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Sentinelle de la plaine – ( RC )


cloitre ste Trophime  - chapiteau       - 005

photo perso:    sculpture de chapiteau du cloître Ste Trophime Arles 2012

IMGP7266

Photo perso:   Inscription au dessus  du cloître de Ste Trophime      Arles  2012

Grégoire  Alexandre       - 003

photo Grégoire Alexandre, exposée lors des rencontres photographiques d’ Arles 2012

Arles       jeu d'arbre   pano  01

montage de photos perso Arles novembre 2011

IMGP4084

photo perso:    Arles bords de Rhône

Les Alpilles, sont une  série de dents
Une série de barrières
D’ascensions calcaires
Sous le soleil ardent

Qui en prend à ses aises
Suivant      la route des oliviers
Au mistral,           rien à envier
Attendant qu’il s’apaise

Au milieu des jaunes
Comme s’apaisent les pentes
Le fleuve         portant l’eau lente
De       ses bras  de Rhône…

Il faut que je vous parle
De la ville  sereine,
Sentinelle de la plaine
— l’antique cité d’Arles

Au parcours de l’histoire
A capter le soleil
A nulle  autre pareille
Dressée dans le soir,

Prise            dans les filets,
Attrapée   comme une mouche
Lorsque le soleil se couche
….D’eaux,  l’arrose de reflets

Quand elle reprend haleine,
Ses maisons s’animent,
Les ruelles intimes
Aux pourtours des arènes

Aux lanternes, l’éclairage
Comme l’étape souterraine,
La vieille dame, de l’histoire romaine
….ne dit pas son age…

Arles  bas rel   remploi romain   face   ecole nat photo

Puis son monologue
S’habille de parures
Que fait la peinture
De Vincent Van Gogh

Il dit,         le taciturne
Au rayons de son art,
Les platanes des boulevards
Et le ciel nocturne.

La nuit étoilée
Aux parlers chantants
Les cyprès délirants,
Des Alyscamps, les allées,

Comme la Camargue est peinte
En touches serrées
Végétaux  acérés
Dont on garde l’empreinte.

Arles se détend,
et lance des défis
A la photographie

Et …prend le ciel nocturne pour amant.

RC  – 10 décembre 2012

voir  également le  texte  de Xavier Lainé:
et ma « lecture des Alpilles en Crau »    ( écrit de janvier 2012 )

peinture: V Van Gogh: paysage  avec maison

peinture: V Van Gogh: paysage avec maison

peinture: Van Gogh,  Cleveland museum of Art  USA

peinture: Van Gogh, Cleveland museum of Art USA


Luis Cernuda – La gloire du poète


photo:              Duane Michals

 

 

 

 

 

 

La gloire du poète

Invocations (1934-1935)

La gloire du poète

Démon, ô toi mon frère, mon semblable,
Je t’ai vu pâlir, suspendu comme la lune du matin,
Caché sous un nuage dans le ciel,
Parmi les horribles montagnes,
Une flamme en guise de fleur derrière ta petite oreille tentatrice,
Et tu blasphémais plein d’un ignorant bonheur,
Pareil à un enfant quand il entonne sa prière,
Et tu te moquais, cruel, en contemplant ma lassitude de la terre.

Mais ce n’est pas à toi,
Mon amour devenu éternité,
À rire de ce rêve, de cette impuissance, de cette chute,
Car nous sommes étincelles d’un même feu
Et un même souffle nous a lancés sur les ondes ténébreuses
D’une étrange création, où les hommes
Se consument comme l’allumette en gravissant les pénibles années de leur vie.

Ta chair comme la mienne
Désire après l’eau et le soleil le frôlement de l’ombre ;
Notre parole cherche
Le jeune homme semblable à la branche fleurie
Qui courbe la grâce de son arôme et de sa couleur dans l’air tiède de mai ;
Notre regard, la mer monotone et diverse,
Habitée par le cri des oiseaux tristes dans l’orage,
Notre main de beaux vers à livrer au mépris des hommes.

Les hommes, tu les connais, toi mon frère;
Vois-les comme ils redressent leur couronne invisible
Tandis qu’ils s’effacent dans l’ombre avec leurs femmes au bras,
Fardeau d’inconsciente suffisance,
Portant à distance respectueuse de leur poitrine,
Tels des prêtres catholiques la forme de leur triste dieu,
Les enfants engendrés en ces quelques minutes dérobées au sommeil,
Pour les vouer à la promiscuité dans les lourdes ténèbres conjugales
De leurs tanières, amoncelées les unes sur les autres.

Vois-les perdus dans la nature,
Comme ils dépérissent parmi les gracieux châtaigniers ou les platanes taciturnes,
Comme ils lèvent le menton avec mesquinerie,
En sentant une peur obscure leur mordre les talons ;
Vois-les comme ils désertent leur travail au septième jour autorisé,
Tandis que la caisse, le comptoir, la clinique, l’étude, le bureau officiel
Laissent passer l’air et sa rumeur silencieuse dans leur espace solitaire.

Écoute-les vomir d’interminables phrases
Aromatisées de facile violence,
Réclamant un abri pour l’enfant enchaîné sous le divin soleil,
Une boisson tiède, qui épargne de son velours
Le climat de leur gosier,
Que pourrait meurtrir le froid excessif de l’eau naturelle.

Écoute leurs préceptes de marbre
Sur l’utilité, la norme, le beau ;
Écoute-les dicter leur loi au monde, délimiter l’amour, fixer un canon à l’inexprimable
beauté,
Tout en charmant leurs sens de haut-parleurs délirants ;
Contemple leurs étranges cerveaux
Appliqués à dresser, fils après fils, un difficile château de sable
Qui d’un front livide et torve puisse nier la paix resplendissante des étoiles.

Tels sont, mon frère,
Les êtres auprès de qui je meurs solitaire,
Fantômes d’où surgira un jour
L’érudit solennel, oracle de ces mots, les miens, devant des élèves étrangers,
Gagnant ainsi la renommée,
Plus une petite maison de campagne dans les inquiétantes montagnes proches de la
capitale ;
Pendant que toi, caché sous la brume irisée,
Tu caresses les boucles de ta chevelure
Et contemples d’en haut, d’un air distrait,
ce monde sale où le poète étouffe.

Tu sais pourtant que ma voix est la tienne,
Que mon amour est le tien ;
Laisse, oh, laisse pour une longue nuit
Glisser ton corps chaud et obscur,
Léger comme un fouet,
Sous le mien, momie d’ennui enfouie dans une tombe anonyme,
Et que tes baisers, cette source intarissable,
Versent en moi la fièvre d’une passion à mort entre nous deux ;
Car je suis las du vain labeur des mots,
Comme l’enfant est las des doux petits cailloux
Qu’il jette dans le lac pour voir son calme frissonner
Et le reflet d’une grande aile mystérieuse.

Il est l’heure à présent, il est grand temps
Que tes mains cèdent à ma vie
L’amer poignard convoité du poète;
Que tu le plonges d’un seul coup précis
Dans cette poitrine sonore et vibrante, pareille à un luth,
Où la mort elle seule,
La mort elle seule,
Peut faire résonner la mélodie promise.

Luis Cernuda
(Traductions inédites de Jacques Ancet)

 

photo:            Matt Black          travailleurs immigrés     Fresno, California