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Abdelkebir Khatibi – Dédicace à l’année qui vient


extrait du recueil  » Dédicace à l’année qui vient »

 

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peinture D G Rossetti – Matin musique – 1864

 

La blonde d’antan
Et la rousse d’autrefois
Tant de belles ténébreuses
Pour mes jours ensoleillés
Aux quatre points cardinaux

Chaque saison les étrenne
De quelques rayons de miel
Et chaque anniversaire
Renouvelle ma grande promesse
Oublier ce qui s’oublie
Et aimer ce qui se perpétue
Sur le cadran du Paradigme :
Pensée du jour retour de la nuit

Je ne sais
Si le partage d’un secret
Tresse
Comme un tapis déroulé
La posture du corps
Je ne sais doublement
Mais je sens le transport
D’un regard à l’autre
M’accordes-tu
Le rite de ta grâce ?
L’émerveillement du Nom ?
Leur procession ?


Même le paysage s’interrompt dans ses éclats – ( RC )


peinture:                  R Magritte :                  le promenoir des amants.

Et c’est illusion, si l’espace, que l’on pensait libre de contrainte,

se voit tout à coup enfermé dans une paroi.

Ainsi l’oiseau en plein vol se précipite dans le piège des vitres,

où même le paysage s’interrompt dans ses éclats .

C’est comme si l’élan était rompu (un baillon ).

On se voyait libre, de parler, de réfléchir, et de se dire ;

mais on se heurte aux faux semblants et aux étendards de l’arrogance .

Le souffle n’avait pas besoin de ponctuation ;

et voilà qu’on ne peut pas terminer ses phrases.

Le fil de la pensée est rompu ; on en arrive à ne plus oser se dire,

puisque vivre ne peut pas se faire, sans que des barrières soient imposées.

Certains aiment en jouer , parcourir les murailles d’un labyrinthe inextricable :

ils ont de l’ambition ; ce sont souvent des bavards et souhaitent avoir réponse à tout….

D’autres préfèrent leur parcours intérieur, visible d’eux seuls, et se réfugient dans le silence.

RC – mai 2015


Une construction venue d’autre part – ( RC )


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volume :Geneviève  Seillé  

 

On dirait une construction venue d’autre part.
C’est une forme étrange, où les matériaux s’assemblent,
tissés ensemble par la soie invisible d’un esprit,
repoussant les vents de sable.
On pourrait dire que c’est une tour de Babel,
toujours en cours
à la recherche d’une certaine idée de la perfection.
Je ne connais pas son architecte,
et sans doute n’y en a-t-il pas :
c’est juste une réalité, née de sa propre necessité.

Je lis, de la même façon,
les textes du poète :
tout est caché et visible en même temps:
des mots sont nés, le temps de l’écriture,
et du voyage de la pensée,
relayés par la main qui les a inscrits:
une parole en volutes
sur le papier offrant sa virginité:
Tout est visible et tout demeure secret:
fleuri de sa propre logique et croissance.

Il n’est de toute façon pas nécessaire
de comprendre comment ça tient ;
comment ça peut , par moments,
toucher les étoiles:
il n’est pas sûr
qu’on puisse retrouver la clef,
>      l’auteur lui-même
ne sait pas qui la possède,
construisant de ses propres rêves
une réalité
qui lui prend la main.

RC – fev 2016

 


 

 


Embrasser le monde, même à courte échelle – ( RC )


peinture Antoni Tapies_- 1951 Asia _Sao Paulo Museum of Modern Art, Brazil

peinture Antoni Tapies_- 1951 Asia            Sao Paulo Museum of Modern Art,           Brazil

 

 

Avec quelques idées, des pas hésitants sur la berge,

Il se hasarde sur le seuil de l’existence,

 

Et quelquefois trempe son corps         en entier,

Ou juste un doigt,   histoire de « tester ».

 

C’est sûr,                sa vue ne porte pas loin, pas plus

que la lueur d’une lampe de poche, pointée sans grande portée.

 

Nous dirons que c’est la nuit, ou un soir bien avancé.

Ce n’est pas un phare, qui fend l’obscurité.

 

Mais plutôt une luciole .

Une pensée qui jouit de sa propre lumière .

 

L’étreinte de l’extérieur,             est un espace .

qui semble se refermer sur lui à mesure qu’il avance .

 

L’arbre était immobile ,  sentinelle de plein vent .

Une présence,   qu’il aurait pu ne pas voir ,

 

s’il était passé une dizaine de mètres sur le côté .

En fait,        la marche porte son propre aveuglement .

 

Il est difficile d’embrasser le monde, même à courte échelle,

Sans se faire porter par la lumière d’un astre .

 

Celle d’un livre, par exemple .

Sans être universel,           le regard en sera plus étendu .

 

 

RC – nov 2014


Jean-Gilles Badaire – L’atelier


photo perso: expo J Gilles Badaire "nos fantomes"   avril 2015

photo perso:             expo J Gilles Badaire              « nos fantômes » avril 2015

 

 

L’Atelier

Bien d’autres y verraient la forge du vent, le ventre du chaudron, l’irréconciliable,

mais non plutôt l’odeur des roues dans la neige et les efforts calleux.

Je vis dans ce marécage aux accents roux et mauves d’un au-delà de magicien.

La peinture est collée contre les vitres, le ciel est d’araignée,

les pots attendent qu’un maelstrom interne les habite.

Et la pensée ravaude le moindre effet du réel.

J’absorbe jusqu’à l’étouffement les torpeurs des goudrons et des graisses

et les restitue ainsi mouillées sur la toile d’or et de lin.

La mort dort certainement ici.

Les ongles noircis.

J-G. BADAIRE

photo perso - vue de l'exposition Badaire - Marvejols

photo perso – vue de l’exposition Badaire – Marvejols


Des fleurs volées , et des heures envolées – ( RC )


 

plongée  eaux  roses   nénufars  - collage  herbier

 

 

 

 

image   » collage perso  »

Des fleurs volées,
Et des heures envolées,
Au parcours des chemins,
Tiennent au creux de la main,

Comme ces mots notés,
Sur un coin de papier,
Car nullement ils n’encombrent
Dans la poche … restés à l’ombre.

Ils sont soudain sortis
Du creux de l’oubli,
Pour re-surgir ainsi,
Au soleil de midi.

Ce sont des fleurs séchées,
Une esquisse à peine ébauchée,
Des mots malhabiles,
Et des vers fragiles,

Tout ce qu’il faut pour cadencer,
La lumière de la pensée
Pour autant qu’ils essaiment …
… Je vais les assembler en poème .

RC- mars 2014

 

 

 

écrit inspiré  d’une  création d’Ulysse   »  Le fond de ma poche »


L’échappatoire – ( RC )


tag graphique urbain: Misstic

—                 –  tag graphique urbain:             Misstic

 

 

 

Comment peser de son regard,
Au long des trottoirs d’une ville,
Que je ne reconnais pas.

Les vieux faubourgs nivelés,
Les rues formatées,
Le béton s’est démultiplié.

Des immeubles anonymes,
Se succédant sans trève,
Et des voitures blanches,

Comme une succession d’ossements,
Déposés là, blanchis au soleil blafard
Sur le bord de rues grises

Au ciel rayé de fils tendus,
De panneaux de signalisation,
Et de publicités clignotantes.

Parfois l’espace incongru,
D’un nouveau chantier,
Et le ballet de grues jaunes

Il y aurait aux palissades,
Des fentes de lumière entre les planches,
Des affiches à moitié décollées,

Et sur le mur d’en face
Un tag jouant avec les mots,
Accrochant la pensée

….Une échappatoire
Vers un ailleurs possible
Ouvrant des perspectives

Autres que celles des avenues,
Rectilignes et sans âme,
Où même les arbres ne semblent pas à leur place.

Je remplacerai ton désespoir,
Par un sourire dessiné sur le ciment,
Ou par un dessin d’enfant.


RC- février 2014

 

 


Adriana Mayrink – Le cri est tenu d’être muet


art 292

Photo     : James Balog-

Et les mots remâchés et ingérés.. Et avec cette liberté
pleine d’expression, les mouvements d’une pensée,
qui vont et viennent, volcaniques.
D’être , de penser et d’exister, …

( traduit du brésilien – RC)

 


Un état poétique – ( RC )… écho à Cesare Pavese


photo:           extraite des   « temps Modernes  »   C Chaplin

Dès l’instant où l’auteur tourne sa tête,

Diverge le quotidien, dans ce qu’il a de commun,

Et répétitif,

Des occupations « terrestres »….

Le regard change de place.

La pensée ricoche sur d’autres,

( celles des autres aussi )

Et remplace la normalité, par une envolée

–  Plus belle – je ne saurai le dire-

Mais davantage libérée,

( si libérée est le terme),

des occupations de la vie,

Pour laisser place

Aux émotions,            dites

En métaphores,

Enracinées à la fois

Dans la vie et le rêve,

Une manière d’être.

( un état poétique),

Comme on dirait « un état fébrile »

Qu’il lui faut traverser.

De sa plume – seule ? –

En tout cas par l’esprit,

Ouvert à des éclairages,

Qui lui sont encore , inconnus.

 

RC- septembre 2013

—-

en écho à ce qu’écrivait C Pavese:

16 avril 1940

Il doit être important qu’un jeune homme toujours occupé à étudier, à tourner des pages, à se tirer les yeux, ait fait sa grande poésie sur les moments où il allait sur le balcon, sous le bosquet, sur la colline ou dans un champ tout vert. (Silvia latini, Vie solitaire, Souvenirs) La poésie naît non de l’our life’s work, de la normalité de nos occupations mais des instants où nous levons la tête et où nous découvrons avec stupeur la vie. (La normalité, elle aussi, devient poésie quand elle se fait contemplation, c’est-à-dire quand elle cesse d’être normalité et devient prodige.)

On comprend par là pourquoi l’adolescence est grande matière à poésie. Elle nous apparaît à nous — hommes — comme un instant où nous n’avions pas encore baissé la tête sur nos occupations.

20 février

La poésie est non un sens mais un état, non une compréhension mais un être.

extrait du « Métier de vivre « 

 


Olga Alexandra Diaconu – Comme un vagabond qui berce le ciel


Art antique: assiette  egyptienne

–                                Art antique:            assiette egyptienne

L’éternité a la couleur de tes yeux,
a la couleur de mes yeux
L’eau sonne de limpidité,
l’eau devient ombre
avant de devenir ciel
L’éternité apprend à bercer
avant de devenir éternité
Elle berce les vagues,
elle berce les feuilles,
elle met ma pensée
dans la balance de ta pensée,
elle est le vagabond
qui berce le ciel
dans les poches trouées
Sur les lèvres tremble un fil de silence bouillant –
tout ce qui n’a pas de nom est bouillant
„Qu’on crée une merveille, me dis-tu,
pendant qu’en nous
l’équilibre devient repos
Qu’on crée une merveille, me dis-tu,
de tout ce que, entre ces murs d’air
sans nous, serait néant”
L’eau – comme une vapeur – traverse nos yeux,
comme l’herbe traverse nos corps
avant de devenir ciel
Sur les lèvres tremble un fil de silence bouillant –
tout ce qui n’a pas de nom est bouillant.

traduction – l’auteur

Au voyage de la pensée, la concordance des rêves ( RC )


peinture: Couvent st Marc  Florence   Fra Angelico

peinture:           Couvent st Marc Florence                  Fra Angelico

Au voyage de la pensée, la concordance des rêves,

C’est aller vers la surprise, dans un univers clos, entouré de murs,
Prenons une ville ordinaire… laquelle  ne recèle peut-être  à l’intérieur,  que  du fonctionnel et de l’ordinaire  –  ça  peut  suffire …

–  mais  quelquefois  des écrins tapissés de merveilles,
comme le couvent St Marc à Florence, où le frère-Ange a laissé des traces miraculeuses de sa foi…

C’est  comme un fond de roches  rugueuses,  et gris-vert, que rien ne distingue de l’autre à part des formes  approximatives, et un peu biscornues… qui révèlent  en leur  coeur,  une  bulle,  un vide tapissé de cristaux  d’améthystes,  un univers  « privé », dans lequel on ne peut pénétrer  que par  effraction…

Les géodes,dans leur concentration et finitude, échappent, si on les garde intactes, à notre regard, …  on peut même les repousser  du pied ou à coups de pelles-mécaniques, sans  se douter de leurs  parois  d’oublis…
Seul la cassure accidentelle ou volontaire, nous les  révèle…  et les rend objets  de convoitise, de la part des collectionneurs, ou des museums d’histoire naturelle…

J’en reviens aux voyages  de la pensée, qui tapisseraient  de la même  sorte les  têtes–  si les pensées se matérialisaient…  et qu’il faudrait donc  ouvrir en puissance, afin de  pouvoir les lire.

– ( inspiré  de l’article  de P Lieutaghi   » lumière close », dans  « propos de Campagne » (1995)

 

RC –  13 juin  2013


Armen Tarpinian – La vérité du cygne


L’horizon est un mot qui sans cesse s’invente,
Une source où la soif rêve de s’étancher mais qu’elle éloigne.
Cygne, sur la mer libre entraîne la pensée !
Qu’elle apprenne l’amour comme un seuil tracé dans le repos du temps.
Et l’horizon bu, dépassé, les yeux fermés.
Miroir à notre cœur, ta liberté nous engage.

Lambert Savigneux – et mâcher la machette – Utopia –


Emily Kame KNGWARREYE

 

et mâcher la machette

quand la pression du monde est si violente, que sur les tempes le monde appuie avec des barres de fer qui écrasent la pensée même

est t »il simplement possible de vivre et qu’est ce vivre ?

se dire c’est dire je suis et faire abstraction de la pesanteur, se délaisser du monde qui enserre

prendre la plume et écrire deux mots semble impossible, étrangler dans les langes d’un linceul, se fait croire pour la vie

coupe Hohokam.  Arizona

coupe Hohokam.      Pomona Museum of Art    –   Arizona

 

 

UTOPIA

l’imaginaire est compressé, emprisonné dans une lente mort, les yeux eux mêmes ne voient plus autre choses que ce monstre qui  détruit,

l’autre, les autres car écrire cela n’est pas écrire

écrire c’est libérer l’étranglement, c’est desserrer l’étreinte

vaincre la mort et l’étouffement

rétablir l’équilibre et l’énergie,

asphyxié

rétablir l’équilibre, mentalement de sa place dans l’univers et ouvrir la main et relâcher un tant soi peu tout ce qui croupit dans cette tension de mare où pourrit la vie, délétère sous le couvercle d’une oppression qui empêche de respirer, inspirer et laisser aller le flot de parole garant de la vie

c’est l’imaginaire, cette porte ouverte, cette nappe intérieure d’où s’échappe le lotus

fleuri

pouvoir dire cela et ciller apercevoir un autre soi et se mettre à courir

56 EMILY KAME KNGWARREYE (c1910 – 1996). UNTITLED (ALHALKERE), 1995

 


Antonin Artaud – éparpillement des poèmes


—                photo        Deidi von Schaewen,     placée en extérieur                rencontres photographiques Arles 2012 –             re-photo perso

 

 

 

 

Cet éparpillement de mes poèmes, ces vices de forme, ce fléchissement constant de ma pensée,

il faut l’attribuer non pas à un manque d’exercice, de possession de l’instrument que je maniais,

de développement intellectuel; mais à un effondrement central de l’âme,

à une espèce d’érosion, essentielle à la fois et fugace, de la pensée,

à la non-possession passagère des bénéfices matériels de mon développement,

à la séparation anormale des éléments de la pensée (l’impulsion à penser,

à chacune des stratifications terminales de la pensée, en passant par tous les états,

toutes les bifurcations de la pensée et de la forme). »

A Artaud –                                              Correspondance avec Jacques Rivière

 

incitation:   le  film  « regard  sur la folie »,  de Mario Ruspoli,  dans lequel  Michel Bouquet   en voix off, nous  dit  ce superbe  texte  de Artaud..

 

 


Anthonin Arthaud – l’éther d’un nouvel espace


installation:            James Turrell           Tending Blue

Quand je me pense, ma pensée se cherche dans l’éther d’un nouvel espace.
Je suis dans la lune comme d’autres sont à leur balcon.
Je participe à la gravitation planétaire dans les failles de mon esprit.
Antonin Artaud, Textes de la période surréaliste

Claude Roy – Pour L


peinture: Alberto Giacometti – l’atelier

POUR L.

Une pensée sans mot   pensée sur la pointe des pieds
entre sourire d’amitié   caresse inachevée   silence heureux
A peine l’éclair vif d’une truite au torrent
La trace s’effaçant d’une étoile filante
ou l’esquisse du chant d’un oiseau très petit

Une pensée de toi m’a effleuré
en chuchotant      Je ne fais que passer

C’était ta voix
ta voix de vent léger sur les dunes de pin
la mer qui souffle bas sous une lune pâle
voix de pieds nus   de feu de bois de citronnelle
de la mousse d’écume aux crêtes de la vague

ta voix traverse-temps qui tisse mon espace

FOR L.

Thought without word, a thought on tiptoes
between smile of friendship  unfinished stroke,  happysilent
Hardly bright flash of a trout stream in
Erasing the trace of a shooting star
or the outline of the song of of a  very small bird

A thought of you touched me
whispering       I’m just passing through

It was your voice
your voice of light wind  upon pine dunes
sea ​​blowing down   under a pale moon
voice of  barefoot   wooden  lemongrass fire
foam to foam crests of the wave

your voice weaves through time-my space

Claude Roy (Le Haut-Bout, vendredi 1er janvier 1993
Herbes au vent, Poèmes à pas de loup, chez Gallimard


Fernando d’Almeida – l’amont des rencontres


 

 

photo: carte postale Jar-like Construction

 

Ici où le jour écorche
L’amont des rencontres
Le termps s’oriente vers
La pensée parlée
A chaque saignée du matin


petit chaperon des poèmes ( RC )


 

 

Aux lectures poétiques,  si ce n’est pas un leurre
Ce plaisir  ,il ne faut pas le renier
Plutôt que le garder dans ton panier
Un p’tit recueil,  une plaquette de beurre

Et une galette de poèmes
Tout ce qu’il fait pour tenir le coup
Sans limites – je dirai « beaucoup »
Allez    » Tu peux te r’servir en crème »

Et même y mettre les  doigts
Puisqu’on parlait de beurre
On va pas renier son bonheur
Ici ce sont les mots qui font foi

On s’en échange  et on lit ( c’est la loi)
Une soupe de lettres , c’est le partage
De fin potage, personne n’en est otage
Aux faim – becs, sans prise de poids…

C’est le mot de la fin, déguster la lecture
En fin gourmet, en petites doses
Que celà croise rimes ou prose
Mère-grand peut se mettre à l’écriture

 » – Que tu as de beaux yeux, mon enfant ! »
‘ – C’est pour mieux dévorer ce que tu écris »
 » – Que c’est beau ce que tu dis, quand tu cries! »
 » – C’est pour faire danser tes oreilles, mère-grand »

 » – Et quel appétit, avec cette petite bouche rose ! »
 » – C’est pour partager ma pensée, en prose
 » – Que tu as de beaux doigts, mon enfant! »
 » – C’est grand-mère, pour faire plus élégant »

 

C’est ainsi que chaperon rouge , en fil d’échanges
Le casse croûte, au bénéfice  de l’art poétique
Avec Mère grand  au demeurant fort sympathique
Se mettent à la table des lettres,   et mangent…

…  toute la bibliothèque, et de ses livres
à s’en faire ivres.

On dirait même qu’elles  dévorent
Tout le panier, et ces paroles  d’or

 

29 mai 2012
« 


Alain Borne – un visage, une présence


peinture: Jean Fouquet; vierge couronnée et enfant ( détail )

Ceci n’est pas un rêve

ni du sommeil ni de la veille

ni de la nuit ni du jour.

Ceci n’est pas un fantôme
ni le délire d’une pensée
ni le visage d’un désir.

Ceci n’est pas une absence forgée
d’espoir
ni un espoir travaillé de sang.

Ceci n’est qu’un visage Lislei une
présence
un corps fait sur le plan de tous les
corps humains
avec partout les cordes rouges
liant les blanches charpentes
et la tunique étrange
tissée comme d’étoiles
qui auraient séjourné dans la neige
longtemps.

Un corps avec sa cloche sourde
et sa flamme au fronton
et ses deux lianes douces rejointes
pour les gestes
d’un être de péril.

Ceci n’est rien Lislei
qu’un glaçon de chaleur déposé sur
l’hiver
un amas corruptible de membres
animaux.

Qu’y puis – je Lislei
s’il me semble qu’un ciel le traverse
et qu’une éternité
y pèse sa chance dernière.

Il faudrait que je vous enseigne
l’amour selon le rite terrestre
que je vous montre
comment font les bêtes pour gagner la joie
et que vous sachiez que c’est ainsi
également pour l’homme que tourne le rêve
et que je l’étrangle à le serrer contre vous.

Je connaissais l’attente
le glaïeul éclatant du désir
et sa racine noire
et sa noire fenaison
la statue qui vous brûle
puis tombe de l’odeur comme d’un piédestal
et n’est plus qu’un peu d’os
dans son linge de peau chaude…

Tu passeras comme j’ai passé
répands tes yeux pourtant sur mon poème
afin qu’un peu de vie s’étende encore
ici où j’ai tué
un de mes grands songes dérisoires.

L’heure s’épuisait.

Les heures.

Le soleil trichait dans la gloire blanche de

l’horizon.

Une ombre passa, rapide humaine,
comme pour donner vie au paysage et
le faner.

Je vous ai vue pour la première fois Lislei au temps des neiges
mon cœur fui visité d’hiver de printemps et d’automne…

Alain Borne


Claude Albarede – Sonnet du mal-être


le forum des  « révélations poétiques   »  de chez Amicalien,  nous permet  de faire  de belles  découvertes, par  exemple  Claude Albarede,  dont je  cite un de ses écrits

 

art: installation- hologramme de James Turrell

 

 

Le feu me gèle et le froid me calcine,
Le jour m’aveugle et la nuit m’éblouit,
J’erre dans l’air et je m’évanouis,
Dans l’eau j’aspire à l’air que j’imagine.

L’esprit me prend quand mon corps s’étudie,
Le corps m’absorbe au moment où j’exprime
Une pensée qui soit de sève ourdie,
Comme en ma chair l’esprit plonge et s’anime.

L’amour m’octroie ce qui me l’interdit,
Quand devant moi la nudité m’invite
A m’assouvir de l’absent qu’elle agite.

La mort appelle à son coucher maudit
Ma destinée, qui d’elle agrée la rime,
Puisqu’elle naît de nos liens intimes.

Claude Albarede
***

 


Roland Dauxois: – Le vent soulève des présages


Le vent soulève des présages,
nous allons vite, tous les vivants vont trop vite,
et le coursier noir qui emportait lénore
nous emporte aussi en une course absurde.

Nous allons vite, tous les vivants vont aujourd’hui trop vite
en abandonnant la lenteur
nous avons peu à peu déserté les paysages de la pensée.

In chez Ma ( photo-montage 'et photos perso)

Que nous importe de rejoindre une autre rive lointaine
en quelques heures ou minutes
si notre esprit est enchaîné à ce corps
mué en un seul véhicule,
que nous importe cette liberté
si la distance amoindrie dans l’espace physique
devient un gouffre pour nos rêves.

 

 

Merci à Roland Dauxois,  pour  ses publications  toujours appréciées…  voir  son blog…