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Patti Smith – M Train – ( le temps réel )


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J’ai refermé mon carnet et suis restée assise dans le café en réfléchissant au temps réel.

S’agit-il d’un temps ininterrompu ? Juste le présent ?

Nos pensées ne sont-elles rien d’autre que des trains qui passent, sans arrêts, sans épaisseur, fonçant à grande vitesse devant des affiches dont les images se répètent ?

On saisit un fragment depuis son siège près de la vitre, puis un autre fragment du cadre suivant strictement identique.

Si j’écris au présent, mais que je digresse, est-ce encore du temps réel ?

Le temps réel, me disais-je, ne peut être divisé en sections, comme les chiffres sur une horloge. Si j’écris à propos du passé tout en demeurant simultanément dans le présent, suis-je encore dans le temps réel ?

Peut-être n’y a-t-il ni passé ni futur, mais seulement un perpétuel présent qui contient cette trinité du souvenir.

J’ai regardé dans la rue et remarqué le changement de lumière. Le soleil était peut-être passé derrière un nuage. Peut-être le temps s’était-il enfui ? 

Patti Smith « M Train « 


Patti Smith – sur la mort de Robert


C’est le tout premier texte de son ouvrage   » just Kids »...  elle  évoque  le  décès  de Robert Mapplethorpe…  « Foreword » ( préambule).

photo:            Robert Mapplethorpe         – Javier – 1985

J’étais endormie quand il est mort. J’ avais appelé l’hôpital pour lui dire encore bonne nuit, mais il avait disparu  sous des couches de  morphine.

Je tenais le récepteur et j’ai écouté sa respiration laborieuse à travers le téléphone, sachant que je pourrais ne jamais l’entendre à nouveau.
Plus tard, j’ai  rangé
tranquillement mes affaires, mon cahier et stylo. L’encrier de cobalt qui avait été le sien. Ma coupe de Perse, mon coeur pourpre, un plateau de dents de lait.

J’ai monté lentement les escaliers, comptant les marches : quatorze , l’une après l’autre.

Je tirai la couverture sur le bébé dans son berceau, embrassai mon fils endormi, puis me suis allongée à côté de mon mari et ai dit mes prières.

Il est encore en vie, je me souviens avoir chuchoté. Ensuite je me suis endormie.

Je me suis réveillée tôt, et alors que je descendais l’escalier, je savais qu’il était mort. Tout était calme, il y avait encore le son de la télévision qui avait été laissé dans la nuit. C’était sur une chaîne d’arts . Il y avait un opéra .

J’étais attirée par l’écran quand Tosca a déclaré, avec puissance et tristesse, sa passion pour le peintre Cavaradossi. C’était une matinée froide de Mars et j’ai mis un pull.


Je levai les stores et la lumière est entré dans le studio. Je lissai le lourd tissu de lin drapant ma chaise et ai choisi un livre de peintures de Odilon Redon, l’ouvrant sur l’image de la tête d’une femme flottant dans une petite mer. Les yeux clos. Un univers pas encore marqué ,contenu sous les paupières pâles.

Le téléphone a sonné et je me suis levée pour répondre.


C’ était le plus jeune frère de Robert, Edward. Il m’a dit qu’il avait donné un dernier baiser à Robert de ma part, comme il l’avait promis. Je restai immobile, frigorifiée; puis, lentement, comme dans un rêve, je suis retournée à ma chaise. A ce moment, Tosca a entamé le grand aria «Vissi d’arte. » J’ai vécu pour l’amour, j’ai vécu pour l’art. Je fermai les yeux et croisai mes mains.

La Providence avait choisi comment je pourrais lui dire adieu.

PS

(traduction RC )

peinture : Les yeux clos, Odilon Redon, 1890

peinture : Les yeux clos, Odilon Redon, 1890

I WAS ASLEEP WHEN HE DIED. I had called  the  hospital to say one more good night, but he had gone under, beneath layers of morphine. I held the receiver and listened to his labored breathing through the phone, knowing I would never hear him again.
Later I quietly straightened my things, my notebook and fountain pen. The cobalt inkwell that had been his. My Persian cup, my purple heart, a tray of baby teeth. I slowly ascended the stairs, counting them, fourteen of them, one after another. I drew the blanket over the baby in her crib, kissed my son as he slept, then lay down beside my husband and said my prayers. He is still alive, I remember whispering. Then I slept.
I awoke early, and as I descended the stairs I knew that he was dead. All was still save the sound of the television that had been left on in the night. An arts channel was on. An opera was playing. I was drawn to the screen as Tosca declared, with power and sorrow, her passion for the painter Cavaradossi. It was a cold March morning and I put on my sweater.
I raised the blinds and brightness entered the study. I smoothed the heavy linen draping my chair and chose a book of paintings by Odilon Redon, opening it to the image of the head of a woman floating in a small sea. Les yeux clos. A universe not yet scored contained beneath the pale lids. The phone rang and I rose to answer.
It was Robert’s youngest brother, Edward. He told me that he had given Robert one last kiss for me, as he had promised. I stood motionless, frozen; then slowly, as in a dream, returned to my chair. At that moment, Tosca began the great aria “Vissi d’arte.” I have lived for love, I have lived for Art. I closed my eyes and folded my hands. Providence determined how I would say goodbye.


Langue au pas à pas des signes ( RC )


photo:        Herlinde Koelbl:         Robert Mapplethorpe, 1983

C’est en suivant         pas à pas ,

–                            Des traces sur les murs,

   Et le sol                     d’un immense labyrinthe

Qu’une vie entière ne suffirait pas à appréhender,

–                        Qu’elle fit sienne une langue,

Imprimée de marche                          intime,

< Dont                seule elle détenait les clefs,

Que je comprenais,        je crois,      un peu,

–            Sans pouvoir la déchiffrer tout à fait.

RC  – 20 mai 2013

–  en rapport  à une phrase  de Patti Smith,  ( et son rapport à Rimbaud ):

« Rimbaud détenait les clefs d’un langage mystique que je dévorais même lorsque je ne pouvais le déchiffrer tout à fait »

–     dédié à Arthémisia


Patti Smith – animaux sauvages


 

photo: Robert Mapplethorpe – crâne

 

 

 

 

 

Est-ce que les animaux crient comme les humains
quand leurs êtres aimés chancellent
pris au piège emportés par l’aval
de la rivière aux veines bleues

Est-ce que la femelle hurle
mimant le loup dans la douleur
est-ce que les lys trompettent le chiot
qu’on écorche dans l’écheveau de sa chair

Est-ce que les animaux crient comme les humains
comme t’ayant perdu
j’ai hurlé j’ai flanché
m’enroulant sur moi-même

Car c’est ainsi
que nous cognons le glacier
pieds nus mains vides
humains à peine

Négociant une sauvagerie
qui nous reste à apprendre
là où s’est arrêté le temps
là où il nous manque pour avancer

Patti Smith, Présages d’innocence, Christian Bourgois éditeur, 2007, pp. 96-97. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Darras.

 

 

photo patries71

Photo   Patries71

 

 


Patti Smith – Roses brûlantes


image; montage perso juin 2011

Patti Smith,

la  star punk-rock,  est connue  aussi pour ses recueils  de poésie…

voila  l’une  d’entre elle,  dont j’ai un peu modifié ( peut-être à tort), ce qui nous  est donné à lire  sur  cette page

ROSES BRULANTES

Mon Père, je brûle les roses
Mon Père, seul Dieu saura
ce que le coeur secret révèle
des danses antiques avec la biche

Père je l’ai blessée  profondément
Père je ne la blesserai plus
j’ai valsé au milieu des épines
où  les roses brûlaient sur le sol

ma fille puissiez-vous  en rire un jour,
une bougie rêve une bougie dessine
le coeur qui a brûlé
brûlera pour toujours
puissiez-vous ,vous retourner,  pendant que les roses tombent

BURNING ROSES

Father I am burning roses
Father only God shall know
what the secret heart discloses
the ancient dances with the doe

Father I have sorely wounded
father I shall wound no more
I have waltzed amongst the thorns
where roses burn upon the floor

Daughter may you turn in laughter
a candle dreams a candle draws
the heart that burns
shall burn thereafter
may you turn as roses fall

Patti SMITH