tous petit morceaux ) ,
qui s’assemblent au gré du vent,
avec                 une fluidité lente .

>    On n’en cerne pas les formes,
car les dunes se déplacent
et ondulent,            dans le silence,

( ou presque, )
puisque ce chant ténu,
serait celui ,

produit par la friction
de quantités de grains de sable,
auquel l’horizon         répond,

en un bourdonnement continu
qui semble de loin,
horizontal,       justement,

mais recule,
de même     que les distances
alors que l’on s’avance .

Les ondes s’étirant,
tant dans l’espace aérien , qu’au sol,
arrivant à  fusionner.


RC – juill 2017

 

basé  sur la musique  de Tristan Murail  » désintégration »,

composée précisément par rapport au désert de Gobi .


Anise Kolz – Somnambule du jour


 

 

Motherwell     wanderers    1986.jpg

Peinture  Robert Motherwell

 

Et Dieu demanda au poète :
« Qu’as-tu fait de mes paroles
plus fertiles que les semences ? »

Le poète répondit :
« J’en ai fait des poèmes
ils ont explosé

Comme l’astrologue
je contemple les trous noirs »

 

 


Philippe Delaveau – Jardin du Luxembourg ( 1 )


peinture  – François Gall                    –   landeaux  au jardin du Luxembourg

 

 

Ongles blessés de mes mains vous le savez

j’ai déchiffré les cicatrices de la ville

oreilles la voix du vent vous l’avez pressentie

aux cheveux sur nous en bataille

écorce de marronnier aussi sèche que lèvres

écorce muette et nos bouches muettes

quand il fait nuit la moindre étoile émeut

ou seulement le mot étoile à sa propre fenêtre

nuit contre jour – lune pâle soleil

où nous habitons croît l’obscurité

je me promène dans les rues de Paris

mes mains scrutent le secret des pierres

je me promène dans les rues de ma tête

les yeux clos pour atteindre au secret de vie

joue contre l’arbre et yeux debout

nous affrontons notre navigation

sable en vie roule sous le bruit des pieds

l’ombre à nos pas cèle un secret

et la nuit sur la ville doucement refermée

la ville obstinément et violemment fermée

Paris erre Paris gémit dans la mémoire

avec la voix des morts et la voix des vivants

qui plus a disparu – qui plus est vivant ?

qui de vous disparaît qui infléchit le temps ?

je me perds dans les rues de Paris

mes yeux sont las mes paroles se perdent


j’ai traduit tes paroles en formant des cercles concentriques – ( RC )


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Sans savoir que ton pied
marche sur l’eau sans s’y enfoncer,
c’était l’image du vent
agitant les saules
et les bras de la nuit
qui repoussent le jour.

Les pierres flottaient sur leur reflet
et c’était l’oeil de la lune,
soudain sorti du lac,
qui décrit ton contour,
sans pour autant
se répandre en mots.

Du récit du silence,
et des feuilles portées
par le mouvement :
un doux clapotis de vagues,
j’ai traduit tes paroles en
formant des cercles concentriques.

 » On m’a dit que les mots
se déposent en cercle
autour des pierres  » .

RC  – janv  2016

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Thomas Pontillo – Dans la nuit ( extrait de Incantations )


gravure: Jean Bilquin

gravure: Jean Bilquin

Dans la nuit qu’aucun passant n’arraisonne,
vivre est déjà un chien errant,
parmi les roses de la colère
quelques visages s’ouvrent à l’éblouissant chaos.

Dans la nuit qu’aucun mot n’interroge,
j’entends mes jardins d’enfance écarter l’hiver de leurs branches,
mais où vont nos amis perdus,
vers quelles contrées, pour quel tourment ?

Dans la nuit qu’aucun arbre ne console
il y a un homme agenouillé dans ses paroles,
il mêle le passé au présent et c’est toujours
le même orage à ses tempes.


Aquarium – ( RC )


photo aquarium de Barcelone

 

Tu entends  des sons
Comme  à travers une  paroi de verre :
Ecoute bien …             on dirait la mer .
Les branchies ouvertes  des poissons,

Semblables  à la conscience : palpitantes
A la surface glisse la lumière,
Là où l’eau s’appuie  sur  l’air.
Entre les nuées,       un soleil dilettante…

Prisonnier  de ta  condition,
Regarde un peu plus haut, que ton univers,
Et même si c’est le monde à l’envers,
Attrape au passage, un rayon,

Porte  les mains à tes oreilles,
Courbées  comme des  coquilles  de noix.
Tu entendras peut-être ma voix ,
A nulle  autre pareille .

On peut les boucher, à la cire
Et laisser  s’échapper      bien des paroles,
Qui poursuivent  ailleurs,      leur  envol ,
Ou faire le choix            de les  saisir…

Ecoute bien…         on dirait la mer .
Son ressac incessant  sur la plage,
Cet aquarium est comme une  cage,
Transparente,  mais  amère…

 

RC – dec 2014


François Corvol – Langue


 

A fortune teller  - diseur de bonne aventure - photographe non identifié

A fortune teller –  diseur de bonne aventure         – photographe non identifié

Les paroles persistaient et mes yeux, certainement moins
dans le vague, s’étaient repositionnés dans les siens, semblables
aux oiseaux qui vont, pour une raison que j’ignore
se poser sur un fil électrique au-dessus de ma tête
puis observent, gazouillent, manifestent leur présence
avant que le désir de se mouvoir n’émerge à nouveau.
Ils sont pressés de retourner librement dans le ciel.
Décontraction du château intérieur, fluctuations sereines et solides
des joies du dedans, lesquelles, s’exilant du royaume
laissaient échapper un rire innocent et sincère
attiré à soi comme un enfant qu’on extrait de son instinct de fuite.
Ceci ne m’importait guère
étant son visage caché, le langage secret que seul j’honorais
par lequel je m’évadais, avec l’espoir qu’elle me suive
et se détache d’elle-même.

 


Pierre Bergounioux – L’orphelin ( petit extrait )


dessin- gravure  nkvdo-  automne

dessin- gravure nkvdo- automne

« J’entendais, par intermittence, un gazouillis lointain et dans les intervalles de plus en plus longs, il n’y avait plus que l’odeur d’humus, la saveur acidulée de l’air froid, le goût d’arbre.
  Il y a un ultime intervalle, un dernier gazouillis après quoi c’en est fini de la voix du dedans. Ce n’est même plus un oiseau.
Pourtant, je suis rentré parce qu’un jour j’avais voulu. Je devais. Je me suis détaché du tronc, j’ai hasardé le premier pas vers ce canton de ténèbres au pied duquel scintillait l’essaim des lumières de la ville.
C’est comme de naître, un arrachement cruel.
Les jambes, qui touchaient terre, ont contracté, les premières, la rigidité des racines aériennes, des contreforts que possèdent certains arbres exotiques.
On a les joues cartonneuses, insensibles, comme de l’écorce, les dents soudées au point que, on a perdu l’aptitude à modeler des sons, à former des paroles, avec.
Car c’est quelque chose dont on peut aussi se passer quand on a rallié la forêt, les royaumes de la nuit. »

S’il manque quelques mots – ( RC )


 

illustration  A Lacaze

illustration A Lacaze

 

 

S’il manque quelques mots,

Aux idées qui s’enfuient,

J’irai les repêcher plus loin…

Elle auront suivi leurs cours,

Arrêtées en chemin,

Par des branches qui dépassent,

 

Et, au contour des pierres,

Où ma parole s’est ralentie,

Malgré le courant,

Cette phrase est intacte,

Maintenue au frais.

 

Elle est juste un peu plus loin,

En aval.

 

Je la reprendrai telle quelle,

Et si tu n’es plus là,

Je te la garderai ,

… pour une  prochaine fois….

 

 

RC – avril 2014


Ps posthume ( RC )


image: encre perso 1978

image: encre perso 1978

 

 

 

C’est  un dialogue brisé,

D’un grand coup de hache,

Qui t’a jetée au sol.

…. Et ce dialogue continue dans l’absence.

 

Il y a toujours

Sur la table,   tes paroles,

Prisonnières du papier,

Qui pourtant , s’envolent,

Aussi fraîches  qu’elles sont écloses.

Et qui parlent encore,

Sitôt sorties de l’enveloppe.

 

Je pourrais presque

Encore te répondre,

Mais mes lettres envoyées

Tomberaient dans le vide,

Comme dans un puits sans fond,

Ne restituant aucun écho.

———-    – plus aucun écho.

 

>           (alors,      je les pense  )

Peut-être aussi, que tu te caches si bien,

Que tu te confonds

Avec la nuit,

Comme un jour elle ,     ( tu ) m’enveloppera (s).

RC –   mars 2014

 

—–

 

– auquel je joindrai le beau poème de Pierre Dhainaut, qui va dans le même sens:

 

A la mort de M.

Pour qui parler sinon pour ceux qui nous précèdent
en l’invisible ?
Absent, ils n’ont qu’un peu d’avance.
Aucune inscription, seulement la terre
moins lourde, ici.
L’amour par-delà les regards,
l’amour affranchira les souffles :
acquiescer à la mort comme au feuillage qui s’agite,
nous faisons plus que retrouver la voix,
le silence y devient un arbre d’air ou de lumière.

Du corps j’ai perdu l’empreinte – ( RC )


photo:         Ivar Ivrig

Des brûlures noires,

Aux paroles tendues

Se consument encore

Dans un Styx immobile

Quand la pensée se fige,

Etranger à son propre corps,

Un pays natal, où s’oxyde

Une eau au goût,

Qu’on ne reconnaît plus .

Ou seulement le goût

De la cendre,

A regarder s’éloigner,

Toujours davantage,

La rive,   les champs.

Ils ne sont plus que surfaces ocres,

Et les arbres une masse sombre,

Un crépuscule du désir,

Et les braises éteintes ;

( du corps j’ai perdu l’empreinte ) .

On y distingue même plus,

Les fleurs piétinées,

Le tout sera bientôt,

Recouvert par un rideau de fumée…

RC  – 28 novembre 2013


L’improbable côtoie le réel – ( RC )


montage perso  2011

–                montage perso                    2011

Si la nature                       à l’automne,

Pousse    un dernier chant de couleurs,

Une mosaïque           d’ors et de bruns,

Qu’elle brasse        à longueur de vents,

En couronnant la terre de ses saveurs ,

Elle conduit     peut-être –            

 La plume du poète,    

Quand il assemble, 

Ligne après ligne,

La musique de ses mots,

Arcqueboutés,    comme arc-en-ciels,

A travers une nuit  qu’il invente,                    

Des rêves qu’il traverse,

Tissant                 aux fils de l’écrit,

Des images,                  qui se disent,

Et s’entrelacent     comme brindilles,

Et          qu’on entend avec les yeux,

L’improbable             cotoyant le réel,

La joie,

Le saignement du cœur,

Traçant    son chemin,

Toujours                   plus loin,

Oscillant entre les saisons

Des           paroles non dites,

Mais    comprises par chacun .

RC   décembre  2013


Paroles en déni, glacées d’incendies ( RC )


peinture: Baziotes

      peinture:            Baziotes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des dits, des non dits,

Et des paroles en déni

Autant glacées qu’elles  brûlent,

Ainsi sur mes doigts crispés,la neige…

Voguant la passion,

Avant que retombe le murmure  du silence,

Poignards des incendies,

Effaçant la nuit,

Orange, la ville  s’allume,

Comme elle illumine sa tragédie,

En quelque sorte, le bouquet final,

Juste avant le retour du glacial,

Lorsque tout sera partie  en fumée,

Et notre histoire,  consumée.

RC – 5 septembre 2013

 

 

 


Papiers de bouleaux ( RC )


Photo:  site maerchenbilder

Paroles et murmures,

S’inscrivent à l’encre sympathique,

Au dos des feuilles,

–         Papier de soie,

 

Ecorces des bouleaux,

Soumis aux secrets,

De la croissance,

Et même s’enracinant,

 

Dans un terreau lourd,

Où gisent les morts,

qui murmurent peut-être,

A ces écritures debout,

 

Blanches,

 

Gardant aussi,

Jalousement les confidences,

Données aux sentinelles de la plaine.

RC – 3 septembre 2013


Voyager dans vos paroles ( RC )


dessin: Celine Colombel

Mon souvenir ira voyager                  dans vos paroles
En possible accueil,                    c’est une trace ténue
Qu’en vous soigneusement  ,       vous garderez émue
En une dernière escale,              comme une aile frôle

Au plus sûr de votre cœur,             ce sera une place.
Pour l’ ami                              aux paroles prodigues
Ayant peut-être égaré ,        le nom.           Il navigue
Au milieu de l’esprit  –               rien ne l’embarrasse

C’est un homme vivant ,               qui part et s’élance
Comme                         un ciel d’orage sur les mâts
–         L’homme   le plus tenté par l’amour   s’ébat
Et vents, poussent  navires                avec élégance…

RC  – 01-2012


Il est des paroles précieuses ( RC )


installation:               Michael Heizer

 

Il est                         des paroles précieuses,

De celles qui dessinent un contour inoubliable

A travers l’air, à travers l’espace d’une page.

Il est des voix, qui traversent les époques,

Marquent la peau des mots

De la couleur des choses précieuses,

Et qu’il serait inutile de taire, d’enfermer dans une boîte,

Et de                                      soustraire au monde,

Comme celui qui enfouit son or, sous la terre.

 

Celle-ci a beau garder ses secrets,

Sous l’épaisseur nourricière, parcourue de racines,

On y trouve quelquefois des bijoux, et quelques pièces,

Mais surtout des cadavres,          qu’il est plus décent

De cacher aux yeux des vivants,

Et de cacher aussi les crimes,      des mêmes vivants,

En attendant l’oubli,       – à défaut de pardon

Et le retour à la terre…

 

Sous elle, –                       beaucoup de silence,

De la glaise collante         et des pierres lourdes,,

Mais , des pensées et des voix,                point ;

– Elles ont besoin des vivants

Pour continuer leur course,

De bouche en oreilles,              d’écriture en lecture,

–    De pensées en pensées,         comme ricochant

Sans s’arrêter           sur un fleuve devenu très large,

Que chacun alimente,                           à sa façon.

 

Il est des paroles précieuses,

Marquées de la peau des mots,

Qui coulent de source

Et leur couleur importe aussi ,       peu,

Sans jamais les enfouir

Dans son corps

Ou au creux de la terre.

 

— > Il suffit de les écouter.

RC – 22 avril 2013

écrit  en relation avec un texte  précédent:

« manteau de terre »


Le bruit dans mes tempes ( RC )


peinture:      Odilon Redon.       Le coquillage

 

Le bruit et le sang

Pénètrent dans mes tempes,

Et l’âme éclatée,

Tourbillonne sur elle-même,

Prisonnière de mon Je,

Tête et corps assemblés,

En bonne logique,

Et pourtant séparés.

Ce n’est pas par la distance,

Mais la terre qui parle

A travers nous,

De l’antre et de l’arche.

L’oeil du silence

Et pourtant le bruit

Des désirs qui se heurtent

Aux mémoires sensibles.

L’océan des plaines douces

Aux tensions secrètes,

Le ventre coquille,

Qui boit mes émotions.

Et comme les silex

Qui se heurtent

Les bouquets d’étincelles,

-nous engendrons nos ciels –

Dans un voyage

Aux lointains d’écume

Où il n’est pas besoin de paroles,

Pour s’entendre en échos….

RC – 4 mars 2013


Boîte de verre ( RC )


Photo métro:   Pierre Sabathie

Dans la boîte, il se pourrait que je sois lié,
A l’égal des poissons, du bocal,
prisonnier,
de l’air , comme eux le sont des eaux pâles…

C’est un lieu muet où ne portent pas les bruits.
Lorsque s’ébranlent les trains,  le regard les suit.
Ceux ci glissent en silence,
Vers  d’autres circonférences…

Accompagnant leur forme de bonbon fuselé
Mobiles  éclats  de reflets  ailés,
Se mélangent à ceux des ascenseurs,
Emportés  en douceur,

Vers des sous-sols inventés,
En tout cas hors de portée,
Malgré toute cette activité,
Fantômes en bouche ouverte habités.

De tous ces sons qui pèsent.
Il est de bon ton qu’ils se taisent…
C’est la discrétion assurée.
Les cris et paroles emmurées…

Ainsi, comme le dialogue de mes voisins,
Si proches et pourtant si loins…
Rien ne vibre, rien ne se capte
Un langage de silence comme les  carpes….

( en tout cas , c’est tout  comme )
S’ils étaient  en aquarium…
Ce qui reste un mystère
Au delà de la paroi de verre.

RC – 19 février  2013


Ibrahim Koné – J’ai compris


 

 

oeuvre graphique,        centre d’ art de Vilnius,      – 2011

J’ai compris.

J’ai compris qu’il vaut mieux se taire quand on veut se faire entendre
Que le silence est une cruche, remplie d’un nectar doux et tendre
Que la patience des braves ne se mesure pas toujours en terme de victoire
Que la vie d’ici bas n’est pas qu’un purgatoire

J’ai compris qu’il vaut mieux sourire en quittant ce monde
Que les larmes sont le signe de l’abandon et du doute
Que le sourire efface la crainte même dans la déroute
Qu’il n’y a rien de meilleur que l’harmonie et la paix profonde

J’ai compris que le temps ne passe pas comme l’on croit
Que c’est nous qui passons dans le temps qui nous tend la main
Que gagner le pain a la sueur de notre front n’est pas une croix
Que la vraie croix est la façon dont nous mangeons ce pain

J’ai compris que la beauté n’est qu’une pale copie de la bonté
Que la parure du cœur vaut mieux que les fards sur le visage
Que les belles paroles ne font pas toujours le sage
Que le sage et le fou sont les deux voix de son immense bonté

J’ai compris que finalement je n’ai rien compris
Que chaque jour révèle que nous n’avons rien appris
Que ma raison n’est pas nécessairement ton tort
Que la vérité n’est pas toujours du coté du plus fort
J’ai compris…

Ibrahim Kone.             ( auteur ivoirien)

 

 


Rudyard Kipling – Tu seras un Homme, mon fils


 

photo - archeologie - restes de village nuragique ( Sardaigne)

 

 

 

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir,
Si tu peux être amant sans être fou d’amour ;
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d’un mot ;


Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

 

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront ;
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

 

Rudyard Kipling

 

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you
But make allowance for their doubting too,
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream–and not make dreams your master,
If you can think–and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build ’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it all on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breath a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: « Hold on! »

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with kings–nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you;
If all men count with you, but none too much,
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds’ worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And–which is more–you’ll be a Man, my son!

 


René Char – Nos paroles sont lentes


photo: National Park New Zealand -- qui fait penser fortement à Caspar D Friedrich

 

 

 

 

Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s’élancer et de se joindre. Notre voix court de l’un à l’autre ; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré, la tire à lui, la retient, l’interroge. Tout est prétexte à la ralentir. Souvent je ne parle que pour toi, afin que la terre m’oublie

 

Georges Braque, peinture "L'envol "


N’ayant pas égaré ma plume – (RC)


 

 

peinture-dessin: reproduction aquarellée de mail-art- production personnelle

 

N’ayant pas égaré ma plume, au clair de la brume,

Dans mes forêts , mon marécage, toi ton bocage

Je n’ai pas oublié que le pouvoir des mots

Aidait chacun à sortir de sa cage,

Du désert, ou de l’urbain étalage de bitume

Les mots sont l’aide d’un bruit silencieux,

Ceux ci nous disent l’exister, et l’approche des lieux

La vie, comme souffle , paroles et partage

Au delà des contraintes et orages.