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Abdallah Zrika – Vides tortueux


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photo » Géo » La voix berbère  – janvier 2018

Rien

Rien

Le ciel est chauve

sauf de quelques corbeaux

Les poils de la terre

ressemblent aux poils des oreilles

L’atmosphère est vide

vide

même du vide

Les passants ont une tête de clef tordue

La peur est blanche

au sommet des montagnes

Les fronts sont des planches mortuaires

Les livres des pierres tombales

Les ponts des dos de vieillards

Les arbres des mollets de malade

L’ennui tourbillonne comme la poussière

Les ombres se sont gravées dans la terre

Les chiens qui aboient là-bas

Sont les seuls à vouloir congédier

Le rien

Traduit par Abdellatif Laâbi

Guillevic – le menuisier


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J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.
J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.

J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.
J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.

J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.
Tu chantais, menuisier,
En assemblant l’armoire.

Je garde ton image
Avec l’odeur du bois.
Moi, j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.

 

Guillevic (« Terre à bonheur » – éditions Seghers, 1952, puis dans la collection Poésie d’abord, 2004)


Ile Eniger – Pas d’indice


La gravité des terres désertiques inscrit dans son histoire, des recommencements sans souvenir. Pas de sens, pas de bout, pas de côté ni de visage. Seule, traversant le temps et les marécages, l’inhumaine étendue couchée aux planches des sols. Dans les replis, la présence immobile des heures marque les pleins et déliés des routes ordinaires. Le regard se meurt avant d’atteindre l’horizon. Pas de message pas d’indice, un souffle lourd et lent. Le cuivre grumeleux garde au creux de l’inhospitalière condition, la marque du fer, le poids des hommes. Des labours ligneux et obstinés invitent au parjure d’une humanité de pacotille. L’âge, de force vive, dessoude l’amertume. Il reste des grains âpres à sucer dans la solitude et la sueur.

Ile Eniger – Les Terres Rouges – Éditions Cosmophonies