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Cribas – Sur la colline du 24ème siècle


peinture: Philip Guston

peinture:        Philip Guston  – Outskirts

Sur la colline du 24ème siècle

Cribas

Le soleil monte sur la colline encore un peu rouge

Je sais que tout à l’heure

Mon ombre y dessinera à nouveau son tombeau

J’étais parti sans partir

Je reviens sans revenir

Mais je dois rejoindre les rayons brûlants de son halo

Je dois retrouver mon chemin qui a rencontré le chaos

Je dois retourner au bord du précipice

Tout au bord de ma voie suspendue

Je reviens là où continue le vide

Où s’est arrêtée la folie

Inerte et vaincue.

 

On en fait des détours et des tours

Avec ou sans aide on refait le grand tour

Mais on revient toujours sur le lieu du crime

Un lac, un parking, un souvenir

L’amour en morse gueule depuis l’antenne de secours

On revient toujours, après mille lieues, mille heures du même parcours

On revient effondré

Haletant et déjà à nouveau assoiffé

On revient une fois encore

Comme toujours

Sur la ligne de départ de ses amours dopées

On revient comme un cheveu blanc, gavé du gras des années de grisailles, un écheveau sans projets sur le fil du rasoir

Avec des mots, et dans sa bouche ses propres yeux,

Et dans sa poche

Des oreilles pleines de guerres

Comme des prières secrètes qu’on ne peut plus taire

Des sourdines qui tombent comme un cheval mort sur la soupe

 

Avec un os rongé jusqu’à la moelle dans la gueule, et un reste de tord-boyau somnifère qui n’a pas servi

On fait mine

En posant un genou à terre dans les starting-blocks

D’être déjà prêt,

C’est reparti pour un tour, une course dans la nuit sous la lune étoilée

Avec en point de mire une vie de moins en moins murgée

Sobre et contemplant la grande ourse

Comme inerte et vaincue

Et de calme gorgée.

 

La colline vire au bleu

Je sais que tout à l’heure

Je l’aurai entièrement remontée

Ma petite vie en retard

Mon existence d’esthète à remontrances automatiques

 
Cribas 07.07.2013

 


Ahmed Mehaoudi – dire aux choses qui passent


dire aux choses qui passent…

 

photo: Tim Corbeel: promenade de l’âme

te seras dans ses bras

tant de berceuses moisies

mais qu’hiver ou automne

essuient les larmes  c’était jadis

que tu pleurais

jadis quand c’était de belles défaites de coeur

 

tu seras dans ses  bras

ce que ne dis plus le temps

ni de ces rouges maisons où sifflait le merle

ni encore le blanc rossignol

levé tôt à vous chanter la complainte

 

ce rien dans ses bras

à poser la tête sur l’épaule qui veille

ces yeux noirs de soupirs

dans ses bras

à écouter la joie de l’aube blanchir le jour

et toi partir avant…

 

 

 


Claude Esteban – Suis-je


photographie de reportage: Islande

 

« Article » -poème  extrait  du blog  « terre  de femmes »

 

 

 

 

Suis-je
quelqu’un qui se regarde partir

et ne retrouve à ses côtés
que la poussière, ai-je perdu

la trace du soleil, une phrase
revient qui me servait jadis de guide

dès l’aube, je descends, je m’allonge
contre un caillou

le prodige
m’attendait là, ce jardin

que j’imaginais immense, les rires
d’une femme dans l’été

suis-je celui qui souhaite seulement
que son corps le quitte
et que les mots désertent le matin.