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Boris Pasternak – Peinture fraîche –


Photomontage RC

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« Peinture fraîche. Ne pas toucher. »
Ame, vous n’avez pas pris garde !
Et voici ma mémoire pleine des taches de ses jambes,
De ses joues, de ses bras, de ses lèvres, de ses yeux.

Plus que toutes mes joies, plus que tous mes malheurs.
Je t’aimais, toi qui fais
La jaune lumière du jour
Plus blanche que la céruse.

Et je te jure, mon amie, ô ma brume !
Il lui arrivera de devenir une fois
Plus blanche que le délire, que l’abat-jour,
Plus blanche qu’un blanc pansement sur un front.

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Trad. Emmanuel Rais et Jacques Robert.)

Boris Pasternak Poètes d’aujourd’hui
par Yves Berger
Pierre SEGHERS Editeur


Ode aux jeunes filles – (Susanne Derève) –


Photomontage RC – Palais Royal –

Les dahlias s’épanouissent dans les jardins

du Palais Royal,

rouge pavois parmi les mauves.

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Ainsi fleurissez-vous,   jeunes filles,

dans les allées de sable,  tendres appâts,

 papillonnant de l’ombre à la lumière

dans une nuée de rires, de selfies, de dentelles,

d’épaules nues …

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Vous êtes belles ; sous les tilleuls valsent les confettis

du ciel, la cambrure légère d’une danseuse

à trottinette, le galbe d’un mollet, 

saut , pirouette ,

d’une robe où s’encanaille le vent.

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Faites la nique aux passants, aux voyeurs

affalés dessus les bancs de bois parmi les fleurs :

vous lorgnent les yeux brillants des hommes.

Ils vous regardent et se déhanchent,

font jouer leurs muscles sous la peau,

de leurs dents blanches, vous dérobent un baiser,

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 tandis que  le soleil balance son carrousel

de gueules d’amour et de cornets glacés ,

poisse les doigts enlacés des jeunes filles,  

et des garçons en débardeurs ,

.

qui  s’éloignent en chœur, main dans la main,

vers les abords du grand bassin

 et les jardins des Tuileries où leur fantôme

s’évanouit   …  

Photomontage RC


Je n’ai plus de barque où naviguer – (Susanne Derève) –


Photomontage – RC

Je n’ai plus de barque où naviguer
ni de voile pour prendre la mer

La mer habite mon passé
et mon présent est fait de landes
et de tourbières,
de bois, de chants de blés,
et de l’eau glacée des ruisseaux
où le pied heurte les galets

La mer habite mon passé
que noie le chant des cascades

L’écume y est plus blanche
qu’une coiffe empesée,
que la frange des vagues,
ou que les blancs nuages à la dérive
des vents d’Ouest
voguant mollement vers la mer

Elle bat furieusement les terres
du passé et les sables déserts
mais je n’ai plus de barque où naviguer
plus de voiles, ni d’amers


C’est la nuit que je cherche – (Susanne Derève)


Photomontage RC sur Black Snowman (D Shrigley)

Un train traverse la nuit
C’est la nuit que je cherche
dans son manteau de neige
ses éclisses de gel ses quartiers d’ombre
et de lumière
à la lueur des réverbères tremblant
sous les assauts du vent

et toi bonhomme de neige
qui fanfaronne dans les jardins
blanchis de givre
bénis ma bonne fortune :
demain flottera ton chapeau
avec ton frac entre deux eaux

Je n’aurais plus qu’à les pêcher
dans une flaque
Coiffé de mon chapeau claque
j’attraperai le dernier train
pour rejoindre la nuit en habit de satin
et l’épouser sous la lune


Départ – ( Susanne Derève)


BREST – PHOTOMONTAGE RC

 

 

Un ciel de nuit

mais les nuages à l’horizon blanchissent déjà

Tu pars

les lanternes des grues rougissent comme des phares

 

silence   ensommeillé

qui sonne doucement de l’ébranlement des trains

du chuintement régulier des essieux  

de leur halètement sourd 

 

du chant atone des sirènes 

– voix de basse des cornes de brume

émergeant du brouillard

du claquement des toiles   au  vent

 

sonne d’un au revoir  et   d’un baiser mouillé

d’une écharpe qu’on noue

et d’un bonnet serré autour des yeux

 

Sous la  pluie qui noie les lumières de l’aube

Tu pars