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Articles tagués “Pier Paolo Pasolini

P.P.Pasolini – De poésie, une vie était close


peinture – Geneviève Asse

« J’avais vingt ans, même pas –dix-huit,

dix-neuf…et déjà un siècle était passé

depuis que je vivais une vie entière

consumée à la douleur de penser

que je ne pourrais jamais donner mon amour,

sinon à ma main, ou à l’herbe des fossés,

au terreau d’une tombe sans surveillance…

Vingt ans et, avec son histoire humaine, avec son cycle

De poésie, une vie était close. »


Pier Paolo Pasolini – Les feuilles des sureaux –


Paul Cézanne – Côte du Galet à Pontoise –
Les feuilles des sureaux, qui sur les canaux 
sortent de leurs tièdes et rondes branches, 
parmi les filets rouge sang, parmi les balcons

jaunâtres et orangés que forment les joncs 
du Frioul, alignés en perspectives dépouillées 
sur le fond des crêtes dépouillées

ou en douces courbes le long des joyeuses 
pentes des berges... Les feuilles 
des peupliers arachnéens, amassés

sans un frisson en foules silencieuses
au fond des champs déserts de luzerne;
les feuilles des humbles aulnes, le long des mottes

asséchées où le froment lève ses ardentes petites plantes 
avec des tremblements déjà de bonheur; 
les feuilles de la mâche qui couvre, tiède,

]a levée de terre sur les tapisseries d’or des vignobles.

Poésie

1943-1970

nrf Gallimard


Pier Paolo Pasolini – Sans manteau , dans l’odeur de jasmin –


Pasolini- Accattone (1961) –
Sans manteau, dans l’odeur de jasmin 
je me perds dans ma promenade vespérale, 
respirant — avide et prostré, jusqu’à

ne plus exister, à être fièvre dans l’air,
la pluie qui germe et le ciel bleu
qui plombe aride sur les chaussées, signaux,

chantiers, troupeaux de gratte-ciel, amas 
de déblais et d’usines, pénétrés 
d’obscurité et de misère...

Je marche sur une sordide boue durcie, et je rase 
des taudis récents et délabrés, à la lisière 
de chauds terrains herbeux... Souvent l’expérience

répand autour d’elle plus de gaieté, plus de vie, 
que l’innocence; mais ce vent muet 
remonte de la région ensoleillée

de l’innocence…L’odeur précoce et fragile 
de printemps qu’il répand, dissout 
toute défense dans ce coeur que j’ai racheté

par la seule clarté : je reconnais d’anciens désirs, 
délires, tendresses éperdues, 
dans ce monde agité de feuilles.

                 *

Poésie

1943-1970

nrf Gallimard

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Pasolini – Accatonne –