voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “perles

Bruno Ruiz – pour la pensée qui cherche votre étoile


montage perso

Je n’ai de grâce que pour la pensée qui cherche votre étoile
Et mon métier n’énonce que le rêve perdu de vos raisons
Qu’ils soient reconnus ceux qui se perdent en eux–mêmes
Qu’on les inonde de lumière à la ferveur de leur corps
Pour qu’ils chantent le temps d’une vie enfouie
Ce temps joignant le geste à la parole
Ils sont mes chers passants du silence restés dans le noir pour le partage des perles
Demain je serai avec vous sur l’horizon
J’aurai laissé le temps clair se poser sur l’absence du monde
Ce temps d’éternité dans l’esprit et son apparence
L’arbitre aura disparu et personne ne cherchera sa présence


Ibn Zaydùn – fidélité


phpoto : l’homme à la rose ( 1967 )

photo Roland Michaud 1967 – l’homme à la rose- Afghanistan

Je t’ai évoqué à Az-Zahrâ avec ardeur,
Le ciel était bleu, et la terre
Toute de splendeur vêtue.
Au crépuscule le zéphyr était doux,
Et s’accordait à l’âme,
Comme si, par compassion,
Il s’apitoyait sur mon sort.
Le verger de rosée souriait
Comme s’il portait des perles

Un jour comme tant d’autres de nos jours de plaisirs écoulés,
Nous veillâmes comme des voleurs,
Quand le temps s’assoupit,
Nous jouissions de ce qui séduit l’œil dans les fleurs,
La rosée les inondait jusqu’à les faire frémir sur leurs tiges.
Si ses yeux savaient mon insomnie,
Ils pleureraient sur ce qui m’affecte,
Et les larmes auraient brillé et se seraient écoulées.
Fleurs qui étincelèrent au temps de l’éclosion,
Accordant au matin la radieuse clarté des yeux.
Dans la nuit s’exhalent les senteurs du nénuphar assoupi
Qui dessillent, de l’aube, les paupières.

Tout dans la nature éveille
Le souvenir de notre passion
Au point que le cœur en est oppressé.
Que Dieu fasse que votre souvenir ne s’absente
Ni ne s’envole sur les ailes palpitantes des passions.
Si la brise de l’aube voulait porter mon fardeau,
Quand elle répand son souffle
Elle aurait conduit à vous un jeune homme
Que les coups du malheur ont fait dépérir.
Si un jour exauçait le désir de nos retrouvailles,
Il serait de tous le plus généreux.

Ô femme précieuse, sublime,
Toute pétrie de lumière,
L’aimée de mon âme tu serais
Si je te cueillais comme les amants la rose.
La tendresse était l’aire d’intimité
Que, librement, nous avons longtemps parcourue.
Aujourd’hui je chante, de votre règne, le passé révolu.
Dans l’oubli vous avez enfoui mon souvenir,
Mais l’amour de vous ne m’a pas déserté.

extrait du recueil paru chez  » Orphée » ed la Différence.

c’est un auteur qui a vécu au 10 è siècle


Christian Hubin – L’auréole veuve


vue  bord fra  arch -0662.JPG

De l’horizon arrive la division en perles, l’intelligence inhumée.

L’auréole veuve, le glas dans la base opaque du soleil.
A ceux que son rivage éveille, l’eau de la nuit rappelle que rien n’est achevé.
Au bord de la mer, elle-même face à elle, à sa fin réfléchie.
Qu’est-ce qui revient avec les vagues ?
Qu’avons-nous fait pour à ce point avoir oublié, n’être plus ?
Bulles blanches qui s’envolent de la roche tabulaire.
L’éponge de l’air, les stries dans la lumière totalisante.


M2L – L’absence


DSCN9951b.jpg

photographe non identifié

 

Absence
Jardin fermé

 

Sur la terre inclinée
une amie suit
le mouvement de l’air.
Seul l’oiseau chante
le retour du jasmin
à l’horizon
du Soleil sur la terre.

Absence
senteur d’Orient

Au matin qui s’enfuit
les fleurs fanées
épousent le chagrin
d’un jardin oublié.
Le ciel ruisselle
mais les perles de pluie
ne valent pas
la douceur d’une main.

2016 ~ © M2L


Jean Daive – La consolation, lorsqu’elle agrafe son collier


.
.

neige23

 « 




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La consolation
.
Lorsqu’elle agrafe
son collier

le dimanche

de toutes les perles
qu’elle a portées
vient
la consolation.
.
(Jean Daive)


Paul Valery – tais-toi


Peinture: Mark Tobey - Musée Guggenheim  NYC

Peinture: Mark Tobey – Musée Guggenheim NYC

Voilà un excellent titre..
un excellent Tout..
Mieux qu’une « oeuvre »..
Et pourtant – une oeuvre- « car »
si tu énumères – chacun des cas
où la forme ou le mouvement
d’une parole, comme une onde,
se soulèvent, se dessinent –


A partir d’une sensation,
d’une surprise, d’un souvenir,
d’une présence ou d’une lacune, ..
d’un bien, d’un mal – d’un rien et de Tout,
Et que tu observes, et que tu cherches,
que tu ressentes; que tu mesures
l’obstacle à mettre à cette puissance,
le poids du poids à mettre sur ta langue
et l’effort du frein de ta volonté,
Tu connaitras sagesse et puissance
et Te Taire sera plus beau
que l’armée de souris et que les ruisseaux de perles
dont prodigue est la bouche des hommes

Paul Valéry (1871-1945)Mélange (1939)


Mobile ( RC )


 

 

Il y a des perles  rouges

Que l’on suit à distance

 

Et des étoiles de lumière

Filant de l’autre côté

 

Avec leur traînée blanche

Qui balaie un instant la route

 

En courbes pointillées,

Du contour des collines.

 

La nuit est tombée doucement,

Enveloppant le parcours,

 

L’habitacle,  une bulle bercée

Du ronronnement  du moteur…

 

Les kilomètres  s’alignent,

Les villages lentement bougent

 

De l’autre côté de la vallée,

Et défilent en nombre.

 

Les maisons alignées,

Les tours illuminées,

 

Les avenues orange, et

Les néons des enseignes,

 

Bataillent  contre le sombre,

Et disparaissent  soudain

 

Au détour de la route,

Ou derrière un rocher,

 

Avalés par la distance

Et le sillon goudronné

 

Qui, lentement se déroule

En suivant le fil du temps,

 

Frêle ruban de la nuit

Se déplaçant, parallèle,

 

Aux efforts mesurés

De mon automobile.

 

 

RC  –   9 novembre 2012

Ps         : « au fil du temps », est un film ancien de Wim Wenders

photo; grandereveuse


Journée immobile ( RC )


peinture: Franticek Kupka

peinture: Franticek Kupka

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La muse est malade

Conduit un astre ,pâle

Couleur de fiel

En coulures de miel

Une vague d’argent déferle

En un éclair, pareil

Confisque un soleil

D’or et de perles

La lune reste fade,

Une journée lointaine, râle

Laissée en rade

Aux couleurs sales

Les navires sont immobiles,

Se découpent en nombre

De coques sombres

Tout près de l’île.

Ma terre est encore si lointaine

Quand je revois son éclat

Malgré le soleil là;

Si las – et la route qui y mène.

RC  –   30 septembre 2012


Czeslaw Milosz – Rien de plus


Jangarh Singh Shyam - Un paon

Rien de plus

…………

Si j’avais pu décrire comment les courtisanes vénitiennes


Avec un roseau taquinent un paon dans la cour


Et du brocart mordoré, des perles de leur ceinture,


Délivrent leurs seins lourds, si j’avais pu dépeindre


La trace rouge de la fermeture de la robe sur leur ventre


Tels que les voyait le timonier de la galère


Débarqué au matin avec son chargement d’or,


Et si, en même temps, j’avais pu trouver pour leurs os,


Au cimetière dont la mer huileuse lèche les portes,


Un mot les préservant mieux que l’unique peigne


Qui, dans la cendre sous une dalle, attend la lumière,



Alors je n’aurais jamais douté. De la matière friable


Que peut-on retenir ? Rien, si ce n’est la beauté.


Aussi doivent nous suffire les fleurs des cerisiers


Et les chrysanthèmes et la pleine lune.



Czeslaw Milosz

Voir aussi par rapport au texte  de Milosz  la belle  création  de Manouchka  ( à la hauteur des mots)…  voir ici

 

Quant à moi,  sur la peinture  de van Gogh j’ajoute ceci:

En chemin vers l’été

La voûte d’Azur  de Vincent

Offre ses dons fleuris d’amandiers

 

RC  4- avril 2012

peinture: V Van Gogh, branches d'amandiers en fleurs


Else Lasker Schüler – Au prince Tristan (1912)


AU PRINCE TRISTAN

Sur ton âme bleue Les astres se posent pour la nuit.

Il convient de te parier tout bas, Oh toi, mon temple, Mes prières te font peur;

Par ma danse sacrée, Mes perles se ravivent.

Ce n’est ni le jour ni l’astre,

Le monde,je ne le connais plus,

Hormis toi – tout est ciel.

AN DEN PRINZEN TRISTAN

Au/deiner blauen Seele Setzen sich die Sterne zur Nacht.

Man muss leise mit dir sein,

0, du mein Tempel,

Meine Gebete erschrecken dich;

Meine Perlen werden wach Von meinem heiligen Tanz.

Es ist nicht Tag und nicht Stern, Ich kenne die Welt nicht mehr, Nur dich – alles ist Himmel.

1912

sculpture: Alberto Giacometti - de sa période "surréaliste"