voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “passé

Franchi le seuil – (Susanne Dereve)


Assunta Genovesio Atelier 2009           

    Assunta Genovesio – Atelier – 2009

 

 

                                                   Pousser la porte     la main tremble

Franchi le seuil

le pas hésite   enjambe l’unique marche usée

 

On ne sait  rien des années

de ces heures érodées

comme les sédiments d’une très ancienne  histoire             

                               

muets    

enténébrés  d’absence       

 

La pièce respire encore de la pénombre  

du silence

à peine un souffle    serpentin ondoyant dans les filets

de la mémoire

les housses blanches    et la lumière blonde

sur le chevet terni        révélant la poussière         

un éternel Dimanche                              

le dernier grain de vie         

    

Dans la frêle réverbération  du miroir 

discerne-t-on encore  l’écho d’une présence                                                

moins qu’une étincelle

un voile  masquant la  brume lumineuse d’été

– et lorsqu’ elle se déchire on est presque étonné 

d’y voir percer le ciel

d’un doux bleu de faïence

d’un vide de dentelle ou de pierre

un chapiteau roman

un cimetière champêtre  dormant

à flanc de crête

embrassant la vallée indolente d’un œil aveugle

compassé –    

 

Alors  on    referme la porte  doucement

– on  prend soin de ne pas soulever  la poussière –

Peut-être les vieilles souffrances implorent-elles

seulement une prière

pour mourir au matin    on les couche

 comme on irait le faire d’un enfant  chagrin

 

on n’est venu chercher ce que la vie porte de deuil

que pour aller en paix  suivre d’autres chemins    

                                             

 


Oubli (Susanne Derève)


André Marchand, 1907-1997, Paysage de neige, 1940, musée des Beaux-Arts de Nancy 8415754243

 André Marchand, 1907-1997, Paysage de neige, 1940,

 

Cendres légères

rêveries désarmées                                                                           

mémoire.

 

Cendres du passé

De l’innocence aveugle.

Richesses

vous ai-je crues dans un autre autrefois

solaires     

inépuisables

et de vie à trépas

vous voilà à mains  nues

tristement balayées         

effacées                                abolies

 

                                                                      

Sel blanc sel entre les doigts flutés

sable sec des larmes inutiles.

 

Spoliés  

dépossédés nous sommes

des ivresses de l’amour

des tendresses égarées de l’âme                                                                       

enfouies dans ces images monochromes

du souvenir

liquéfiées                             dissoutes.

 

                                                        

                               

Nuits du sommeil intolérable

nuits d’insomnie

où le vertige                                                                                             

de ce que nous avons vécu             

ce que nous avons laissé échapper

                                               s’enfuir

 

ce que nous avons cédé à l’oubli

pamoison inutile  vaine

nous laisse agonisant

de l’irréparable douleur de la perte.

 

Comme le noyé sur la grève

échoué à la frange des vagues

entre deux eaux

entre deux mondes

entre veille et sommeil.

 

Que l’emportent que nous emportent les voiles

du passé

s’il faut finir

alors n’attendons plus           vivons

 

 

 

 


Paul-Jean Toulet (Le tremble est blanc)


 

pierre bonnard 1

            Pierre Bonnard   Jeune fille jouant avec un chien

 

 

Le temps irrévocable a fui. L’heure s’achève.

Mais toi, quand tu reviens, et traverses mon rêve,

Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève,

                         Tes yeux plus clairs.

 

A travers le passé ma mémoire t’embrasse.

Te voici. Tu descends en courant la terrasse

Odorante, et tes faibles pas s’embarrassent

                         Parmi les fleurs.

 

Par un après-midi de l’automne, au mirage

De ce tremble inconstant que varient les nuages,

Ah ! verrai-je encor se farder ton visage

                        D’ombre et de soleil ?

 

 

 

Les Contrerimes  Poésie / Gallimard


Philipp Larkin – à propos de l’album de photos d’une jeune femme


Résultat de recherche d'images pour "vintage woman photo bicycle with hat"

Enfin vous m’avez laissé voir cet album qui,
Une fois ouvert, m’affola. Tous vos âges
En mat et en brillant sur les épaisses pages !
Trop riches, trop abondantes, ces sucreries
Je me gave de si nourrissantes images.

Mon œil pivote et dévore pose après pose –
Cheveux nattés, serrant un chat pas très content,
Ou vêtue de fourrure, étudiante charmante,
Ou soulevant un lourd bouton de rosé
Sous un treillage, ou portant chapeau mou

(Un peu gênant, cela, pour diverses raisons) –
De toutes parts, vous m’assaillez, les moindres coups
Ne venant pas de ces types troublants qui sont
Vautrés à l’aise autour de vos jours révolus :

Dans l’ensemble, ma chère, un peu indignes de vous.

Mais ô photographie semblable à nul autre art,
Fidèle et décevante, toi qui nous fais voir
Morne un jour morne et faux un sourire forcé,
Qui ne censures pas les imperfections
– Cordes à linge et panneaux de publicité –

Mais montres que le chat n’est pas content, soulignes
Qu’un menton est double quand il l’est, quelle grâce
Ta candeur confère ainsi à son visage ,
Comme tu me convaincs irrésistiblement
Que cette jeune fille et ce lieu sont réels !

Dans tous les sens empiriquement vrais ! Ou bien
N’est-ce que le passé ? Cette grille, ces fleurs,
Ces parcs brumeux et ces autos sont déchirants
Simplement parce qu’ils sont loin ;

En semblant démodée, vous me serrez le cœur,

C’est vrai ; mais à la fin, sans doute, nous pleurons
D’être exclus, mais aussi parce que nous pouvons
Pleurer à notre aise, sachant que ce qui fut
Ne nous priera pas de justifier notre peine,
Même si nous hurlons très fort en traversant

Ce vide entre l’œil et la page. Ainsi, je reste
A regretter (sans nul risque de conséquences)
Vous, appuyée contre une barrière, à vélo,
A me demander si vous noteriez l’absence
De celle-ci où vous vous baignez ; en un mot,

A condenser un passé que nul ne peut partager,
A qui que ce soit votre avenir; au calme, au sec,
II vous contient, paradis où vous reposez
Belle invariablement,
Plus petite et plus pâle année après année.

Philipp LARKIN
« The Less Deceived  »
(The Marvel Press, 1955)  Traduction in « Poésie 1 » n° » 69-70


Patti Smith – M Train – ( le temps réel )


Résultat de recherche d'images pour "patti smith horloge"

J’ai refermé mon carnet et suis restée assise dans le café en réfléchissant au temps réel.

S’agit-il d’un temps ininterrompu ? Juste le présent ?

Nos pensées ne sont-elles rien d’autre que des trains qui passent, sans arrêts, sans épaisseur, fonçant à grande vitesse devant des affiches dont les images se répètent ?

On saisit un fragment depuis son siège près de la vitre, puis un autre fragment du cadre suivant strictement identique.

Si j’écris au présent, mais que je digresse, est-ce encore du temps réel ?

Le temps réel, me disais-je, ne peut être divisé en sections, comme les chiffres sur une horloge. Si j’écris à propos du passé tout en demeurant simultanément dans le présent, suis-je encore dans le temps réel ?

Peut-être n’y a-t-il ni passé ni futur, mais seulement un perpétuel présent qui contient cette trinité du souvenir.

J’ai regardé dans la rue et remarqué le changement de lumière. Le soleil était peut-être passé derrière un nuage. Peut-être le temps s’était-il enfui ? 

Patti Smith « M Train « 


Thomas Duranteau – Pierre lourde


photo Yannick LeGoff - rencontres photo d'Arles

photo Yannick LeGoff –       rencontres photo d’Arles

Pierre lourde
emmaillotée de nos doutes
jetée là
pour mesurer les profondeurs
pour faire vomir le passé

*


Nous sommes sans doute sortis de leur esprit – ( RC )


création perso - à partir  de logiciel 3D

création perso – à partir de logiciel 3D

Une existence tourbillonne,
Et se tourne sur elle même,

En trajectoires,
Elles semblent diverger,
Mais restent parallèles,

Si habiter son propre corps,
Renvoit à plusieurs,

Et qu’il est difficile
De s’y retrouver,

De s’y réfléchir, même,
Comme penché sur un miroir,
Donnant un tout autre aspect,

Selon l’éclairage,
Le lieu,
Et le temps, habités.

Le défilé des images,
Penchées sur le passé,

Peut revenir sans cesse,
Si on le souhaite.

Il suffit de revenir
Quelques séquences en arrière,
Ou montrer le film à l’envers.

Les trajectoires parallèles,
Sont-elles les mêmes,

A travers des personnes semblables
Habitées par leur rôle ?

Chacun s’habille de la peau
De l’être qu’il incarne,
Conduit son propre fil,

Et arrive à se confondre,
Au coeur même de sa vie,
Avec le jeu, qui le poursuit.

Courts-circuits des apparences,
Echanges des existences,
Comédie et faux-semblants

A l’aspect changeant, caméléon,
Selon les habits,
Que l’acteur  aura revêtus,

Le récit est mené,
Et s’interprète,
Tortueux,         et          modifié,

Avec             la passion,
Elle-même mise en scène…

Superposant la fiction,
Et le drame,
Auquel on aura survécu…

Comme la vie traversière,
Parcourue de réminiscences,
Avec le part des choses,

Où se superposent,
Le jeu du comédien,
Grandiloquent,

Et celui de l’histoire personnelle,
Que l’on perçoit, translucide,

Du corps, et des années ,
Reconduites,
Où –             le présent est aussi le passé.

Les cartes                                 se rebattent,
Et apparaissent dans un ordre différent,
Mais                                   ce sont les mêmes.

Si les frontières s’abolissent,
Entre le vécu et l’imaginaire,

Quand l’aujourd’hui,
Se dilue dans les transparences,
De ce qui fut…

Si ce qui a été n’est pas le pur produit,
De ce qu’on  a rêvé,

Partageant encore, divers rôles.
Inventés par d’autres.

Les auteurs inventant constamment,
De nouvelles créatures,
Pour les besoins du récit.

Nous sommes sans doute,
Sortis de leur esprit

– encore que
Nous n’en soyons pas si sûrs,

Et on se croise soi-même
Aux détours de leur mémoire…

Et de la nôtre

RC – 10 décembre 2013
.

( en pensant à la pièce de Pirandello   » six personnages  en quête  d’auteur « 

…  et au film de David Lynch  » Inland Empire »


Ara Babaian – Les visages apparaissent dans la nuit comme des prières


peinture: Isabelle Levenez

              peinture: Isabelle Levenez

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les visages apparaissent dans la nuit comme des prières,
avec des hymnes gravés sur leur front,
et comme les rivières l’ont fait,  la terre l’a fait,
ce siècle est de les noyer,
les plier dans des pages non lues de l’histoire.
Avril est rempli de sons du printemps
et la voix des duduks sur le sable.
Je ne peux pas enterrer le passé tranquille,
Ainsi, chaque année j’écris au printemps,
lorsque le sang saigne des fleurs.

Ara Babaian: [Faces appear at night like prayers]

Click to hear the audio clip of Faces appear at night like prayers

read by Lola Koundakjian.

Faces appear at night like prayers,
with hymns etched upon their foreheads,
and as rivers did, as land did,
this century is drowning them,
folding them into history’s unread pages.
April is full of the sounds of spring
and the voice of duduks on the sand.
I can’t bury the quieted past,
so every year I write in spring,
when blood bleeds from flowers.

 

du site de la poésie  arménienne,           traduction perso.

 

 


Le goût des cendres a toujours la même saveur ( RC )


Affiche secondaire du film       « La route » ( d’après le roman de Cormac McCarthy)

S’il y a des tempêtes,

Des cataclysmes, secouent la planète,

Des failles soudaines s’ouvrent sous les villes,

La journée de la colère – ( il y a bien la fête des pères ) –

Où tout bascule

Un monde qui s’anéantit

 

Des îles rayées de la carte,

Les rues de Pompeï sous la cendre,

L’Atlantide s’enfonce, même dans le souvenir des hommes

Les civilisations éteintes, les régions désertées…

  • par quel événement soudain – ?

Caprices météorologiques, gel brutal..

( la main du divin , sur le soleil),

celui qui appuie par erreur sur le bouton rouge,

pensant appeler son domestique…,

 

Brusque montée des eaux, et voilà Noé à l’aventure,

gardien d’une diversité biologique en péril…

Au vaste coup de torchon, le calme plat qui suit l’orage,

Restent les graines têtues qui germent quand même ,

Un jour, même lointain, et qui percent le sol mutilé,

Dévasté sous la lave , ou les poisons des chimistes,

Emportant dans leur floraison future, toutes les erreurs

D’un monde à reconstruire, penché sur les larmes d’un passé.

 

— Prodiges d’énergie et de reconstruction,

Sur les fondations anciennes, la ville neuve s’érige,

Au pays qui s’affirme, le langage   s’élabore,   les lois se multiplient…

Des propriétés qui s’étendent, et avec ,      les spéculations immobilières,

Les cupidités, qui vont avec,                et les guerres les plus cruelles.

A travers l’histoire recommencée,

Le goût des cendres a toujours la même saveur.

RC- 27 avril 2013

 

 


Ara Babaian – des visages apparaissent dans la nuit comme une prière


poésie  arménienne: Ara Babaian:  dont  j’ai  légèrement modifié  la traduction pour mieux l’adapter  – selon moi –  au sens

Cliquer pour écouter le clip audio de visages apparaissent dans la nuit comme une prière lue par Lola Koundakjian.

peinture  Ake Göransson

peinture Ake Göransson

 

 

La nuit des visages viennent

aux apparences de prières
avec des hymnes à leur front
et comme, les rivières, avant,
comme la terre,
notre siècle
les noie, les insère aux pages
d’histoire qu’on ne lit jamais
Avril résonne de printemps
du son des flutes sur la grève
je ne peux pas enterrer
le passé qu’on a fait taire
alors j’écris chaque printemps
lorsque les fleurs
perdent leur sang
Ara Babaian
traduit par Sylvie M. Miller

 

 


Témoins discrets et obstinés ( RC )


objets abandonnés:           photo  images  d’Yci

Restés en patience dans les greniers,
Soustraits  au jour, et aux regards
Et tissés de toiles  d’araignées
Et qu’on retrouve un jour, par hasard.

Les objets désuets stockés dans un coin
Gardent quelque part un message,
De leur  voix venue de loin,
Leurs formes étranges, dont on ne sait plus l’usage.

Manches en bois et parties  en fer,
Et l’éclat rouge des cuivres
Ce dont nous parlent les livres,
L’encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

Les cabinets  de curiosité
Les outils anciens  du musée
Dont nous portons l’hérédité
A l’époque  des fusées.

Le passé n’est pas  éliminé
En traversant l’histoire
Les  témoins discrets, se sont obstinés
En nous le donnant à voir

Et portent  tout leur sens
Attendant que la mémoire nous revienne
Lorsque nous sommes  en présence
Des époques  anciennes…

Tout ce qu’on trouve enfoui
Au fond de nos tiroirs,
Petit à petit recouvert, du voile de l’oubli,
reste cependant en mémoire.

En dehors de la nôtre, pour agir ainsi
Elle voyage  au-delà de l’absence,
Ou plutôt reste déposée, dans le lit de l’ici,
Lorsque la vie accumule, ses sédiments denses

Si lentement, qu’on n’a pas l’esprit d’y penser,
Cachant peu à peu , ce qui fait sa magie
En strates  compactes  et compressées,
Révélées par les sondages d’archéologie .

Je  retrouve les traces,
De ce qui est resté tel quel
Et qui patientent,  tenaces
Attendant  l’action de la pelle…

Sous le manteau de la terre
On a caché ce qui fâche
Tout ce qui fallait taire
Que  soigneusement, on cache

Sous le côté lisse
Et les parterres  de fleurs
L’enquête têtue, peut trouver indices
Des drames et mal-heurts.

Sous les tombes muettes ,
Traces  révélées  de  l’ADN
Ou bien , dans les éprouvettes
A remonter le temps qui s’égrène.

 

 

RC  – 17 février 2013


L’interrogation du soleil ( RC )


photo      rgbstock

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

RC     -21 octobre 2012

photo Jose Chiyah


Miguel Veyrat – Sans le souvenir du passé


Sans le souvenir du passé, notre avenir restera dans la boue.    ( réflexion du matin)
REFLEXIONES MATINALES.
Sin la memoria del pasado nuestro futuro seguirá en el lodo.
Without memory of the past, our future will remain in the mud.         ( Morning thought)

M Veyrat

peinture: Suzana  Obrecht..  Daphne

peinture:   Suzana Obrecht..                Daphne  1986


Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )


peinture:   Max Ernst      « lop-lop »             (ainsi sont nommés les oiseaux  surréalistes  de M E )

 

 

 

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens

tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante

ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude


.
Tahar BEN JELLOUN

 

Auquel j’ajoute mon  « interrogation du soleil »  –  qui a été composée sans  que je connaisse  le texte ci-dessus,

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

RC     -21 octobre 2012

 


Yvon Le Men – haut placé


Gravure ancienne - XVIIè s description de l'empire Ottoman

 

 

 

 

 

« Son fils habite rue Paul Eluard/ quelqu’un de haut placé/ comme elle dit.

 

Plus haut que le maire ?/ Oui/ beaucoup plus.

 

il n’est pas d’ici

 

D’ici/ où les noms de rue/ résonnent encore des cris des résistants

 

D’ici/ d’où chaque jour elle cherche/ quelqu’un de pas trop haut placé/ pour chaque jour

 

Partager sa journée/ en deux/ et une partie cartes/ à quatre.

 

Elle vit/ avec elle/ depuis si longtemps

 

Elle vécut avec son amour/ il y a si longtemps/ du temps du passé/ simple.

 

Elle se souvient d’elle/ petite fille/ ne se souvient pas/ du nom des joueurs de carte/ d’avant-hier.

 

Elle ne connaît pas Paul Eluard/ ne sait pas qu’il a écrit une phrase/ qu’elle connaît

 

La mort est rentrée en moi comme dans un moulin

 

Et qu’on appelle un vers. »

 

photo: Ron Van Dongen


Pierre Bergounioux – le poids des jours passés


document image: projet de décoration

Le poids des jours passés, des espérances mortes, les bonheurs enfuis sans que j’aie su qu’ils étaient des bonheurs, l’enchevêtrement des fils rompus me tiraient à la renverse, m’empêchaient d’avancer…
Je n’ai jamais douté que le présent, le devenir, le temps de reste soient les bien véritables.
Mais j’en use fort mal, occupé que je suis à réduire le passif en quoi le passé finit par se muer.
Je dois revenir en arrière pour aller de l’avant.
J’ai des comptes à rendre, des ombres à dissiper, des fantômes qui réclament des explications, des apaisements.
——-
Pierre Bergounioux,
Où est le passé?(Source : abalem)
voir  aussi le blog de brigetoun, qui nous propose  des extraits commentés  de certains  de ses écrits