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Pierre Lieutaghi – lumière close ( extrait 1 )



Lucia, c’est la meilleure façon de m’adresser à vous d’aussi loin. Prenez-le comme une lettre parlante. Il y aura beaucoup de blancs parce que je devrai souvent revenir en arrière. À la fin, je ne me réécouterai pas, sinon je n’en aurai jamais fini. Quand j’écrivais, rappelez-vous comme c’était plein de ratures. Si vous pouviez entrer dans cette pièce, ce serait sûrement plus simple, je vous dirais de toucher le morceau de géode sur le piano.

Vous verrez, quand on passe l’ongle sur les cristaux, il suffit d’un rien, c’est un piano très sensible. Et puis ces pierres creuses ont une certaine parenté avec le cœur. J’en finirai jamais avec l’imagerie facile.

On a dû vous dire, c’est encore une histoire avec ses cristaux, il ne l’a pas volé, qu’est-ce qu’il avait à faire dans ce pays, dans ces recherches de quoi, est-ce qu’il n’avait pas mieux à vivre ici, c’est un suicidaire, et restera, mais nul ne sait vraiment ce qui s’est passé. Et moi, j’en suis à me demander aussi ce que je sais, est-ce que je pourrai le rassembler, et le raconter, ça m’oblige à commencer loin, parce que la fin, je sais au moins qu’elle vient clore une attente très ancienne.





Dégradé

Étude de la lumière, des couleurs et des formes. Création en studio à l’aide de lentilles endommagées acquises au fil des ans. Chaque estampe est disponible au format 18 x 24 po sur papier longue conservation.


Partout des pierres – Susanne Derève –


Photo RC – alentours de Sainte-Enimie (amont)

.

Partout des pierres,

hors et dedans l’eau,

dans le fil des ruisseaux et le lit des rivières,

aux berges lentes des chenaux,

abimées dans de sombres reflets d’émeraude  

où serpentent doucement les nuages

comme de blancs bateaux qu’y  jetterait  le ciel

.

Des  pierres écrasées de soleil

comblant les grandes drailles désertes de l’été

éraillant le ventre des Causses

parmi les lavandes,  les blés,

les roues de lumière des carlines

.

Tapies dans la  profondeur des sous-bois,                                          

– les sombres sapinières , l’aile légère  

des grands hêtres –  

Schistes parcheminés, marnes grises,

et le vertigineux calcaire  érodé par les fleuves

où l’œil abasourdi chancelle

.


Un dimanche à la fête des morts – ( RC )


photo RC – Chanac

Les pierres sont immobiles.
laminées par le temps,
leur couleur est passée,
comme celles des photos
qui y sont accrochées,
ternies,
dans de petits médaillons.

On imagine un peu
ceux qui ont vécu,
le regard perdu
à travers le rideau des années
qui nous séparent d’eux
davantage que les chaînes argentées.

Les tombes voisines sont luisantes de pluie,
c’est toujours en novembre
que semble mourir l’automne,
et que s’échouent les fleurs,
qui perdront inéluctablement
leurs couleurs.

Tu te souviens de la Toussaint,
des demeures massives
en granite poli,
et du gravier blanc
que tu trouvais si joli.

Tu en prélevais un peu
pour dessiner un coeur,
pour répondre aux formules
écrites en noir
sur le fond émaillé.

« A ma soeur chérie » ,
« à mon oncle bien aimé.. ». etc
Puis il fallait s’en retourner,
laisser tranquilles ceux
qui ont le sommeil éternel,
auprès des cyprès centenaires.

La mort est un jour sans fin,
qui ne se contente pas
de fleurs sacrifiées…
la vie ne compte
que ceux qui meurent,
en effeuillant les pages du calendrier ;

le chagrin et l’absence demeurent
pour ceux qui se souviennent.
Je ne parlerai pas des chrysanthèmes
fanant dans leur vase,
des allées désertes,
et des croix qui penchent.

C’était un dimanche,
la fête des morts
( on imagine mal qu’ils dansent
quand tout le monde est parti ).
Le vent a arraché les dernières feuilles
des platanes de l’avenue.

Eux aussi sont en deuil.
Ils secouent leurs branches
comme des membres décharnés :
ils sont les gardiens des ténèbres,
mais attendent le retour du printemps

près de l’enclos funèbre.


Toussaint – Susanne Derève –


Pierre Rochereau – cimetière de Léhon

.

Ne parle pas de chrysanthèmes

c’est Toussaint

Ne me parle pas des pierres

c’est cimetière

La mort est un jour sans fin

et la faim me tenaille de vivre

encore

A Toussaint autrefois

c’était toujours Dimanche

parmi les fleurs

Maman se serrait contre moi

j’étais la chaleur des corps ensevelis

contre le sien     un bouclier ardent

Je faisais face au poids charnel

du chagrin      aux servitudes de l’oubli

Nos pas crissaient dans les allées

et les fleurs immobiles taisaient

lentement  leurs couleurs

Moi, pendue à son bras  

spectateur  du tendre  passé

je ne voulais pas que s’étiole l’amour

Je priais qu’il dure toujours    

.

.    

                                                                           


Vêtement de glaise – ( RC )


Soffio 6 (Souffle 6) - Centre Pompidou
oeuvre de G Penone ( empreinte de corps dans la glaise – grandeur nature )

S’il faut s’extraire de bourbiers,
en soulevant des plaques de ciment,
tu préfères leur densité
cernant les plaques de fonte,
en tenant ta joie
du bout des doigts.
Le ciel est si pesant,
et les pierres obtuses,
qu’un orage probable te colle au regard,
pendant que tu glisses
sur ton reflet.

Changeant, il se disperse aux premières gouttes,
plus loin la terre soupire,
de joie aussi, et c’est cette saveur amère
qui promet de nouvelles floraisons.
C’est là ton berceau,
cet habit spongieux
qui te ramène à tes origines,
lorsque tes yeux n’étaient pas ouverts.
Ton corps sans froidure
portait ce vêtement de glaise,
et tu engloutissais les nuits,

Maintenant que tu marches,
tu connais le poids exagéré du temps.
Tu récoltes sur le chemin
de petits cailloux,
avant que le vent recouvre de sable ton ombre,
et que du bourbier,
scintillent des éclats de strass et de mica,


Nous avons vu s’enfuir l’eau – ( RC )


Aquarelle  –  E Delacroix

 

Adossés à un mur brûlant,
nous avons vus s’enfuir,
lentement,
                          l’eau.

Le sol s’est bousculé,
faisant rouler des roches instables,
comme si une poitrine
      se soulevait,
montrant des plaies noires
et des crevasses.

                  Quelques heures encore
avant que ,         d’une faille profonde
                    jaillisse le soufre et le sel,
restes jaunis laissés
par la mer infidèle.

         Quel chirurgien entreprendra
de recoudre la peau assoiffée
de la terre ?
         Les champs, autrefois verts,
portent des tiges malingres,
et il n’est pas rare de découvrir
parmi elles,          des oiseaux desséchés .

Tout le village est secoué.
               Quelques maisons isolées
sur une pente qu’elles ignoraient,
              ont perdu de leurs pierres,
prêtes à s’effondrer
en suivant des cascades de poussière.

Les ors cruels d’un crépuscule
soulignent des silhouettes d’arbres
enchevêtrés.

     L’eau ne reviendra pas,
attirée plus loin,
ou bue par des gouffres sans fond.
              Qui pourrait la retenir
              entre ses doigts ?

     Ceux qui croient aux miracles
     attendront longtemps.
Le jour, même, a détourné les yeux .
Il nous laisse exsangues, au bord du précipice.


carcasse et abandon – ( RC )


photo Hans Proppe

Ce matin très lumineux,
cette route qui ne va plus nulle part,
un mur et cette carcasse d’un bâtiment blanc
et le vent qui secoue les buissons maigres,
souligne l’abandon sous un azur très pur
après un long détour.
Le soleil a tordu l’ancien climatiseur,
le temps a cuit les pierres,
la route défoncée s’éloigne dans la poussière .

( texte créé à partir de la photo jointe )

dec 2020


Dans le silence d’une fin d’été – ( RC )


photo auteur non identifié – lac Baïkal

Je ne sais plus où s’éteint
la voix du vent,
dans un soupir peut-être,
comme ne se ride plus
la surface du lac.

Les pierres en profitent
pour se sentir légères,
et s’envoler d’espoir,
contre les nuages
à l’avancée du soir.

Le jour sur sa fin, s’étire, las.
Il abandonne ses couleurs…
Il n’y a plus ni haut ni bas,
ni pesanteur
dans ces dernières heures.

Les barques sont posées
sur elles-mêmes, noires,
le reflet des eaux est un miroir
baignant les étoiles;

Deux notes d’un crapaud solitaire
quelque part sur la terre,
la voix lactée , s’étire , pâle
dans le silence d’une fin d’été.


Jean-Luc Sarré – Le jour le silence


Phoro RC ( Champerboux )

Aveugle  elle vacille 

bergerie en plein ciel

 

 

les pierres

dans son dos

le silence qu’elles longent

les dévore

 

 

(demeuré dans son dos

je vois ce dos que rien n’efface

trembler dans la lumière

comme si la nuit

jamais

ne devait survenir)

extérieur blanc

poésie flammarion

 


Ne me dis pas que la terre est infertile – ( RC )


1 cht de la terre  ferier  -1848.jpg

Ne me dis pas que la terre est infertile.
On n’en connaît que la surface,
pas la profondeur.
Il y a des graines qui attendent,
à côté des pierres.

Il y a des galeries souterraines
où l’eau s’engouffre.
Des ossements et des secrets bien enfouis.
Des racines les prolongent
et s’en nourrissent .

Ne me dis pas que la terre est infertile,
les fleurs en sont nées
comme les forêts.
Même blessée elle porte le monde.

N’oublie pas que tu marches dessus.


La journée du peintre – ( RC )


Afficher l’image source

peinture:           P Cézanne  —  parc  du château noir       1904

Je ne sais
quand les journées s’allongent :

je suis pieds et poings liés
à la chanson du pinceau,
et j’en oublie les heures,
jusqu’à ce que je plonge
dans l’oubli des choses,
ainsi mon ombre me devance
sur la toile ébauchée.

Et chante aussi la rivière
sous le pont de pierres…

J’ai confondu ce que j’ai peint
avec une journée d’été.

Je dépose la lumière par petites touches ,
qui se rassemblent contre l’obscurité.
Je marche dans une clairière
que j’ai inventée ,
je m’y égare un peu .
La futaie change soudain d’aspect
sous l’éclairage électrique .

Elle n’a plus cet attrait magique
des rideaux de feuilles .

Je continuerai demain
marchant dans sentes et chemins :

il y a des couleurs qui s’attardent
à la façon de feuilles d’automne
Elles sont aussi sur mes mains tachées ;
je vais aller me nettoyer
puisqu’une journée à peindre
vient de s’éteindre

sans bruit ,
remplacée progressivement par la nuit .

RC – juin 2019


Suivant le chemin des pierres – ( RC )


      art 167.jpg

 

peinture:     Isabel Bishop

      Je pense encore à hier,
suivant le chemin des pierres,
sous le soleil disert,
mon ombre me précède dans la poussière…

Marcher,       et s’éloigner des routes,
est comme mettre en soi la distance,
éloigner de l’esprit le doute ,
apprivoiser le silence .

Mon pays s’éloigne lentement,
puis disparaît tout à fait ;
         sans voix, je dialogue avec le vent ,
– Comment je vivrai demain je ne le sais – .

           J’ai quitté les horizons hostiles,
ma famille et mes frères,
en prenant le long chemin de l’exil :
              c’est une traversée du désert

             et je ne sais ce qui m’attend
             dans d’autres contrées :
c’est peut-être la guerre et le sang,
que je vais retrouver

un peuple misérable ,
qui, comme moi,       erre,
sous un soleil impitoyable
à la recherche d’une autre terre ,

à la recherche de son destin ,
suivant leur ombre dans la poussière,
marcher         et marcher encore,    sans fin ,
                    suivant le chemin des pierres…


RC – mai 2019


Zbigniew Herbert – Que serait le monde ?


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que serait le monde
s’il n’était plein
de l’incessant va-et-vient du poète
parmi les pierres et les oiseaux ?


une pierre informe dressée dans un jardin – ( RC )



Pas d’épaisseur, de celle des pierres – ( RC )


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image  – montage perso

 

Je te verrai,
Image présente,
A travers les murs,
Tournant mon regard
Vers où je te sais.

Il n’y a pas d’épaisseur,
De celles des pierres,
A jouer la distance
Avaler les espaces,
Les collines et les villes,

Redessinant tes gestes,
Comme si la barque des songes,
Ouvrait aux portes du jour,
Ta silhouette indécise
Se découpant dans la brume.

RC – juin 2014


Jean Mambrino – Bignone


Jean Mambrino  Bignone 7.jpg

 

extrait de  « l’abîme blanc », de Jean Mambrino

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Joseph Brodsky – Dédicace à Gleb Gorbovski


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Quitter l’amour, dans le soleil de midi, sans retour,
et le chuchotement de l’herbe sur les pelouses qui s’enfuient.
Dans le nuage brûlant du jour, dans le crépuscule assoupi
l’aboiement des chiens de la nuit traverse les allées obliques.

Il faut résister à notre époque sombre et courir au-delà de ces années,
il faut oublier à chaque souffrance nouvelle l’infortune d’hier,
accepter à chaque instant la blessure et la douleur,
pour entrer paisible dans la brume des aurores vierges.

L’automne et impétueux en cette année de voyages,
les processions silencieuses du rouge et du noir longent le ciel,
près des arbres nus les feuilles s’envolent et trébuchent
contre les fenêtres et les pierres

Joseph Brodsky


Pierres de basalte, comme un mensonge – ( RC )


Deroc dessous (11).JPG

 

photo perso  :cascade  de Déroc –  Aubrac

 

C’est un peu une frontière incertaine,

où se dispute un sable noir,
proche de la vase ;
des plantes spongieuses,
et l’illusion de solide,
que des pierres symbolisent.

Aussi, si je risque quelques pas,
sur les pierres découvertes,
ce serait comme un gué,
permettant de passer
de l’autre côté.

Mais ce sont des rêves mouillés,

qui peuvent à chaque instant glisser,
sous la plante des pieds .
On imagine ces roches comme un mensonge,
venu se plaindre aux eaux .

Peut-être n’ont-elles aucune consistance,
et elles peuvent disparaître,
comme elles sont venues,
trichant , en quelque sorte,
prêtes à se dissoudre,
si besoin est .

Le petit ruisseau qui sourd,
ne les écoute pas,

juste le cri des grenouilles,
qui ne croient pas en leurs histoires.
Car des pierres, il y en a plus bas.

Elles ont chuté,
basculé du plateau,
hexagones de basalte
à la géométrie trompeuse,
entraînant une partie du ciel,
chute vertigineuse .

Là s’interrompt l’horizontale :,
tout est en suspens,
quelques instants,
avant que l’eau ne chute à son tour,
et s’évade en cascade blanche .
RC- oct 2017


Henri Bauchau – La règle


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sculpture  sumérienne – Mésopotamie ( Irak )

 
Avec mes pierres carrées

Je t’enfermerai dans une œuvre

Car tu es coureur de chagrins

Et la règle est d’apprendre à rire

Homme
Avant de mourir.


Armand Robin – Varsovie


Image associée

 

Les places ont des bras de cobras,
Les maisons des gorges de paons.
Donnez-moi quelque antique pierre,
Que je me retrouve en Varsovie!
Je me tiens en stylite absurde
Sur la place, sous le candélabre ;
Je louange, admire et maudis
Le cobra, l’abracadabra.
Tel un paladin je m’enfonce
Sous les pathétiques colonnes.
Que me font le « Hall de Luxe » et ses mannequins
Peinturlurés pour le sarcophage ?
Ici les jeunes courent acheter des glaces !
Ha! tous ici sont très jeunes,
Leurs souvenirs confinent à des ruines,
La gamine va bientôt enfanter.
Ce qui a poussé en pierre restera!
Le pathos avec la camelote!
Ici tu apprendras ton alphabet,
Futur poète de Varsovie!
Aime cela en coutumière ornière.
Moi, j’ai chéri d’autres pierres,
Grises, véritablement grandes,
En leur cœur le bruissement des souvenirs.
Les places ont des bras de cobras,
Les maisons des gorges de paons.
Donnez-moi quelque antique pierre,
Que je me retrouve en Varsovie!


Herberto Helder – Do Mundo 01


bas relief  symbolique - Inde

bas relief symbolique – Inde

Do Mundo (extraits)

Si tu te penches par les jours intelligents
regarde comment se forme la soie en eux, comme
le vêtement se forme sur le corps.
La soie et la chair fondues dans l’outre de sang.
Le nom : pulsation de la mémoire.
Et tu danses à quelques encablures des flammes
la zone ouverte, mais fermée,
spasmodique ; l’air retourné
autour des pierres en feu.

Le regard est pensée
Tout se fond en tout, et je suis l’image de ce tout
La roue du jour de dos montre ses blessures
la lumière trébuche
la beauté est menace –
– Je ne peux plus écrire plus haut
les formes se transmettent, intérieures.

 

 

 

 


Nuit somnambule – ( RC )


splendeur  voie  lactée dans les Cévennes.jpg

Je vois la nuit somnambule…
Elle progresse sans rien voir,
l’obscurité l’accompagne,
frôlant les arbres, puis déversant son encre.
La nuit noie tout, et se confond en portes secrètes,
ouvertes à travers un décor qui transforme
celui de l’espace diurne .

Les hommes ,     pour ne pas la voir,
utilisent d’artifices,
en disposant le long des routes
de petites lumières,
ou bien des enseignes publicitaires
qui clignotent, histoire de détourner
l’attention de la nuit.

Celle-ci enveloppe les immeubles,
comme les pierres du chemin ;
Les précipices de la montagne,
ont devancé l’appel du sombre.
Peut-être se heurte-t-elle à eux,
et ne retrouve pas elle-même son chemin.

Elle pourrait rester sur place,
ou tourner en rond,
toujours somnambule
si un jour le soleil ne venait pas :
on ne sait pas si elle l’attend avec impatience,
ou s’enfuit ,      effrayée,       à l’autre bout de la terre .


RC – nov 2017


Thomas Duranteau – puits


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Le puits ne connaît pas
le sens du vent
ni le temps que met le soir
pour nourrir par bouchées
les pierres gisantes
sur son lit

*

Puits
bouche à nourrir
oreille où chuchoter
œil où refléter
nos entrailles ouvertes .

 

 


Muhamed Kërveshi


art 068.jpg

peinture: M Vlaminck

 

couvée

avec nos yeux

beaucoup de chagrin

beaucoup de feuilles

notre jour ratatiné

enterrer le vent

l’aigle d’amour

à l’avant-garde du Kosovo

le carré du paradis

Drin et l’automne

sous les mêmes ponts

passer embrasser

l’ombre du continent

et la planète stellaire

dans les yeux de nos oiseaux.

 


Philippe Delaveau – Instants d’éternité faillible


 

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Ignorant que tes hautes étoiles
avaient tremblé leur dû.
Pas un autre sanglot. Pas une brise
pour effleurer les branches,
susciter la présence des prés et des collines.
Avec courage tes lampes dans la tempête
auront lutté comme là-bas hublots et feux
du vaisseau qui oscille, se couche et sombre
fort de sa morgue et de ses cheminées.
Maintenant si je me tourne vers l’arrière
c’est pour te voir périr dans le brouillard
avec ma vie, sans un reproche.
J’aimais ces maisons qui m’ont quitté
et ces vignes qui tordaient les poignets
maigres de la douleur. La hache
qui tout à coup tranche le nœud de cordes
est plus aiguë que le croc du lion.
Aussi intraitable fut à l’entrée du désert Alexandre,
qui ignorait doute et détresse. Mais mon empire,
je le construis en soustrayant, en dispersant
les ombres et les morts.
Bientôt j’ausculterai les lignes
gravées sur la cire des paumes
pour réfuter l’arrêt sévère des destins.
Rivières et forêts, vitraux et pierres,
écoles et maisons, les sons ancrés aux souvenirs
avaient donné très tôt l’exemple.

Les oiseaux libres nous quittent dès l’automne
pour de lointains soleils que rien ne saurait abolir.
Seuls les visages sont restés dans le cadre des noms
– des cadres propres, certes, mais sans dorure.
(Infinis brefs avec leurs ombres).


Thomas Transtörmer – Les pierres


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Les pierres que nous avons jetées,
je les entends
tomber, cristallines,
à travers les années.
Les actes  incohérents de l’instant
volent dans la vallée en glapissant
d’une cime d’arbre
à une autre,
s’apaisent
dans un air plus rare
que celui du présent,
glissent,  telles des hirondelles
du sommet d’une montagne à l’autre,

jusqu’à ce qu’elles atteignent
les derniers hauts plateaux

à la frontière de l’existence.
Où nos actions ne retombent
cristallines

sur d’autres fonds
que les nôtres.
17 Poèmes 1954


Blés des causses – ( RC )


balade   - causse Mejean vers Drigas   -   16.JPG

photos perso :causses  Méjean & Sauveterre

Les petites sorcières de la nuit,
se cachent entre les pierres,
présentes et toujours immobiles ,
même dans la brume du jour.

En silhouettes inanimées ,
elles activent leurs ombres ,
endossant leur poids de silence.
          Leur échappant , des vagues vert-jaune
ondulent au sol ,          caressées par le vent.

Les blés contredisent les gris austères .

Le causse a son discours
       empreint de mystère
qu’on ne peut traduire,
avec des mots .

Mêmes les images
ne parlent que d’instants .
son étendue ne se cerne pas .
Comme l’ancienne mer qu’elle recouvre ,

il a quelque chose           d’une houle
qui se prolonge aux horizons ,
avant de chuter brutalement
au plus profond des gorges.

RC – juin 2017IMGP0958.JPG