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Voix de livres – ( RC )


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Un ton de voix qui traverse les pages,
maintenant,         enfoui parmi d’autres .
Tous ne dialoguent pas ensemble,
mais il y a des échos qui transportent loin,

et la mémoire accorde quelque chose,
à la façon d’une saveur épicée,
à ces livres fermés depuis longtemps,
et que peut-être je ne lirai plus.

ou alors, si je les parcours
ce sera avec l’espoir de retrouver
les tournures des phrases
telles que ressenties avant.

Selon la couverture ,
on se rappelle plus ou moins
la couleur des mots
qui s’associaient à ce qui était conté .

Ils sont comme les statues d’un parc
attendant le visiteur.
Des années plus tard,
de la mousse aura envahi le visage,

elles auront été déplacées,
           on les pensait plus grandes,
car vues avec un autre regard
que celui d’aujourd’hui.

Les livres sont pressés
dans plusieurs cartons,
et la chair de leur voix,
palpite encore quelque part .

Ce ne sont pas des objets comme les autres,
ils contiennent un peu de moi,
       c’est peut-être pour ça
       que je ne les ouvre pas.

 


RC – août 2017


Sculpteur de poème – ( RC )


Image associée

 

sculpture    Jaume Plensa      Yorkshire park

Tu t’imagines sculpteur
en travaillant le volume d’un poème….

Tu as à ta disposition,
comme celui du métier,
une matière malléable
qui serait comme la terre glaise
avec laquelle tu modèles tes idées.

Elles peuvent prendre toute forme
et le dire , en être rugueux
ou volontairement lisse,
selon le choix des verbes.

Tu travailles rapidement,
rajoutes, enlèves, soudes,
crées les espaces nécessaires,
associes les nuances,
se froissant même,
au parcours des sons.

Tourne donc autour de ta sculpture :
tu l’envisages sous un autre angle,
évidant les mots,
multipliant les arabesques.

Regarde l’ombre portée des phrases.
Creuse encore, où les sonorités s’affrontent ;
Imagine d’autres couleurs,
portées par d’autres voix.

Comment respire l’ensemble,
s’il se dilate avec le souffle,
s’il a la fluidité d’un marbre poli.

Il se nourrit de lumières et d’ombres
au foisonnement des images :
métaphores cristallisant l’imagination
avec la magie des vers:
le poème vibrant de son propre espace.


RC – mai 2017


Jean Grosjean – Elégie


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Quelle épée me partage l’âme, m’ouvre au milieu du cœur ce gouffre d’être séparé de toi
et que tu meures de deuil et que je meure ?

Les roses ont la chair qui se décompose et l’eau pourrit dans les mares mais je crois
que je connais la haine.

Les uhlans, les famines et les trépas foulent ce chemin où tu pleuras doucement notre
jour dont déjà penchait la tête sur les collines à sépulcres.

N’étais-tu pas ma longue lumière d’été au soir de qui, accablé par l’amour, je
sombrais dans un rêve obsédé d’astres ?

Quand le frémissement de ton approche me réveillait avant le chant du coq, n’aurai-je
donc descellé mes paupières que pour me rendormir sur ma naissance ?

La destruction nous profane et son prince nous marche sur les yeux mais c’est en vain
que ses démons me raclent la mémoire sous le crâne où ton nom ne cesse guère.

De quel puits sont sortis sur le monde tant de dieux souterrains avec leur face de
houille et leurs tenailles sans empêcher tes os phosphorescents de traverser ma nuit ?

Certes je me tais mais les phrases en débris murmurent encore à la cime des
trembles ton âme qu’elles cachaient.

 

Jean Grosjean, Élégies [1967]


Tes mots revenus – ( RC )


 

 

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J’ai emporté les mots que tu m’as glissé à l’oreille,

je les ai confiés aux ,
afin qu’ils voyagent,
et qu’ils les racontent à leur façon…

Je suis le passeur des phrases, celles qui sont dites,
et celles qui ne le sont pas.
Un jour, comme je l’ai vu,
( ou plutôt, comme je les ai entendus,

les mésanges sont venues frapper à ma fenêtre ) :
c’est qu’elles avaient sans doute
une réponse à me donner, et le récit de ton voyage .
J’ai essayé de l’interpéter à ma façon,

et les mots pensés,
ont ainsi continué leur voyage,
dans ma tête peut-être,
en donnant naissance à d’autres écrits .

C’est que tu parles un peu en moi…


RC – avr 2017

 

(  réponse à Anna Jouy : voir les mots partis )


Même le paysage s’interrompt dans ses éclats – ( RC )


peinture:                  R Magritte :                  le promenoir des amants.

Et c’est illusion, si l’espace, que l’on pensait libre de contrainte,

se voit tout à coup enfermé dans une paroi.

Ainsi l’oiseau en plein vol se précipite dans le piège des vitres,

où même le paysage s’interrompt dans ses éclats .

C’est comme si l’élan était rompu (un baillon ).

On se voyait libre, de parler, de réfléchir, et de se dire ;

mais on se heurte aux faux semblants et aux étendards de l’arrogance .

Le souffle n’avait pas besoin de ponctuation ;

et voilà qu’on ne peut pas terminer ses phrases.

Le fil de la pensée est rompu ; on en arrive à ne plus oser se dire,

puisque vivre ne peut pas se faire, sans que des barrières soient imposées.

Certains aiment en jouer , parcourir les murailles d’un labyrinthe inextricable :

ils ont de l’ambition ; ce sont souvent des bavards et souhaitent avoir réponse à tout….

D’autres préfèrent leur parcours intérieur, visible d’eux seuls, et se réfugient dans le silence.

RC – mai 2015


Mots surgis d’un brouillard épais – ( RC )


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                                Peinture:              P Bonnard

J’ai prélevé dans le vocabulaire
que je connaissais,
quelques mots .
Ils se sont disposés, dociles,
sur la page blanche,     comme surgis
d’un brouillard épais,
où la conscience s’est perdue,
et le décor endormi .

Oh ! Rien de bien extraordinaire…
… presque rien…
Quelques essais jetés sur le papier :
une ou deux expressions
qui sonnent ,
accompagnées  du silence   ,
me déportant vers
le jour, qu’ils dissimulaient.

Il faut croire que les phrases
banales,
ne sont que des fenêtres grises,
occultant les pensées.
Tant de gris où tout se brouille,
et les étoiles
quelque part,
au-delà,

qui répondent
seulement si un chant
parvient à s’extraire
d’entre les lignes,
pour donner assez d’élan
à ma plume,
( et que cela soit aussi
un peu de moi. )


RC – janv 2016


Quelqu’un regarde par mes yeux – ( RC )


peinture: Francis Picabia

peinture: Francis Picabia  » Barcelone »


Quelqu’un me regarde  avec mes yeux.
Et ces yeux voient      une pièce presque nue,
où la présence  d’ombres se font       et défont.

Des sons ne la franchissent pas,
et se répercutent  d’un mur  à l’autre,
indépendants.

Il se peut  que  ce  soient          mes propres  phrases,  
repoussées par les lueurs changeantes des lampes  à pétrole.

Ainsi, quelqu’un parlerait        par ma bouche,
et ce ne serait plus moi,
mais une mémoire de la nuit,        enfermée ici  ,

alors que  de l’extérieur,     le silence la compresse ,
comme  sont compressés les jours.

Je ne les compte plus.
La nuit , aussi ,    ne compte pas les fleurs fanées .
 
Elles forment un tableau étrange,
celui d’un temps  arrêté,        nul,
saignant de ne pouvoir sortir,  clos  sur lui-même…

d’après « Présence d’ombre »     d’Alejandra  Pizarnik

RC-  nov  2015

un texte-photo  de Duane Michals,  partage un peu ce thème:

Il rêva une  nuit  qu’elle vint et   l’embrassa, et avec ce baiser entra dans son corps.

Elle  regardait à travers ses yeux, et écoutait avec ses oreilles.  Au matin, rien n’avait changé.


Abritant des agents indésirables – ( RC )


 

Les doigts papillons,
multiplient les approches  veloutées.

Je ne sais pas faire des histoires longues.
Peut-être, les insectes  les  grignotent  ,
avant qu’elles  ne puissent prendre  de la consistance.

Ces petites  bêtes restent bien petites …  quelques  larves,  des moustiques,  des petites mouches inoffensives,  et des papillons bruns, de ceux  qu’on trouve dans les  céréales.
Elles ont juste  comme tendance à se multiplier,  de se répandre  sur mes  récits,

Dès que j’ai le dos  tourné. Copulant dans les  coins, elles parcourent joyeusement les phrases, et se nourrissent  de ce qu’elles  trouvent.

C’est une  famille  qui se porte bien, en apparence,  et qui fait la fête souvent.

Je dois , en multipliant des mots, leur  apporter  autant de nourriture qu’elles le désirent .
Je les emporte sans doute en moi, quelque  part,
à la manière  des fleurs, trop aimables, qui s’ouvrent aux vents, pour que les insectes viennent y chercher le pollen.
En échange, ils déposent  leurs œufs.
——– ( C’est une offrande intéressée…)

Ceux-ci restent à l’abri,  au cœur même du fruit qui s’est conçu. Ils ont la nourriture assurée et le logement  sur place .

L’idée  même  du récit  s’effrite,
en quelques miettes, qu’il m’arrive de me remémorer,
le matin suivant. – presque des confettis, qu’il faudrait se résoudre  à assembler par  couleur, pour  reconstituer l’étoffe originale,  une trame tissée bien fragile, attirant tôt la petite faune .

Si, à la place de coucher les mots  sur le papier,  j’avais  l’audace de les prononcer, une nuée de ces insectes  viendrait avec,
ne tarderait pas à former un nuage, d’où même  la lumière  aurait du mal à s’immiscer.
Les paroles  auraient  un son mat, comme  celui là, même  des mots,
déchiquetées, et souvent incompréhensibles,  à qui n’en saisit pas le fil, la logique interne   ( si par hasard, il y en a une ).

——>      Il vaudrait mieux  que je garde  tout ça pour moi

— car on a connu des cas,
où l’écriture, comme la parole, à petites  doses, pouvaient  s’avérer contagieuses, si une part de l’esprit rentre dans celui de l’autre, et dépose à son tour, quelques  œufs, ou de simples  bactéries.

Spontanément elles s’activent…  c’est  souvent à ce moment, je présume,
que se crée un  « terrain d’entente ».
– ( on dira que tout n’est donc pas à considérer de façon négative ) –

Si la science  se penche  dessus, il y aurait toutes  les  conditions  réunies, pour que cela continue  son chemin, d’une autre façon …  ainsi la vie  sur notre planète…

Une simple  vue  de l’esprit ?

Un esprit parasité par des agents indésirables ?
Ou qui contribuent  à sa propagation…


RC – déc  2014


Jean-Marie Kerwich – je ne trouverai plus mon chemin pour partir ailleurs


affiche de cirque  » Sells Brothers »

 

« Je ne relis jamais ce que j’écris ; je ne trouverai plus mon chemin pour partir ailleurs. Mes phrases sont des villages pour les âmes en peine. Mieux vaut ne pas se retourner vers eux, ça ferait pleurer l’encre des mots écrits… 

          J’ai du mal à tenir une plume : ma main droite a trop longtemps tenu en équilibre sur un portique de cirque. »


Les mots s’en vont, comme bulles de savon. ( RC )



 

 

Les mots s’en vont
Comme bulles de savon,

Vois comme elles s’enfuient,
Et les mots aussi.

Tu étais là,…. tu étais elle,
Dans ma vision, bien réelle,

Les bras ouverts, la peau de pêche,
Ma plume hésitante, et l’encre qui sèche…

Les glaïeuls disposés dans le vase,
Je n’arrive pas à finir mes phrases,

Oui, – j’étais sans doute ébloui,
Après cette journée de pluie….

Hanté par ton souvenir..
– Comment pourrais-je l’écrire ?

Réfugié dans ces fleurs écarlates,
A la cambrure délicate.

Leur couleur en est saveur,
Et précipite les heures…

Les mots , toujours, s’en vont
Comme bulles de savon,

Ils forment des phrases plates,
Qui se heurtent entre elles et éclatent,

Et disparaissent sans bruit,
Quand ta vision me poursuit.

>  Je ne pourrai jamais décrire,
La courbe de ton sourire…

 

RC –  18 octobre 2013

 


Jean–Marie Kerwich – Pour que les phrases soient ivres


encres: Marlene Dumas   biennal  d'art contemporain de Lyon

encres: Marlene Dumas biennal d’art contemporain de Lyon

« Pour que les phrases soient ivres, il faut que le poète ait bu un bon vin solitaire de la couleur d’un tapis d’orient noué à la main par une douce jeune fille que la méchanceté des hommes n’a pas encore violée.

            La vie est terrible et pourtant le blé pousse encore, les fleurs sauvages fleurissent, elles ne peuvent s’empêcher de pardonner c’est plus fort qu’elle. »


Phrases flottantes, en brume ( RC )


peinture perso: « sur l’angle » 1990 – acrylique

Aux murmures suggérés

Les airs , à travers les doigts des feuilles

Et capter d’une oreille attentive

Les sons d’une harpe de brume

Lent glissement  d’une barque

Au gré d’une errance suspendue

Du gris, sur le gris

La parole  chuchotée,

Du mystère des mots

Qui s’assemblent en phrases.

Bribes assemblées,

Un instant flottantes,

Gouttes  d’encre

Et qui prennent leur envol,

Quand  s’écarte le ciel…

Dissipation des brouillards matinaux,

Lorsque  se construit la page.

RC –   19 juin  2012