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Des pierres serrées les unes contre les autres – ( RC )


Civaux Nécropole mérv 06 bstr

photo perso 2019  – Nécropole de Civaux ( Vienne )

            Il y a ces pierres dressées,
serrées les unes contre les autres.
         Elles forment une barrière,
peut-être pour empêcher
les vivants de passer .

C’est la traversée des voyages,
           le temps s’est inversé,
les sarcophages se sont ouverts,
des corps en sont sortis,
illuminés.

C’est bien d’ici qu’un peuple
s’est souvenu de son histoire,
s’est reformé, a reconquis un bout de terre,
a confronté son sang
au retour de lumière.

C’est pourquoi ils n’avaient plus besoin,
                      de leur boîte en pierre .
Ils ont dressé les lourds couvercles
à la verticale
pour en interdire l’accès.

On ne sait ce qu’ils sont devenus.
Ils se sont mélangés aux vivants,
sans doute pour leur conter des choses,
– des histoires de métempsychose..
              > on a perdu leur trace .

C’est qu’ils se sont fondus dans la masse,
            portant un masque d’homme .
Pour ne pas nous effrayer,
           ils sont entrés dans la danse ;
chacun croit que c’est notre descendance.

Mais         ceux-ci sont éternels :
ayant trouvé moyen de remonter le temps,
ils ont signé notre acte de naissance
répandu un tout petit peu de sang
sur le sol et la poussière.

Plus personne ne les pleure
– ou ne leur apporte des fleurs –
         quelqu’un aurait oublié une auréole
         dans un tombeau de la nécropole
où elle luit faiblement.

            Personne ne l’a réclamée :
le cimetière est désaffecté .
           Si il y a parmi nous des anges,
            ils restent très discrets,
ne voulant pas qu’on les dérange….


RC – oct 2017

cf   nécropole de Civaux ( Vienne )cf   nécropole de Civaux ( Vienne )


Muhamed Kërveshi – Kosova


 

Kosova
Ta beauté entière gît en nos paroles

Sous nos yeux grands ouverts
l’on déloge les nids de tes oiseaux

Ton ombre entière emplit nos regards

Tu es la longue route de notre maturation
Dans les escaliers de tes kullas le temps
cherchait le visage des jours oubliés

Notre amour entier se coule au fil de tes rues

Mon peuple
Chaque matin je te vois plus imposant que la veille
– tu grandis
De toi j’ai pris forme et apparence
Je t’ai fait don de deux chênes et une fleur
en mai en avril et en mars
Quelle place te crée en lui mon cœur
– à ton âme, à ton amour, à ta chaleur,
dès que je pense à toi
– nos oiseaux m’en ouvrent les fenêtres –
Je me cherche moi-même en ton sein immense
La danse de la flamme va courant autour du foyer

Mon peuple élément vital, principe de fierté
toi seul m’élèves à ta hauteur.

 

( Muhamed Kërveshi est un auteur  du Kosovo,  d’où le titre  du texte )


René Depestre – Minerai noir


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Quand la sueur de l’Indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l’or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu’il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d’or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l’Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l’inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l’épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Au moyen d’obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d’une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d’un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
À des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l’ébène minéral
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l’homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l’extraction
Des merveilles de cette race
Ô couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayé leur chemin
À travers la riche végétation des clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes
Et de flaques de larmes
Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné
Comme une terre en labours
Peuple défriché pour l’enrichissement
Des grandes foires du monde
Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle
Nul n’osera plus couler des canons et des pièces d’or

Dans le noir métal de ta colère en crues.


Pablo Neruda – la lettre en chemin


 

 

peinture   Bela Kadar

                             peinture Bela Kadar

 

Au revoir, mais tu seras

présente, en moi, à l’intérieur

d’une goutte de sang circulant dans mes veines

ou au-dehors, baiser de feu sur mon visage

ou ceinturon brûlant à ma taille sanglé.

 

Accueille, ô douce,

le grand amour qui surgit de ma vie

et qui ne trouvait pas en toi de territoire

comme un découvreur égaré

aux îles du pain et du miel.

 

Je t’ai rencontré une fois

terminée la tempête,

La pluie avait lavé l’air

et dans l’eau

tes doux pieds brillaient comme des poissons.

Adorée, me voici retournant à mes luttes.

 

Je grifferai la terre afin de t’y construire

une grotte où ton  Capitaine

t’attendra sur un lit de fleurs.

Oublie, ma douce, cette souffrance

qui tel un éclair de phosphore

passa entre nous deux

en nous laissant peut-être sa brûlure.

 

La paix revint aussi,

elle fait que je rentre

combattre sur mon sol

et puisque tu as ajouté

à tout jamais

à mon cœur la dose de sang qui le remplit

et puisque j’ai

à pleines mains ta nudité,

regarde-moi,

regarde-moi,

regarde-moi sur cette mer où radieux

je m’avance,

regarde-moi en cette nuit où je navigue,

et où cette nuit sont tes yeux.

Je ne suis pas sorti de toi quand je m’éloigne.

 

Maintenant je vais te le dire :ma terre sera tienne, je pars la conquérir,

non pour toi seule

mais pour tous,

pour tout mon peuple.

Un jour le voleur quittera sa tour.

On chassera l’envahisseur.

 

Tous les fruits de la vie

pousseront dans mes mains

qui ne connaissaient avant que la poudre.

Et je saurai caresser chaque fleur nouvelle

grâce à tes leçons de tendresse.

 

Douce, mon adorée,

tu viendras avec moi lutter au corps à corps :

tes baisers vivent dans mon cœur

comme des drapeaux rouges

et si je tombe, il y aura

pour me couvrir la terre

mais aussi ce grand amour que tu m’apportas

et qui aura vécu dans mon sang.

Tu viendras avec moi, je t’attends à cette heure,à cette heure,

à toute heure, je t’attends à toutes les heures.

 

Et quand tu entendras la tristesse abhorrée

cogner à ton volet,

dis-lui que je t’attends,

et quand la solitude voudra que tu changes

la bague où mon nom est écrit,

dis-lui de venir me parler,

que j’ai dû m’en aller

car je suis un soldat

et que là où je suis,

sous la pluie ou le feu,

mon amour, je t’attends.

 

Je t’attends dans le plus pénible des déserts,

je t’attends près du citronnier avec ses fleurs,

partout où la vie se tiendra

et où naît le printemps,

mon amour, je t’attends.

Et quand on te dira « cet homme

ne t’aime pas « , oh ! souviens-toi

que mes pieds sont seuls dans la nuit, à la recherche

des doux petits pieds que j’adore.

 

Mon amour, quand on te dira

que je t’ai oublié, et même

si je suis celui qui le dit,

même quand je te le dirai

ne me crois pas,

qui pourrait, comment pourrait-on

te détacher de ma poitrine,

qui recevrait

alors le sang

de mes veines saignant vers toi ?

 

Je ne peux pourtant oublier

mon peuple.

Je vais lutter dans chaque rue

et à l’abri de chaque pierre.

Ton amour aussi me soutient :

il est une fleur en bouton

qui me remplit de son parfum

et qui, telle une immense étoile,

brusquement s’épanouit en moi.

Mon amour, il fait nuit.

 

L’eau noire m’environne

et le monde endormi.

L’aurore ensuite va venir,

entre-temps je t’écris

pour te dire :  » je t’aime.  »

Pour te dire « je t’aime « , soigne,

nettoie, lève,

protège

notre amour, mon cœur.

 

Je te le confie comme on laisse

une poignée de terre avec ses graines.

De notre amour des vies naîtront.

De notre amour on boira l’eau.

Un jour peut-être

un homme

et une femme

A notre image

palperont cet amour, qui aura lui, gardé la force

de brûler les mains qui le touchent.

Qui aurons-nous été ? quelle importance ?

 

Ils palperont ce feu.

Et le feu, ma douce, dira ton simple nom

et le mien, le nom que toi seule

auras su parce que toi seule

sur cette terre sais

qui je suis, et nul ne m’aura connu comme toi,

comme une seule de tes mains,

que nul non plus

n’aura su ni comment ni quand

mon cœur flamba :uniquement

tes grands yeux bruns,

ta large bouche,

ta peau, tes seins,

ton ventre, tes entrailles

et ce cœur que j’ai réveillé

afin qu’il chante jusqu’au dernier jour de ta vie.

 

Mon amour, je t’attends.

Au revoir, amour, je t’attends.

Amour, amour, je t’attends.

J’achève maintenant ma lettre

sans tristesse aucune : mes pieds

sont là, bien fermes sur la terre,

et ma main t’écrit en chemin :

au milieu de la vie, toujours je me tiendrai

au côté de l’ami, affrontant l’ennemi,

avec à la bouche ton nom,

avec un baiser qui jamais

ne s’est écarté de la tienne.

 

 

 


Abdelkader Zibouche – O peuple de l’arrière-monde


Photo Mohammed Salem  2004

Photo Mohammed Salem 2004

O peuple de l’arrière-monde du monde
existe-t-il un présent à l’impensable
verras-tu un lendemain à l’obscur

Où dormiras-tu du sommeil des morts apaisés
si nul ne prononce ton nom
ni ne calme les gerçures de tes mains
ni ne convie au banquet de midi
la fraîcheur de l’ombre que tu aimas .

 

extrait de   » Chant triste pour une Algérie défunte »


Conte d’élections, sur rimes en O ( RC )


Enluminure: la tempête apaisée

 


Roi et prince sont dans un château –
Autour du château – des douves remplies d’eau –
Des nuages éclatent – nous dit la météo –
Ce qui veut dire – il ne fait pas beau –
On pourra constater qu’il pleut à seaux –

Roi et prince tombent alors dans les flots –
Point de barque qui passe – ni de bateau –
Couronne roule par le fond – avec ses émaux –
Si un des deux survit ( ou sauvera sa peau ) –
Flotteront des plumes – celles d’un beau chapeau –

Canards ou canetons suivent – ou autres animaux –
Le vol des vautours ,             voire des corbeaux –
Sous l’oeil étonné , de nombreux badeaux –
…. Succession oblige – se présentent hobereaux –
Ducs, barons,                – Sarko et généraux –

Chacun à brandir son propre drapeau –
Et même ,          la faucille et le marteau –
On a toujours besoin de nouveaux héros –
Pour repartir de zéro –
Ne se voient pas de la cuirasse,    les défauts –

Nouveau roi, nouveau prince –         portés haut –
– Tu parles d’un cadeau ! –
Du grain ou de l’ivraie,    savoir le vrai du faux –
Peu importe qui revêt l’hermine à son manteau –
On peut toujours promettre l’eldorado

>             Tout ça c’est du pipeau
Il y a des princes et des vassaux
Plutôt que d’être égaux, c’est la parade des égo
Petit peuple se contente d’une chemise, ou d’un maillot –
( car point trop n’en faut )

RC   –  26 décembre 2012 –  juin  2016


Rimes de murs ( RC )


 

 

 

 

 

 

 

Il y a sur les murs  ,       tant de portraits,

Tout en  sourires,    sûrs d’eux,             rieurs

Ils nous promettent,   les jours les meilleurs

Notre  choix  sera le bon, et au plus-que-parfait

 

A voir, ce que prédisent les partis,      en futur

De l’aujourd’hui , demain sera toujours mieux,

La politique parle au peuple, en ces lieux

….  ainsi les murs  … murmurent

 

Souhaitez vous une vie moins  étroite ?

Mettez le cap à droite

Construire le pays, en dessiner l’ébauche ?

Tournez donc à gauche …

 

Puis les années passent, on retrouve de vieilles affiches

Dont il reste des lambeaux,         délavés par la pluie

Les discours se sont tus,             emportés par le bruit

Après les  élections,  …  restent       les champs en friche

 

RC   –   4 octobre 2012

 

 


le crachoir (RC)


En  écho aux  oeuvres ouvertes,   et  l’oreille  du tyran…  voir ici

fragment de statue de Staline. - oreille - Berlin

Au miroir du jour

J’ajoute  sans  détour

Qu’au tyran de métal

Dont il ne reste  du mal

Qu’une vilaine oreille

(ça pourrait être l’orteil)

Mr Duchamp, en ready-made

Aurait trouvé de l’aide

Avec un nouveau sujet

En déplaçant l’objet

Pour en faisre la risée

Dans un beau musée

A cet objet d’hier

Ce serait pissotière

Ou bien un crachoir

A recueillir le noir,

Paroles  assassines

Dûes au vieux Staline

Qui f’sait son malin

Dans la ville  d’Berlin

Qui faisait son fier

Aux côtés d’Hitler

Son vieux copain d’ami

Devenu l’ennemi

Du peuple, petit père

A gardé la guerre

Et d’vieux souvenirs

Qui feront vomir

Dans cet entonnoir

De l’oreille -crachoir.

Photo personnelle: statue communiste brisée, EuropoParkos, --nord de Vilnius, Lituanie