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Herberto Helder – De Mundo 02


Evert Lundquist - 5 STILL LIFE II 1950.jpg

peinture: Evert Lundquist   – nat morte     1950

 

Une cuillère débordante d’huile d’olive
une main tremble à passer
le fil qui partage le monde :
cuillères de feu :
leur reflet calcine paupières et pupilles
– cuillères rasant les braises en équilibre
sous les abîmes d’atomes
des jours.

Parce qu’il doit mourir
dans le sommeil tombe l’eau froide, et elle bout,
dans le sommeil l’eau devient calcaire et froide
ah cette brusque montée de fièvre,
les images insensées.
Le pelage noir des mères suinte sur ce visage d’enfant
qui se détourne.
Seul lui peut ainsi se détourner si longtemps
en dormant,
enfant qui s’étire
Cherchez-moi un nom pour la mémoire
une harmonie sonore
que l’on puisse écrire sans se dévoiler
un nom pour mourir.
Parce que l’enfant traverse tout
et va se heurter au centre même
de lui-même.

…et puis plus aucun n’ose parler, et
chaque chose devient acte

au-dessus de chaque chose, et tout ce
qui est visible bouscule un territoire invisible.
Rendu à la vie – et par cette parole minimale
apparaît alors un presque rien
qui arraché de la feuille et à
l’écriture maladroite semble
la surface imposante de Dieu, c’est ainsi
que tu es rendu à la vie, toi
qui juste un moment avant étais mort.

 


Alfred Jarry – Cynégétique de l’omnibus


train pour Versailles ( on s’y croirait )– quand même  les  sièges  font  tache…

Des diverses espèces de grands fauves et pachydermes non encore éteintes sur le territoire
parisien, aucune, sans contredis ne réserve plus d’émotions et de surprises au trappeur
que celle de l’omnibus.
Des Compagnies se sont réservées le monopole de cette chasse ;
à première vue l’on ne s’explique pas leur prospérité; la fourrure de l’omnibus est en effet
sans valeur et sa chair n’est pas comestible.
Il existe un grand nombre de variétés d’omnibus, si on les distingue par la couleur ;
mais ce ne sont là que des différences accidentelles, dues à l’habitat et à l’influence
du milieu.

Si le pelage du « Batignolles-Clichy-Odéon », par exemple, est d’une nuance
qui rappelle celle de l’énorme rhinocéros blanc, le « borelé » de l’Afrique du Sud,
il n’en faut chercher d’autre cause que les migrations périodiques de l’animal.
Ce phénomène de mimétisme n’est pas plus anormal que celui qui se manifeste chez
les quadrupèdes des régions polaires.

Pour lire  l’écrit de Jarry  en entier, voir ce site….


Joël Bastard – Le sentiment du lièvre


photo - National Geographic: la forme inclinée de l'arbre - Tanzanie - Martin Schoeller

JOËL BASTARD
Le sentiment du lièvre

Les pointes souples de l’érable dessinent le vent sans retenir sa forme. Elles nous donnent à voir son corps qui passe longuement. Chargé d’épices, d’aubes musquées. Chargé du sentiment lointain des pelages.

sur Joel Bastard,  voir  la page  de  « lieux  dits »