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Paul Celan – Enclos du temps


photographe  non identifié

photographe non identifié

 

Mon

âme inclinée vers toi

t’entend

orager,

 

dans le creux de ton cou mon étoile

apprend comme on sombre

et devient vraie,

 

des doigts, je la tire au dehors —

viens, entends-toi avec elle,

encore aujourd’hui.

 

 

Meine

dir zugewinkelte Seele

hört dich

gewittern,

 

in deiner Halsgrube lernt

mein Stern, wie man wegsackt

und wahr wird,

 

ich fingre ihn wieder heraus —

komm, besprich dich mit ihm,

noch heute.

 

Paul Celan –      Enclos du temps, traduit par Martine Broda, Clivages, 1985


Paul Celan – Toute la vie


photo Jerry Uelsman

photo :         Jerry N.Uelsmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les soleils des demi-sommeils sont bleus comme

tes cheveux une heure avant le jour.

Eux aussi poussent vite comme l’herbe sur la tombe d’un oiseau

Eux aussi sont attachés par le jeu, que nous jouiions comme un rêve sur les bateaux de la joie.

Aux falaises crayeuses du temps les poignards aussi les rencontrent.

les soleils des sommeils profonds sont plus bleus : comme ta boucle

ne le fut qu’une fois ;

je m’attardais comme un vent de nuit sur le sein à vendre de ta sœur

tes cheveux pendaient sur l’arbre d’en dessous, mais tu n’étais pas là.

Nous étions le monde, et toi tu étais un arbuste devant les portes.

Les soleils de la mort sont blancs comme les cheveux de notre enfant :

Il s’éleva des eaux montantes, quand tu dressas une tente sur la dune.

Il sortit le couteau du bonheur aux yeux éteints.


Miguel Veyrat – Il cache le feu ( à la mémoire de Paul Celan )


 

Il cache le feu  »

Il cache le feu
dans les bassins de la mort récente
Et regarde la voix indiquant
un saut léger
à d’autres seins:
Mémoire d’une l’eau agitée par le vent
souvenir de brûlure,semelles de mémoire , vapeur d’ombre
qui ne laisse pas de sillage,
ou tremblements
dépôt à la mémoire. Voile sanglante
ceux dont la mémoire
ne se rappelle pas
et n’ont jamais choisi d’être catholiques ou juifs:
Mémoire de coquelicots dans la neige.
Feux. Pentes confuses. Zones de tirs.

Miguel Veyrat

Dans ‘ contre-jour» (Onze poèmes à la mémoire de Paul Celan)  –  tentative  de traduction  RC, de

“Se esconde el fuego”

Se esconde el fuego
en las cuencas de los muertos más recientes
y aguarda la voz que indique
el salto leve
hacia otros pechos:
Memoria de agua agitada por el viento
que arde, memoria de soles, vapor de sombra
que no deja estela,
ni trémula
gota a la memoria. Sudario sangriento,
memoria de aquellos
que no recuerdan
haber nunca elegido ser católico o judío:
Memoria de amapolas en la nieve.
Fuego fatuo. Confusas laderas. Zona de tiro.

En “Contraluz” (Once poemas en memoria de Paul Celan)
Ed. Los Cuadernos del Céfiro (Breviarios poéticos) 1996©


Paul Celan – Matière de Bretagne


photo & montage persos:              Bretagne 2012  Ploumanach

MATIERE DE BRETAGNE

Lumière de genêt, jaune, les pentes
suppurent vers le ciel, l’épine
courtise la plaie, cela
sonne là-dedans, c’est le soir, le néant
roule ses mers à la prière,
la voile de sang fait route vers toi.

Sec, envasé,
le lit derrière toi, enjonque
son heure, en haut,
près de l’étoile, les ruisselets
laiteux babillent dans la boue, datte de pierre
en contrebas, buissonnante, bée dans le bleu,
un arbrisseau d’éphémère, superbe,
salue ta mémoire.


Paul Celan – Marée basse


 

 

symbole du zodiaque Ste Austremoine, Issoire, Art roman

 

marée basse. Nous avons vu
les balanes, vu
les bernicles, vu
les ongles sur nos mains.
Personne n’a découpé le mot dans la paroi de notre cœur.

(Traces du crabe des plages, le lendemain,
sillons de rampants, galeries d’habitation, dessin
du vent dans la vase
grise. Sable fin,
sable gros,
détaché des parois, auprès
d’autres parties dures, dans les
débris.)

Un œil, aujourd’hui,
l’a donné à son frère, tous deux,
fermés, ont suivi le courant jusqu’à
leur ombre, déchargé
la cargaison (personne
n’a découpé le mot dans — —), fait ressortir
le harpon — une langue de terre, devant
un silence
minuscule et non navigable.

Paul Celan,             Grille de parole


Paul Celan – à ton ombre


timnbre poste – reproduction de Matta – o tableau noir

 

 

Celan

 

à ton ombre, à ton
ombre toute mal-sonnée aussi
j’ai donné sa chance,

 

elle, elle aussi
je l’ai lapidée à coups de moi-même,
moi le droit-ombré, le droit-
sonné –
étoile à six branches
à laquelle tu as
adonné ton silence.

 

aujourd’hui
adonne ce silence où tu veux,

 

catapultant du sous-sacralisé par l’époque,
depuis longtemps, moi aussi, dans la rue,
je sors, pour n’accueillir aucun cœur,
jusque chez moi dans le pierreux-
multiple.

 


Paul Celan : Cologne (adaptation de) – Ahmed Bengriche


A visiter ce site foisonnant de textes, d’auteurs  très intéressants  dont Ahmed Bengriche  se fait l’écho,  ainsi  que des adaptations personnelles, dont  voici l’une  d’entre  elle  prise  « au hasard », mais j’y ai tout de suite perçu une  sensibilité  de haute volée…

intérieur cathédrale de Cologne

Cologne

 

Temps du cœur, ils sont debout

les rêvés

pour les chiffres de minuit.

 

un peu parla dans le silence immobile, un peu se tut

un peu alla son chemin.

Banni et perdu

étaient chez eux.

 

Vous cathédrales.

Vous cathédrales, pas vu

vous fleuves, pas entendu

vos horloges si profondes en nous.

Lit de neige

 

Yeux, aveugles au monde, dans la faille du mourir : je viens,

pousse rude au cœur.

je viens.

 

Mur de l’abrupt, miroir de la lune. En bas.

(Lueur tachée de souffle. Sang strié.

Âme nuageuse qui encore une fois est proche d’une figure.

Ombre des dix doigts-enserrés)

 

Yeux, aveugles au monde

yeux dans la faille du mourir,

Yeux, yeux ;

Le lit de neige sous nous deux, le lit de neige.

 

Cristal sur cristal,

au temps profond emprisonné, nous tombons,

nous tombons et gisons et tombons,

et tombons :

 

Nous fûmes, nous sommes.

Nous sommes une chair avec la nuit,

à la lisière, à la lisière.

photo Elaine V – passant devant les « boîtes » ( installation Chr Boltanski )


Paul Celan- Voix dans le vert


Voix dans le vert

du plan d’eau entaillées.
Quand le martin-pêcheur plonge,
la seconde vibre:
ce qui se tenait à ses côtés
sur chacune des rives
avance,
fauché en un autre tableau.
Voix venues du chemin aux orties:
Viens à nous sur les mains.
Qui est seul avec la lampe,
Pour y lire, n’a que sa main.
—-

Paul Celan, in Grille de parole, traduit par Martine Broda, Christian Bourgois éd

 

peinture: E Vuillard


Paul Celan – Siberien


extrait du blog  très  fourni et riche en littératures passionantes…de brigetoun

SIBERIEN

Arcs de prières – tu

ne t’y joignais pas, c’étaient,

tu le penses, les tiennes.

 

Le cygne-corbeau était suspendu

devant les premières étoiles :

fente des paupières dévorée,

se tenait un visage – aussi

sous cette ombre.

 

Petite, dans le vent de glace

oubliée, petite

clochette

avec ton

caillou blanc dans la bouche.

 

Moi aussi,

j’ai la pierre aux couleurs-de-mille-ans

dans la gorge, la pierre du coeur,

à moi aussi,

il me vient du vert de gris

sur la lèvre.

 

À travers les champs de décombres, ici,

par la mer de laîches, aujourd’hui,

elle passe, notre

route de bronze.

Je suis couché là et te parle,

un doigt

écorché vif.

Paul Celan

« La rose de personne »

Éditions Corti