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Li-Young Lee – Oreiller


 

art: détail de peinture de  Peter Vanderlyn  1730

art:     détail de peinture  de           Peter Vanderlyn       1730

 

 

 

Oreiller

Rien
que je ne puisse trouver là-dessous.
Des voix dans les arbres.
Les pages manquantes de la mer.
Tout
sauf le sommeil.

Et la nuit est une rivière
reliant les rivages du dire
à ceux de l’écoute.
Une forteresse
inviolée,
indéfendue.

Rien
qui ne puisse y être contenu :
fontaines obstruées
de boue et de feuilles,
habitacles de l’enfance.

Et la nuit commence
avec les doigts de ma mère
délaissant les fils noués
et dénoués
pour effleurer les motifs de notre histoire
à vif.

La nuit est l’ombre allongée
des mains de mon père
réglant l’horloge
pour la ressusciter.
Ou alors celle
de la pendule disloquée,
et des chiffres qui s’envolent.

Rien qui n’y ait trouvé sa place :
plumes élimées,
chaussures orphelines,
un alphabet en miettes.
Tout
sauf le sommeil.

Et la nuit commence
avec la première décapitation
du jasmin.
Son parfum captif débarrassé enfin
de la parure du deuil.


Pillow

There’s nothing I can’t find under there.
Voices in the trees.
The missing pages of the sea.
Everything but sleep.

And night is a river
bridging the speaking
and the listening banks.
A fortress,
undefended and
inviolate.

There’s nothing that
won’t fit under it :
fountains clogged with
mud and leaves.
The houses of my chilhood.

And night begins when
my mother’s fingers
let go of the thread
they have been tying and
untying
to touch toward our
fraying story’s hem.

Night is the shadow of
my father’s hands
setting the clock for
resurrection.
Or is it the clock
unraveled, the numbers
flown ?


Laurent Campagnolle ( Loyan ) – C’est l’heure


photo pascal5600 ( de fotocommunity)

c’est l’heure

C’est l’heure du soleil indien. Quand presque tout et tous ont repris la marche mécanique d’un certain monde, l’heure où Diego s’abstrait dans la lumière des lieux retirés. Hier il était de plage, pris entre la bande de sable et le miroir de ce restaurant vitré qui crée une factice péninsule, plus quelques baigneurs face au léger vent marin, cet après-midi il est de hamac, surplombé d’un corridor aérien peu fréquenté, aux abords de Paris, dans une villa close d’arbres et de tourterelles. Il parcourt une revue d’art et de littérature achetée plus tôt vers l’école nationale des beaux-arts, de laquelle, à force de typographies aux fins empâtements et de grands fonds blancs, nait naturellement une sensation de distinction. Voilà le dessein réel de toute vie rêvée. La grâce de ce qui, juste, est, en son lieu et temps. Rien ne vient rider la profondeur de l’instant de bascule de l’été vers l’automne. Et l’aspect aérien du moment tient en partie à la gravité du parcours qui l’a précédé. Il faut avoir connu le poids de la terre pour goûter l’heure sans poids – ce citron confit. Ce grand petit monde a une espérance de vie de quelques minutes, sa netteté jaune déjà décroît, mais en mémoire, la soustraction aux contingences et le détourage flou du balcon, de l’encadrement, ont pris leur place, stable, profonde. La pensée que depuis quelques jours presque tous et tout s’agitent existe, à la façon d’un rêve oublié au réveil ou d’un pic-vert invu cognant un arbre mort en lisière de forêt. Lui s’est fondu, a gagné le noyau dans l’amande du temps. Oui, bien assez tôt, il faudra retourner à la compagnie générale des signaux, aux mètres étalons, poids et mesures, mouvements atomiques du temps universel énoncé par la voix enregistrée – au quatrième top il sera exactement dix-neuf heures, vingt et une minutes, trente-huit secondes, cinq millisecondes. Le mouvement perpétuel à quantième n’a jamais cessé, simplement, par la force du retrait sans heurt, dans un coffret hermétique de gaze et d’ouate il a été placé, empêchant l’émission du tic-tac du temps mécanique, soustrayant Diego à son écho. Et cette libération silencieuse, sans témoin, se vit de cercle en cercle, reliant les échappés d’une rive à l’autre, d’une langue à l’autre, d’un âge à l’autre. L’ombre portée s’intensifie sur le mur. Le contour des arceaux de métal et du chambranle de bois s’étirent, sous l’effet de la vibration. La beauté qui en sort a trait aux expériences de laboratoire, quand les graphes portent encore une part irrésolue. Si proche des centres de pouvoir et si distinct d’eux. Diego les imagine quand la réciproque paraît impossible. Quel centre a connaissance de ses marges ? Quel rôle joue chacun ? Les places ne sont pas attribuées ad vitam aeternam. Du tic-tac au trictrac se glisse le r du rêve, de la rage, de la reconnaissance, du redressement, du rayon (vert), de la ruse, de la rapine, du retour, du restitué, du resitué. Diego a dîné à dix-sept heures d’une ciabatta aux olives, d’un verre de Saint-Estèphe et de tranches d’un fromage de brebis pâteux. Descend l’heure de la nuit, sans à coup. Approche le temps des gelées et des nuits sans bourdonnement d’insectes. Les cercles sont en place. Cercle a tracé la figure du labyrinthe. Edwarda la pave de seins et de cuisses – l’érotisme n’aurait d’image qu’au féminin ? La suspension tient encore, un peu, d’un fil. Rien n’a été travaillé aujourd’hui par lui dans l’ordre économique des choses. Mais de commerces, sa journée atteste, celui de la chère, des pensées, des chairs, des mots, des croquis. Diego a plusieurs visages au corps. Il est à votre image, vous libellules qui de rives en rives, sans bruit mais en grâce, portez le sens de l’air : libre.

le site de L Campagnolle  peut être  visité  ici…


Examens ( RC )


C’est tout un rassemblement qui s’aligne

Toute une cohorte de têtes  qui se penchent

Et que défient le sablier des minutes

A la progression lente…

 

L’extérieur se heurte aux façades et plantes,

Et de vie , n’a d’horloge que sa course circulaire

Hameaux de nuages pourchassés par le vent, le soleil, les rideaux

Temps  découpé, la pendule des savoirs

 

Aux fronts plissés, fait écho à la mémoire

La teneur des choses, au long des années   –  convoquée

Tient en questions et réponses,

 

Quelques feuillets d’une  écriture large

Un espace ouvert, laissé à la marge.

 

 

RC          – 28 juin 2012