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Françoise Gérard – Arpèges


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peinture – Douanier Rousseau – bohémienne endormie sous la lune – 1897 Moma ( N York )

Si peu
trois mots
deux silences
le soupir de la lune
l’eau claire d’une nuit d’été
la chanson douce des étoiles
du bout des doigts sur la corde d’une guitare
dans le jardin parfumé de jasmin
quelques notes en cascade
éclaboussent les passants
en riant

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Jean Tardieu – fantômes


Ce n’est pas tout à fait la terre

que connaît un chacun.

Je découvre mille mystères

Dans les coins, un par un.

Le train, c’est une histoire étrange

avec tout ces regards !

Aux braves gens les mauvais anges

sont mêlés tôt ou tard.

Une route se remémore

tous les pas disparus

Mais elle attend — et rien encore

n ‘est vraiment apparu.

Qu il faille un peu manger pour vivre.

On connaît bien cela

Mais je veux qu’un dieu noua délivre

de qui nous mangera.

J’ai vu souvent de longs passants

sur l’asphalte foncé :

Ce n’étaient que des vêtements

où loge la fumée.

Peut-être, étant assez distrait.

m’étais-je trompé d’heure

Et les ai-je vus de trop prés

Au moment où ils meurent.

Moi-même, un jour, prés d’un miroir

Je fus bien étonné

de ne plus rien apercevoir

Ni mon front, ni mon nez !

Le ciel passait à travers moi

Tout était calme et lisse

Et j’entendais le temps qui glisse

Sur le sol gris et froid.

1940

texte publié dans la revue « poésie 84 »


Restes d’une langue électrique ( RC )


image extraite d’un film « noir » américain

 

 

 


Au sommet  d’immeubles,
Les lettres  s’échappent, s’agitent.
Certaines se précipitent, se mêlent
finissent par retrouver  leur ordre.
En néons verts se disputant aux  rouges.

Ce sont les façades voisines qui assistent à leur  course.
Balbutiant leur clignotement.
Deux lettres, presque au milieu  du mot,
lassées , vibrent  d’une lumière  déteinte,
maladive,     à leur base.

Personne ne songe  à les  remplacer.
Leur message  n’est sans doute pas indispensable,
c’est sans  doute un reste de langue électrique,
qui peut ne s’exprimer  
que par onomatopées :

il peut s’échapper des syllabes,
cela n’a  que peu d’importance,
Une partie du paysage urbain,
s’activant dès que le soir
commence à épaissir le ciel.

De l’endroit où je l’observe,
Ce que je vois, est à l’envers.
J’ai le vague  souvenir  d’un film,  de gens sur les toits,
poursuivis par d’autres, et la lumière émise,
les cachant plus qu’elle  ne les  révèle .

J’imagine les passants
gardant autour de leur corps
une auréole de néon,
alternativement  verte  et rouge,  
qu’ils  emporteraient  avec eux.

Mais l’arrivée du bus me ramène sur terre.
Je monte dedans.
Avec l’avenue empruntée,
je devrais pouvoir lire l’enseigne  à l’endroit,
quand il aura fait le tour  du rond-point.

Mais un rideau d’arbres
aux feuilles encore denses s’interpose.
Décidément cela ne me semble pas destiné,
pas plus qu’à mes voisins,
le regard  absent, pressés de rentrer chez eux,          sans doute.

 

RC – oct 2015

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