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Entre pluie et olives ( RC )


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Oui, j’étais  ce jour là dans les rencontres de circonstances,
J’aurais mieux fait d’errer au rayon parfums du supermarché,
ou de feuilleter  les magazines  chez le papetier, en face de la gare,

mais me voila coincé entre une pluie insistante et fine,
et les olives de l’apéro du vernissage du samedi soir.
Il ne fallait pas rater ça – parait-il -, enfin, c’est  ce que pense tout le monde,
qui se congratule, et se presse autour du buffet,

De toute façon on ne peut , faute d’espace,
admirer les « pièces »,            car on dit pièces maintenant,
pour des assemblages, dont on ne peut  définir
leur statut, leur présence ici;

si ce sont des sculptures, ou bricolages habiles,
qui s’étendent volontiers  sur le sol et le mur en même temps.
Mais ce n’est pas le plus important.

L’important est d’être  –   « là où ça se passe »  – , et d’évoquer l’art
…  ( Ah, l’Art !!!),       ne pas oublier la majuscule…

il est partout nous dit-on,
tellement qu’il arrive à être minuscule.

Mais il doit être là ce soir,            particulièrement,
dans un ambiance de champagne,     et de robes de soirée,
En plus des flashes du photographe,          qui rapportera dans la presse,
que l’expo a remporté un vif succès.

Ca fera déjà plus de lignes, …..    que sur M, qui ne vendait plus rien ces dernières années,
–                                 et qui s’est suicidé il y a deux semaines.
Faut dire aussi,     qu’il ne fréquentait pas les vernissages…

Tiens  voila qu’une demoiselle bien mise,                           et en colliers,

Elle me présente de merveilleux petits canapés  au saumon…

–       »   Merci bien  vous êtes très aimable  !  » –

J’en prends deux,         et puis me rapproche discrètement de la sortie.

___

Il a cessé de pleuvoir.

RC

 


Jorge Luis Borges – les choses


 

photo:         CoreyS5

 

 

Le bâton, les pièces de monnaie, le porte-clés,
la serrure docile, les lettres tardives
qui ne seront pas lues dans le peu de jours
qu’il me reste, les cartes de jeu et le tableau,

un livre, et, entre ses pages, la violette
flêtrie, monument d’un soir
sans doute inoubliable mais déjà oublié,
le rouge miroir occidental dans lequel

une illusoire aurore brille. Oh, combien de choses,
plaques, seuils, atlas, tasses, épingles,
nous servent d’esclaves tacites,

aveugles et si étrangement discrets !
Elles dureront au delà de notre oubli;
elles ne sauront jamais que nous sommes partis.

 

Traduit de l’espagnol par E. Dupas