voir l'art autrement – en relation avec les textes

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la musique a été transportée ailleurs – ( RC )


peinture: Paul Delvaux

J’entends le silence,
comme un souffle en négatif,
.. et c’est la nuit.
Evidemment la musique est toujours là.
Mais elle a été prélevée, et se trouve ailleurs

en-dehors de la ville,
dans une petite pièce
où deux femmes en miroir lisent un petit livre,
accompagnées dans leur pensée
par la mélodie du chalumeau.

( vous savez, cette toute petit flûte
qui a accompagné
la traversée de l’eau
dans l’histoire du musicien d’Hamelin
entraînant avec lui rongeurs, et enfants ) .

Ici c’est un homme
en grand manteau rouge
comme sorti
d’une peinture allemande.
Une étrange lueur nimbe les lectrices .

Une fausse perspective,
au sol en damiers rigides
curieusement ouverte
permet pourtant aux roses
de s’épanouir,        malgré l’obscur .

RC – oct 2017

 

( d’après une peinture de Paul Delvaux )


Une géométrie modifiée – ( RC )


(c) Rodney Smith

 

photo:  Rodney Smith

 

 

Tu peux tirer le rideau sur le théâtre du jour,
>   cela coïncide avec la géométrie des lieux :
chaque chose est à sa place,
dans un repère orthogonal.

La plage est silencieuse,
la mer grise,           d’un calme sournois.
Effectivement le plancher de la maison
reste parallèle à l’horizon ,
           comme si c’était fait exprès:

C’est compter sans le ciel endormi,
qui joue avec le vent,
              une partition,
où souvent, les choses basculent
dans leur sommeil.

Bois et charpentes gémissant,
supportent les éléments,
qui parfois
pèsent plus lourd           qu’on ne pense :

le drap des nuées secoué en tous sens,
ne modifie pas la perspective,
             mais introduit des obliques ,
toutes dans le même direction,
mais sans qu’on puisse désormais
les corriger .

( sur une photo de Rodney Smith )

RC – dec 2017


Cimetière militaire – ( RC )


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On ne voit plus qu’un pré tout vert
                    où pourrait paître le bétail.
Pourtant,    c’est un champ de bataille
habillé de blanc,        comme en hiver.

On distingue des croix anonymes,
comme       autant de noms effacés :
>          c’est la plaine des trépassés :
on n’en compte plus les victimes :

Elles sont tombées au champ d’honneur,
sous les obus,             les mitrailleuses,
–             …. et la plaine argileuse
ne saurait désigner les vainqueurs

les vaincus,        tant les corps se sont mêlés
durant les assauts.
On en a retrouvé des morceaux ,
accrochés aux barbelés .

Pour les reconnaître, on renonce :
C’est un grand cimetière
qui nous parle de naguère :
              Les croix sont en quinconce ,

             régulièrement espacées :
le « champ du repos »
comme si l’ordre pouvait remplacer
de l’horreur,             son tableau .

             Suivant les directives :
             les stèles règlementaires
             émergent de la terre,
             en impeccable perspective

Ainsi,                         à perte de vue
ce sont        comme des ossements,
peuplés des silences            blancs
                              des vies perdues :

                            Ils ont obéi aux ordres.
( Laisser la terre saccagée,
le témoignage de combats enragés,
aurait plutôt fait désordre ).

Sous le feu des batteries,
affrontant le péril,
          il aurait été plus difficile,
de jouer, comme ici,     de géométrie…

On ne peut espérer de miracle:
        Aucune de ces plantations ne va fleurir :
Voyez-vous comme il est beau de mourir !
Une fois la guerre passée,   c’est un beau spectacle…

RC – dec 2016


Le matin se déhanche – ( RC )


 

 

photographe  non – identifié..

 

Comme il fait encore sombre, ce matin,
La rue s’illumine de points.
Les  réverbères sur la perspective de l’avenue.
Et puis quelques fenêtres.
Dans l’une  d’elles, l’image d’une  femme qui se coiffe,
Ses bras sont en l’air,
Elle découpe sa silhouette,
Une danse  en S,
Rayée des lames  du store,
Le matin se déhanche,
En promesses de jour….

 

RC  –  nov 2014


Le défilé des images ( RC )


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En suivant les traces du temps
Comme des empreintes laissées dans la boue,
Il y a,                         sur ce fil,
Le défilé des images
De celles qui marquent un instant
Et finissent par pâlir,

Cartes postales oubliées au fond des tiroirs,
Restes d’affiches de campagnes électorales,
Catalogues fournis pour produits d’antan,
Et aussi les albums épais,
Des photos de famille.

Je parcours le tout,
Où se transforme,
En épisodes chronologiques,
L’univers,      même réduit au dehors,
Bordé de maisons proches,
Qui s’enhardissent de grues,
Et deviennent immeubles.

La famille rassemblée,
Au pied de l’escalier,
S’est agrandie d’un nourrisson,
Maintenant debout sous un chapeau de paille,
Puis, regardant sur la droite,
Le chat gris faisant sa toilette,
Que l’on retrouve seul, enroulé sur lui-même.

Ensuite, c’est une tante de passage,
Dans ses bras, une petite soeur arrivée…
>      Tout le monde est gauche,
Dans ses habits du dimanche,
Après le repas,
Peut-être suivant le baptême;
….           Il fait très beau dehors.

Ce sont donc des photos du jardin,
Les enfants jouent au ballon,
.         Le tilleul a étiré son ombre,
Au-delà de la grille voisine.
Plus tard,  toujours sur l’escalier,
Les habits suivent une autre mode,
….Dix ans se sont écoulés.

Le grand-père n’est plus,
Les allées sont cimentées,
La perspective est close,
D’un nouveau garage,
Occupé d’une  voiture,
Brillant de ses chromes,
Elle apparaît sombre,
Peut-être verte…

Un autre album,
Tourne la page d’une génération,
Le format des images a changé,
Issues d’un nouvel appareil.
C’est maintenant la couleur,
Témoignant des années soixante.

L’extravagance des coiffures,
Et des motifs géométriques,
S’étalant sur les murs,
Le règne du plastique,
Et du formica,   qui jalonne encore,
Les meubles rustiques      en bois.

Quelques pages plus loin,
Les teintes sucrées,
De photos polaroïd,
Donnent dans la fantaisie,
Des portraits déformés,
Pris de trop près,
Et surtout le voyage à Venise.

Gondoles et palais,
Trattorias et reflets…
Les lieux soigneusement mentionnés,
Au stylo à bille ….
>         Le beau temps tourne à l’orage,
—–  On suppose une  dispute,
Car l’album s’arrête là,

En mille-neuf-cent-quatre-vingt,
Sur la photo de l’amie,
Partie sous d’autres horizons,
Rageusement  déchirée,
Puis, maladroitement recollée,
Les souvenirs ne sont plus de mise,
Et restent clos dans le tiroir.

Le défilé des images,  lui,      s ‘immobilise.

RC  – 10 et 11 août 2013

un texte qui fait  « pendant  »  aux  « lamelles immobiles »


Anna Niarakis – De nuit, peut-être


Digital-Art-103

De nuit peut être

Lutine de la forêt urbaine
l’errance ressemble
quand elle est voyant par périscope.
À la profondeur, rideaux de gaz d’échappement
assombrissent la perspective.
Comme si le poids est partagé inégalement
sur les escaliers roulants et sur les caves.

Taches dépareillées reconstituent
Hologrammes la, où tu respirais.
Lignes que lévitent non-dessinées
et une pluie faible, incapable
pour lisser les frictions, stagne à côté de
ta pensée…


Kartlis deda – Tbilissi ( RC )


statue géante      kartlis deda     –    Tbilissi – Géorgie.  Photo Peyron Talhouarn

N’empêche

Qu’au dessus de la ville

Aussi bien

Les baraques  des vendeurs  de glace

Les mères, leurs bambins dans le parc

les perspectives  froissées d’or

Les cumulus  – coton

les cheminées exotiques

Les clameurs du stade,  ce jour   (une rencontre internationale)

 

—  >  une  stridence

la présence incongrue

Cette  effigie de métal

Comme  si cette épée  était  pointée  sur nous..

RC       –  14 septembre 2012

 


Bluma Finkelstein – Sous les voûtes d’une cathédrale


peinture:               Pieter Saenredam –            intérieur d’église d’ Utrecht XVIIè siècle

 

 

 

Sous les voûtes d’une cathédrale, une étoile filante se laisse prendre aux fils d’une araignée :

de très bas on imagine l’histoire du ciel comme un conte de fées. Un défaut de perspective.
Les vitraux dessinent sur le plafond un paradis de lumières : ici, même en l’absence de Dieu,

on se mettrait à croire. On voudrait tellement…
Demain, le front couvert de cendres, tu iras tremper tes doigts dans le bénitier.
Comme si tout était vrai
Bluma Finkelstein – Mare Nostrum – édition en forêt – 2008


Combats de reflets et confusion du ciel ( RC)


 

Tu as découpé des morceaux de brume
Pour que je reçoive la confusion du ciel
Les ornières d’où la lumière

N’en sort que poussières
Aux après-midi lentes
Où tu élèves de néfastes serpents

De discours prolifiques
Se lovant à mes pieds
En nœuds maléfiques

Tu me parles encore tard, le soir
M’étirant jusqu’à la fuite du jour
Et au ombres de la nuit venue

Vient encore la mémoire.
A jouer des diagonales sur les cases
Découpage des silhouettes , et perspectives

Ce sera ton langage, mon image
Ton image, mes soirs , toujours
Au plateau lisse des contrastes

Où se promènent encore le cavalier et la reine
En combats de reflets.

Bien que Les pièces hautaines
Aient pourtant repris , depuis longtemps
leur place dans la boîte capitonnée de rouge.

RC 23-04

 


Filippo Marinetti – la guerre est belle,


Le philosophe Walter Benjamin,  nous  révèle  dans   » L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique » les écrits de l’artiste italien  « futuriste » : Marinetti.

(futuriste aussi parce  qu’effectivement, le futur  réservait encore  bien des  « surprises » guerrières…)

peinture: Umberto Boccioni,

Les  futuristes, qui dans  leur  apologie du mouvement,  de la machine,  de l’industrie, penchaient  généreusement  vers les  fascistes…  nous voici  édifiés  avec  ce texte, il serait intéressant de savoir  si les Syriens  d’Homs  auraient  la même vision des choses…

Marinetti écrit dans son manifeste pour la guerre coloniale d’Ethiopie : « Depuis vingt-sept ans,
nous autres futuristes nous nous élevons contre l’affirmation que la guerre n’est pas esthétique. […]

Aussi sommes-nous amenés à constater : […] la guerre est belle,
parce que grâce aux masques à gaz, aux terrifiants mégaphones, aux lance-flammes et aux petits tanks, elle fonde la suprématie de l’homme sur la machine subjuguée.

La guerre est belle, parce qu’elle inaugure la métallisation sauraient aujourd’hui avoir lieu sans les caméras, la masse se voit elle même en face. Ce processus, dont la portée n’a pas besoin d’être soulignée, est en rapport étroit avec le développement des techniques de reproduction
et d’enregistrement.

Les mouvements de masse se présentent plus distinctement à l’appareil qu’au regard. La perspective cavalière est le meilleur angle pour saisir des rassemblements de plusieurs centaines de milliers de personnes. Et même si l’oeil a tout autant accès à cette perspective
que l’appareil, l’image qu’il en rapporte n’est pas susceptible du grossissement à quoi la prise de vues peut être soumise.

Cela veut dire que les mouvements de masse, tout comme la guerre, présentent une forme de comportement humain particulièrement adaptée à l’appareil.

La guerre est belle, parce qu’elle enrichit un pré fleuri des flamboyantes orchidées des
mitrailleuses. La guerre est belle, parce qu’elle unit les coups de fusil, les canonnades, les pauses du feu, les parfums et les odeurs de la décomposition dans une symphonie.
La guerre est belle, parce qu’elle crée de nouvelles architectures telle celle des grands tanks, des escadres géométriques d’avions, des spirales de fumée s’élevant des villages, et beaucoup d’autres choses encore.

Poètes et artistes du futurisme […] souvenez vous de ces principes d’une esthétique de la guerre, afin que votre lutte pour une poésie et une plastique nouvelle […] en soit éclairée  ! »

 

on peut  voir  des  reproductions  avec des  belles inventions  typographiques  de Marinetti, ici…

 

 

Otto Dix,  artiste lui aussi   donne une  autre vision des choses…

peinture: Otto Dix


la psyché invisible (RC)


–                               peinture  – Olympia :     Titien     Venus d’Urbino Florence musée des offices

 

 

Belle formule, la psyché invisible…
C’est comme un miroir sans tain
Où tu te cacherais derrière

Aux aventures des reflets sans fin
apprentissage de l’indicible
Joutes rieuses et fières

Marquis – (se) dans la galerie des glaces
S’épaulent en courant; sur un chant de bulles
D’un plancher mouvant où il y a même

La perspective qui tangue et s’agace
Notre portrait inconscient chargé de libellules
Frasques et cavalcades, des mots qu’on sème

Qu’on récolte et se renvoit en gerbes
Décoction volcanique toujours en fuite
Oiseaux nocturnes lâchés de plein gré

Apprivoisés, multipliés, les verbes
De l’océan vertical, cascades induites
Du parler tu, du parler fort, sans simagrées

Nos messagers dessinent à l’envi
Spirales baroques aux yeux ravis

L’invention se passera de barrières
Les flots libérés déplaceront les frontières