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Marceline Desbordes-Valmore – Pourquoi demander l’heure ?


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Pourquoi demander l’heure ? Eh ! Qu’importe comment

Le temps a secoué ses ailes sur nos têtes ?

Va, les minutes d’or qui brillent dans ces fêtes

Sont les trésors d’un Dieu plus jeune et plus charmant.

C’est un enfant qui rit, c’est le plaisir prodigue

D’instants. Si le calcul fixait ce don rapide,

Qui n’en ménagerait chaque parcelle 7 Hélas !

Le plaisir glisse et meurt : on ne sent point ses pas.

Comme les baisers d’une femme,
Ils sont trop vifs pour les compter,
Trop légers pour les arrêter,
Et l’on n’enchaîne pas la flamme !

Ainsi, remplis la coupe. Eh ! qu’importe comment
Le temps roule son cercle et détruit nos journées ?
Va, les minutes d’or, qui valent tant d’années,
Sont les trésors d’un Dieu plus jeune et plus charmant !

Marceline DESBORDES-VALMORE
« Bouquets et prières »
(éd. Dumont)


Abdallah Zrika – J’ai apporté le vin … les dattes


peinture:  Volodia Popov

peinture:
Volodia Popov

 

 


J’ai apporté le vin
sans la peau du verre

J’ai apporté les dattes
fraîchement cueillies d’un mamelon

Je suis venu à vous
Je ne suis pas venu
Et vous n’êtes pas venus à moi

Je suis ainsi
vif-argent
comme le courant de la volupté

Je vous ai apporté
le minaret
pour appeler d’en-bas à la prière
Puissent les morts m’entendre

Je suis venu à vous mort
pour que vous m’aimiez davantage
et que vous disiez de moi
tout ce qui m’agrée

J’ai apporté des fleurs
pour ceux d’entre vous
qui ont proclamé leur folie

Je suis venu fou
pour comprendre le fou
tordre ce qui est droit
comprendre le fleuve
le serpent
Fou
pour aimer les échelles
devenir sage
comme chacun voudrait que je sois

Je vous apporté des choses inestimables
Les petits cailloux avec lesquels je joue
Des formes
qui ne ressemblent qu’aux animaux imaginés
dans la volupté

Du parfum
pour ouvrir vos narines
à la sauvagerie du plaisir

De l’or
que je répands
chaque fois que j’atteins la jouissance

Et vous ô femmes
je vous ai apporté un bâton d’or
qui ravit la lumière de la vulve

J’ai apporté
plusieurs copies de moi-même
Aucune
ne ressemble à l’autre

J’ai apporté
des nombres impressionnants de moi-même
Aucun nombre ne ressemble à l’autre

J’ai apporté
la soif
pour les lèvres humides

extrait de « Bougies Noires « aux Éditions de la Différence
traduit de l’arabe par Abdellatif Laâbi


Sous le ciel, sans partage – ( RC )


peinture:  Jules Olitski

peinture: Jules Olitski

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous le ciel, sans partage,        j’hésite

Il y a toujours du monde qui s’agite,

Beaucoup s’échangent du papier contre des choses,

 

De la monnaie contre des roses,

Du travail pour un peu de loisir,

Des caresses , pour un peu de plaisir.

Toute chose que l’on peut voir

Et qu’on embrasse du regard,

Ferme l’horizon, à la traversée des rêves,

 

Et si j’étends mes mains, à l’heure brève,

Je me heurte à des murs sévères,

Enfermant l’espace, le parcours du ciel jusqu’à la terre.

RC –  20 août 2013


Ulysse – Ode à ma plume


grille          de style  » art nouveau  »        à Nancy

Ulysse nous fait partager  sa « plume »,  c’est le cas  de le dire, avec le titre  choisi…

il participe  au forum  « En Attendant la fin du monde »,  c’est là que je l’ai  « repêché »

 

 

Ode à ma plume

Je confierai ma plume à la foudre et aux vents,
Aux furieuses tempêtes, aux fauves tremblements.
Je la veux souveraine, insolente et fantasque,
Insensible à la haine, sans faiblesse, sans masque.
Je la veux intrépide, courageuse et libre
Ecrivant sans ambages mon ivresse de vivre.
Quand les vents des passions se seront apaisés
Ma plume cheminera aux sentiers irisés
Des tendresses du soir entre des bras fragiles
Quand la force est vaincue par un battement de cils.
Elle se fera pinceau aux encres de couleurs
Traçant sur le papier les signes du bonheur.
Elle glissera ses mots au milieu de silences
Quand il faudra se taire devant une souffrance.
Je la veux enjouée, folle, primesautière
Sautant dans les ruisseaux, remontant les rivières
Tirant du fond de l’ombre, des perles, des diamants
Accrochant à ses lignes de jolis cerfs volants.
Je dirai à ma plume d’écrire des poèmes
Sur tous les vagabonds et leur vie de bohème
Sur les cris des enfants à la récréation
Sur les mots des amants au feu de la passion.
Et lorsque fumera mon dernier feu de bois
Elle inscrira encore aux branches d’une croix
« Pardonnez lui, Seigneur, d’avoir pris du plaisir »
« Aux rimes polissonnes.., il aimait trop écrire !»

Ulysse 2 février 2012


Ile Eniger – Tes mots sont ma maison


Souvenir  de  « visite »,   du blog  poétique  de Simadi…

Ceci dit, j’avais  déja  lu et découvert  de fort belles choses de l’auteure, chez Jean-Marc LaFrenière

 

photo: White Minor, mur à Santa Fe

 

Tes mots sont ma maison, j’y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte.

C’est exactement le paysage que j’aime, il a le visage de ta voix. La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide.

Désormais tout s’écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses. L’…arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage.

Il installe une trêve dans l’interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d’hiver, se sont maquillées depuis peu.

Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaitre l’existence ?

La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien.

ILE ENIGER

 

–  voir  aussi  l’anthologie  de Emmila

 

planche botanique curtis