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Les yeux des tournesols – ( RC )


tournesols en scène  mod.jpg

montage perso à partir de mise en scène  de théâtre ou d’opéra

 

Je ne sais plus ce qu’il faut penser des plantes .
Elles semblent être dans l’attente,
pourtant elles grandissent trop vite,
                sans qu’on les y invite.
       Vois-tu ce champ de céréales
sous le soleil vertical ?
Il semble secouer des têtes heureuses,
mais peut-être sont-elles vénéneuses…

C’est sans doute par leur couleur,
que se distille le malheur,
qui se glisse en traître,
à travers la palette.
        Van Gogh ne nous en dira rien,
au partage des chemins ,
sous un ciel de tempête ,
qui résonna dans sa tête….

Quand je traverse un champ de tournesols,
d’autres oiseaux prennent leur envol :
on en voit plein à la ronde ,
et les fleurs m’observent       de leur pupille ronde.
           Toute une foule sur plus d’un hectare,
tourne vers moi son regard :
elle se concerte et m’espionne
chaque oeil dans sa corolle jaune .

Ils ont un langage que je ne peux comprendre :
j’imagine déjà leurs murmures se répandre
entre leurs têtes lourdes
comme une musique sourde :
         Je vois bien qu’ils se sont détournés de l’horizon,
du soleil et des nuages de coton
pour se pencher de façon perfide
vers moi, ( me croyant stupide ) .

         Ils ont dressé un mur végétal,
une sorte d’espace carcéral ,
leurs feuilles rugueuses, des volutes,
s’étalant de minute en minute
          resserrant leur étreinte
en formant un labyrinthe
d’où il sera difficile de m’extraire
tant j’ai perdu mes repères…

        Je ne vois plus que la poussière et le sol,
– j’aurais dû emporter une boussole,
puisqu’à l’aube d’un désastre
il ne faut plus compter sur les astres
et que l’horizon est bouché – .
      Trop de plantes que je ne peux arracher,
trop de racines qui dépassent
et envahissent l’espace.

           La foule de ces yeux qui rient
provient de la tapisserie :
et de ce cauchemar , en noir
se détache l’ombre du placard .
         Mes rêves se sont enfuis
        au plus profond de la nuit :
les tournesols devenus sages en dessins
( répétés à intervalles réguliers sur le papier peint ) .


RC – juin 2018

 

 


Greffées contre le mur de la nuit – ( RC )



Tu pénètres  dans une  forêt  particulière,
où les arbres  sont des mains
fichées  dans le sol,
remuant dans le crépuscule  du quotidien.

Et le fil tendu des lignes blanches,
des tracés  des avions,
que les doigts ne peuvent pas  attraper .

Ils saignent  d’une  sève incolore,
ne pouvant se refermer que sur l’air,
dont  l’atmosphère trompe sur son épaisseur,
habitée  des ombres  du soir.

Il reste le vol noir des oiseaux
qui ne renonce pas, à leur échappée,
et se joue du mouvement maladroit des mains .

Elles  se referment  de lassitude,
comme  ces fleurs lorsque la lumière  s’éteint ;
Plantes  étranges rétrécies d’un coup par la terre ,
Le corps dissimulé.

Peut-être incarné dans  un sol,
parcouru de longs filaments sanguins,
racines bien fragiles, prolongements d’un coeur lointain .

Il faut s’attendre  à ne trouver demain,
que des manches , au tissu raidi par le froid,
et des gants vidés de substance,
mous et inertes ,

Comme si la greffe
n’avait pas  réussi
à franchir le mur de la nuit.

RC  – juill  2015


Cécile Odartchenko – Tour de jardin –


40756

extrait de Carnets (Les Moments littéraires, n° 26, 2ème semestre 2011).

Tour de jardin : admiration des pousses de bambous, découverte d’un petit chêne (j’avais planté un gland) et admiration de mon petit palmier.
Les feuilles en éventail ou jupe plissée, les nouvelles feuilles, se tiennent raides en faisceau au centre, c’est magnifique et égyptien, donne envie d’avoir aussi des plantes aquatiques qui ont ce port très fier et très haute couture.
Peut-être proches, parce que les tiges raides et le feuillage précieux, les ancolies doubles, violettes à gauche et rose ancien à droite, elles, ont au moins neuf rangées de pétales, des étamines jaunes au centré de cette houppette penchée vers la terre comme pour les cacher.

Mais le feuillage poilu des pavots d’Orient n’est pas en reste. Des poils dessus et dessous et chaque pointe terminée par une minuscule perle jaune.
Le bouton caché au centre est poilu aussi et ressemble à un gland de sexe masculin. Il en a la grosseur. Que de feuilles pour une seule fleur ! Pourquoi tant de poils ? Est-ce pour protéger la fleur flamboyante, une des plus grosses, des plus luxueuses, mais aussi peut-être des plus fragiles ?
Entre deux pavots, des touffes de grandes marguerites.
Les feuilles ont Pair dures et drues à l’œil, mais sont douces au toucher et bien lisses.

Elles ont un peu de poil très ras et argenté que l’on ne peut voir que sous un certain angle.
II y aura de belles touffes de marguerites un peu partout cette année. Sorties de belles plantes en automne, il y a des petites fleurs blanches que je ne connais pas encore très bien.
Des digitales un peu plus loin sont en train de monter et vont fleurir dans une ou deux semaines.

Une transformation étonnante s’est produite dans mon propre corps, occupé par cette question passionnante. Je suis tout à coup (après avoir été consulter mon dictionnaire botanique sur le divan, après avoir déterré et enterré à nouveau la graine de tamarinier, et après avoir regardé à la loupe la plantule de l’avocat) comme transformée, secouée, réveillée, plus d’impression de chaleur et de combustion lente, mais, au contraire, impression d’être oxygénée comme après la marche ou l’amour.

L’intérêt très vif, pour mes plantes, une sorte de passion qui crée une excitation passagère favorisant tous les échanges vitaux de la plante que je suis.

Étonnant vraiment !

Je respire profondément. Un très léger souffle de brise agite un peu les branches que je regarde, comme si elles me faisaient un signe de sympathie.

Photo : Lucy Kayne

Photo : Lucy Kayne


Les plantes trichent, pendant mon absence ( RC )


photo terre d’aventure


Si c’est le retour,
Qui ramène au seuil du familier
En oubliant les distances, pliées,
Et tous les carrefours
de la chance
Je ramène du fond de mes poches
Des souvenirs qui ricochent
La lumière de mon jardin d’enfance

Mais que s’est-il passé ?
Est-ce mon  passé qui me hante,
La poussée des plantes
Et les troncs enlacés ?
Tout est devenu gris,
Et je ne vois plus ici,
Qu’un domaine  rétréci,
Hostile et rabougri…

J’ai dû sûrement m’endormir
Quelques instants
Et quitter mon regard  d’enfant,
Parti pour ne plus revenir.
Il s’est formé un toit végétal,
Qui , toujours  , prolifère,
Et dont la crinière,
Sûrement,           s’étale .

Les plantes  trichent,
Pendant mon absence,
Et confisquent sans décence,
Une lumière, déjà chiche.
Des pousses qu’elles  croisent,
Inquisitrices.
Elles envahissent tout, et tissent
Et s’ étendent, sournoises,

Une rangée  d’acacias agressifs
Se sont étalés,
Et barre l’accès de l’allée,
Alignement combattif –
Les amas de feuilles,
Cachant les  épines
Intentions assassines,
Devant la pergola, au seuil.

Devant tous ces branchages,
Où se multiplient leurs élans,
Il me faut élaborer un plan,
Passant par l’arrachage,
Déclarer la guerre ouverte
Affûter les  couteaux,
Enfin, tout ce qu’il faut,
Contre la marée verte,

Tirant le moindre parti
De l’humidité,
Nocturnes festivités,
Pour le bénéfice des orties.
Ainsi se resserre,
La chaîne ombreuse
Aux menées doucereuses,
Qui s’accélèrent.

Tels du python les anneaux
Etouffant la victime
D’une étreinte intime
Menant au tombeau ;
Lente agonie
De l’espace,
N’ayant plus de place,
Et plus d’harmonie.

S’envahissant elle-même, la nature
Se rit du malheur des autres
Lorsqu’elle se vautre
Dans la luxure  :
L’arbre se développe plus,
Lorsqu’on sacrifie celui
Duquel il est voisin, et lui nuit.
Si ses racines le sucent.

Il a fallu couper et trancher,
Et qu’ainsi l’on amasse
Des bosquets les plus coriaces
Pour constituer le bûcher,
Eliminer les plantes vivaces,
De celles qui poussent
Comme brousse
Pour qu’enfin l’on passe…

Si je ratisse les clairières,
En créant de grands tas,
De feuilles, les amas,
Traces de bataille après la guerre,
…          Joue de l’allumette,
Après les lames
Et donne de la flamme
Avant la retraite…

>         Plus tard, étant revenu
Et me suis fait surprendre
Par des pousses tendres
Paraissant saugrenues ,
Encore toutes timides
Au milieu des cendres
Et semblant m’attendre  :
>     La nature a horreur du vide…

Avoir joué au pyromane,
Livré combat à la nature,
Permis les échancrures
Arraché les lianes
Le parfum vénéneux des heures,
Et la sève répandue,
A été rendue,
Remontant sans heurts

Il n’y a pas de victoire
Que celle éphémère,
Et,              le goût amer,
La potion    du ciboire,
Victorieuses de certitudes,
Les tiges m’auront dépassé,
Tout sera à recommencer,
Foisonnement et plénitude…

Si je me détourne du jardin d’enfance,
–    Et  que ma mémoire affaiblie,
La porte en oubli,
>          J’aurai cette béance,
Unie à ces années,
Des décennies bercées
Que l’on a traversées
…… Et qui se sont fanées.

RC  – 21 août 2013


la dame à la baguette (RC )


gravure-collage: Max Ernst

Il y a toujours

Sur les billets de banque

Des portraits de héros

Sauveurs des nations,

Des princes et des savants

Et quelques faits marquants

Partagés en histoire ,

Légendes  du pays.

Et pourquoi pas bientôt

De super- héros

Ceux des bandes dessinées

Les Mandrakes  et hommes araignée

Qui nous serviraient

De papier monnaie…

Il y a quelquefois

Dans les livres  d’images

Des dames en corsage

Qui mènent à la baguette

Des pensées sauvages

Pas celles qui sont en pot…

Des belles plantes

Le regard pas sage

Le masque coquillage

Au milieu des cascades

Qui vous portent des regards

Légèrement entr’ouverts

A vous inviter

A découper les pages

RC –  2 octobre 2012


Ce qui résiste et pique ( RC)


photo: olivier en feu. Conflit Israelo-palestinien  provenance info-palestine.net

Ainsi ,     contre les plantes domestiques
               Rebelles , résistent et piquent,
Orties, pierres de chemin, aubépines insolentes 
Nous attendent, comme une plaisanterie ironique

Font de leur domaine une forteresse lente
           Qui dérange  l'aimable...
Et s'incruste , en années durables
Diluées de l'abandon.

On ne sait rien,  d'un détour  de chemin
Et puis,        on progresse par  étapes
Encore  sains  et saufs,     pour  dire,
En miroirs de limpides -   flaques

Des orages  qui bourgeonnent,
Et les fleurs combattant , corolles
Force boutons, au bal des abeilles
Les orties  se liguent, et sont barrière

Ronces  s'enchevêtrent, en habillant
La carcasse d'une vieille  auto, 
Qui a arrêté,  ici même  son parcours
Au bord ce qui  fut cultures,

Et vallées  riantes,
De blés, bordés  d'oliviers
                 Incendiés -  C'était un été, naguère
                               Avant la guerre...

RC -  24 septembre 2012



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Examens ( RC )


C’est tout un rassemblement qui s’aligne

Toute une cohorte de têtes  qui se penchent

Et que défient le sablier des minutes

A la progression lente…

 

L’extérieur se heurte aux façades et plantes,

Et de vie , n’a d’horloge que sa course circulaire

Hameaux de nuages pourchassés par le vent, le soleil, les rideaux

Temps  découpé, la pendule des savoirs

 

Aux fronts plissés, fait écho à la mémoire

La teneur des choses, au long des années   –  convoquée

Tient en questions et réponses,

 

Quelques feuillets d’une  écriture large

Un espace ouvert, laissé à la marge.

 

 

RC          – 28 juin 2012

 

 


Sylvia Plath – lettre d’amour (1960)


peinture           Gerard Ter Borch:              femme écrivant une lettre

 

 

Lettre d’amour (1960)

 

Pas facile de formuler le changement que tu as fait en moi.

Si je suis en vie maintenant, j’étais alors morte,

Bien que, comme une pierre, indifférente totalement,

je restais là immobile suivant mon habitude.

Tu ne m’as pas seulement bougée d’un pouce, non –

Ni même laissé ajuster mon petit Œil nu

A nouveau vers le ciel, sans espoir, bien sûr,

De pouvoir saisir le bleu, ou les étoiles.

 

Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent

Masqué parmi les roches noires comme une roche noire

dans le hiatus blanc de l’hiver –

 

Comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir

A ce million de joues parfaitement polies

Qui se posaient à tout moment afin de faire fondre

Ma joue de basalte. Et elles devenaient larmes,

Anges pleurant sur des natures monotones,

Mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.

 

Chaque tête morte avait une visière de glace.

Et je continuais de dormir, comme un doigt tordu

La première chose que j’ai vue n’était que de l’air pur

Et ces gouttes enfermées qui montaient en rosée,

Limpides comme des esprits. Tout alentour

Beaucoup de pierres compactes et inexpressives

Je ne savais pas quoi faire de cela.

 

Je brillais, écaillée de mica,

et déroulée pour me déverser tel un fluide

Parmi les pattes d’oiseaux et les tiges des plantes.

Je ne m’étais pas laissé berner. Je t’ai reconnu aussitôt.

L’arbre et la pierre scintillaient, sans ombres.

 

La longueur de mes doigts a grandi, lucide comme du verre.

J’ai commencé à bourgeonner comme rameau de mars :

Un bras et une jambe, un bras, une jambe.

 

De pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.

Maintenant je ressemble à une sorte de dieu

Je flotte à travers l’air, âme tournoyante,

Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.

Sylvia Plath