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Céline Renoux – Une question de résistance.


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Peut-être le mouvement désordonné des jambes.

Autour des reins te cambre, essaie d’amplifier les angles mais tu sens bien que quelque chose se perd, se dérègle.

Tes cheveux retombent en pluie sur ses épaules, tu aimerais rester là, à respirer son odeur, mélange de craie, de sécrétions poivrées comme des fougères humides.

Tu aimerais vraiment rester là. Pour ancrer, arrimer quelque part, ici plutôt qu’ailleurs, ce qui s’échappe imperceptiblement mais un peu plus chaque jour.

La pesanteur, le poids des choses sur toi et en toi. Pourtant l’ovale de ton sein droit dans sa main gauche te paraît lourd, tout comme le reste du corps, n’oublie pas que tu as cessé de fumer.

Tu manquais d’oxygène, ne supportais plus cette odeur de tabac froid et puis ce flou, cette poussière de cendres grises et morbides qui asphyxiait ta peau.

Il disait tu verras, tu retrouveras des sensations qui elles-mêmes vont se décupler mais tu ne remarques rien de particulier, si ce n’est que depuis quelques jours, dehors, dans la rue, tu sembles flotter, à peine effleurer la surface du sol.

L’impression est curieuse, il y a là quelque chose d’agréable, d’euphorisant par brèves bouffées, mais de vertigineux aussi, à la limite de l’angoisse. Un appel d’air qui se tient juste au bord du gouffre. Besoin de temps pour t’ajuster sans doute, retrouver le sens de la marche et du rythme. Tu trouves que les hommes te regardent moins, en fait les hommes, les femmes, les enfants, même le chat se désintéresse.

Tu imagines que tu disparais progressivement, que bientôt on ne te verra pratiquement plus, qu’il y a une perte de contact. Bien sûr c’est une image mais elle te saisit violemment à la gorge, te coupe un moment le souffle. Te vient l’envie de faire de grands signes, d’agiter les mains pour voir si tu peux revenir dans la scène comme ça, d’un claquement de doigts.

Puis aussitôt tu prends conscience que c’est toi qui a abandonné la première, toi qui a laissé tomber et traversé la vie sans réellement y prendre part. On te parle, on te touche mais ça glisse et tu décroches vite.

Les émotions sont tièdes, le coeur bat de manière trop régulière, tu donnes plus ou moins le change mais refuses de participer à ce qui pour toi, de manière invisible mais globalement efficace, se noie.

Tes proches l’ont-ils seulement remarqué, tu ne penses pas, d’ailleurs ça n’a pas vraiment d’importance.

Combien de temps pourras-tu tenir et résister ainsi. Combien de temps disposes-tu encore avant d’allumer des feux là où la nuit ne cesse de grignoter le jour, avant d’opposer le désir, le vivant à cette colère qui enfle et brûle. Soudain ta langue me désarme et nos bouches s’abreuvent du sel de mes larmes.


Ailes sur le sol – ( RC )


photo perso - Lisbonne,  église des Carmes

photo perso – Lisbonne, église des Carmes

 

 

Les ailes des anges,
Eux-même surgis du marbre,

Ont repris le chemin du sol,
Brisées  en mille morceaux.

Ainsi les plumes de la bécasse,
Eparpillées   dans l’herbe,

Ou bien encore      Icare,
Oubliant sa pesanteur.

C’est un rappel à l’ordre,
Pour qui s’affuble du masque

De l’innocence,
Taillé dans la pierre.

L’idée de l’ange pouvait y rester.
Prisonnière,          et le marbre, intouché.

Le destin a courbé les éléments,
Pesé de sa masse sur la voûte,

Aidé de fissures multipliées,
Ainsi les racines d’une plante.

Un frémissement de la terre
A fait le reste.

Il n’y a plus,   de la chapelle,
Que ses murs blessés, et ses arcs.

Ceux-ci osent encore,
Affronter le ciel .

La rosace    n’est plus qu’un cercle,
Où                    le vent se promène.

RC – avril 2014

 

Incitation/dialogue:  un texte  de Laetitia Lisa

 

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Conjurer la raison et le possible ( RC )


Frederick Prescott          « Down the Boardwalk  »        1993 Sculpture cinétique en acier

Il faudrait un langage particulier, pour conjuguer les saisons:

Mai ne peut être en hiver , novembre au printemps.

Conjuguer les saisons ou les conjurer.

Comme un cri d’appel ferait se joindre ce qui s’oppose, à priori.

Il ne me reste que quelques phrases à assembler, des images ….

Elles seraient puériles, comme une ombre blanche du réel,

si je n’arrivais pas à les recourber…

Et ton âme frôle mes yeux.

L’absence est une déperdition,

Mais je navigue encore à tes côtés.

Déplaçant la raison et le possible ,alors

Comme si je marchais la tête en bas,

Les pieds appuyés sur les nuages.

La pesanteur en anneau,

Autour d’une terre, sans centre de gravité,

Où tu serais partout,

                                                         A la fois.

RC – 14 août 2013

-( que je complète avec « Merci » du blog de la vieilledameindigne..

 »

Que le ciel est beau quand il nous renverse la tête

Comme c’est bon de glisser dans l’échancrure du destin

Si peu de gens connaissent le parfum des bonheurs doux

Le velours des yeux brillant d’un autre matin partagé

Corps embrassés âmes ardentes

Entre toi et moi il n’y a pas de frontière

ta peau est ma peau, ta main est ma main

enfin

il n’y a ni peau ni main

Pour tout cela, merci  « 


Zeno Bianu – Chet Baker – déploration


photo: Michael Bailey  – Chet Baker –      ( site allaboutjazz  )

 

 

CHET BAKER (DÉPLORATION)

je joue au bord du silence chaque note a sa pesanteur son apesanteur particulière je ne bavarde jamais
je n’aime pas le brio le brio c’est toujours l’égo et ses vieilles lunes je préfère jouer vers autrui vers l’autre
tendre sereinement mon cœur oui ma musique s’envole vers autrui c’est un art de l’envol quoi d’autre .

ZENO BIANU .

 


Au sommeil, l’abandon (RC )


Dessin  P PicassoRésultat de recherche d'images pour "Pablo Picasso . Femme endormie 1952"

 

 

Au sommeil l’abandon

Les bras de Morphée

Seront-ils assez longs ?

 

Et, si c’est long, cet abandon

Si c’est vite, ce sommeil arrivé

Si c’est long, long la nuit

 

A te regarder dormir

Et puis peut-être rire

Au creux de tes rêves

 

Lovée dans tes courbes

Tu fais les plus beaux Modi

Epousant plis et plis

 

Courbes et volutes

Cheveux répandus

Pesanteur oubliée

 

Le rythme régulier

Du tiède qui , de souffle

Soulève ta poitrine

 

Le bras léger sur le mien

Où que tu sois dans l’oubli

Le temps d’aborder le jour

 

……..L’ absence…….

 

Je veux te regarder dormir

RC –      novembre 2010


Lambert Savigneux – Trace du rêve


illustration: Jamie Baldridge

Trace du rêve

e                     muet
s’efface                  l’ourlet

articulation inusitée                  ces sons en disent long
qui entend                                       le vent
qui entend                                       l’inaudible sous les branches des voyages
ploie                                              la masse se fait sentir

sont-ce consonnes                      cette alliance             ce lien

nécessaire pesanteur                             arrime

les masses dans le mot                          écrase                               rythme l’air

sinusoïdale                      longe  sans fin la bave de  la chenille                  empilement                    cataracte des anneaux

l’homme immergé saisit des bribes et articule                se remémore

forme dans la bouche l’aspect fulgurant du monde       ce qu’il en sait

mouche               termite                     abeille          points de repère et traces              voyance                 le  journal du Rêve est la mémoire de l’infini                             que le geste termine                                   reprend                                 atermoiement du vivre

goutte sur le sable                                      temps                         que la bouche expulse                                  que cueille la main


Thomas Duranteau – oiseau traverseur


peinture   Giorgio de Chirico

Ne pas savoir
qui du puits
qui de la tour
est le reflet de l’autre

Un oiseau en forme de bouche
traverse
la pesanteur de la pierre

Thomas Duranteau

 

et un autre poème sur le même  thème de la tour:

extrait des « Ecrits du nord »

La tour prend parfois
son origine
dans une main
ouverte au ciel

 

 


André Velter – Marche d’approche


 

Isenfluh

 

 

 

Marche d’approche.

Bien sur j’irai seul
Affamé volontaire
J’irai pour te plaire
Serré dans ton linceul

Le sommet t’appartient
Au-dessus des alpages
J’atteindrai le nuage
Qui ne recouvre rien

Il n’y aura plus d’ombre sur la terre
le soleil sera peut-être entre mes mains
Ravivé
Avec moins de violence
Souverain
Sans impatience

Par l’altitude reconquis
par la solitude rappelé au désir
Comme le silence à perte de vue dans le bleu dans le blanc..

je lutte à armes inégales
Si peu familier des harnais et des clous
Des bivouacs en pleine paroi
Des réflexes d’insomniaque contre froid

la nuit l’horizon reste en coulisse
le ciel n’est pas le manteau espéré
Je joue à contre-emploi
Une pièce qui s’écrit avec les pieds
Mais sans renoncer à porter les mystères
Sans abandonner le souffle à la pesanteur
Sans craindre de déboucher hors d’atteinte
Un pas plus haut

Un pas toujours plus haut
Dans cette approche impossible
Qui passe de l’effroi à l’extase
Comme d’un réel à l’autre
D’un univers à l’autre
Et pour le même amour..

André Velter. « Une autre altitude »

extrait.. » l’ascension du Mont A n a l o g u e »